02 BIB Salomon : femmes, ennemis, mort 2016-03

1. Alors que le chapitre 10 du 1er livre des Rois marque le point culminant du prestige de Salomon (la reine de Saba, ses richesses), le chapitre 11 condense tous les aspects négatifs d’un règne qui a duré quarante ans. “Dieu endurcit le cœur de Pharaon” pourrait être le leitmotiv de ce chapitre : par une inattention constante et coupable aux ordres divins, Salomon mène le royaume vers sa ruine.

2. (1Rois 11. v.1 🙂 Les femmes étrangères sont originaires de royaumes à la périphérie du territoire de Salomon. Elles illustrent un autre aspect de sa “sagesse” : il noue des alliances intéressantes du point de vue commercial, politique et stratégique. Salomon obtient ainsi la paix à ses frontières. Apparemment rien de sexuel dans ces alliances. A part l’écart avec la reine de Saba, Salomon serait resté globalement fidèle à sa première épouse en titre (2Chr 15,16), la fille de Pharaon même si Roboam son fils aîné est né de sa femme ammonite Naama (2 Chr 12,13). (v.2-3 🙂 Mais le texte dit exactement le contraire. “c’est là que Salomon porta ses amours” (trad. rabbinat), alors que l’Eternel l’avait mis en garde. Salomon n’a pas su ou pu convertir ses 700 femmes et 300 concubines. Etait-ce même d’ailleurs stipulé dans les traités d’alliance ? Probablement pas. (v.4-8 🙂 Le narrateur traite avec mépris ces divinités étrangères. Sur le haut-lieu du mont des Oliviers Salomon consacre un temple à Kemoch, l’idole de Moab, et à Milkom, l’idole des fils d’Ammon. Il en fait de même ailleurs pour Astarté et bien d’autres divinités. (v.9-13 🙂 Par deux fois fois l’Eternel a mis en garde Salomon. La troisième, probablement dans un rêve, il lui annonce le châtiment : son fils perdra son royaume à l’exception d’une tribu (Juda auquel est associé Benjamin) et de Jérusalem. Si nous acceptons de déconstruire le texte, cette analyse serait moins une prophétie qu’une analyse faite après coup dans le royaume de Juda. On sait, notamment par l’archéologie, que le déséquilibre économique entre le nord et le sud était très important. Jérusalem était la charnière entre les deux mais la ville en elle-même était pauvre. Ceci dit, la “sagesse” de Salomon avait probablement tiré un heureux parti des ressources du nord même si le meilleur viendra avec le royaume d’Israël, si l’on en croit toujours l’archéologie.

3. Les ennemis de Salomon (1Rois, v.14-17 🙂 Joab s’était livré méthodiquement, pendant six mois, au massacre des mâles d’Edom afin d’assurer définitivement la paix pour Israël. Cette pratique était courante. Hadad (dont le nom est celui d’un dieu sémitique de l’orage) est alors un jeune garçon qui réussit à s’enfuir. La punition de Salomon est prête dès le royaume de David. (v.18-20 🙂 C’est une histoire classique dans les biographies des conquérants illustres. Le seul survivant d’une famille royale trouve refuge dans l’exil avant de revenir venger ses morts. Le narrateur détaille l’histoire d’Hadad en exil : il épouse une belle-sœur du pharaon et en a un fils. Ce pharaon serait Psousennès II qui donnera une de ses filles à Salomon qui en fera sa reine en titre. (v.21-22 ou 25b 🙂 A la mort de David, et surtout à celle de Joab, Hadad devenu un homme fait, fort et vindicatif, règne sur Edom pendant tout le règne de Salomon. (v.23-24 ou 25a 🙂 Rezôn est un autre adversaire redoutable. Au départ chef de bande fuyant les massacres perpétrés par David il s’installe à Damas, en fait le royaume d’Aram et “fut un ennemi d’Israël tant que vécut Salomon”. (v.26-28 🙂 A ces deux ennemis extérieurs qui menacent Israël au sud et au nord, il faut ajouter un ennemi intérieur en la personne de Jéroboam, homme “plein de valeur”, issu de la tribu d’Ephraïm. Il avait contribué à construire le Millo, le terre-plein du Temple et du Palais. (v.29-37) Issu d’une tribu riche, intelligent, volontaire et ambitieux, Jéroboam profitera habilement de la crise qui va s’ouvrir par la sottise de Roboam. Mais le narrateur préfère y voir un action divine. Ahiyya (hébreu “l’Eternel est le frère”), prophète issu de Silo (30 kms au nord de Jérusalem), annonce d’une manière imagée le triomphe prochain de Jéroboam. Il reviendra pour lui dire sa chute, 17 ans plus tard. Pour l’heure, le prophète partage en douze morceaux son manteau tout neuf et en donne dix à Jéroboam. L’Eternel le lui a demandé en songe et a développé une argumentation que nous connaissons déjà : Salomon a trahi l’Eternel. Jéroboam règnera sur les dix tribus tandis que Juda et Benjamin (non cité) auront Jérusalem (v.38-39 🙂 Les conditions de l’Eternel restent les mêmes : si Jéroboam lui reste fidèle, “je serai avec toi et je t’édifierai une maison durable, comme j’en ai édifiée pour David, et je te donnerai Israël.” Et l’Eternel ajoute : J’humilierai de la sorte la postérité de David, non cependant pour toujours.” (v.39 :). Ce qui est la promesse d’une renaissance, promesse que les sionistes pensent avoir vue réalisée au XX° siècle. Mais attention ! l’Etat d’Israël peut lui aussi être détruit au XXI° siècle… (v. 40 🙂 Salomon est informé de la menace. Il veut tuer Jéroboam qui s’enfuit près du pharaon Chichaq (2Chr 12, 2 à 9). Il attend la mort de Salomon. C’est le troisième ennemi important qui attend son heure comme les deux autres.

  1. Mort de Salomon (v.41-42 🙂 Il existait un “livre des faits de Salomon” aujourd’hui disparu. Et c’est bien dommage. Il en resterait des échos dans la tradition musulmane. Elle fait grand cas de la “sagesse” c’est-à-dire des “ruses” de Salomon. On les trouve dans “Le Livre des Ruses, La stratégie politique des Arabes, Traduction intégrale sur les manuscrits originaux par René R. Khawam (Ed. Phébus, 1976). Le règne de Salomon aurait duré 40 ans. Ce chiffre est probablement symbolique d’un accomplissement comme il est de règle dans la Bible. Il est utilisé en ce sens dans beaucoup de civilisations. Il désigne le temps de l’épreuve et aussi celui de la révélation divine : durant l’Exode, le peuple de Dieu a séjourné pendant 40 ans au désert ; au cœur de cet Exode, Moïse fut pendant 40 jours sur le mont Sinaï et en redescendit porteur des tables de la Loi, avec les Dix commandements. Auparavant, les eaux du Déluge inondèrent la Terre pendant 40 jours. Quand Jonas alla annoncer la destruction prochaine de Ninive, les habitants de la ville eurent un ultimatum de 40 jours – qu’ils mirent à profit pour se convertir. Avant de commencer sa vie publique, le Christ passa 40 jours au désert, période pendant laquelle il fut tenté par Satan et secouru par les anges. Le Mont de la Quarantaine, près de Jéricho, rappelle ce souvenir. ; un monastère grec-orthodoxe y a été installé. Cette quarantaine se réfère directement aux deux quarantaines de l’Exode. Après sa Résurrection, le Christ apparut pendant 40 jours à ses disciples, jusqu’au moment de l’Ascension. Cette quarantaine est symétrique de la quarantaine inaugurale au désert ; elle correspond aussi, pour les Apôtres, aux 40 jours de relations spéciales que Moïse eut avec Dieu sur le Sinaï.La durée du Carême (en latin Quadragesima, « Quarantaine »), temps de pénitence et de conversion, se rattache au symbolisme et aux références bibliques de l’Exode et de la retraite du Christ au désert.” D’après

    http://www.fondationnotredame.fr/fondation/fondation-kto-television-catholique-2?emkfid=EMF-20259372289-k-kto-73160546689-b-s&gclid=CJu8noyAwMsCFVYo0wodgIkMfQ

La mort elle-même de Salomon est expédiée en moins d’un verset (v.11, 43 🙂 « Puis Salomon s’endormit avec ses pères et fut enseveli dans la cité de David. » (trad. Rabbinat)

Roger et Alii

Retorica

1 250 mots, 7 600 caractères, 2016-03-14

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