01 ART musées fréquentation 1995

Art et société (la fréquentation des musées) synthèse de documents corrigé s.g.d.g BTS 1995. Théoriquement il faudrait donner les documents d’origine et le tableau de concordance à double entrée. Mais l’intérêt c’est bien le produit de la comparaison elle-même.

Code : 0 = introduction(s), 9 = conclusions

Roger

0. Introduction L’intérêt pour les musées est d’abord le fait des conservateurs (G. Poisson “Les musées de France” 1959, document n° 2) mais aussi des sociologues (P. Bourdieu et A. Dardel “L’amour de l’art” 1969, documents 1 et 5 pour l’enquête elle-même). Ces visions sérieuses s’opposent à l’observation ironique de Zola (“L’Assommoir”, document 4) ou de Sempé (“Tout se complique” 1962, document 3). Nous étudierons d’abord les fonctions des musées puis les problèmes de la contemplation, du sacré et enfin de l’éducation.

10. Quelles sont les fonctions des musées ?

11. La première fonction est de conserver des objets dont la destination était différente. G. Poisson est le seul à énoncer cette évidence (doc. 2). Un des personnages de Zola (doc.4) souligne que ces objets représentent beaucoup d’argent.

12. Pour remplir cette fonction on recourt à des locaux spacieux, de grandes demeures gréco-romaines promues au rang de sanctuaires civiques (Bourdieu doc. 1) et, comme le Louvre, marqués par des évènements historiques (balcon d’où “Charles IX a tiré sur le peuple.” Zola, doc. 4)

13. On conserve pour présenter. Mais la présentation est souvent trop théâtrale, le décor faisant oublier l’œuvre (Poisson, doc. 2). Cette impression est renforcée par des huissiers superbes, des parquets qui brillent comme des miroirs, des plafonds hauts et des copistes que l’on rencontre dans les salles (Zola, doc. 4). L’animation éventuelle reste soumise au conservateur (Poisson, doc.2)

19. Bref, le musée est ressenti comme un lieu chargé d’histoire et inspirant le respect.

20. Le musée doit permettre la contemplation.

21. Le musée est d’abord fait pour la contemplation soiitaire déclare nettement G. Poisson (doc. 2) Ceci ne gêne guère les hautes classes qui recherchent la solitude à 40 % mais pas les classes populaires qui ne la recherchent qu’à 17 % (doc. 5). Le personnage de Sempé pratique cette contemplation d’une manière détachée : il marche et s’arrête à son rythme (doc. 3). Au contraire, la noce populaire décrite par Zola souffre de son ignorance ahurie et elle parcourt le Louvre en marche serrée (doc. 4).

22. Cette contemplation renforce l’opposition entre l’appartenance et l’exclusion (P. Bourdieu doc. 1) et ce malgré la rénovation permanente des musées entreprise depuis 1944 (G. Poisson, doc. 2). On comprend mieux pourquoi, au XIX° siècle, la noce décrite par Zola pouvait se sentir étrangère au monde du musée au point de constituer elle-même une attraction pour les peintres, les gardiens et les curieux. (“L’Assommoir”, doc. 4). Aujourd’hui encore le musée est associé à la salle de cours pour 66 % des personnes appartenant aux classes populaires (Enquête, doc. 5). L’aisance du personnage de Sempé (doc. 3) montre son appartenance aux classes aisées.

29. La contemplation implique donc la familiarité et ceux qui ne sont pas familiarisés avec le musée ne peuvent profiter de ses richesses.

30. Cette contemplation a quelque chose à voir avec le sacré.

31. Le sacré implique le respect. Le personnage de Sempé s’avance, le chapeau à la main (doc. 3) et la noce de Zola est devenue grave (doc. 4). Silence, ascétisme, solennité, l’opposition entre le sacré et le profane semble évidente pour P. Bourdieu (doc. 1). Les chiffres de son enquête incitent à plus de nuances car seule une minorité, appartenant aux hautes classes font le rapprochement avec l’église et très peu les classes populaires, lesquelles au contraire respectent les musées à l’égal des bibliothèques (66 %) (doc.5). Zola note cependant que la noce murmure comme dans une église (doc. 4) et Bourdieu insiste sur la métamorphose des esprits due à ce rapprochement : la consécration n’est pas loin (doc 1).

32. L’essentiel est en effet l’illumination que la noce de Zola ignore (doc 4). Pourtant c’est l’œuvre qui la déclenche dans une grâce apparemment arbitraire (Bourdieu, doc. 1). Toute rénovation se veut modeste dans ses résultats car le musée n’est que le catalyseur de cette émotion (G. Poisson doc. 2). Sempé nous montre que l’émotion est un accord mystérieux entre le visiteur et une toile : toutes ne l’inspirent pas au même degré (doc. 3)

33. Il est vrai que cette émotion est ambigüe. Boche et Bibi la Grillade sont surtout émus par les femmes nues et les cuisses de l’Antiope (Zola, doc. 4). Le personnage de Sempé se rapproche d’un tableau pour examiner le coup de pinceau, semble-t-il. Mais il se trouve que c’est un nu… et l’humour vient de ce contraste : le connaisseur devient un voyeur (doc. 3).

39. L’émotion ineffable que le musée doit permettre va donc du sacré au profane, c’est à dire la profanation.

40. La fréquentation des musées pose des problèmes d’éducation.

41. Il s’agit d’abord de lutter contre l’ignorance car l’illumination est le produit d’une éducation inégalitaire (P. Bourdieu doc 1). La noce chez Zola s’interroge sur le sujet des noces de Cana et se plaint de maux de tête à voir des figures qu’elle ne comprend pas (doc. 4). Le besoin d’un conférencier grandit avec l’ignorance : 42 % des classes populaires contre 17 % de hautes classes (doc. 5). Et il est manifeste que le personnage de Sempé s’en passe aisément (doc 3).

42. D’où l’importance du commentaire qu’admet G. Poisson à condition que notices et conférences restent discrètes (doc. 2). La noce écoute volontiers Madinier lui expliquer le sujet du Radeau de la Méduse (Zola, doc 4). Et on constate que le besoin d’une visite avec un ami compétent est ressenti dans toutes les classes sociales (de 40 à 48 %) (enquête doc. 5). Ce qui, au passage, nuance le besoin d’une contemplation solitaire : la visite d’un musée c’est aussi l’échange.

43. Mais éduquer à quoi ? Les participants de la noce ne parlent que sujets alors que le commentaire de Zola évoque l’esthétique des Primitifs, des Vénitiens et des Hollandais (Zola, doc.4). Er c’est bien d’esthétique que feint de se préoccuper le personnage de Sempé (doc. 3)

49. L’éducation est donc indispensable et même souhaitée : éducation au sujet lui-même mais aussi et surtout à l’esthétique.

9. Conclusion La noce dépeinte par Zola pose tous les problèmes de la fréquentation de l’œuvre d’art en groupe. Une exposition récente présentait au Grand-Palais l’œuvre de Gauguin. Mais la foule était trop dense pour permettre une contemplation sereine ou même des échanges à mi-voix. Par ailleurs la fréquentation d’un musée ne va pas de soi. D’où l’idée d’une animation qui intègrerait le musée dans une activité culturelle plus ample. On a monté des expositions de tableaux dans des usines. L’art peut être associé à des fêtes populaires. Le problème du musée est évidemment celui de la conservation des originaux. Mais la technique permet d’obtenir d’excellentes copies. Il faut commencer par désacraliser l’œuvre d’art pour la rendre plus familière, presque quotidienne et permettre de mieux la connaître. La sensibilisation sera ainsi un premier pas vers une fréquentation plus assidue et plus éclairée.

Ajout (2010) : Internet offre désormais des possibilités presque infinies de musées virtuels. La fréquentation des musées est en forte augmentation. La compétence du public est en progrès. Consulter Google : “fréquentation des musées”. Les grandes lignes de ce sujet de synthèse restent néanmoins d’actualité.

Roger et Alii

Retorica


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