01 ART tags graphes 1994

J’avais proposé ce sujet d’examen à une classe de MAI (Mécanismes et Automatismes Industriel. Flop complet : indignation devant la pratique du tag, indignation devant un sujet jugé démagogique, indignation enfin devant ce qui pouvait passer pour une approbation de l’affaiblissement de la morale sociale.

En fait, ce qui m’intéressait, mais je le sentais encore confusément vers 1994 c’était la possibilité culturelle de passer du “tag” au “graphe”, terme dont l’emploi alors m’était inconnu. Dès lors ce dossier d’abord classé en 31 SOC tag me paraît plus en situation dans 01 ART.

Je n’ai pas retouché la conclusion. Aujourd’hui je la rédigerais autrement. On peut faire évoluer le tag vers le graphe si l’on donne aux jeunes des espaces d’expression qui les dispense de recourir aux surfaces murales urbaines. C’est toute une conception de la vie culturelle des cités qui se met alors en mouvement avec des Maisons de jeunes réellement viables. Elles comporteraient quelques murs spéciaux proposant des cartons vierges à enlever, garder… et sûrement vendre ! Roger

BTS SUJET II Synthèse de documents LE PHENOMENE DU « TAG ». 1994

(Code : 0 = introductions et 9 = conclusions)

0. Introduction. Quatre documents, pratiquement contemporains, nous invitent à nous pencher sur le phénomène du « Tag » : « Les taggeurs sont dans la ville » de Jacqueline Rémy, »L’Express », 1988 (doc 1), »Histoire de graffiti » d’Otto Hahn, »L’Express », 1987 (doc 2), « Profession : chasseur de tags » d’Alain Faujas, « Le Monde« , 1990 ; enfin le document 4 présente deux « tags » et une céramique, reproductions dues à Françoise Robert l’Argenton, « Communication et Langages« , 1990. Ce phénomène semble relever à la fois du vandalisme et de l’esthétique.

1.0 Le phénomène du « tag » relève d’abord du vandalisme.


1.1J.Rémy nous présente un garçon de quinze ans qui tague constamment, partout et même sur ses cahiers d’écolier. Pour lui, cette activité est devenue comme une drogue (doc 1). A.Faujas va dans le même sens quand il évoque ces jeunes qui taggent pour aider Electro Painters à mettre au point… des tests anti-tags (doc 2). Cette fureur est confirmée par les chiffres de J. Rémy : en 1985 on arrêtait quelques dizaines de taggers, de 600 à 700 en 1986 et cette activité concernait de 1500 à 2000 jeunes (doc 1), qui selon O. Hahn ont leur propre territoire, ceux de la Bastille ne se confondant pas avec ceux du XIII°(doc 2). A. Faujas observe, qu’en 1987, les voyageurs ont éprouvé malaise et anxiété devant l’explosion de tags sur les murs et les parois des voitures de la R.A.T.P (doc 3)


1.2 Un tel vandalisme, illustré par le tag en flew up (fait à la volée) du doc 4, revient fort cher: en un an, remarque J.Rémy, les dépenses de la R.A.T.P pour les effacer a triplé, passant à 14 millions de francs. Il faut à un particulier 22.000 frs pour nettoyer un mur ainsi défiguré (doc 1). Mais une solution existe. A.Faujas l’expose : il s’agit d’un vernis réticulé anti-graffitis (V.R.A.G.) fait d’un simple blindage préventif. Il est malheureusement inopérant contre les bombes indélébiles d’un fabricant allemand, bombes qu’il faudrait in- terdire (doc 3).

1.3 Toujours selon A. Faujas, ce produit a été mis au point par Electro- painters (60 employés, chiffre d’affaires 19 millions de francs) (doc 3). Cette société aide la R.A.T. P. laquelle,d’après J. Rémy, a déclenché une véritable guerre pour réduire les taggers et mettre au point des revêtements faciles à effacer (doc 1). A. Faujas décrit le procédé mis au point par cette entreprise qui se consacrait à la peinture rapide du mobilier métallique et à l’entretien des immeubles. On crée un champ magnétique qui attire vers le métal des particules chargées d’ions négatifs. Aucun brevet n’a été déposé afin de ne pas éveiller l’attention de la concurrence (doc 3).

1.9 Ce vandalisme revient donc très cher à la collectivité mais la parade existe et commence à produire son effet.

2.0 Le phénomène présente un autre volet, esthétique celui-là.


2.1 O.Hahn indique qu’il s’agit de graffitis anonymes, bloqués ici, réapparus là (doc 2). J. Rémy va dans le même sens en évoquant des graffitis énigmatiques qui prolifèrent, aussitôt ressuscités qu’effacés. Ces caractères mi-arabes, mi- gothiques offrent entre eux une grande ressemblance (doc 1). Nés très tôt, en 1968, les graffitis avaient, selon O. Hahn, évolué après 1980, vers les poèmes, le lettrage (onomatopées déformées des B.D) et l’érotisme avant de déboucher sur les tags (doc 2).La variété de ces graffitis est illustrée par le document 4 qui oppose un tag en flew-up (fait à la volée) à un tag toyé (recouvrant celui d’un adversaire). J. Rémy parle de hiéroglyphes urbains et modernes ainsi que de communication propre à notre ère médiatique (doc 1). Et O. Hahn s’interroge : vandalisme ou communication ? moyen d’expression spontanée ? (doc 2).


2.2 Ainsi se trouvent posés des problèmes esthétiques. J.Rémy oppose les tags à la beauté brute des fresques récupérées culturellement (doc 1). O. Hahn montre comment des artistes comme Keith Haring ou Jean-Michel Basquiat sont passés du métro à Sotheby’s (doc 2). Cette forme d’art vient, cependant, en dénaturer une autre : A. Faujas note que les fresques du métro Abbesses souillées par des tags ont du être protégées par le procédé V.R.A.G d’Electronic Painters (doc 3).Mais le tag offre une parenté avec d’autres formes d’art: il suffit d’observer la signature de François Villon reconstituée en céramique à la station Cluny-Sorbonne (doc 4). J. Rémy présente l’esthétique propre au tag : c’est une signature rapide comme une calligraphie, « bad » (méchamment belle) et « def » (d’enfer) (doc 1). Encore que, remarque O.Hahn, si les artistes sont quelquefois vandales, les vandales sont rarement des artistes (doc 2). Tout ceci relève d’une aspiration collective à plus de formes, plus de couleurs. Electro Painters, remarque A. Faujas, ne s’y trompe pas qui vient de créer un nuancier de 15.000 teintes destiné aux entreprises qui veulent augmenter leur productivité tout en remontant le moral de leurs employés (doc 3).


2.3 J. Rémy remarque que sous sa tenue de tagger (casquette, basket, sac à dos pour ses « vandaliseurs », ses bombes) Stoïker est un artiste,comme l’est Zlotykamien qui opère depuis 1968 ou Ernest Pignon-Ernest axé sur le pochoir. Ces taggers ont un fort sentiment du groupe : 4 (for) accompagne le tag d’un ami, « toy » recouvre le tag d’un adversaire (doc 1).Ce qu’illustre le tag toyé reproduit dans le document 4. Mais l’art reposant sur la liberté, O. Hahn juge que le relatif laisser-faire dont jouissent les tags est la seule garantie de leur survie (doc 2).

2.4 O. Hahn reste le seul à développer la dimension esthétique et commerciale des tags. Il reconnaît une hiérachie du graffiti à l’art et note que les espaces réservés où peuvent s’exprimer les taggers intéresse les collectionneurs. C’est pourquoi des commissaires-priseurs se sont spécialisés sur ce marché et négocient des oeuvres dans une fourchette de 4.000 à 20.000 frs. Cette récupération intéresse également les peintres de rues quand ils décorent les palissades que les promoteurs leur proposent. (doc 2).

2.9 A travers une activité qui s’apparente à la calligraphie par sa rapidité et son originalité les taggers les plus doués peuvent intéresser le marché de l’art et vendre des oeuvres destinées à des collectionneurs.

9.Conclusion. Vandalisme ou esthétique ? Le problème ne se pose pas en des termes aussi tranchés. Les victimes du vandalisme (particuliers ou R.A.T.P) ont trouvé la parade technique. Quant à l’esthétique, ceux des taggers qui ont une véritable vocation artistique trouveront à l’exercer et s’intéresseront à d’autres formes d’expression. Suggérons-leur l’aquarelle…

Mais le dossier fait l’impasse sur le problème réel, celui de la motivation de ces centaines de jeunes qui se livrent au tag, comme d’autres s’adonnent au rap. On a parlé de culture hip-hop. Il s’agit évidemment d’une forme de protestation contre une société qui canalise tout, qui récupère tout, tant les complexes et mouvants circuits de la communication relèvent d’une activité marchande. Tout peut se vendre et tout peut s’acheter… à condition de trouver le collectionneur qui tente un placement probablement risqué.

On peut s’en indigner. Mais cette indignation resterait stérile. Mieux vaut conserver ses forces pour lutter contre le chômage et le mal-vivre dont le tag est, du reste, un sous-produit. Sourions plutôt d’une récupération si rapide qu’elle réussit à proposer le thème du tag dans un sujet de culture générale destiné au B.T.S…

Roger et Alii

Retorica

(1.400 mots, 8.600 caractères)

Mots-clés

Laisser un commentaire ?