01 ART musique variations 2014-10

Cet article est fait de trois fichiers séparés (A/ B/ C/). Je n’ai pas voulu en faire la synthèse. Je les conserve tels quels dans cette perspective participative qui est la marque de Retorica. Car ces échanges contiennent un sous-texte qui peut apparaître au fil du temps. Les dates deviennent alors significatives. L’ensemble constitue un fichier trampoline qui part dans tous les sens sans s’écarter de son objet. « Variations » m’a semblé le terme adéquat.

Roger

A/ 01 ART musique échanges 2012_06

Voici des échanges qui gardent toute leur actualité. Je les avais égarés… puis retrouvés il y a peu ! Roger

1. Jean-Charles (7 juin 2012) : Bonsoir à tous. Je suis nouveau sur la liste Retorica, mais j’ai pas mal correspondu avec Roger sur les listes freinet 2nd degré. Professeur agrégé de musique, j’enseigne en collège depuis le siècle dernier. Bref, ça fait un bail.

Je ne vais pas beaucoup sur Retorica, mais des articles sur le débat silencieux m’ont inspiré, et maintenant, des échanges sur le cadre et les balises en cours.

Cela dit : Retorica, et pas une entrée musique, en tout cas je n’en ai pas trouvée. Certes, c’est une base pour un classeur de français en seconde, à l’origine, mais la Rhétorique sans la musique, c’est comme le Ricard sans glaçon.

Un rappel, les humanités aristotéliciennes comprenaient les disciplines « littéraires » comprenaient la Dialectique, la Rhétorique, la grammaire, c’est à dire, comment fabriquer, argumenter un discours (pour la louange de Dieu), comme organiser ce discours, sur le plan formel, et le dire, et comment l’écrire parfaitement (Dieu est toujours dans le coup). Quant au quadrivium, c’était comment mesurer le monde de dieu (l’algèbre), comme le représenter (géométrie), comment l’observer et le décrire (astronomie), et la musique … comment faire entendre ce monde des sphères d’une façon sensible.

Est-ce qu’en français, cet enchantement du monde n’a pas de place ? Nombreuses sont les activités pratiques qui pourraient partir de la musique, et pas besoin de prof de cette discipline pour se lancer.

Heureux de me trouver sur cette liste.

2. Roger : Tu as tout à fait raison. En principe la musique figure en section 01 ART (arts) et j’ai de nombreux dossiers sur ce thème mais je n’ai jamais eu le temps de les finaliser pour les mettre sur site. Et je ne l’aurai pas selon toute vraisemblance. Ton intervention salutaire me conduit tout de même à y songer. La chanson figure en section 22 POE (poésie). Je faisais chanter mes élèves et j’avais un moment travaillé avec certains d’entre eux, en groupe,  le problème de la cithare. L’une des formes du quarante mots est le poème et bien rythmé, un poème de quarante mots est déjà une chanson possible. Les pp33 sont une autre possibilité : c’est une prise de parole ou plutôt une performance dans un cube virtuel de 3 mn, 3 m3. 

Bref. Je te propose de développer entre nous deux les pistes que tu indiques. J’adopte  cette forme de « trampoline » où la réflexion part un peu dans tous les sens mais sans perdre de vue son objet premier. Il est possible de glisser partout de la musique. A nous de voir comment. Il y a le débat oral, le débat silencieux, pourquoi pas le débat chanté ?…

Lorsque nous serons arrivés à environ 10.000 caractères je lance nos réflexions sur la liste.

3. Jean-Charles (8 juin) :  Ça marche. J’ai juste un peu besoin de dormir prochainement !Une question, est-ce que cet échange de message est passé sur la liste retorica ? C’est ton adresse qui apparaît, et pas de mention liste retorica. C’est peut être pour cela qu’on ne les identifie pas. Roger (11 juin) : Ma liste n’est pas un forum. Cet échange passera sur la liste quand il sera un peu plus nourri de nos réflexions et spécialement des tiennes. J’ai oublié de préciser que la musique était également présente dans la section 32 THE, théâtre, sous la forme de l’opéra. 

4. Roger (16 juin) : Finalement, nous avons, je pense, assez de matière pour lancer ce début d’échanges sur la liste. Qu’en penses-tu ? 

Jean-Charles : Oui, ça marche pour moi. Mais je suis pour le moment hors de combat ! crevé, fin d’année, conseils de classe, et concerts. est ce que tu connais les petits motets de Lully ? Musique sublime, peu connue. Le lien entre le texte et la musique y est impressionnant. Mais elle me fait dépenser une énergie étonnante.

A très bientôt. Roger (16 juin)  : Bien. Repose-toi. Pour aller dans ton sens je conseille de chercher sur Google « Petits motets de Lully« . On les trouve sur YouTube entre autres merveilles. On peut passer ainsi des heures à écouter de brefs morceaux ou chansons dont la longueur tourne autour de 3mn, ce qui correspond au bon calibrage des prises de parole (pp3 ou pp33). Sur le lien paroles / musique je pense à la version complète, un peu leste, de « Au clair de la lune » ou franchement subversive de « J’ai du bon tabac »

5. Jean-Charles (16 juin) Ça me donne une idée !

Calibrer le trois minutes musical sur un morceau de trois minutes ! le gamin doit faire son trois minutes en faisant entendre le morceau dont il parle. Il peut jouer sur le volume pour privilégier la voix par moment, ou la musique à d’autres ! Cela le forcera peut être à forcer sa voix, à se faire entendre loin ! Je vais essayer, la prochaine année scolaire !

Je vais lire des parodies d’opéra, des trucs cochons pas possibles!  Sangaride dit à Atys : je vais bien t’étonner ma foi, voici le pi pour toi : je t’aime !

6. Roger (17 juin) En traitant des centaines et des milliers d’articles pour Retorica, il arrive que je tombe sur les informations qui font tilt. Elles peuvent fournir directement ou indirectement des pistes de travail. Ainsi de la liaison entre musique et publicité découverte aujourd’hui même. Tout baigne dans la musique…

Pourquoi pub et musique font bon ménage. De plus en plus, les marques utilisent les tubes de l’été, les grands standards, voire des compositions de jeunes talents pour promouvoir leurs produits. Une source de revenus importante pour les artistes et leurs maisons de disques.” (D’après un dossier établi par Sophie Stadler, Parisien,10 avril 2012).

Musique et pub ont toujours été intimement liées mais depuis 2000 et surtout 2008-2009 les annonceurs ont découvert que la musique revêt des enjeux stratégiques et identitaire, au-delà de l’esthétique. Et ceci depuis le succès des bébés nageurs d’Evian sur le remix de “We Will rock you” de Queen (2003) qui finit disque de platine avec 1,3 million exemplaires vendus. “Les tubes restituent des émotions et font vibrer mémoires collective, culturelle et personnelle.” Mais il faut que la musique soit en cohérence avec le public et le produit. Cette musique représente une source de revenus importante pour les artistes : environ 15 % du marché de la musique en France. Un quart du budget publicitaire global de Coca-Cola est consacré à la musique. (fin du résumé). 

7. Jean-Charles (17 juin) Je crois que PUB et musique font bon ménage car nous nous trouvons au cœur de la relation entre la raison et l’irrationnel, la passion, disons plutôt l’émotion : je suis toujours ennuyé quand j’entends qu’un collègue a dit à ses élèves combien telle musique était de mauvaise qualité. Par exemple, ce morceau de Rap d’un groupe à la mode dont le texte, fort nigaud, à mon goût, fait l’apologie de leurs mamans : sensiblerie, sentiments naïfs… Car la relation à la musique n’est pas rationnelle : j’aime entendre certaines musique, mais j’en ai un peu « honte », car je sais qu’elles ne sont pas de bonne qualité. L’exemple le plus frappant pour moi est l’adagio d’Albinoni, qui n’est pas d’Albinoni, sinon la première phrase, et encore, mais est un pastiche composé par un musicologue italien après la seconde guerre mondiale. Aimer la musique revient pour moi à me souvenir de la voix de ma mère, c’est à dire, à mes émotions anciennes, ancrées au plus profond de moi. On ne sait pas toujours pourquoi on aime. J’aime la voix de Dietrich Fischer Diskau car elle fut certainement le modèle qu’adolescent finissant je voulais atteindre ; pas de chance, je suis ténor, un peu baryton maintenant passée la cinquantaine. J’aime le chant de Dietrich Fischer Diskau car il me plonge au plus profond de l’expression de textes merveilleux, et des émotions dont ils sont porteurs. Elle me donne à sentir des émotions.

Alors, je me pose la question : qu’est -ce qu’on peut autoriser en cours, qu’est-ce qu’on peut admettre ? Evidemment, tout n’est pas à égalité. Je suis pour une hiérarchisation dans l’art, mais je ne veux pas que cette hiérarchie s’impose comme vérité. Une cantate de Bach, un lied de Schubert élèvent bien plus que la meilleure des chansons de rap. Et pourtant, le rap a sa légitimité dans l’expression d’un plaisir. Qu’est-ce qu’on peut donc admettre alors ? J’admets, moi, professeur de musique en collège, tout morceau qui ne contrevient pas à la loi. S’il n’est pas raciste, s’il n’est pas sexiste ou s’il n’appelle pas à la violence, s’il ne stigmatise pas une minorité, s’il n’est pas homophobe, machiste… et je te laisse continuer la liste, alors, le morceau que l’on me présente, entre autre dans un trois minutes musical, est légitime, et l’élève qui le présente pourra s’en enorgueillir.

Cela a quelques conséquences. Je ne dis jamais à un élève quand je n’aime pas un morceau, mais je peux lui interdire de le faire entendre s’il déroge aux règles de la loi. Je le fis il y a deux ans avec un morceau dont j’ai oublié le nom et qui avait été condamné. J’ai en revanche défendu un autre morceau qui demandait que l’on fasse des avions en papier avec la Bible et le Coran au lieu de bombardiers. Poésie naïve, mais que les élèves musulmans de la classe ont trouvée scandaleuse.

J’interdis également à quiconque dans ma classe de dire qu’il n’aime pas un morceau de musique présenté, car il risque d’atteindre la personne, et non l’oeuvre. Et je me force alors à ne pas imposer mon choix, ma passion raisonnée pour la musique que j’appellerais de haute culture, car je n’ai pas d’autres termes en tête, mais à la faire aimer PAR la raison. J’essaye donc de ne pas avoir de pensé dogmatique, contrairement à l’adolescent en construction qui a besoin de ces postures pour se construire.

Roger et alii

Retorica

(9.700 caractères)

B/ 01 ART musique échanges 2013_04  Cécile

Je donne avec plaisir la parole à Cécile. La mise en page est de mon cru, comme vous le savez déjà.

Roger

Cécile (24 avril 2013)  : Bonjour,  Merci pour tous ces échanges ! Je vous conseille la lecture de  » la raison des sortilèges – entretien avec la musique  » Michel Onfray  (éditions Autrement)

1. Michel Onfray nous fait partager sa passion pour la musique. Ses premières expériences, ses rendez-vous manqués, son éducation musicale en autodidacte, les œuvres et les compositeurs qui le touchent, mais également sa vision de la musique et de ses liens avec la philosophie. Il nous convie à un voyage en musique, tentant de saisir la « raison des sortilèges ».

2. Que dit la musique ? Dit-elle seulement quelque chose ? Pourquoi y sommes-nous sensibles ? Pourquoi sommes-nous émus ou énervés par le son d’un violoncelle ou d’une flûte ? Y aurait-il, au-delà du goût, une part d’explication neuronale ? Quelle est la place du silence en musique ? Et de la voix ?

3. Convoquant les philosophes ayant tenté une approche de la vérité musicale – Schopenhauer, Nietzsche ou encore Jankélévitch – Michel Onfray s’exerce à répondre à ces questions. Au fil de ses réflexions, nous croisons la route de plus d’une centaine de compositeurs à travers les siècles : Bach, Wagner, Berlioz, Varèse, ou encore Debussy. A la fois intime et instructif, cet ouvrage apporte une réflexion sur notre conception de la musique.

4. Il y a plein de choses à faire avec la musique… Perso, je l’intègre dans mes cours de français ou d’histoire… Lorsque l’on parle d’un courant artistique avec nos élèves, littérature, peinture, musique ne font qu’un… Dans un cours sur le suréalisme, demander à ses élève une écriture automatique à la Breton sur une Gymnopédie de Satie, Sur le romantisme, déclamer le lac de Lamartine sur le prélude N°4 de Chopin, Les 4 Saisons de Vivaldi pour les émotions liées à la météo de notre être… Mais aussi toutes les musiques liées à nos souvenirs!

Ou encore pour trouver la paix intérieure, pour se concentrer, je suis Ok avec Onfray, écouter du Bach… Il nous ramène à notre respiration, à notre intériorité. 

Belle journée à vous, 

Cécile

5. Roger : Une référence pour en savoir plus.

http://www.classiquenews.com/lire/lire_article.aspx?article=6379&identifiant=2013317YHJU6CMXFKCZPFSOUVAST2I7Q

Roger et alii

Retorica

(2.400 caractères)

C/ 01 ART musique perspectives books échanges 2013_04 Cécile

Cécile (30 avril) : Je reviens 5 mn vers vous. Hier, sur la plage à défaut de plonger dans l’Ocean, me suis plongée au soleil tout l’après midi dans le dernier « Magazine litteraire » Dossier Stefan Zweig : Un après midi de bonheur, Soleil, Sable, Musique de l’Océan, chant des Goélands et comme nourriture Zweig !

L’article « La derniere suite brésilienne » : ce dernier a pour chapeau  » Zweig compose au bresil, avec son coutumier sens musical, son ultime recueil, dont l’original est en portugais ».

Ce recueil de 3 textes n’est malheureusement pas édité en France: « allegro moderato, andante giusto et allegro agitato ». Il paraît que c’est un bijou ciselé… Son ami Romain Rolland parle de Zweig en ces termes :  » Ce haut et fin sens musical, que ne remarque pas assez l’oreille tumultueuse du temps est ce qui m’attache le plus à l’oeuvre de Zweig« .

Ce recueil s’ouvre sue une preface lyrique en forme de sonnet, ce qui souligne encore le « fin sens musical », la musique des mots, la musicalite de son ecriture et sans aucun doute le sens  de cette composition!

Il semble que cette oeuvre posthume soit digne du Maestro Zweig,,,, j’ai hâte de lire!

Tout le dossier est jubilatoire, Zweig et Freud, Zweig et Balzac, Zweig et Montaigne, ou encore Dostoievski, Erasme…

Par ailleurs, en fin de revue, une interview de Peter Handke.

Il revient sur l’idée de projet, qui m’est chère! Ce dernier dit, je cite:  » Pour moi, un projet, c’est une lumière, c’est un mouvement. Une lumière extérieure et intérieure qui les relie, les fait vibrer, leur donne un rythme et me met en marche... »

Plus loin, il parle de l’Ecriture, comme d’une aventure ! Pas toute l’Ecriture, uniquement la Poésie. La fiction qui est le couronnement de l’Ecriture. Pas la fiction gratuite, qui est là pour vendre. Mais la fiction qui vient de l’intérieur de soi, qui porte l’interprétation sans opinion de l’être humain. La vraie fiction – quand l’imagination vous montre ce qui s’est passe, ce qui se passe maintenant et ce qui pourrait se passer a l’avenir- , c’est une grâce. C’est tellement rare que c’est un événement. C’est une légitimation de l’ecriture. Celle qu’on ne pratique presque plus aujourd’hui, car on mélange tout. C’est ça l’aventure : découvrir, travailler sur le récit, sur les confrontations, sur la neige, sur le vent, sur l’être, sur les yeux de l’autre, sur l’amour bien sûr… »

Voilà  ma petite page culturelle artistique pour aujourd’hui, pars faire petite balade en velo… Quand je m’en vais, de bon matin…

A bientôt, En tout cas, j’ai beaucoup de plaisir a vous lire, quand j’entends Art(s), tous mes sens se reveillent !

Merci ,

Roger : (6 mai) La musique baigne notre vie.

Par association  d’idées, me revient l’information suivante :

“Le Chant des Nations. Musiques et Cultures en Europe 1870 – 1914” Didier Francfort

Dans un ouvrage consacré au “Chant des Nations. Musiques et Cultures en Europe 1870 – 1914” Didier Francfort dégage un certain d’idées intéressantes. 

Les nations se reconnaissent souvent dans leur tradition nationale et dans la figure d’un grand compositeur” (p. 9) Héros national, le composition devient, comme Chopin ou Liszt l’ambassadeur de son peuple (p. 156). Un élément de recherche d’authenticité va jouer fortement et paradoxalement dans cette expansion européenne. 

C’est la naissance du folklore. Ce néologisme anglais (1846) forgé sur folk : “peuple” et lore “savoir, science” désigne la science des traditions et des usages populaires. (p. 196).Ce mouvement européen conduit à une collecte des traditions dans tous les domaines et tous les pays. Bartók en définit la portée dans un article de 1938 : “Il est indéniable que le le réveil du sentiment national apporte une impulsion nouvelle à l’étude de la chanson populaire comme, du reste, à celle  de toutes les branches du folklore. (…) Les petites nations – en particulier celles qu’oppriment leurs activités politiques – ont trouvé dans ces valeurs  une consolation, la conviction du bien-fondé de leur existence.” (p. 209). Sibélius est profondément marqué par un musicien traditionnek finlandais aveugle. Un proverbe hongrois affirme : “C’est dans la langue que réside la nation.” (p. 228). 

Langue et musique contribuent à l’éveil des nations en chantant le printemps, les forêts, les fleuves et les rivières. C’est l’époque du “beau Danube bleu” (musique de Strauss 1867, nouvelles paroles 1890). (p. 250). En France, en 1832, c’était déjà le succès de “Montagnes pyrénées / vous êtes mes amours..” (p. 255). Les hymnes nationaux, les marches militaires jouent un rôle important (“Marseillaise” p. 274, “God save the Queen” p. 279, “Marche de Radetzky” p. 286 et même “Symphonie des Milles” de G. Mahler p. 290). La musique religieuse participe également de cette “esthétique de l’explicite et de l’absolu” avec le succès du plain-chant ou du “Requiem de Verdi”. Même si le personnage de Des Esseintes dans l’”A rebours” de Huysmans y voit une régression vers l’enfance (p. 326-327). 

On commence à sentir qu’il s’agit d’un patrimoine commun avec la découverte ou la redécouverte de Bach, de Haendel. Et en même temps on accepte la multiplicité des influences comme le montre le succès du “Chant de la Terre” de Mahler. Un contemporain en dit de lui : “Mahler n’est pas plus allemand qu’autrichien,  il est multinationaliste. Peut-être est-ce aussi la conséquence logique de sa judéïté.” (p. 328-330-331). Le destin de Mahler veut qu’il reste étranger malgré sa conversion au catholicisme (p. 338). 

En même temps Erik Satie pratique une musique du “dégrisement” (p. 340), du dégonflage de l’enflure (p. 342) comme la 5° symphonie de Mahler pratiquait la parodie et l’auto-parodie (p. 332).

Sibélius (p. 346 – 347) et “l’internationale de l’avant-garde” (avant 1914) accompagnent les actions de Verdi et de Liszt. Mendelssohn, mort en 1847, découvreur de Bach, est admiré dans toute l’Europe comme compositeur, pianiste et chef d’orchestre. (p. 354). Les compositeurs nationaux s’imposent à l’Ensemble de l’Europe (p. 356 – 357). Le wagnérisme et le folkorisme deviennent des passions européennes (p. 360). Rimsky-Korsakov écrit en 1887 son “Capriccio espagnol” (p. 366).  

Dans une étude sur la culture mondiale Pascale Casanova écrit au sujet de Kafka : “Son extraordinaire recherche et sa position intenable l’ont sans doute obligé à inventer une littérature qui, à travers la subversion des codes ordinaires  de la représentation littéraire et surtout les interrogations sur l’identité juive  comme inéluctabilité du destin social, portait à son intensité la plus extrême une interrogation universelle.” (“La République mondiale des Lettres”, Paris, Le Seuil, 1999, p.479)  (p. 372).

La fétichisation de la musique caractérise l’ère des masses, aussi bien dans l’esthétique “réalisme socialiste” que dans l’économie marchande. (p. 376-377). Dans sa conclusion à “la Sonate à Kreutzer” Léon Tolstoï affirme que la musique conduit à la débauche si elle n’est pas soumise à une fin supérieure : l’Armée pour la musique militaire, l’Eglise pour la musique religieuse : “La musique m’oblige à m’oublier, à oublier ma vraie condition, elle me transporte dans un état qui n’est pas le mien. (…) En Chine, la musique est l’affaire de l’Etat. C’est ainsi que  cela doit être.” (p. 378 –  379)

Mais la musique s’émancipe et gagne des publics nouveaux (p. 379). Verdi, Grieg, Elgar ou Wagner jouent un rôle éminent dans leurs patries respectives et prennent une dimension européenne.  Dans les années 50 Gombrowicz ironise sur le culte communiste rendu en Pologne à Chopin, Mickiewicz ou Copernic. Dire que les Polonais ont “produit” ces grands hommes n’est, selon lui, qu’une métaphore. alors qu’ils “n’ont fait que naître” parmi eux. (p. 383). 

Les musiques qui ont gagné le plus d’universalité sont, nous l’espérons l’avoir suggéré, les plus historiques, pas les plus “nationales””. (p. 383 – 384).

C’est un mouvement parallèle à celui que décrivait Milan Kundera en 1993 à propos de l’évolution du roman : il y voit une ”logique supranationale”, un contexte européen dans lequel la littérature doit être replacée. (p.384)

Jusqu’à la guerre franco-allemande de 1870  “la mode était européenne et la musique dépendait de critères esthétiques reconnus par tous”. (p.11) Pourtant “les musiques produites en Europe entre 1870 et 1914 semblent (…) impossibles à réduire à un seul élément national ou universel” (p. 371) “Tous ceux qui ont voulu fonder un art national n’ont fait, en définitive, que propager une mode européenne.” (p. 373). (1)

(1) Didier Francfort; “Le chant des Nations. Musiques et Cultures en Europe, 1870 – 1914”, Hachette Littératures, 2004, 462 p.

Cécile (7 mai) :  Peut être que certains d’entre vous connaissent cet ouvrage. Colette Louis, fille de parents instituteurs, ex épouse de Guy Reibel, – compositeur de musique contemporaine, créateur du chœur de Radio France -, a été conseillère pédagogique musicale en maternelle et école élémentaire en région parisienne. Elle a regroupé dans ce petit ouvrage ses expériences… 

C’est la grand mère de mes neveux et nièces. Elle vit aujourd’hui à Nantes, bien qu’ayant quelques problèmes de santé, acouphènes… dur lorsque l’on est une musicienne, elle aime partager son expérience… 

Si vous êtes interessé(e)s, je peux vous mettre en contact avec elle! 

Cécile

http://www.editions-delatour.com/manufacturer.php?id_manufacturer=252

Petites aventures musicales de Colette Louis Reibel 

Les fameuses « Petites aventures musicales » de Colette Louis-Reibel ont été ré-éditées, avec cette fois un support CD, 

Un livret et un CD pour témoigner de la créativité, du pouvoir de concentration et de réflexion des enfants, pour une éducation musicale ouverte à tous, sous la bannière des cultures. 

Colette Louis-Reibel a mis à profit son expérience musicale pour guider les enfants des écoles sur le chemin de la création, par le jeu vocal et instrumental. Il nourrit les idées musicales avec une priorité : l’expression. 

Une démarche originale, fertile en surprises et plaisir musical !

Roger et Alii

Retorica

(10.100 caractères)

Pour l’ensemble A/ B/ C/ :

Roger et Alii

Retorica

(22.900 caractères)

 

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