03 CIN Cocteau – Le Testament d’Orphée – 2017-06

 

Jean Cocteau était un génie multiforme. Il avait compris que le cinéma était et serait un art de la totalité. Son épitaphe : « Je reste avec vous. » Il est là.

 

Dans les années 1980 j’avais préparé pour mes élèves une double fiche tirée au limographe. Je vais partir de là pour cet article. Roger.

 

(1) 03 CIN Jean Cocteau Biographie

1889 Maison-Laffitte (Seine-et-Oise). Connaît une célébrité précoce dans les salons parisiens où il fréquente Anna de Noailles, Edmond Rostand, Marcel Proust puis Alain-Fournier, Péguy, Mauriac. Ses dons sont multiples mais il se dit poète : « Comprenne qui pourra : je suis un mensonge qui dit la vérité ».

1912 Il rencontre Serge de Diaghilev et participe à l’aventure des Ballets russes. En 1915 il se lie avec Picasso et Radiguet, fréquente Apollinaire, Cendrars, Max Jacob, soutient les peintres cubistes, défend Stravinsky, Honegger, Auric, Poulenc mais aussi le jazz. Il écrit des romans (« Le Potomak » 1913 – 1919), « Thomas l’Imposteur » 1922, « Le Grand Ecart » 1923), sortes de fables tragiques où les personnages sont des rêveurs happés par des forces redoutables, thème qui revient dans « Les Enfants Terribles » (1929) comme dans le reste de son œuvre. Dans « Le Livre blanc » (1928) il s’explique sur son homosexualité, se drogue et se désintoxique (« Opium » 1930). Il est poète (« Lange Heurtebise » 1925), dramaturge (« La voix humaine » 1930), « La Machine Infernale » (1934).

Il franchit la guerre, cultivant des amitiés allemandes mais intervenant en Cours de justice, en 1946, en faveur de Jean Genêt. Il s’intéresse de plus en plus au cinéma connu avec Bunuel (« Le sang d’un poète » 1933). Mais le mélange de merveilleux, de clinquant, de trucages et d’esthétisme lui ont valu le mépris des surréalistes et il poursuit seul son aventure artistique : « L’Eternel Retour » 1943, « La Belle et la Bête » 1945, « Orphée 1951). Il renouvelle au passage le drame romantique : « L’Aigle à deux têtes » 1946.

Il reste poète (« Requiem » 1962) mais est aussi critique (« La difficulté d’être » 1947), dessinateur, céramiste, défrayant la chronique mondaine, repris par l’opium. En 1955 il entre à l’Académie Française. Il meurt en 1963, est enterré à Milly-la-Forêt, près de la chapelle Saint-Blaise-des-Simples qu’il avait décorée.

(330 mots, fiche a5 tirée vers 1980 sur limographe)

 

(2) 03 CIN Cocteau Orphée (film 1950)

Dans la mythologie grecque, Orphée fils d’Apollon, a le pouvoir de charmer jusqu’aux animaux et aux pierres tant sa musique et sa poésie sont belles. Mais sa jeune femme Eurydice meurt, mordue par un serpent. Orphée peut aller la chercher mais les dieux infernaux lui ont interdit de regarder Eurydice avant d’être remonté avec elle à la lumière du jour. Il désobéit, se retourne vers elle et la perd définitivement. Il s’exile en Thrace. Rendues furieuses par son indifférence, des femmes le tuent, le dépècent et jettent ses membres dans le fleuve.

Cocteau respecte les grandes lignes de la légende, la transpose à l’époque moderne, modifie son climat et en fait une méditation sur la Mort et la Poésie.

La mort devient un personnage – la Princesse – qui se déplace dans une auto somptueuse, escortée de motards casqués et vêtus de noir.

Les Enfers (« la Zone ») ce sont les ruines de Saint-Cyr bombardée pendant la guerre.

Orphée écoute de mystérieux messages comme ceux que transmettait Radio-Londres aux Résistants.

L’ange Heurtebise (venu de l’œuvre de Cocteau) est le chauffeur et l’homme de main de la Princesse.

C’est un film policier : mystère qui entoure la mort du poète Cégeste.

Univers poétique de Cocteau : miroirs que franchit la mort, qui donnent sur l’Au-delà, les gants magique, le monde inversé (paysage en négatif).

Méditation sur la poésie : « La poésie est indispensable. J’ignore à quoi. » « Le poète est le domestique d’une force qu’il connaît très mal ». La Princesse, amoureuse d’Orphée, se sacrifie pour lui rendre la vie : « La Mort meurt : c’est le mythe de l’immortalité ».

Confession personnelle : souci perpétuel de découvrir du nouveau, de déchiffrer tous les appels, d’aller plus loin que « la réussite et les honneurs. ». Voir « Le Testament d’Orphée » (d’après E. Fuzelier Dict Œuvres cinéma Hachette)

 

(316 mots, format a5, limographe, vers 1980)

 

(3) Compléments. Roger (2017-06-16).Ces deux fiches d’environ 300 mots chacune me servaient à sensibiliser mes élèves à Cocteau quand l’occasion s’en présentait. Je lisais chacune d’une manière expressive en deux minutes, soit environ 5 mn pour ce mini dossier. Ensuite venait un débat d’une dizaine de minutes et plus si affinités. Je n’ai pas souvenir d’échanges marquants. Il s’agissait simplement d’une sensibilisation. Les fiches soigneusement numérotées rejoignaient le manuel de français que nous constituions.

A la relecture les deux fiches me paraissent dire l’essentiel. On pourra les compléter avec Wikipédia. Je relève l’épitaphe émouvante de la tombe de Jean Cocteau : « Je reste avec vous ». Elle fait écho à cette affirmation : « Comprenne qui pourra : Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité. » « Comprenne qui pourra » : c’est l’incitation à réfléchir. Mais « Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images » (Cocteau « Le sang d’un poète » 1931)

 

Le personnage d’Orphée a constamment hanté Jean Cocteau, à preuve « Le sang d’un poète » (1931) et deux films « Orphée » (1950) et « Le Testament d’Orphée » (1959). Il meurt en 1963 à 74 ans, soit quatre ans après.

(4) « Le Testament d’Orphée » (1959) : « Mort et résurrection du poète. Frappé par une balle, le poète Jean Cocteau rebondit dans un autre temps. Vie et mort, présent et futur, monstres et imagination, angoisses et fantasmes, c’est le testament du poète cinéaste, sa biographie sans aucun souci de chronologie. Jean Cocteau y tient le rôle principal ». (Wikipédia)

Synopis (Télérama) : « Frappé par une balle, le poète Jean Cocteau se retrouve projeté dans le temps. Tandis qu’il tente désespérément de regagner son époque, il a l’étrange surprise de rencontrer ses propres créations : Cégeste, le poète jeune, la Princesse et Heurtebise. Ces deux derniers s’érigent en juges face à leur créateur, contraignant Cocteau à plaider sa cause, en vain. Le voilà condamné à vivre, pour crime d’innocence. Muni d’un talisman, le poète explore la «zone intermédiaire» où vivent les symboles et les divinités diverses qui hantent son œuvre. Il arrive ensuite au palais de Pallas-Athéna – la déesse de la raison – qui habite dans un univers en ruines… » En creusant un peu on découvre que le tournage du film donna lieu à des scènes étonnantes notamment chez les Gitans dont Cocteau aimait la liberté.

http://films.blog.lemonde.fr/2010/03/20/testament-orphee/

 

« Le titre complet est « Le testament d’Orphée, ou ne me demandez pas pourquoi! ». En exergue du film il écrit : « Voici le legs d’un poète aux jeunesses successives qui l’ont toujours soutenu » (1). Tourné dans les carrières des Baux-de-Provence, il s’agit d’une introspection où Cocteau se met lui-même en scène pour une série de variations poétiques et philosophiques sur les thèmes qu’il a explorés toute sa vie durant. « Ma grande affaire est de vivre une actualité qui m’est propre et qui abolit le temps. Ayant découvert que cet état était mon privilège, je m’y suis perfectionné et enfoncé davantage. » Il meurt et renaît plusieurs fois tel un phénix poétique. Il joue avec le temps, mêlant les époques et les mythologies, créant aussi de jolis effets visuels de plans retournés et de trucages audacieux. Il faut certainement être très familier de l’œuvre de Cocteau pour apprécier ce film à sa juste valeur. Beaucoup d’acteurs différents (dont Jean-Pierre Léaud à l’âge de quatorze ans!) et quelques apparitions de ses amis (2).

« (1) Cocteau a été soutenu par la Nouvelle Vague, y compris matériellement : apprenant que Cocteau avait des problèmes pour boucler son budget, François Truffaut lui apporta les toutes premières recettes de son premier film Les 400 coups ce qui permit à Cocteau de tourner.

« (2) Les amis : Picasso, le danseur Serge Lifar, le torero Luis Miguel Dominguín, Charles Aznavour, Françoise Sagan, Jacqueline Roque (Jacqueline Picasso), Alice Sapritch

Francine Weisweiller a produit le film dont certaines scènes ont été tournées dans sa villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat, villa décorée de fresques par Cocteau aujourd’hui classée monument historique. Elle joue également la femme élégante qui s’est trompée d’époque.

« Un livre de photographies (jusque là inédites) prises pendant le tournage du Testament d’Orphée par Lucien Clergue est sorti chez Actes Sud en 2003 :

http://www.cinema-francais.fr/les_films/films_c/films_cocteau_jean/le_testament_d_orphee.htm

Au générique : les amis qui ont participé au « Testament d’Orphée ».

 

 

« Réalisation, scénario et dialogues de Jean COCTEAU

Directeur de la photographie Roland PONTOIZEAU

Musique de Georges AURIC

Montage de Marie-Josèphe YOYOTTE

 

avec

Jean COCTEAU

Jean MARAIS

Nicole COURCEL

Françoise CHRISTOPHE

Henri CRÉMIEUX

Jean-Pierre LÉAUD

François PÉRIER

Maria CASARÈS

Daniel GÉLIN

Charles AZNAVOUR

Brigitte BARDOT

Alice SAPRITCH

Roger VADIM

Claudine AUGER

Marie-Josèphe YOYOTTE

Françoise ARNOUL

Henri TORRÈS

Françoise SAGAN

Daniel MOOSMANN

Édouard DHERMITE

Yul BRYNNER

Michèle COMTE

Philippe JUZAU

Serge LIFAR

Brigitte MORISSAN

Jean-Claude PETIT

Jacqueline ROQUE

Annette VADIM

 

 Sortie le 18 février 1960
« Résumé

C’est en premier lieu le testament de Cocteau puisque, jouant lui-même son propre rôle, le poète se promène dans le film et à travers le temps. Ce temps qui devait être anéanti par un revolver, invention d’un savant dont le poète vient troubler la vieillesse.

Frappé par une balle, Cocteau rebondit dans un autre temps où il retrouve ses propres créations : le jeune poète Cégeste, la Princesse toujours belle et inaccessible, le fidèle Heurtebise. Accusé, le poète se défend mal devant ceux qui le condamnent à la vie pour crime d’innocence. Portant en guise de talisman une fleur d’hibiscus, Cocteau reprend sa route et va explorer la  » Zone Intermédiaire ».

« Là, continuent de vivre ses divinités et ses symboles favoris. Ayant dépassé un camp de gitans, le poète arrive auprès de la déesse de la Sagesse, Minerve. Celle-ci perce le poète de sa lance et le fait ensevelir dans un tombeau. Il en sort avec les yeux de l’initié : il ignore alors le sphinx et ne s’attendrit pas en croisant Œdipe ensanglanté : il continue de cheminer dans la campagne où des motards l’interrogent et lui demandent un autographe. C’est alors que Cégeste le fait disparaître. Seuls, demeurent sur le chemin les papiers d’identité, bientôt transformés en fleurs d’hibiscus.

 

 

 

« C’est en poète que Jean Cocteau a réalisé tous ses films, inventant un langage qui était l’équivalent en images de sa prose virtuose. Souvent, il inventa des procédés techniques (comme faire glisser un acteur vers la caméra, l’envers du travelling) pour exprimer des émotions inédites. Et vers la fin de sa vie, en 1959, il choisit le classicisme et l’autobiographie pour prouver, dans le Testament d’Orphée, qu’on peut faire du bricolage un grand art.

« Après un prégénérique bref et brûlant (trois personnages pris dans une lumière vive), Jean Cocteau affirme, off, qu’il a décidé dans ce film de montrer son âme toute nue. Pour décourager les questions indiscrètes, le Testament d’Orphée porte en sous-titre Ne me demandez pas pourquoi. Le premier vrai plan du film, c’est un enfant assis à un bureau. On reconnaît le Jean-Pierre Léaud fiévreux des Quatre cents coups. Jean Cocteau apparaît en costume solennel, perruque et tricorne. Il jette le tricorne. Suit un jeu enfantin d’apparitions et de disparitions dans lequel le poète rencontre le jeune Léaud à divers âges de sa vie, en particulier quand il est vieux et tient dans sa main une boîte de billes minuscules que Cocteau récupère. Cet homme qu’il rencontre à divers âges de sa vie est un inventeur, et les billes ont la faculté de voyager dans l’espace-temps. Le professeur tue le poète qui renaît en costume de ville, enfin synchrone avec son époque.

« Cocteau rencontre un homme à tête de cheval. Il le suit un temps. Il croise un guitariste flamenco qui chante une chanson autour d’un brasero. Il jette les morceaux d’une photo de son film Orphée. Un jeune homme apparaît (Edouard Dhermitte) avec lequel il chemine. Cocteau écrase une fleur qu’il n’arrive pas à peindre, mais les morceaux se réassemblent et elle se reconstitue. Il arrive enfin devant deux juges (Maria Casarès et François Périer) qui vont faire son procès.

« Le poète est accusé d’innocence et de vouloir pénétrer en fraude dans un monde qui n’est pas le sien. Il plaide coupable. On assiste à la métamorphose d’une orchidée en tête de mort. Le poète, coincé entre deux univers, est condamné préventivement à la peine de vivre. Iseult sur un bateau cherche à rejoindre Tristan. Après cent et une rencontres, le poète aux yeux peints continue son périple. »

Louis SKORECKI

 

 

 

 

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