02 BIB Habacuc – la foi du juste – Cyrulnik – 2017-12

 

Cette étude d’Habacuc est menée volontairement d’une manière déconstruite. Cyrulnik éclaire le propos d’Habacuc d’une manière singulière. Roger

(1) L’exil a Babylone est profondément traumatisant. Certains prophètes ne l’ont pas connu (comme Osée, le 1er Isaïe ou Sophonie) mais ont annoncé une catastrophe compte-tenu de l’impiété d’Israël. D’autres en ont vécu le début (comme Jérémie ou Habacuc). D’autres l’ont vécu totalement (comme Ezéchiel). D’autres enfin ont prêché et ont écrit après l’exil (comme Malachie ou Abdias). Le tableau « Histoire littéraire d’Israël » avec sa coupure de l’exil, présentée en rose, en fournit une présentation très claire.

(2) Habacuc (également Habaquq, חֲבַקּוּק en hébreu) est le huitième des douze petits prophètes de la Bible. Il est l’auteur d’un des livres du Tanakh ou Ancien Testament.

Il vivait, à ce qu’on croit, sous le règne de Joachim de Juda, vers 608-598 av. J.-C. Il fut fait prisonnier en Judée, et ses reliques auraient été retrouvées sous Théodose le Grand au ive siècle.

Il a laissé 3 chapitres, dans lesquels il révèle la future captivité des Juifs à Babylone et leur rétablissement dans leur patrie. Ses prophéties se distinguent par l’énergie et la vivacité des expressions. Dans son livre (chapitre 2,4), Habacuc affirme: Un juste vit par sa foi.

Plusieurs églises en Terre sainte lui sont dédiées. Il est célébré le 2 décembre. (Wikipédia)

 

(3) Le livre de Habacuc.

Habacuc est un prophète de Juda qui parla de l’état pécheur du peuple, peut-être au cours du règne de Joaqimroi de Juda (env. 600 av. J.-C.).

Le chapitre 1 est une discussion entre le prophète et Dieu, comme le douzième chapitre du Livre de Jérémie. Habacuc est perturbé de voir les méchants prospérer autour de lui. Dieu lui annonce alors la venue des Chaldéens qu’il décrit comme d’impitoyables conquérants. Effrayé, le prophète demande s’ils seront à leur tour punis.

Au chapitre 2, Dieu lui recommande d’être patient : les justes doivent être fidèles à leur foi. Ainsi, les conquérants seront châtiés pour leurs pillages, leur violence et leur idolâtrie.

Le chapitre 3 contient une prière d’Habacuc dans laquelle il reconnaît la justice de Dieu. (Wikipédia)

 

(4) Habacuc. Huitième des Petits Prophètes dans l’ordre traditionnel, son nom viendrait de l’akkadien et désignerait une plante, le basilic. L’homme reste inconnu bien que dans la Septante, au récit « Bel et le Dragon », il est présenté comme « fils de Josué,de la tribu de Lévi ». Transporté de Judée à Babylone par l’ « ange du Seigneur » il aurait livré un repas à Daniel, alors jeté dans la fosse aux lions. (Dan 14, 33 – 39) . Cette mobilisation tardive témoigne de la vivacité du souvenir qu’il avait laissé comme prophète. Aux approches de l’an 600 av notre ère, tous les peuples du monde biblique tremblent devant les Chaldéens (néo-Babyloniens) qui vont déferler. Dans les manuscrits de Qumran on a retrouvé une copie d’Habacuc, copie mutilée mais très proche du texte massorétique.

Au thème central pourquoi Dieu tarde-t-il à sévir contre la violence ? correspond la réponse de Dieu lui-même : c’est moi qui ait suscité les Chaldéens et au temps voulu l’impie (Babylone) succombera et le juste (Juda) vivra à cause de sa fidélité. Et ceci est valable pour tous les temps.

Les indications musicales conservées montrent que ce véritable psaume était chanté dans le Temple, accompagné au Séla (instrument à cordes).

Le message d’Habacuq est celui de Jérémie, d’Isaïe et même de saint Paul : « Le Juste vivra par sa fidélité. »

(d’après André-Marie Gérard, Dictionnaire de la Bible, Laffont – Bouquins p. 477-478 – 479)

(5) La prière d’Habacuc (chap 3) suit la prédication du prophète (chapitres 1 et 2). Elle est marquée par de nombreuses notations qui renvoyaient à des instruments de musique (sela, instrument à corde). La force du texte est marquée par des images impressionnantes qui traduisent la puissance divine. Dieu conduit les catastrophes naturelles mais aussi les peuples opprimeurs. Un seul exemple : v. 3 : 10 – 15 :

« (…) 10. Les montagnes t’ont vu et tremblent; une trombe d’eau a passé; l’abîme a fait entendre sa voix, il tend ses mains en haut.
11. Le soleil et la lune sont restés dans leur demeure; on marche à la clarté de tes flèches à la lueur des éclairs de ta lance.
12. Tu parcours la terre avec fureur, tu foules les nations avec colère.
13. Tu es sorti pour la délivrance de ton peuple; pour la délivrance de ton Oint; tu as brisé le faîte de la maison du méchant, mettant à nu les fondements jusqu’en bas (Sela).
14. Tu as percé de ses propres traits le chef de ses bandes, qui se précipitaient pour me disperser, en poussant des cris de joie, comme s’ils allaient dévorer le malheureux dans leur repaire.
15. Tu foules la mer sous les pieds de tes chevaux, l’amas des grandes eaux. (…) » (Traduction Crampon)

 

 

(6) Roger et le groupe Tora et Tradition (2017-11-13) : L’extraordinaire célébrité d’Habacuq vient du chapitre 2 où Dieu recommande aux justes d’être patients. Les conquérants seront châtiés pour leurs pillages, leur violence et leur idolâtrie. Le verset essentiel est : « Un juste vit par sa foi » (Habacuc, 2, 4)

* La foi en Dieu fait vivre Dieu.

* Cette vie de Dieu fait vivre la personne

= Il y a donc réciprocité. La personne a besoin de Dieu et Dieu a besoin de la personne pour exister en elle.

* Cette personne mérite le qualificatif de juste.

* Le juste pratique la justice : elle est harmonie, énergie et vie.

* L’énergie de la vie circule partout et toujours.

= Ces équivalences sont très importantes. On les trouve dans le chamanisme, la première religion de l’humanité.

* On perçoit cette énergie dans la prière qui fait vivre la personne. La prière la plus importante est le Pater, prière juive que Jésus pratiquait et qu’il a enseigné à ses disciples.

* Wittgenstein dit quelque part : « Le monde c’est ce qui m’arrive ». Ce qui ne m’arrive pas n’existe pas pour moi et ne me nourrit pas mais il peut arriver pour d’autres et les nourrir. A moi de voir si je veux survivre dans un monde devenu in-sensé pour moi, donc dépourvu de sens.

* Que devient l’homme qui n’est pas juste ? Il est vide et prêt à se laisser envahir par des idéologies mortifères.

* « Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur comme un destin. »  Carl G. Jung. Dieu est partout et toujours mais il est dans notre respiration et spécialement dans notre expiration. Se concentrer sur l’expiration permet la méditation et la prière. C’est la seule manière de « bien savoir de soi-même ». Prenons conscience que notre vie se confond avec celle de l’Univers tout entier et toujours.

 

 

02 BIB Habacuc – Cyrulnik – 2017-12-01

On se souvient d’Habacuc 2 : 4 « Le juste vit par sa foi ». Je ne savais pas que cette affirmation pouvait être prise au sens littéral, au pied de la lettre. Je viens de découvrir Cyrulnik « Psychologie de Dieu » qui évoque ce sujet par l’attachement, la neurologie et la résilience. Roger

26 REL Dieu – psychothérapie de Dieu – 2017-11-26

Boris Cyrulnik « Psychothérapie de Dieu » (Odile Jacob, 320 p). L’auteur part de la théorie de l’attachement édifiée par John Bowlby et que Cyrulnick reprend dans « Sous le signe du lien » (1989) . L’attachement comprend « la mère, le père, quelques éléments de la fratrie, le chien, la nounou, le lycée, le quartier, le sac à main et Dieu. » (B.C) Ces mots provoquent des émotions et la production de substances euphorisantes (endorphines) ou inquiétantes (adrélanine). La neurologie fournit une seconde clé et la résilience une troisième. C’est la résilience qui a conduit Cyrulnick a étudié la foi ; beaucoup de ses collègues ont constaté que la foi en Dieu protégeait leurs patients. « Quand le cerveau est modifié par une représentation divine, les circuits émotionnels marchent différemment et entraînent des changements neurologiques. » (B.C) Il n’y a pas de zone cérébrale consacrée à Dieu mais cette notion active des zones cérébrales qui restent inactives chez un non-croyant. Dieu n’est peut-être pas dans le cerveau mais l’attachement montre que certaines personnes ont entraîné pendant leur éducation leur cerveau à chercher dans le passé les souvenirs déclencheurs de fortes émotions. « Elles ont appris à croire » (B.C) Un non-croyant réagit peu à cette disposition mentale. Les « sans Dieu » sont peu nombreux mais possèdent des croyances et d’abord celle que Dieu n’existe pas. Ils peuvent croire à Marx, Staline ou Freud. Les enfants élevés en dehors de toute croyance (Suède, Danemark) ont acquis des valeurs morales « mais ils n’héritent pas de l’amour de Dieu » (B.C) « Dieu n’est plus une représentation abstraite puisque nous savons le rendre vivant grâce à la perception d’objets, de vêtements, de postures, de chants et d’encens qui le rendent présent. » (B.C) « Quand la religion organise le contexte culturel, elle a un effet thérapeutique. La neuro-imagerie confirme l’effet thérapeutique de Jésus et nous explique comment ça marche. » (B.C) La foi est donc un facteur de résilience.

(résumé Retorica, d’après Geneviève Delaisi de Parceval, Libération, 2 novembre 2017)

4° de couverture : « Aujourd’hui, sur la planète, 7 milliards d’êtres humains entrent plusieurs fois par jour en relation avec un Dieu qui les aide.
Ils sont mus par le désir d’offrir à Dieu et aux autres humains leur temps, leurs biens, leur travail et parfois leur corps pour éprouver le bonheur de donner du bonheur.

Méditer, trouver son chemin de vie personnel, éprouver la joie de se sentir vivant parmi ceux qu’on aime – la spiritualité élargit la fraternité à tous les croyants du monde.

La psychothérapie de Dieu nous aide à affronter les souffrances de l’existence et à mieux profiter du simple bonheur d’être.

Il y a certainement une explication psychologique à cette grâce.

Ce livre est le résultat de cette quête. » B. C.

Un merveilleux texte, lumineux, tendre et original sur le rôle majeur que joue l’attachement dans le sentiment religieux.

Un immense sujet, un très grand livre.

Boris Cyrulnik est neuropsychiatre et directeur d’enseignement à l’université de Toulon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont tous été d’immenses succès, notamment Les Vilains Petits Canards, Parler d’amour au bord du gouffre, mais aussi Sauve-toi, la vie t’appelle. »

 

Psychothérapie de Dieu de Boris Cyrulnik Odile Jacob, 314 p., 22,90 €.

« Bien connu pour ses travaux sur la résilience, Boris Cyrulnik est une figure attachante du paysage des sciences humaines. Sans doute parce qu’en introduisant ce thème en France, au tournant du siècle, il a su parler au meilleur de nous-mêmes. Il a étayé, consolidé, encouragé, une espérance intime et sociale profonde, celle de croire que nous sommes capables de traverser le malheur. Dans une époque lourde en déterminismes et en tragédies, le propos fut, à juste titre, remarqué.

« Que Boris Cyrulnik s’intéresse aujourd’hui à la question de Dieu peut sembler inattendu. Son travail autour de la résilience lui avait pourtant déjà fait traverser de nombreux thèmes traditionnellement pris en charge par la religion : le mal, l’épreuve, la souffrance, l’espérance… Son ouvrage Psychothérapie de Dieu s’inscrit donc dans le déploiement d’une pensée, même s’il s’attaque pour la première fois de front à cette immense question.

« On aime Dieu comme on aime les hommes »

« Qu’est-ce qui, dans l’âme humaine, tisse l’attachement à Dieu ? » Qu’un auteur comme Boris Cyrulnik mette un coup de projecteur sur la vie croyante commune, courante, presque banale, n’est pas négligeable. Car la face « ordinaire » de la religion est aujourd’hui largement cachée par les convulsions des fanatismes religieux que l’actualité ne cesse de rappeler. « Peut-on ignorer qu’aujourd’hui 7 milliards d’êtres humains s’adressent à Lui tous les jours, ressentent sa proximité affective, craignent son jugement et prennent rendez-vous dans de magnifiques lieux de prière qu’on appelle églises, mosquées, synagogues et temples divers ? » questionne l’auteur en introduction. Il répond par la négative et se propose de « mener l’enquête ».

« Boris Cyrulnik considère que les théories de l’attachement offrent « l’outil le plus efficace et le plus cohérent pour penser ce mystère ». Derrière cette expression savante, le propos est simple : « On aime Dieu comme on aime les hommes, pose-t-il. Ceux qui ont acquis un attachement rigide se soumettront à un Dieu totalitaire, alors que ceux qui bénéficient d’un attachement sécure se sentiront suffisamment en confiance avec leur Dieu pour tolérer que d’autres en aiment un autre que lui. »

« La thèse est efficace, pour une part pertinente, mais elle ne fait guère droit à la diversité du rapport à Dieu. Elle oublie les questionnements, les revirements, les retournements que peut provoquer le rapport à Dieu dans une existence, remous divers dont témoigne toute la littérature spirituelle (singulièrement absente de l’ouvrage).

« Propos de comptoir sur les religions

Boris Cyrulnik a certes de l’empathie pour son sujet, mais on se surprend à lire sous sa plume des propos d’un étonnant simplisme, d’un niveau de généralité irrecevable. Il n’évite pas des propos de comptoir sur les religions (sur la différence entre athées et religieux, entre religion et spiritualité, sur la place de la croyance dans le deuil), tout en affichant une ambition de scientificité (pourcentages, expériences recours aux neurosciences…) trop facile pour être convaincante.

« Pour penser Dieu et la croyance, nulle route n’est interdite. On peut croire que biologiser l’âme lui fait rendre ses secrets. Les croyants n’ont pas à s’en effaroucher. Certains se satisferont peut-être que la religion soit reconnue par Boris Cyrulnik comme « un précieux facteur de résilience ». On attendait pourtant une autre hauteur de vue. Que l’auteur nous fasse faire un pas de plus dans la longue histoire, ici ignorée, des rapports entre psychologie et spiritualité. Ce sera peut-être pour une autre foi(s)… »

Élodie Maurot La Croix 27 sept 2017)

 

Roger (2017-12-01) : Ces trois recensions s’éclairent les unes par les autres. Je regrette la conclusion d’Elodie Maurot dans « La Croix ». Parler de « propos de comptoir » sur les religions me paraît un peu cavalier. Mais je n’ai pas lu le livre. Vous pourrez peut-être nous éclairer.

 

Roger et Alii – Retorica – 2 400 mots – 14 500 caractères – 2017-12-17

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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