03 CIN adaptation et littérature 1994

03 CIN adaptation et littérature 1994

Il s’agit ici d’un sujet de synthèse type BTS : “Littérature et cinéma : production interactive”. Malheureusement j’ai perdu les textes et surtout les références. Il ne reste que le corrigé s.g.d.g (sans garantie du gouvernement !). Mais les lignes de force me semblent toujours d’actualité.

Roger

Introduction. L’adaptation au cinéma d’une œuvre littéraire pose des problèmes perçus différemment, selon qu’il s’agissent d’experts en romans (Bersani doc 1, et S. de Beauvoir doc 2), d’experts en cinéma (Chevrier doc 3 et Fuzellier doc 4) ou de cinéastes (Kast doc 5, Semprun doc 6). Nous étudierons les contraintes imposées par l’adaptation, ses effets et les règles possibles qu’elle suit.

1.L’adaptation connaît un certain nombre de contraintes.

1.1 Certaines viennent du statut même de la littérature. Elle est mystérieuse et artisanale selon Chevrier.Semprun évoque la liberté de l’écrivain devant sa machine à écrire. Enfin la littérature, explique S. de Beauvoir, transmet un sa- voir spécifique fait du vécu et du fond sur lequel il se détache.

1.2 D’autres contraintes viennent du statut commercial de nombreuses adaptations. Kast et Chevrier y voient l’effet de la célébrité du titre. D’où des films à grand spectacle sans beaucoup d’inventions, véritables « coups bas » dénoncés par Fr. Truffaut en 1958 (cité par Bersani). Chevrier note que le cinéma est une production collective mais dépend d’une économie de profit.

1.3 Ces contraintes mènent littérature et cinéma à découvrir leurs différences réelles souligne Bersani. Pour S. de Beauvoir elles ne se limitent pas à reconnaître au cinéma la fraîcheur de ses paysages. Fuzellier précise que le cinéma, au-delà des contraintes économiques, a son propre langage et connaît des genres identiques aux genres littéraires.

1.4 Les contraintes économiques sont donc à la fois d’ordre économique et d’ordre esthétique.

2. Il en résulte que l’adaptation va entraîner un certain nombre d’effets.

2.1 Beaucoup la sentent comme une trahison et la regrettent car l’adaptation se fait au niveau le plus bas. C’est ce que déplorent S. de Beauvoir et Kast. Fuzellier au contraire se borne à constater que tout est différent : longueur, décors, acteurs, ton, style.Chevrier observe de son côté que l’adaptation ne nuit pas forcément à l’original et même un romancier-scénariste comme Semprun envisage de devenir cinéaste.

2.2 Mais on relève généralement des trahisons au niveau des personnages et des lieux (par le cadrage). Cette observation de S. de Beauvoir est complétée par Chevrier: les sentiments sont stéréotypés, l’imagination bloquée. Des remarques de Fuzellier vont dans le même sens : la psychologie reste sommaire et l’analyse intérieure impossible. Kast peut en conclure que la littérature a tout à perdre dans l’opération. Mais Semprun observe que le film échappe au scénariste lui-même dont pourtant il traduit les préoccupations. Et Fuzellier ajoute que le film peut révéler cruellement le simplisme de l’intrigue dans l’oeuvre adaptée.

2.3 En ce qui concerne le fond historique S. de Beauvoir et Semprun s’opposent sur le même exemple « L’Aveu » d’Arthur London, film de Costa-Gravas : pour elle, le fond historique échappe au film ; pour lui, au contraire, le film ouvrait un débat sur le stalinisme mais il sortait dans un contexte différent de celui du livre.

2.4 Le film fait-il lire le livre dont il est tiré? Chevrier le pense mais pour Kast ceci est illusoire car la vision de l’œuvre en restera définitivement faussée.

2.5 Ainsi les effets de l’adaptation sont diversement appréciés. On admet la schématisation des personnages sans forcément parler de trahison. Les contextes de parution sont différents et l’incitation à la lecture est aussi jugée différemment.

3. Peut-on dégager des règles d’adaptation ?

3.1 Apparemment il n’y aurait pas de règles. Truffaut, cité par Bersani, se bornait à souhaiter, en 1958, qu’on évite le « coup bas » d’une adaptation servile. Même réaction chez Semprun pour qui « L’aveu » reste un cas particulier.Et Fuzellier remarque que tout étant différent dans l’œuvre et l’adaptation,il faut admettre que cette dernière sera toujours insolite et surprenante.

3.2 Le cinéaste peut se montrer profondément original. Kast évoque Renoir pour Flaubert, Max Ophüls pour Maupassant ou Orson Welles pour Kafka. Pour cela, note-t-il, il faut et il suffit qu’une affinité littéraire, esthétique ou morale unisse les deux créateurs mais c’est très rare. Ce fut pourtant le cas pour « Le journal d’un curé de campagne » de Bernanos adapté par Bresson, réussite saluée par Bersani, Chevrier et Fuzellier. A leurs yeux, Bresson,par ses affinités avec Bernanos, a su trouver les correspondances, les équivalences et les transformations qui font de cette adaptation un chef- d’oeuvre exceptionnel.

3.3 La seule règle serait donc celle d’une convergence entre deux sensibilités, et ceci au-delà des contingences commerciales, culturelles ou historiques.

Conclusion Le cinéma est un art et une industrie. A cette première contrainte s’en ajoute une autre : celle du film lui-même et d’une nécessaire schématisation. Peu d’oeuvres littéraires sortent intactes de l’adaptation qu’elles subissent. Dans le meilleur des cas le metteur en scène doit se sentir, quelque part, en profonde harmonie avec l’écrivain pour créer une oeuvre originale.

Il me semble que le débat manque de clarté. En novembre 1993, au moment le plus fort du débat sur le GATT et « l’exception culturelle » française, Claude Lelouch expliquait sur France-Inter une distinction essentielle à ses yeux entre trois cinémas. Je la reprends à mon compte :

– Le cinéma de producteur vise un public donné. C’est le cas de « Jurassic Park » de S. Spielberg ;

– Le cinéma de metteur en scène. Celui-ci connaît l’art de s’effacer devant l’œuvre pour la servir. C’est « Cyrano de Bergerac » de Rappeneau ou « Germinal » de Claude Berri.

– Le cinéma d’auteur enfin. Le metteur en scène fait toujours le même film car le cinéma lui sert à traduire ses états d’âme. On songe à Ingmar Bergman, Woody Allen et surtout Lelouch.

Cette distinction recouvre, bien évidemment,de nombreuses nuances mais elle me paraît utile pour situer le problème et surtout le relativiser. L’essentiel n’est-il pas que le film captive son spectateur, quelle que soit l’origine du scénario ?

Roger

Retorica

(6.300 caractères)

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