02 BIB Election multiple 2010 02

     1. Dans le système Retorica ce fichier est un fichier trampoline. Il effectue des sauts dans des sujets annexes sans perdre de vue le thème principal. D’abord un entretien sur l’Election. Puis les implications d’une Election multiple. Roger

        2.  “Pourquoi les Juifs sont-ils le peuple élu ?  Il y 4 000 ans, par les voix d’Abraham et de Moïse, le Seigneur propose un pacte inouï au Hébreux : « Tu seras mon peuple, je serai ton Dieu. » Comment comprendre le mystère de cette élection ? « La question n’est pas : pourquoi eux et pas nous ! avertit Sr Dominique de La Maison neuve, religieuse de Notre-Dame de Sion, auteur de “Le judaïsme” (Ed. de l’Atelier, 174 pages) . On confond souvent élection et élitisme. Or, ici, il s’agit d’un choix d’amour de la part de Dieu : ‘Tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu : c’est toi qu’il a choisi pour être son peuple particulier‘, dit le Deutéronome. En contrepartie, la vocation des Juifs est d’annoncer Dieu à l’humanité : s’il y a un salut pour les païens, c’est grâce au peuple d’Israël ! Le peuple élu est donc, au sens propre, exemplaire : à travers lui, Dieu nous montre la manière dont il souhaite parler aux hommes. »

        “La nouvelle alliance proposée par le Christ annule-t-elle cette élection ? A la suite du Christ ressuscité, les chrétiens proclament que tout homme est appelé à vivre de l’Evangile, qu’il soit libre ou esclave, juif ou païen. Pour les premiers chrétiens, presque tous d’origine juive, c’est une révolution : plus besoin d’être né d’une mère juive, ni d’être circoncis, pour aimer le Dieu UN (Dt 6, 4).

        “Ce salut offert à tous rend-il caduque la première alliance proposée au peuple juif ? Evidemment non : comme l’écrit avec fermeté saint Paul, les dons de Dieu sont « sans repentance ». L’élection du peuple juif est donc irrévocable. D’autres textes de saint Paul ont pourtant été interprétés, pendant des siècles, dans un sens opposé : selon la théologie dite de la « substitution », les chrétiens seraient devenus le « nouvel Israël », prenant purement et simplement la place du peuple juif. Cette théologie irrecevable a été condamnée depuis par l’Eglise, qui préfère désormais utiliser l’image (paulinienne, elle aussi) de l’olivier : sur le tronc du judaïsme, le christianisme, tel un greffon, a développé ses rameaux.

        “Les chrétiens ont-ils à « convertir » les juifs ? Les Juifs, « peuple déicide », disait encore la liturgie jusqu’au concile Vatican II (1962-1965). Combien de catholiques ont-ils, en toute bonne foi, prié dans leur enfance pour la « conversion » du peuple juif ? Comme si ce dernier persistait dans l’erreur depuis deux mille ans… Mis à part, persécuté, le peuple élu a payé un lourd tribut à cette hostilité séculaire. Or, rappelle Sr Dominique de La Maisonneuve : « Dans l’Evangile, il est certes demandé aux apôtres d’aller ‘enseigner les Nations’. Mais Israël, précisément, ne fait pas partie des Nations. Comme si le peuple élu était, d’une certaine manière, un vis-à-vis indispensable pour l’humanité. » En

1965, la déclaration conciliaire Nostra Ætate avait ouvert le chemin, en évoquant le « patrimoine spirituel commun » aux juifs et aux chrétiens. Lorsque Benoît XVI proclame, à la suite du cardinal Lustiger, que « le peuple de Dieu, c’est l’Eglise et le peuple juif », il ne dit pas autre chose : les juifs sont nos « frères aînés » dans la foi. Pour l’Eglise, reconnaître et cultiver ses racines juives n’est donc en rien une question subsidiaire.

        “Comment comprendre le rôle d’Israël aujourd’hui ? Face aux événements dramatiques qui secouent l’Etat d’Israël depuis sa création il y a soixante ans, on peut être tenté de se dire : « Dieu a-t-il abandonné son peuple ? » Ou même, lorsqu’on songe à la douloureuse cohabitation avec le peuple palestinien : « La terre promise mérite- t-elle qu’on verse autant de sang pour elle ? » Attention, cependant, aux effets d’optique ! Tout d’abord, l’histoire actuelle d’Israël est celle d’un Etat laïc, avec ses choix politiques propres. L’identité juive se vit aussi ailleurs, autrement, notamment en diaspora. Reste qu’entre espoir et larmes, la vocation propre du peuple juif est un signe qui ne laisse personne en repos.” (Maryvonne Buss Le Pélerin 2008_05_06)

        3. Cet entretien est admirable à ceci près qu’il exclut de l’Election les musulmans en général et les Palestiniens en particulier. Juifs et chrétiens reproduisent à leur égard la même faute que les chrétiens envers les juifs. Or l’islam revendique haut et fort cette Election dont il déclare indignes juifs et chrétiens. Il y aurait donc une triple Election. Jacqueline  écoute, pleine d’espoir, un dialogue sur France Culture (2007_06_28) entre Zev Sternhell et Mustafa Barghouti. Elle est déçue :  “J’aimerais connaître vos réactions , quant à moi , je sais bien qu’il vaut mieux ne pas céder aux réactions émotionnelles, mais j’ai souffert avec Sternhell et j’en ai voulu à Barghouti , un modéré, de donner raison ,à ceux qui disent qu’il n’y a pas de »  » partenaire », s’agit-il seulement de malentendu? j’ai du mal à le croire et la journée commence mal.” Roger répond :Effectivement ce débat s’est révélé très décevant mais inévitable au niveau moyen choisi par les deux protagonistes. Je m’explique. Il y a, pour moi, trois niveaux.

        1. Le niveau d’une occupation des territoires menée, semble-t-il, en dépit du bon sens.  Je me suis laissé dire (source « Information juive » divers auteurs) que sur 1.300.000 juifs russes,  300.000 n’étaient pas juifs et se montraient, héritage de la patrie d’origine, ouvertement antisémites envers les Israéliens et racistes envers les Arabes. Ils auraient,  paraît-il, passablement dévoyé Tsahal, multipliant vexations et humiliations aux checks-points avec la volonté de pourrir la vie aux Palestiniens dans l’indifférence des officiers par ailleurs volontiers complices des colons. Ce niveau-là n’était pas du tout évoqué par Zev Sternhell mais il était implicite, quoique non dit,  dans les interventions de Mustafa Barghouti. Ce qui faisait la grandeur d’Israël dans l’entre-deux 1948 – 1967 c’était les kibboutzim et Tsahal. Les premiers, porteurs de socialisme ont cédé le pas devant un libéralisme dégradé à l’américaine en néo-libéralisme. Tsahal, force apparemment invincible a montré ses faiblesses dans les deux guerres du Liban, spécialement la seconde. Enfin il y a les colonies qu’il faut évacuer. Et bien sûr deux Etats pour deux peuples avec Jérusalem-est pour capitale palestinienne

        2. Le second niveau auquel sont restés les deux protagonistes c’est « il n’y a pas de partenaire » avec arguments des deux côtés. C’est bien ce que pense l’opinion palestinienne :  seuls 31 % des Palestiniens  croient la paix possible. Les Israéliens sont un peu plus optimistes : ils la croient possible à 42 % mais sans un travail sérieux au niveau 1, le niveau 2 ne sera pas atteint.

        3. Il y a un troisième niveau, dont on ne parle presque jamais, et qui implique d’une manière globale juifs, chrétiens et musulmans, c’est celui de l’Election. C’est un peu difficile à faire comprendre dans des milieux occidentaux, largement laïques, agnostiques, voire athées.  De leur côté les croyants arrivent difficilement à s’y faire. L’Élection chrétienne n’a pas annulé l’Élection juive. Au contraire elle s’en nourrit. Cette thèse de Rosenzweig (“L’Étoile de la Rédemption”, Allemagne 1921, traduction française Seuil, 1982) a fini par pénétrer les milieux chrétiens qui commencent à dialoguer avec les milieux juifs.  Une troisième Élection est née des deux premières, l’Élection musulmane. Le reconnaître, le dire, le proclamer même permettrait, à mon avis, de commencer à débloquer les tensions avec le monde arabo-musulman. Lequel pourrait admettre le sionisme et l’existence d’Israël.”

        4. Isaac ou Ismaël ? La rivalité dans l’Election remonte au sacrifice d’Abraham. Dieu demande à Abraham de lui sacrifier son fils “unique” simplement pour éprouver sa foi. Est-ce le premier-né ou le mieux aimé ? L’essentiel est ailleurs. A partir de cette offrance virtuelle les croyants comprendront qu’on peut aimer Dieu sans lui sacrifier son premier-né. Ce texte est fondateur car il signifie la fin des sacrifices humains.  Ils seront remplacés par des sacrifices d’animaux puis finalement par les prières et des offrandes personnelles (comme les souffrances). Ce sacrifice est évoqué en Genèse 22, 1 – 18 et en Coran 37, 99 – 112.  De quel fils s’agissait-il ? Le Coran ne mentionne aucun nom mais après l’épreuve il note : “Nous lui avons annoncé Isaac, un prophète parmi les hommes intègres” (37, 112) comme si la naissance d’Isaac était une récompense.  “Dans les débuts de l’islam les commentateurs ou bien hésitaient ou penchaient pour Isaac. A partir du douzième siècle quasiment tous ou bien hésitent ou parlent d’Ismaël. Aujourd’hui la quasi-totalité des musulmans déclarent qu’Abraham se préparaient à offrir à Dieu son fils Ismaël.” ( Père Jacques Jomier o.p supplément au Cahier Evangile n° 48,  juin 1984). Il semble évident que les Croisades ont joué un rôle dans ce transfert d’Isaac à Ismaël. Sur le traumatisme des croisades, lire d’Amin Maalouf “Les Croisades vues par les Arabes” (1983, Livre de Poche)

        5. Pour élargir le problème et le prendre de très loin je vais recourir à l’ouvrage suivant : Vicki Mackensie : “Enfants de la réincarnation,  Aujourd’hui des lamas tibétains se réincarnent en Occident.” (R. Laffont, 1996)  Un chapitre est paradoxalement consacré au judaïsme hassidique. L’auteur s’est entretenu avec un rabbin américain, le rabbin Gershom, qui s’est – malgré lui – consacré à cette question. En effet viennent le consulter des personnes jeunes qui souffrent de troubles importants, suite aux camps de concentration  qu’elles n’ont pas connus. Mortes dans des souffrances indicibles elles les revivent dans l’incarnation actuelles. Elles sont juives ou non-juives. Le rabbin Gershom explique :

        – que des âmes particulièrement traumatisées ont fui le judaïsme au moment de se réincarner mais qu’elles en restent profondément imprégnées et qu’elles cherchent à le retrouver.

        – que le fait d’avoir vécu ces souffrances sous le nazisme ne s’explique pas comme la punition de forfaits antérieurs mais comme une répétition : ainsi des personnes qui ont souffert de la Shoah ont aussi souffert de l’Inquisition espagnole.

        Que signifie cette répétition ? Voici quelques citations éclairantes :

        “L’Alliance du Sinaï, où ont été donnés les Dix Commandements, était beaucoup plus importante que ne le pensent la plupart des gens. Ce fut un évènement cosmique qui a transcendé toutes les incarnations et qui a uni les juifs entre eux pour qu’ils soient des témoins de l’Unicité de Dieu, pendant toutes les existences qu’il leur serait donné de vivre. Les dictateurs ont tendance à s’attaquer aux juifs avant tout, parce qu’ils ne s’inclinent devant personne, à part Dieu. Nous sommes les témoins de certains principes, et c’est pourquoi nous sommes les premiers à être attaqués lorsque ces principes sont en danger. (p.150) (…)

        “Nous sommes choisis non pas dans le sens où nous serions des êtres uniques, ou les préférés, ou meilleurs que tous les autres, mais parce que nous avons été nommés pour accomplir une tâche particulière. Si nous considérons la planète comme une seule société, la prêtrise en serait le peuple juif, une prêtrise spécialisée dans certains travaux. (p.151) (…)

        .”.. dans le système kabbalistique pratiqué par Isaac Luria il y a une croyance au sujet de “Tikkun Olam” qui signifie littéralement “Réparer le Monde”. Cela pourrait se traduire en quelque sorte par le terme de “guérison planétaire”. L’idée est que, lorsque les juifs pratiquent les commandements, la qualité vibratoire de ces actes affecte l’univers, répare et élève la vibration de la planète.”

        Pour en revenir à Hitler et à son rôle dans ce drame mystique : selon le rabbin Gershom, c’était justement cette tâche suprême confiée aux juifs qu’Hitler voulait détruire.

        “Beaucoup pensent qu’Hitler pratiquait la magie noire, c’est-à-dire qu’il était porteur d’énergies très négatives. Il est évident que quiconque souhaiterait dominer le monde s’attaquerait aux juifs, dont le rôle est de réparer la qualité vibratoire de la planète. Je crois personnellement qu’il s’agit de l’affrontement entre les Fils de la Lumière et les Fils des Ténèbres prédit par les textes esséniens.”

        “Cette déclaration aurait pu me paraître complètement farfelue, voire incroyable, si je n’avais déjà entendu parler de l’implication d’Hitler dans la pratique de la magie noire et de l’occultisme. Son appartenance à la Société de Thulé, l’un des groupes occultes les plus influents d’Allemagne est bien connue, tout comme sa consommation de peyotl, une drogue psychotrope, et sa fascination pour le mysticisme. Alfred Rosenberg, le théoricien officiel d’Hitler, dont le livre Mythe du vingtième siècle prône que la civilisation occidentale devrait être purgée de tout élément juif, était lui aussi membre de cette société secrète. Les affirmations du rabbin Gershom ne sont peut-être pas si bizarres, après tout. Ce qu’il était en train de me dire en deux mots, c’est que le karma collectif vécu par les victimes de l’Holocauste n’est pas tant le résultat d’actions nuisibles et négatives commises autrefois qu’un sacrifice en masse pour une finalité supérieure. (p.152-153) (…)

        “Nos enseignements affirment que les membres du groupe initial concernés par l’Alliance du Sinaï seront toujours juifs, vie après vie, et que c’est un pas en arrière sur l’échelle spirituelle de renaître en dehors de la communauté hébraïque. Bien sûr certains individus entrent et sortent du judaïsme, mais quelques âmes sont comme des phares, elles se spécialisent et approfondissent un enseignement pendant de nombreuses vies. Je crois personnellement que le traumatisme de l’Holocauste a fait fuir de nombreux juifs en dehors de leur religion, à la recherche d’autres voies spirituelles. Ils sont morts en pensant : “Si l’on me fait mourir de faim, si l’on me torture et si l’on me persécute à cause de ma religion, alors je ne veux plus être juif.” Dans leur souffrance et leur hâte de revenir, ils se sont emparés du premier corps qu’ils ont pu trouver. Mais leurs âmes restent juives. Beaucoup de victimes de l’Holocauste réincarnées chez les Gentils se sont reconverties au judaïsme, ou s’y préparent.” (p. 154) (…)

        “Il est dit qu’il existe toujours au moins trente-six saints juifs cachés sur Terre ; ils mènent des vies exemplaires et aident le monde à tourner sur son axe.” (…)

        “Dans les traditions orientales, il existe des gourous qui reviennent en tant que tels. la tradition juive a également ses maîtres illuminés qui ont dépassé la loi de cause à effet. Ce sont eux qui viennent préserver et transmettre notre sagesse.” (p.158)

6. Conclusion toute personnelle. Dans la sphère du monothéisme l’Election est triple (juifs, chrétiens, musulmans). Dans la sphère mondiale elle est multiple et chaque peuple, chaque personne peut et doit la revendiquer. Chaque personne est unique et parce qu’elle est unique, elle est élue. Pour arriver à cette conclusion il faut parcourir un long chemin.

Roger et Alii

Retorica

(2 460 mots, 15 200 caractères, 2016-02-10

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