02 BIB Salomon sagesse jugement 2016-03

J’emprunte au lien suivant une vision d’ensemble de la sagesse de Salomon.

http://mythologica.fr/biblique/salomon.htm

J’aborde ensuite le fameux « jugement de Salomon »

Roger

1. Sagesse de Salomon. « Salomon, roi des Israélites, qui régna de 971 à 931 avant notre ère. Il était fils de David et de Bethsabée. Son histoire est racontée au troisième livre des Rois. Quand David fut vieux, son fils Adonias tenta de se faire proclamer roi. Alors David ordonna au prêtre Sadoq d’oindre Salomon comme roi après lui Salomon commença par mettre à mort son frère aîné, Adoniah, qui avait conspiré contre lui, et son complice Joab, ex-général de David, et destitua le grand prêtre Abiathar. Il essaya d’organiser son royaume à l’instar des grandes monarchies qui l’entouraient. Ses flottes, équipées par des marins phéniciens, partaient du port d’Ezion-gaber, sur la mer Rouge, pour aller chercher à Ophir les produits de l’Orient. L’œuvre capitale de son règne fut la construction du premier temple dit de Salomon à Jérusalem. Salomon se fit ensuite bâtir un palais sur la colline d’Ophel, au sud du temple.

2. « Sa sagesse surpassait encore sa magnificence : il en donna, dès le début de son règne, une preuve éclatante dans le fameux jugement auquel son nom est resté attaché : deux femmes se disputaient le même enfant ; le roi ordonna d’apporter un glaive, de couper l’enfant en deux parties, et de donner la moitié à l’une et la moitié à l’autre. Mais celle qui était la véritable mère s’y opposa, préférant renoncer à son fils et qu’il fût vivant. Le roi connut ainsi qu’elle était la mère, et lui fit rendre son enfant.

3. « Il composa des sentences, des poésies, des morceaux de musique, etc. La reine de Saba, attirée par sa réputation, vint de l’Arabie pour le visiter. La tradition juive, suivie par celle de l’Eglise catholique, lui attribue la composition de trois des livres canoniques de la Bible: les Proverbes, l’Ecclésiaste et le Cantique des Cantiques. Cependant, à la fin de son règne, Salomon se laissa entraîner à l’idolâtrie par les femmes étrangères de son harem (700 épouses et 300 concubines). Ses sujets, accablés d’impôts, commencèrent à murmurer, et le schisme des dix tribus, qui devait éclater après sa mort, se prépara en secret. Les peuples tributaires essayèrent alors de secouer le joug. Néanmoins, Salomon mourut avant d’avoir senti décliner sa puissance. Son nom est resté après sa mort et jusqu’à maintenant populaire dans tout l’Orient.

4. «  Salomon est un des plus grands prophètes du monde musulman. (C’est le fils du prophète Daoud, que les Arabes considèrent beaucoup moins comme le roi d’Israël (Béni-Israël) que comme un envoyé céleste. La légende de Salomon (Soleïman), telle qu’ils la rapportent, provient un peu du talmudisme et, pour une part beaucoup plus considérable, du gnosticisme et du sabéisme. Soleïman est avant tout le roi des génies (djinn), auxquels il fit bâtir des édifices merveilleux, qui ne sont évidemment que le souvenir du temple que le fils de David fit élever sur le mont Moriah. Son pouvoir illimité sur les génies provenait d’un anneau ou plutôt d’un talisman circulaire sur lequel se trouvent gravés deux triangles équilatéraux, qui se coupent en formant un hexagone (sceau de Salomon); au centre de cette figure se trouve gravé le grand nom de dieu Allah. L’épisode le plus connu de la légende de Salomon est celui de sa rencontre avec la reine de Saba, Belkis, qui, suivant les mythographes arabes, adorait le soleil et le feu.)

5. « L’épisode de Salomon recevant la reine de Saba a été retracé par un grand nombre d’artistes. Dans les Loges du Vatican, Raphaël a représenté la Construction du temple. Au Louvre est un tableau de Sébastien Bourdon : Salomon sacrifiant aux idoles. Le Jugement de Salomon est une des scènes de l’Ancien Testament, que les artistes ont le plus fréquemment retracées. Raphaël l’a représenté dans les Loges, et, d’une façon plus remarquable, dans la chambre della Segnatura. Des peintures sur le même sujet ont été exécutées par A. Coypel, L. Giordano (musée de Madrid), Giorgione (Offices), J. Jordaens (musée de Madrid), Poussin (Louvre), J.-B.-F. de Troy, Valentin (Louvre), etc.

Le jugement de Salomon est très célèbre. En ce domaine, comme en beaucoup d’autres, il est utile et même indispensable de savoir comment la tradition juive commente l’épisode. Le commentaire du rabbin Dalsace proposé par le site Akadem est disponible par le lien suivant :

http://www.akadem.org/sommaire/paracha/5770/haftarat-hachavoua-5770/le-jugement-de-salomon-mikets-02-12-2009-7947_4315.php

6. Jugement de Salomon (1Rois, 3, 16 – 28)

16. Alors deux prostituées vinrent se présenter devant le roi (Salomon). 17. L’une dit : « Je t’en supplie, mon seigneur; moi et cette femme, nous habitons la même maison et j’ai accouché alors qu’elle s’y trouvait. 18. Or, trois jours après mon accouchement, cette femme accoucha à son tour. Nous étions ensemble, sans personne d’autre dans la maison; il n’y avait que nous deux. 19. Le fils de cette femme mourut une nuit parce qu’elle s’était couchée sur lui. 20. Elle se leva au milieu de la nuit, prit mon fils qui était à côté de moi – ta servante dormait – et le coucha contre elle; et son fils, le mort, elle le coucha contre moi. 21. Je me levai le matin pour allaiter mon fils, mais il était mort. Le jour venu, je le regardai attentivement, mais ce n’était pas mon fils, celui dont j’avais accouché ». 22. L’autre femme dit : « Non ! mon fils, c’est le vivant, et ton fils, c’est le mort »; mais la première continuait à dire : « Non ! ton fils, c’est le mort et mon fils, c’est le vivant ». Ainsi parlaient-elles devant le roi. 23. Le roi dit :  » Celle-ci dit : « Mon fils, c’est le vivant, et ton fils, c’est le mort »; et celle-là dit : « Non ! ton fils, c’est le mort, et mon fils, c’est le vivant » « . 24. Le roi dit : « Apportez-moi une épée ! » Et l’on apporta l’épée devant le roi. 25 Et le roi dit : « Coupez en deux l’enfant vivant et donnez-en une moitié à l’une et une moitié à l’autre ». 26. La femme dont le fils était le vivant dit au roi, car ses entrailles étaient émues au sujet de son fils : « Pardon, mon seigneur ! Donnez-lui le bébé vivant, mais ne le tuez pas !  » Tandis que l’autre disait : « Il ne sera ni à moi, ni à toi ! Coupez ! « 

27. Alors le roi prit la parole et dit : « Donnez à la première le bébé vivant, ne le tuez pas; c’est elle qui est la mère ». 28. Tout Israël entendit parler du jugement qu’avait rendu le roi et l’on craignit le roi, car on avait vu qu’il y avait en lui une sagesse divine pour rendre justice.

Texte de la TOB, éditions du Cerf

7. Ce qui intéresse Salomon c’est le sentiment de la maternité. Pour y arriver, il prend son temps. Il écoute attentivement les deux femmes et répète, mot pour mot, ce qu’elles ont dit. Cette répétition l’éclaire. Car pour plaider sa cause, on commence par ce qui tient à cœur. L’une dit « mon fils c’est le vivant » et l’autre dit « ton fils est le mort ». La vraie mère est celle qui a dit « Mon fils c’est le vivant ». A la fin du verset 23 Salomon a donc découvert la vérité et la décision du v. 24 n’est qu’une vérification destinée à impressionner l’auditoire. C’est un drame de la culpabilité et de la jalousie explique le rabbin Dalsace. Son commentaire va très loin, jusqu’au lévirat et aux rapports entre la politique et la sagesse.

8. La Michna (loi orale contenue dans le Talmud) examine la question de la propriété d’un objet trouvé au même moment par deux personnes qui le réclament. Il n’y a pas de témoin. Le tribunal partage alors l’objet en deux ou alors fait vendre l’objet et partage entre les deux personnes l’argent obtenu.

L’identité des deux femmes pose problème. Pas par leur profession qui pouvait être honorable mais par leur statut possible si l’histoire n’est pas inventée. Car le traité Yevamot les présente comme deux belles sœurs dont l’une est veuve. Elle perd l’enfant et c’est une catastrophe personnelle. Si son enfant avait vécu elle était libre puisque son mari vivait à travers cet enfant. Mais si l’enfant est mort, elle est contrainte d’épouser son beau frère pour assurer une descendance au défunt. C’est le lévirat évoqué par le rabbin Dalsace. Voler l’enfant de sa belle-sœur paraît à cette femme le seul moyen d’échapper au lévirat qui lui fait horreur.

9. Le lévirat prévoit une descendance à un homme qui est mort sans avoir d’enfant et cette descendance portera son nom. Cette mesure est expliquée dans Deutéronome 25, 5 à 10 :

« 5) Si des frères demeurent ensemble et que l’un d’eux vienne à mourir sans postérité, la veuve ne pourra se marier au dehors à un étranger; c’est son beau-frère qui doit s’unir à elle. Il la prendra donc pour femme, exerçant le lévirat à son égard.

6) Et le premier fils qu’elle enfantera sera désigné par le nom du frère mort, afin que ce nom ne périsse pas en Israël.

7) Que s’il déplaît à l’homme d’épouser sa belle-sœur, celle-ci montera au tribunal, par- devant les anciens, et dira: « Mon beau-frère refuse de relever en Israël le nom de son frère, il ne veut pas m’accorder le lévirat. »

8) Alors les anciens de sa ville le manderont et l’interpelleront; et lui, debout, dira: « II ne me plaît point de l’épouser. »

9) Et sa belle-sœur s’avancera vers lui à la vue des anciens, lui ôtera sa chaussure du pied, crachera devant lui et dira à haute voix: « Ainsi est traité l’homme qui ne veut pas édifier la maison de son frère! »

10) Et la sienne sera surnommée, en Israël, la maison du déchaussé. »

Ceci est illustré par Genèse 38, 1 à 9.

« 1) II arriva, en ce temps-là, que Juda s’éloigna de ses frères, et s’achemina vers un habitant d’Adoullam, nommé Hira.


2) Là, Juda vit la fille d’un Cananéen, appelé Choua ; il l’épousa et s’approcha d’elle.


3) Elle conçut et enfanta un fils, à qui il donna le nom d’Er.


4) Elle conçut encore et eut un fils, et elle lui donna le nom d’Onàn.


5) De nouveau elle enfanta un fils, et elle le nomma Chéla. (II était à Kezib lorsqu’elle l’enfanta.)


6) Juda choisit une épouse à Er, son premier né ; elle se nommait Thamar.


7) Er, le premier-né de Juda, ayant déplu au Seigneur, le Seigneur le fit mourir.


8)
Alors Juda dit à Onan: Va vers la femme de ton frère, prends-la, comme beau-frère, et suscite une postérité à ton frère.


9) Onàn comprit que cette postérité ne serait pas la sienne ; et alors, chaque fois qu’il approchait de la femme de son frère, il corrompait sa voie, afin de ne pas donner de postérité à son frère.


10) Sa conduite déplut au Seigneur, qui le fit mourir de même. »

Rambam (Maïmonide) dit à ce sujet : « …Ce sujet est un grand secret parmi les secrets de la Torah qui concerne les engendrements de l’homme. Et le connaîtra celui dont les yeux verront ce que Dieu a donné aux yeux de voir et aux oreilles d’entendre. Et les sages qui vivaient avant la révélation de la Torah savaient qu’il y avait dans le lévirat un grand profit pour le défunt. Ainsi, ils avaient déjà l’habitude d’unir la veuve avec le frère du défunt ou son père ou un proche parent… »

Roger et Alii

Retorica

1 930 mots, 11 100 caractères, 2016-03-15

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