02 BIB Jésus Fils de Dieu 2003 – 2016

Ce fichier devait s’appeler « Jésus bâtard », ce qui était insultant pour les chrétiens et menait à une impasse. Je préfère l’appeler « Jésus, fils de Dieu » ce qui est jugé insultant pour l’islam. Ce fut l’invective proférée par les assassins du père Jacques Hamel, 86 ans, lequel est mort sous leurs coups le 28 juillet 2016. Ses dernières paroles furent « Va-t-en, Satan ! » Cet échange dramatique dit tout. Je reprends une synthèse de 15 avril 2003 complétée avec des éléments recueillis en 2016 après lecture de l’ouvrage remarquable de l’abbé Guy Pagès « Interroger l’Islam » (Ed DMM 2014). Je n’ai pas voulu procéder à une refonte. Je reste fidèle à ma méthode chronologique des ajouts successifs plus conforme à ce que j’appelle ailleurs la « bonne rhétorique ». La bâtardise de Jésus est un bon tremplin pour la réflexion.

Roger

 

Roger (20 avril 2003) :

 

(1). Naissance de Jésus Les “Toledoth Yeshuh” sont des récits de la vie de Jésus apparus en hébreu et araméen vers le II° siècle et devenus clandestins vers le VII° s quand les chrétiens ont commencé à brûler les Talmud. Ces récits ont été traduits par Jean-Pierre Osier (”L’évangile du ghetto ou comment les Juifs se racontaient Jésus” Ed Berg 1984). Ouvertement malveillants, ces récits donnent un point de départ qui mérite examen.

 

Marie aurait été violée le jour de ses noces par un voisin follement amoureux d’elle. Elle croyait qu’il s’agissait de son époux Joseph. Or elle était en période rituellement impure. Lorsqu’elle revit Joseph elle lui fit reproche non de l’avoir forcée mais de l’avoir fait dans une période rituellement interdite. Marie risquait la lapidation et Joseph se tut. Mais l’affaire s’ébruita dans cette société où tout le monde surveillait tout le monde. Jésus passa pour bâtard. Or le bâtard ne pouvait pas se marier et vivait en marge. Ce fut la situation de Jésus qui, par ailleurs, semblait marquer une certaine froideur pour sa mère. L’histoire de l’ange Gabriel visitant Marie aurait pieusement transfiguré une affaire douloureuse.

 

Quant à Joseph, selon les sources évoquées plus haut, il serait parti à Babylone dans la communauté juive. La légende du charpentier s’expliquerait par un midrach (récit) où les sages d’Israël construisent la Tora comme le fait un charpentier lentement mais sûrement.

 

(2). Où sont passées les dix tribus ? Afghanistan, Pakistan, Cachemire On sait qu’après la mort de Salomon le royaume d’Israël se scinda en deux : Israël, en Samarie regroupait dix tribus et Juda, capitale Jérusalem, les deux autres (Juda et Benjamin). Les relations étaient mauvaises : Achaz, roi de Juda, appela les Assyriens contre Israël et leur paya tribut. Les Assyriens, sous la conduite de Sargon, déportèrent en – 721 les Hébreux du royaume d’Israël en Assyrie, Mésopotamie et Médie (près de la mer Caspienne). Une partie de l’élite put cependant se réfugier à Jérusalem. La politique assyrienne (Teglath-Phalassar III et Sargon, son successeur et usurpateur), matait les rébellions par des transferts massifs de populations. Ainsi la Samarie fut repeuplée avec des colons assyriens. L’empire assyrien fut détruit et remplacé par Babylone. Mais la politique resta la même. Nabuchodonosor détruisit Jérusalem et déporta ses habitants à Babylone (-587). Une partie des exilés rentra à Jérusalem (-536) grâce à Cyrus roi des Mèdes et des Perses qui venait d’écraser Babylone. Ensuite Darius Ier étendit ce royaume jusqu’à l’Indus. L’empire perse, trop vaste, se désagrégea. En -332 Alexandre s’en empara étendant sa domination jusqu’à l’Afghanistan et l’Inde.

 

Les 20 millions de Pathans qui vivent actuellement en Afghanistan et au Pakistan estiment être, quoique musulmans, les descendants des Dix Tribus. Cette revendication s’est beaucoup affaiblie face au conflit israélo-arabe. Les Pathans s’appellent Bené Israël. On trouve chez eux les noms d’Efraïm, Gad, Reouven, Acher, Bené Youssef. On a retrouvé dans la région des vestiges d’écriture hébraïque ancienne, datant d’avant Ezra. Les juges pathans sont assis en cercle comme le Sanhédrin et sont nommés “atsilim” (“nobles” en hébreu). Les Pathans ont une ville de refuge pour les homicides involontaires. Ils pratiquent tous les dix ans un jubilé où les biens fonciers sont rendus à leurs propriétaires originaux. Ils ont une sorte de “talith” dans lequel ils s’enveloppent au moment des prières alors que les musulmans prient sur un tapis. Ils effectuent la “mila” (circoncision) le 8° jour alors que les musulmans la font plus tard. Les femmes mariées pratiquent l’immersion après leurs règles, usage ignoré des musulmanes. Ils ne mélangent pas la viande et le lait. Ils ne travaillent pas le Chabbath et en profitent pour régler les litiges de la communauté. (D’après “Kountras News”, novembre 2001).

 

Au centre de la ville de Srinagar, capitale du Cachemire, se trouve le « Rozabal », tombeau vénéré comme étant celui de Jésus et lieu de pélerinage. Jésus serait mort à cet endroit. Un descendant direct de Jésus, Sahibzada Basharat Saleem détiendrait l’arbre généalogique complet de sa famille. Par tradition, le fils aîné de la famille est chargé, génération après génération, de maintenir en bon état le « Rozabal ». Par ailleurs, aux environs de Bandipur, à 58 kms au nord de Srinagar, on vénère la tombe de Moïse. Elle est gardée par une petite communauté de bené-Israël forte de 45 familles. Ce lieu de culte est tenu très discret pour éviter des troubles dans la région. Enfin on vénère la tombe de Marie au Pakistan, à 10 km de Rawalpindi. Une liste impressionnante de noms de lieux du Cachemire et des pays limitrophes (jusqu’au Ladakh et au Tibet) ont leurs correspondants dans la Bible. Ainsi la tombe de Moïse au Cachemire se trouve au sommet du mont Nabubaal. De cet endroit, on voit Bandipur, Hazbal, Moab et Pisga. Ces noms correspondent respectivement au mont Nebo, Bet-Péor, Heshbon, Moab et Pisga. Les traditions écrites et orales du Cachemire et des pays avoisinants font état de la venue dans ces régions de Moïse puis de Jésus, Marie et Thomas. Or la Tora dit qu’on ne connaît pas le tombeau de Moïse mais qu’il est mort sur le mont Nebo, en face de Jéricho (Deut.34 :1-5). (d’après Andreas Faber-Kaiser « Jésus a vécu au Cachemire. La tombe de Jésus à Srinagar ? » (Editions De Vecchi 1993).

 

Les descendants des exilés auraient rebaptisé des lieux pour garder leurs traditions. Ils auraient conservé le plus de contacts possibles avec leur communauté d’origine. On aurait ainsi pu aller de Palestine jusqu’au Cachemire et en revenir. C’est la même route que suivirent les chrétiens nestoriens jusqu’au Tibet et en Chine, passant probablement par les mêmes communautés.

 

(3). Les années de formation de Jésus, sa prédication. Jésus se serait formé lors d’un long voyage de plusieurs années qui l’aurait conduit à visiter les communautés juives jusqu’au Cachemire et peut-être au-delà puisqu’on signale son existence dans des rouleaux que gardait une communauté bouddhiste de Leh (Ladakh, Inde). Mais ce texte semble être une pieuse création de chrétiens nestoriens. La formation de Jésus aurait pu emprunter au chamanisme local, hindouisme, bouddhisme approfondissant ainsi les fondements même de la tradition juive. D’où pratique du yoga, de la méditation, de la prière, des guérisons et un enseignement fondé sur l’égalité et l’amour du prochain. Catherine Clément dans “Jésus au bûcher” (Seuil, 2000) développe cette idée sous une forme romancée inutilement alambiquée. Notons que dans son livre “Apollonius de Tyane, sa vie, ses voyages, ses prodiges” Philostrate fait état, au I° siècle; des très nombreux contacts entre le monde grec et le monde hindou, contacts confirmés par l’art gréco-bouddhiste du Gandhara. Prophètes et mystiques ont le pied léger et se révèlent dans le voyage à la fois physique et intérieur. Ils sont avides de contacts, d’influences, d’échanges et de comparaisons de techniques diverses. Jésus n’a pas dû faire exception à la règle. Son enseignement suppose des arrière-plans très subtils et qui nous échappent.

 

Lors de sa vie publique Jésus déclare : « Ne prenez pas le chemin des païens et n’entrez pas dans une ville de Samaritains ; allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël » (Mat.10 : 5-6). Il refuse d’abord d’écouter la Cananéenne car, dit-il, « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mat.15 : 24). Ces « brebis perdues » auraient pu être les survivants des dix tribus qu’il aurait rencontrés. Sa mission aurait été de réunir spirituellement Juda et Israël, reconstituer moralement le royaume de David afin de porter témoignage près des nations. Jésus travaille avec ses disciples, ses étudiants (talmid “étudiant” d’ou Talmud “étude” dans une sorte de yéshiva itinérante qui supposait une organisation matérielle importante. Cet enseignement constitue un corpus impressionnant par sa variété et sa haute spiritualité. Adrien Cezeneb, l’explique dans un roman bizarre “La malœuvre de Sadem” (La pensée universelle 1991). Il s’agit d’un contre-évangile qui prétend fournit une explication rationnelle et plausible à tous les miracles.

 

 

(4). Mort de Jésus, Résurrection, Ascension, Eucharistie Jésus aurait survécu à la crucifixion grâce à sa formation de yogi et aux soins énergiques qu’il aurait reçus. Ensuite il aurait rejoint à Srinagar, capitale du Cachemire, une communauté juive qu’il aurait bien connue lors de sa formation. Il y aurait pris femme, en aurait eu des enfants et serait mort à 116 ans, laissant le souvenir d’un grand prophète auteur de nombreux miracles.

 

Ceci va apparemment à l’encontre de deux évènements, de deux miracles fondamentaux : la Résurrection (Jésus revient des morts le dimanche de Pâques) et l’Ascension (Jésus est élevé au ciel, 40 jours après Pâques). La définition même de ces deux évènements montre leur dimension mythique : ces miracles sont des articles de foi qui reposent sur une conviction intérieure et non sur une vérité historique. Notons que le judaïsme (13° article de foi de Maïmonide) et dans une certaine mesure l’islam partage aussi la conception d’une résurrection des morts promise aux croyants.

 

Le Saint-Suaire de Turin mélangeait les deux plans historique et religieux. De récentes recherches et des indices concordants sembleraient prouver qu’il s’agit d’un faux créé habilement vers 1499 par Léonard de Vinci à la demande du duc de Savoie pour des raisons politico-religieuses. Le tissu venait bien de Palestine mais le carbone 14 a prouvé qu’il datait d’environ 1400. La suspicion est venue de l’étrange ressemblance entre la figure du Christ et celle de Léonard de Vinci. Ce dernier, narcissique, incroyant notoire et farceur impénitent aurait ainsi monté une mystification magistrale.

 

Annonciation (“L’ange Gabriel annonça à Marie…”), Eucharistie, Résurrection et Ascension fondent la foi chrétienne. La formule mystérieuse de l’Eucharistie : “Prenez et mangez car ceci est mon corps. Prenez et buvez car ceci est mon sang” est totalement étrangère au judaïsme. Par contre on rencontre cette croyance dans des cultes comme celui de Dionysos (comme “théophagie”). L”Eucharistie inscrit définitivement la diffusion du message christique en dehors d’Israël. Aussi Marcion, au I° siècle, plaidait-il pour l’abandon total de l’Ancien Testament. Mais il ne fut pas suivi.

 

Claude Allègre fournit, dans “Dieu face à la science” (1997) l’explication suivante de l’Eucharistie : “Dans l’Eucharistie les “accidents” (aristoléticiens) du pain et du vin demeurent mais la substance est remplacée par celle du corps et du sang du Christ : il y a ainsi découplage de deux qualités normalement indissociables et tel est bien le miracle de la transsubstantiation; Nos sens sont trompés par les apparences alors que l’essence de la matière a changé. Or, si le découplage est concevable dans la physique d’Aristote, même sous forme de miracle, il est inconcevable pour les atomistes qui ne distinguent pas la nature des atomes de leurs propriétés.” (p. 91)

 

La 14° encyclique de Jean-Paul II “Ecclesia de Eucharistica” (avril 2003) réaffirme la “centralité” de l’Eucharistie dans la vie de l’Eglise et désapprouve les “intercommunions” entre catholiques et protestants.

 

 

(5). Reconstruire les mythes Ces données générales expliquent des traditions musulmanes ou juives choquantes pour les chrétiens :

 

Pour l’islam, Jésus ne serait pas mort sur la croix. Judas serait mort à sa place, grâce à une ruse de Dieu (d’après le “Livre des ruses” paru au XIII°s, édition Phébus, 1976). Jésus n’est pas un imposteur mais un grand prophète.

 

La Bible aurait été manipulée pour empêcher l’enseignement du prophète Mahomet d’y figurer. Mahomet connaissait par ouï-dire de nombreuses traditions juives (Tora, midrachim) et chrétiennes (Evangiles canoniques et apocryphes) et souhaitait y intégrer son propre enseignement. En effet ces traditions largement orales dans les oasis d’Arabie pouvaient lui paraître fluctuantes, donc ouvertes à de nouveaux apports. Or le sien lui paraissait être la parole de Dieu la plus récente, la plus parfaite.

 

Rappelons que les canons de la Bible ont été fixés tardivement (aux environs du II° siècle) et sont quelque peu différents selon les traditions juive ou chrétiennes. Le canon juif a eu du mal à retenir “Le cantique des cantiques”. Il ne connaît pas les livres des Macchabées. Il n’a pas retenu les parties grecques du rouleau d’Esther.

 

Dans un ouvrage collectif “Jésus rendu aux siens” (Albin Michel 1999) Salomon Malka a regroupé de nombreuses études de savants juifs observants. Tout en admirant l’enseignement de Jésus ils en marquent la spécificité vis-à-vis du judaïsme. Ils pensent que le christianisme est très largement une construction de l’apôtre Paul, lequel aurait profondément marqué la rédaction finale des Evangiles, celle qui nous est parvenue. L’enseignement primitif de Jésus aurait été assez différent. Voir aussi Gérard . Mordillat et Jérôme. Prieur dont la série “Corpus Christi” sur Arte a fait grand bruit. En lire la transcription aux éditions “Mille et une nuits” 1997.

 

Les problèmes historiques restent insolubles. L’important est ailleurs. Le dialogue entre les trois monothéismes est indispensable et repose sur une connaissance mutuelle qui marque les différences et relativise les conflits. A l’adresse des chrétiens disons que les Evangiles, tels qu’ils sont, permettent la construction d’un univers mental cohérent, consolant et dynamique.

 

ll s’agit pour tous, croyants ou incroyants, de se donner des raisons de vivre de connaître un “feu sacré” (pour reprendre le titre d’un essai récent de Régis Debray). Un poète, Patrice de la Tour du Pin, écrivait dans “La Quête de Joie” (1933) :

 

“Tous les pays qui n’ont plus de légende

Sont condamnés à mourir de froid…

Loin dans l’âme les solitudes s’étendent

Sous le soleil mort de l’amour de soi. (…)

 

 

Roger (22 août 2016) :

(6) Bâtardise de Jésus. Le Talmud fournit deux explications au viol de Marie : la première serait le fait d’un soldat romain ; la seconde serait le fait d’un cousin. En 2003 j’avais retenu la seconde. Aujourd’hui je me penche sur la première. Je la crois fausse car la famille de Marie était très patriote et un soldat romain n’aurait pu pénétrer dans la maison. Quand Marie découvre qu’elle est enceinte il s’agit de protéger contre le mauvais œil l’enfant à naître. On va lui donner un nom prestigieux : celui de Josué (« Dieu sauve »). Ce sera Jésus. Le sort des bâtards n’est pas enviable. Ils vivent en marge de la société. Jésus est « fils de Marie » (épithète que reprend fréquemment le Coran) mais socialement il est « fils de personne ». Le seul Père qu’il peut invoquer c’est le Père éternel. Jésus est Fils de Dieu.

En soi, cela n’a rien de surprenant. Les écrits bibliques, notamment par les Prophètes, marquent une évolution fondamentale. Dieu est considéré comme une Personne qui récompense et châtie en fonction des actions de son peuple, le peuple Elu. Celui-ci a tort quand il se félicite de son Election qu’il a d’abord voulu refuser au Sinaï. Dieu méprise les sacrifices quand ils ne sont pas accompagnés par une vie digne et juste. Par ailleurs « Dieu a créé l’homme à son image et à sa ressemblance. » Cette idée toute simple va très loin. L’homme est Fils de Dieu. Jésus vit cette réalité d’autant plus fortement qu’il n’a pas de père terrestre et que toute la société le lui fait sentir et payer cher. En Dieu le Père il va trouver consolation mais aussi force fabuleuse car il a à sa disposition une partie de l’Energie cosmique. Le reste, si j’ose dire, va de soi : la confirmation par des expériences mystiques extérieures au Judaïsme, la mort assumée dans la Crucifixion et la Résurrection.

Il faut retenir l’expérience essentielle. « Prenez et mangez car ceci est mon corps ; prenez et buvez car ceci est mon sang ; faites ceci en mémoire de moi. On a du mal à comprendre la signification de ce geste inouï. Celui qui en a le mieux parlé, à mon avis, c’est Victor Ségalen dans « Les Immémoriaux » quand les Tahitiens veulent part du Festin divin quand il ont compris sa signification :

http://www.retorica.fr/Retorica/07-ess-segalen-immemoriaux-communion/

Enfin il faut aussi retenir le texte qui permet à chaque Chrétienne, à Chaque Chrétien de se relier au Père par la prière fondamentale qu’est le Notre Père :

http://www.retorica.fr/Retorica/12-gue-occident-decalogue-pater-2016-04/

Ceci se trouve dans la section 12 GUErre de Retorica parce que l’Islam est en guerre contre l’Occident chrétien et que nous avons besoin de toutes nos forces spirituelles. Il faut prendre la mesure du problème posé. C’est désormais possible grâce à l’abbé Guy Pagès.

(7) « Interroger l’Islam » (Ed DMM, 2014) de l’abbé Guy Pagès se présente en 26 chapitres, de A à Z, contenant chacun environ une cinquantaine de questions. Ce qui explique le sous titre : « 1235 questions à poser aux musulmans ». C’est un ouvrage que je juge fondamental car c’est la base d’un « dialogue inter-religieux et interculturel (…) C’est en effet une nécessité vitale dont dépend en grande partie notre avenir. » (Benoît XVI, Cologne 20.08.2005)

Il comprend trois sections : I. Au sujet de Dieu (chap A à H) , II Au sujet de la Révélation (chap I à R), III Au sujet de l’homme (chap S à Z). Ses 375 pages sont d’un accès difficile mais, à mon avis, indispensable. Chacun de ses 1235 paragraphes se termine par une question ouverte. On ne dialogue pas avec l’Islam mais avec des musulmans, quand ils le souhaitent bien entendu. On ne peut dialoguer qu’en restant soi-même, donc en connaissant qui on est. C’est ce à quoi s’emploie l’abbé Guy Pagès. Mais pourquoi dialoguer ? Parce que les circonstances nous l’imposent. Et qu’en sort-il ? une tolérance minimale. Personnellement je la juge suffisante quand elle s’inscrit dans notre devise républicaine : « liberté », « égalité », « fraternité » que l’on complète avec « laïcité ».

(…)

Conclusion. Le dialogue christiano-musulman est fondamental pour une évangélisation qui assurera le salut spirituel et la paix civile internationale. Après le Christ ne peut venir que l’Anti-Christ. Le dialogue théologique doit être accompagné des bonnes œuvres. Si l’Islam acceptait l’étude scientifique de son discours et l’abandon du terrorisme, il ne resterait de Musulmans que ceux à qui profite ce système. L’évolution du monde moderne valorise la rationalité, l’esprit critique, l’amour de la vérité et aussi la liberté, le primat de la personne sur la communauté, celui du dialogue, de l’amour (mère Terésa). Dieu n’aurait-il pas permis l’expansion actuelle de l’Islam pour redonner aux hommes de la civilisation post-moderne, dépouillés de transcendance, ivres de liberté sans vérité, l’occasion de re-choisir le Christ ?

(d’après Guy Pagès, et réécritures partielles de Retorica).

(8) La bâtardise abolie. « Il n’y a plus ni Juif ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus ni homme, ni femme : car vous n’êtes tous qu’une personne dans le Christ Jésus. » (Saint-Paul, Ga 3,28) (Pagès R.8) Cette abolition de la bâtardise par l’égalité en Jésus-Christ n’est pas le fait de l’Islam et c’est, en définitive le point faible des Musulmans. Allah enseigne en effet que les Musulmans sont des hommes supérieurs et interdit explicitement l’abolition de l’esclavage (16.71) (Pagès S.5). Parce qu’ils leur sont supérieurs les Musulmans ne peuvent que dominer les autres : « Allah ne permettra jamais aux infidèles de l’emporter sur les croyants » (4.141) (U.10 Pagès). Le sentiment d’une égalité spirituelle en droit qu’on attribue à la Déclaration des Droits humains a son origine dans la doctrine chrétienne qui l’irrigue souterrainement. Cette origine est d’essence divine et se déploie dans l’énergie Trinitaire, un seul Dieu en trois Personnes. La Pensée que Dieu a de Lui-même est elle-même Dieu. Le Fils est la Pensée par laquelle Dieu Se connaît comme Père de lui-même. Le Fils est le Verbe du Père, la Parole de Dieu. Dieu Se connaît donc en Se disant par un Verbe éternel qui, tout Se distinguant de Lui comme Sa pensée, ne fait cependant qu’Un avec Lui. (Jn 10,30) (Pagès H.5). Il y a en Dieu 1. Une nature, 2. Deux processions (du Fils à partir du Père et de l’Esprit-Saint à partir du Père et du Fils), 3. Trois Personnes (le Père, le Fils, le Saint Esprit), 4. Quatre Relations (du Père vers le Fils, du Fils vers le Père, du Père et du Fils vers le Saint-Esprit, du Saint-Esprit vers son unique et même Principe : le Père et le Fils. 5. Cinq notions : les quatre précédentes plus l’origine : le Fils a son origine dans le Père, l’Esprit-Saint dans le Père et le Fils, le Père, Lui et Lui seul, n’a pas d’origine. (H.15 Pagès). Pénétrer mentalement cette énergie c’est quitter toute bâtardise et pénétrer dans la Lumière qui anime paradoxalement et souterrainement notre devise républicaine : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Ajoutons-y « Laïcité ».

 

Roger Etalii, Retorica, 3 560 mots, 22 000 caractères, 2016-08-24

 

 

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