02 BIB abracadabra cerveau univers 2016-02

complément de :

http://www.retorica.fr/Retorica/02-bib-creation-du-monde-2004_04/

voir aussi :

http://www.retorica.fr/Retorica/29-sci-creationnisme-darwinisme-2008_12/

1. La célèbre formule « abracadabra » est dérivée de l’hébreu « Abra kadabra » qui signifie « Je crée comme je parle » . Le thème de la création par le verbe est fondamental dans le « Sépher Yetsirah », le Livre de la Création. C’est un des livres majeurs de la Kabbale. Il permettait, entre autres, de créer un Golem. « Si un juste le désire, il peut créer un monde” dit Rava (299 – 353) dans le traité du Talmud Sanhédrin 65b. Un de ses contemporains, le sage Rav Zéra possédait une telle concentration qu’il était capable de mettre ses pieds dans le feu sans se brûler. Il en faisait l’expérience tous les mois mais quand les autres sages le déconcentraient il se brûlait. A eux deux, il créèrent un veau qu’ils sacrifièrent lors d’un festin. Puis “Rava créa un homme” (Sanhédrin 65b) et l’envoya à son ami. Mais l’androïde ne put répondre à ses questions car Rava était encore sous l’emprise du péché et il le détruisit. L’expression “Rava créa un homme” est un jeu de mots en hébreu “Raba Bara Gbara” dont les trois mots sont constitués par les mêmes lettres. Il y a là une allusion au célèbre “abracadabra”, (d’après Virga “Le Sepher Yetsirah”, Ed. Georges Lahy 1995)

2. « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » est une traduction discutable. Plus exactement on peut lire « A un commencement… » Ainsi un midrash (anecdote) affirme : « …Le Saint-Loué Soit-Il construisait des mondes et les détruisait jusqu’à ce qu’Il construise ce monde… » (Midrash Kohelet Rabah sur Bereshit chap 3, verset 14). Trois conséquences possibles en découlent : ce monde (le nôtre) était alors le plus parfait possible ; il aura une fin ; il sera remplacé par un monde encore meilleur.

3. « Que la lumière soit et la lumière fut. » Cette formule relève, pour Boileau, du Sublime : « Il faut … savoir que par Sublime, Longin n’entend pas ce que les orateurs appellent le style sublime : mais cet extraordinaire et ce merveilleux qui frappe dans le discours, et qui fait qu’un ouvrage enlève, ravit, transporte. Le style sublime veut toujours de grands mots ; mais le Sublime se peut trouver dans une seule pensée, dans une seule figure, dans un seul tour de paroles. Une chose peut être dans le style sublime, et n’être pourtant pas Sublime, c’est-à-dire n’avoir rien d’extraordinaire ni de surprenant. Par exemple, Le souverain arbitre de la nature d’une seule parole forma la lumière. Voilà qui est dans le style sublime : cela n’est pas néanmoins Sublime; parce qu’il n’y a rien là de fort merveilleux, et qu’on ne pût aisément trouver. Mais, Dieu dit: Que la lumière se fasse, et la lumière se fit. Ce tour extraordinaire d’expression qui marque si bien l’obéissance de la créature aux ordres du créateur, est véritablement sublime, et a quelque chose de divin. Il faut donc entendre par Sublime dans Longin, l’Extraordinaire, le Surprenant, et comme je l’ai traduit, le Merveilleux dans le discours. » (Boileau, préface au traité du Sublime de Longin, 1701, Longin Ier siècle après J.C).

4. « Le cerveau crée la pensée » mais si l’on renverse la proposition on obtient « la pensée crée le cerveau ». Il s’agit de la pensée primordiale, de l’énergie primordiale, de la volonté primordiale, de l’amour primordial, de ce qui est à l’origine de tout, Dieu pour utiliser un mot courant. Il s’agit de Celui qui peut dire « Que la Lumière soit et la Lumière fut » (Gen 1,3) ou « Fiat lux, et lux fuit. » Il s’agit de la Lumière, elle aussi primordiale et non de la lumière courante qui joint aux ténèbres constitue le jour et la nuit. C’est elle qui régit l’Univers et donc nos cerveaux.

Le cerveau humain de chaque personne est aussi complexe que l’ensemble de l’Univers et il est construit sur les mêmes lois fondamentales selon un principe d’économie qui laisse pantois tous les scientifiques humains.

« Dieu ne joue pas aux dés » disait Einstein mais Dieu/Lumière est à l’origine de la mécanique quantique. Les scientifiques ne créent pas cette mécanique mais ils la découvrent, autorisés à le faire par la Lumière primordiale qui est Conscience, selon des modalités dont nous ignorons tout.

http://www.gurumed.org/2012/11/28/notre-cerveau-internet-et-lunivers-semblent-partager-les-mmes-lois-de-dveloppement/

http://hubertelie.com/u_psy_scien-fr-610-000-cerveau-et-univers-total.html

http://hubertelie.com/u_psy_scien-fr-610-000-cerveau-et-univers-total.html

http://hubertelie.com/u_psy_scien-fr-610-000-cerveau-et-univers-total.html

5. Cette formule (« Fiat lux et lux fuit ») est effectivement extraordinaire dans sa brièveté. Dieu crée tout dans une seule parole qui est action. Elle illustre à merveille le « Big Bang » notion longtemps refusée. Le terme de « Big Bang » fut proposé d’abord ironiquement dans les années 1950 par l’astronome et romancier Fred Hoyle (1915 – 2001) qui finit par admettre sa réalité. Son corollaire le « Big Crunch »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Crunch

pose toujours problème puisque l’Univers est en expansion accélérée… à moins que la multiplication des trous noirs finisse par le détruire de proche en proche…

6. La confrontation des acquis scientifiques toujours provisoires et d’une pensée juive difficile à consulter a fait l’objet d’un ouvrage de Jacob Ouanounou « La Clef des temps, Une lecture biblique de la science, essai », Edilivre, Editions APARIS, 2008, 470 pages. L’intérêt du livre est de préciser le sens des mots. Le midrash suggère de multiples possibilités. Or parmi la masse des équations quantiques, une seule a été exploitée : les semi-conducteurs et l’effet tunnel d’où sort toutes l’électronique moderne (radio, informatique, portables, GPS…). Cette autoroute de l’information nous paraît la seule mais il y en a bien d’autres…

7. Autre formule à expliquer : « La Terre était Tohu-Bohu ». La Terre représente l’Univers tout entier et le « Tohu-Bohu » la soupe primitive. Il s’est résorbé en une tête d’épingle pour éclater en Big Bang. Dieu n’a donc pas créé le monde à partir de rien. Un commentateur juif Nahmanide traduit « tohu » par « ébahi » (de l’hébreu « tohé ») car « ébahi par l’état initial ; car si quelqu’un venait à attribuer un nom à cette chose, il serait ébahi et lui attribuerait un autre nom ». Selon Nahmanide, « Bohu » serait la contraction de « bo-hu » : « c’est dedans car tout ce qui existe y était en puissance ». La traduction de « Tohu-Bohu » serait « ébahi par la potentialité » ; elle traduit l’étonnement du spectateur scientifique moderne. Nahmanide (1194 – 1270) est un commentateur juif espagnol du Moyen-Age célèbre par ailleurs par la « Disputation de Barcelone » (1263) voir :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Disputation_de_Barcelone

8. La « lumière » ne relève pas de l’opposition jour / nuit. Or le soleil n’est créé qu’au quatrième jour. Il s’agit donc d’une autre lumière, de la lumière primordiale :

www.cea.fr/fr/jeunes/livret/astrophysique/naissance-etoiles.html

La lumière naît quand la matière se dissocie de l’énergie. Elle se propage dans un espace vide. L’Univers s’est suffisamment refroidi pour que la matière puisse exister dans un état à peu près stable. L’énergie lumineuse peut se propager. C’est le moment du « Que la lumière soit ! » Dans « il y eut un soir et il y eut un matin : premier jour » le mot « jour » signifie « cycle » et « premier jour » signifie « jour UN » dans son unité nuit – jour. Nahmanide (voir plus loin) traduit « soir » par « trouble, mélange » et « matin » par « ordre ». Le « jour Un », le premier des six jours est la première mise en ordre du futur Univers. C’est une opération intellectuelle, scientifique où Dieu sépare ce qu’il juge devoir être séparé. Mais avec quel outil Dieu a-t-il travaillé ? Le mot hébreu « commencement » est en fait « commencement-de » exactement comme dans Psaumes 11,10 « Le commencement-de la sagesse est la crainte de l’Eternel ». L’outil dont se sert l’Eternel est le « commencement-de » qui renvoie à sagesse. « Dieu créa avec sagesse », c’est le choix du Targum (traduction-commentaire) de Jérusalem. Il faudrait donc lire : « Avec sagesse, Dieu créa le ciel et la terre ». Le commencement a été créé et son explosion a donné naissance au temps, à l’espace et à la matière. Ainsi que l’écrit Jacob Ouanounou dont je reprends les analyses : « C’est par le Temps que la création a commencé. Le Temps et l’Espace sont instables, danseurs complices dans une ronde infinie. » (p. 169). D’où l’instabilité de l’Espace-Temps

9. Dieu a fait « l’homme à son image ». La sagesse de Dieu doit se concrétiser et s’épanouir dans la vie sociale et spirituelle de l’homme : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19,18) comme Dieu nous aime comme lui-même puisque nous en sommes l’émanation. On lit dans Deutéronome 4, 32 : « Interroge donc les premiers jours qui t’ont précédé, du jour où Dieu a créé l’homme sur la Terre, et d’une extrémité du ciel jusqu’à l’extrémité du ciel. » Questionner l’Univers et ses lois physiques est un devoir pour l’homme. Ainsi cette « sagesse » est une émanation de la sagesse divine et y retourne. L’activité scientifique est une contemplation.

10. Le calendrier hébreu va jusqu’à 6 000 ans après la création du monde. Que se passera-t-il pendant les 1 000 ans qui suivront ? Mystère ! Et que s’est – il passé pendant les 6 000 ans avant, c’est-à-dire aux environs de – 8 000 ? Jusque là, il y a des hommes mais leur préoccupation est de survivre, non de vivre, de pouvoir, non de savoir et encore moins de savoir qu’il sait. Mais l’Homo Sapiens Sapiens émerge et c’est Adam. Le souffle biologique existait chez les végétaux, les poissons et les animaux. Les hommes primitifs en bénéficiaient mais ils vont atteindre un nouveau stade. Ils vont obtenir une « âme de vie ». Elle n’est ni animale (nephesh), ni humaine (rouah) mais sociale (neshama). Gen 2.7 : « L’Eternel-Dieu façonna l’homme – poussière détachée du sol – fit pénétrer dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. » (traduction Rabbinat). Cet homme est pleinement vivant. Il est capable de croire, de s’abstenir de comportements qui lui sont nuisibles mais il reste libre. Cet homme, Adam, est le premier à se considérer comme responsable, « obligé du monde » (Hannah Arendt) . Il fait le lien entre des hommes primitifs qui luttent pour survivre et « une espèce d’hommes qui se perçoivent imparfaits, obligés de se surmonter pour être à la hauteur de l’image qu’ils voudraient avoir d’eux-mêmes. » (Jacob Ouanounou p. 193)

11. Les interprétations juives ont commenté diversement l’attaque « Beréshit » (au commencement). Le préfixe Bé- a de multiples significations. Le mot « Réshit » est ici irrégulier. On le rencontre dans les « Proverbes » (8,22) sous la forme d’un substantif pour désigner la Torah. Celle-ci existait avant la Création. « Bé- » introduit une notion de causalité : il donne la raison de ce qui va suivre. La Torah est à la fois le cadre et la cause de la Création. Mais « Réshit » dérive aussi du mot « Rosh » (tête) d’où le mot « Rishon » (premier). « Reshit » c’est le commencement de quelque chose, comme une locomotive en tête d’un train. D’où la traduction possible « En Tête, l’Eternel créa le Ciel et la Terre ». On peut comprendre : « C’est avec un objectif en tête que l’Eternel créa le Ciel et la Terre. » (d’après Jacob Ouanounou « La Clé des temps » p. 173 – 186)

12. Gen. I, 27 : “L’Eternel créa l’Homme à Son Image, à Son image il le créa ; Masculin et Féminin il les créa.” L’Humanité est au pluriel. Gen 1,31 « L’Eternel vit tout ce qu’il avait fait, et voici que c’était très bien ; il y eut un jour, il y eut un soir, le sixième jour. » Gen 2,1 « Le Ciel et la Terre ainsi que tout leur contenu furent achevés » 2,2 « L’Eternel acheva au cours du septième jour Son œuvre qu’il avait faite ; Il fit une pause, pendant le septième jour, de toute son œuvre qu’Il avait faite. » 2,3 « L’Eternel bénit le septième jour et le consacra, car c’est en ce jour qu’Il fit une pause de toute Son œuvre qu’Il créa pour faire. » Est-ce au cours du 6° ou du 7° jour que l’Eternel a fini Son œuvre ? Rachi explique que cette contradiction est une invitation à chercher.(« Dorshéni » cherche-moi, commente-moi). Exode 31, 16. « Les enfants d’Israël observeront le Shabbat, afin d’accomplir le Shabbat dans leurs générations comme une alliance éternelle » ; 31, 17. « C’est entre Moi et les enfants d’Israël un signe pour l’éternité, qu’en six jours l’Eternel fit le Ciel et la Terre et qu’au septième jour Il fit une pause et se reposa. » Le texte ne dit pas vraiment que le monde fut fait en six jours. Même ambiguïté qu’en anglais « for six days » « for » peut signifier la durée ou l’objectif. L’Eternel créa le monde pour six jours. Le sixième jour au soir, nous dit le Midrash, l’Univers vacillait, s’apprêtait à s’anéantir. Par ailleurs que signifie “l’Eternel s’est reposé” ? Le verbe pour signifier ici le repos a pour racine Nefesh (“l’-âme”). L’Eternel s’est en-âmé avec le monde, dans une action réciproque, un peu comme lorsqu’on se dispute. D’où la traduction possible Gen 31, 17 : “c’est, entre Moi et les Enfants d’Israël, un signe pour l’éternité que l’Eternel créa le Ciel et la Terre pour six jours, et qu’au septième jour Il fit une pause et y introduisit une dimension spirituelle.” On peut maintenant revenir au texte : Gen 1, 31. “L’Eternel vit tout ce qu’il avait fait, et voici que c’était très bien ; il y eut un jour, il y eut un soir, le sixième jour Gen 2, 1 Le Ciel et la Terre ainsi que tout leur contenu furent achevés ;.” Mais le travail n’est pas fini au sixième jour car un monde uniquement matériel ne survit pas. Gen 2, 2. L’Eternel acheva au cours du septième jour Son œuvre qu’Il avait faite ; Il fit une pause, pendant le septième jour, de toute Son œuvre qu’il avait faite 2, 3 L’Eternel bénit le septième jour et le consacra, car c’est en ce jour qu’il fit une pause de toute Son œuvre qu’Il créa pour faire.” C’est du Shabbat qu’émane la spiritualité comme garante de la survie de l’Humanité (ou de l’Univers) et comme objectif de la création.

Roger et Alii

Retorica

2 450 mots, 14 300 caractères, 2016-03-11

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