03 CIN Trois sujets textes correction 1994

03 CIN Cinéma trois sujets textes 1994

Les trois sujets se répondent les uns aux autres et forment ainsi un dossier.

SUJET I Le cinéma, témoin d’un monde

1. Le cinéma doit être considéré comme l’un des dépositaires de la pensée du XX° siècle, dans la mesure où il reflète largement la mentalité des hommes et des femmes qui font des films. Au même titre que la peinture, la littérature et les arts plastiques contemporains, il aide à comprendre l’esprit de notre temps.

2. Cette thèse peut, bien entendu, être poussée jusqu’à l’absurde, certains n’hésitent pas à soutenir qu’il existe un lien direct entre, par exemple, le mode de vie des Américains dans les années 60 et les films de la même époque, ou encore que le cinéma reflète avec une fidélité parfaite les sentiments du grand public. Ce genre d’affirmation péremptoire est évidemment discutable, et l’historien n’a pas besoin de mettre en équation (1) le cinéma et la société pour tirer utilement parti du matériel cinématographique. Ce que le cinéma peut offrir, c’est une brève vision, une image fugitive qui est toujours incomplète et parfois trompeuse, mais qui utilisée à bon escient, fournit au spécialiste des sciences sociales des indications valables sur la culture et les grandes idées d’une société donnée. En ce sens, le cinéma n’est pas plus utile à l’historien que les manifestations littéraires et artistiques de l’époque, mais il ne l’est certainement pas moins non plus.

3. Grâce à lui, les hommes de science qui étudient la période actuelle disposent d’une matière première précieuse dont les historiens s’intéressant à d’autres périodes sont démunis, mais que l’on commence seulement aujourd’hui à comprendre et à exploiter.

4. Il est à peine besoin désormais de prouver que le cinéma exerce une influence culturelle considérable, et ce demi les années 20 au moins. Le nombre actuel d’entrées dans les cinéma du monde entier peut être évalué à quelque 12 milliards. Dans certains pays, notamment ceux où les formes de distraction sont rares, comme l’Inde, le cinéma joue un rôle encore plus important qu’ailleurs, mais, même dans les sociétés industralisées et complexes de l’Occident, il occupe une position unique.

5. Certes, le cinéma a évolué avec le temps, et l’on ne saurait comparer le cinéma des années 20 à celui d’aujourd’hui. Les sujets de films sont différents, les méthodes de production et de distribution ont été modifiées, et l’influence du cinéma ne se fait pas sentir de la même façon. Le public aussi a changé : il est plus averti, il a une sentibilité nouvelle et assigne au cinéma une place différente de celle qu’elle avait dans la vie de la génération qui a assisté à ses débuts. Mais ce qui n’a pas changé en plus de cinquante ans c’est l’importance du cinéma dans la vie culturelle. Il exerce aujourd’hui une immense fascination sur un public jeune et instruit et, grâce à la télévision, il pénètre aussi dans les foyers, où il est très populaire auprès des petits enfants et des gens âgés. Les profonds changements qu’il a pu subir dans sa forme et dans son contenu ne lui ont rien fait perdre de son importance par rapport au temps où il était d’usage d’aller en moyenne voir deux films par semaine. Aujourd’hui, la fréquentation des salles est peut-être plus faible et les spectateurs appartiennent à des groupes socio-économiques plus différenciés, mais le rôle capital joué dans la vie par ce mode d’expression éminemment caractéristique du XX° siècle n’a nullement diminué.

6. L’historien a le devoir de tenir compte des moyens d’action du cinéma sur les foules et de vérifier si cette influence est ou non suffisamment forte pour mériter une étude approfondie. “Le Cabinet du docteur Caligari” (2) par exemple, peut-il nous aider à comprendre ce que fut la république de Weimar dans les années 20 . Siegfried Kracauer (3) a répondu par l’affirmative à cette question dans son ouvrage intitulé “De Caligari à Hitler”, où il démontre avec force arguments que les films des années 20 annonçaient le nazisme et mettaient à nu l’âme de l’Allemagne. Kracauer a exercé un grand ascendant sur les historiens en général et les historiens du cinéma en particulier. Son livre, malgré ses faiblesses, demeure une œuvre novatrice d’une admirable lucidité.

7. L’idée directrice de Kracauer est que les films,qu’il s’agisse d’œuvres d’imagination ou d’œuvres fondées sur des faits réels, révèlent – parfois inconsciemment – la vie intérieure d’un peuple. Selon lui, les scénarios, les décors, les personnages, le style et même le montage d’un film sont un reflet fidèle de l’état d’esprit des personnes qui l’ont réalisé. Le cinéma est donc l’écho d’un mode de vie et de pensée donné ; il porte en lui la vie secrète de la nation.

Martin A. Jackson “L’historien et le cinéma”, article recueilli dans “Cultures”, Presses de l’Unesco et La Baconnière, 1975

(1) “Mettre en équation” : établir une relation mathématique. (2) “Le Cabinet du docteur Caligari” (1919) film fantastique de Robert Wiene. (3) Siegfried Kracauer, (1889 – 1966) auteur du livre “De Caligari à Hitler : Histoire psychologique du cinéma allemand » (1947) .

a) Résumez ce texte en 200 mots (± 10 %). Respectez l’équilibre des §. Indiquer le nombre de mots employés.

b) Expliquer : “Kracauer a exercé un grand ascendant” ; “l’écho d’un mode de vie et de pensée

c) Pensez-vous que les films que vous voyez au cinéma et à la télévision reflètent “l’esprit de notre temps” tel que vous le voyez et le vivez.`

SUJET II Un cinéma d’autrefois

Le spectacle était commencé. Nous suivions l’ouvreuse en trébuchant ; au dessus de nos têtes, un faisceau de lumière blanche traversait la salle, on y voyait danser des poussières, des fumées ; un piano hennissait, des poires violettes luisaient au mur, j’étais pris à la gorge par l’odeur vernie d’un désinfectant… Je raclais mon dos à des genoux, je m’asseyais sur un siège grinçant ; enfin je regardais l’écran.

Je découvrais une craie fluorescente, des paysages clignotants, rayés par des averses ; il pleuvait toujours, même dans les appartements ; parfois un astéroïde en flammes traversait le salon d’une baronne sans qu’elle parût s’en étonner. J’aimais cette pluie, cette inquiétude sans repos qui travaillait la muraille.

Le pianiste attaquait l’ouverture des “Grottes de Fingal” et tout le monde comprenait que le criminel allait paraître ; la baronne était folle de peur. Mais son beau visage charbonneux cédait la place à une pancarte mauve : “Fin de la première partie.” C’était la désintoxication brusquée, la lumière. Où étais-je ? dans une école ? dans une administration ? Pas le moindre ornement : des rangées de strapontins laissaient voir, par en dessous, leurs ressorts ; des murs barbouillés d’ocre.

Les rumeurs touffues remplissaient la salle, on réinventait le langage, l’ouvreuse vendait à la criée des bonbons anglais. Les gens se frottaient les yeux, chacun découvrait ses voisins. Des soldats, des bonnes du quartier ; des ouvrières en cheveux riaient très fort : tout ce monde n’était pas de notre monde ; heureusement, posés de loin en loin sur ce parterre de têtes, de grands chapeaux palpitants rassuraient.

Jean-Paul Sartre (1905-1980) “Les mots“(1964)

Vous étudierez ce texte sous la forme d’un commentaire composé. Vous pourrez, par exemple, vous intéresser au pittoresque de la narration, aux impressions de l’enfant et à l’attitude du narrateur adulte (qui se confond ici avec l’écrivain).

SUJET III

Dans “Pour comprendre les média” (1986) le sociologue Marshall McLuhan explique : “…le film peut conserver et transmettre une grande quantité d’informations. Il montre en un instant une scène, un paysage et des personnages qu’il faudrait plusieurs pages en prose pour décrire. L’instant suivant, il répète, et peut continuer à répéter cette information détaillée. L’écrivain, lui, est incapable de présenter à son lecteur une telle masse de détails.” En vous appuyant sur des exemples précis vous analyserez cette opinion pour ensuite la discuter ou la prolonger.

Complément : René Clair (1898 – 1981) Réflexion faite : notes pour servir à l’histoire de l’art cinématographique de 1920 à 1950 (1925 , Gallimard)

A cent cinquant millions d’humains, chaque semaine, l’écran parle d’amour. C’est une coutume étrange, celle qui impose à tant de films de se terminer par un baiser ou des promesses d’étreinte. Les plus grands créateur d’images animées s’y sont soumis. Et l’on se demande si ces représntations de l’amour ne sont pas un des charmes essentiels du cinéma, un des secrets de l’enchantement qu’il exerce sur les foules…

… Sur l’écran apparaissent des êtres immatériels, transparents et auréolés de lumière. Les firmes cinématographiques ont choisi les plus jolies femmes et les plus beaux hommes pour les jeux du peuple moderne. Et l’écran nous offre chaque soir, avec le grossissement de ses plans divers, une glorification du visage humain, du corps humain tout entier qui est grandi par l’objectif et semble à la mesure du corps des antiques demi-dieux.

Ne souriez pas. Le goût du public pour ces illusions d’optique n’est pas un engouement provoqué par la mode ou la publicité. A cette époque où la poésie verbale perd les prestiges qu’elle exerçait sur la foule et devient « affaire d’initiés » (Combien de lecteurs de Lamartine et de Hugo, au siècle dernier ? Combien de lecteurs aujourd’hui pour les poètes modernes?) une nouvelle forme d’expression poétique est née et peut toucher chacun des cœurs qui battent sur la terre.

Elle apparaît dans ces suites d’images qui souvent défient la logique mais qui souvent aussi font passer dans les salles obscures un courant de lyrisme amoureux. Une poésie populaire est là, qui cherche sa voie…

René Clair a été un de nos grands réalisateurs. On lui doit Le Million (1931), A nous la liberté (1931), Quatorze juillet (1933), Ma femme est une sorcière (1942) C’est arrivé demain (1944), La Beauté du Diable (1950). Ce fut un visionnaire comme le montre ce texte écrit en 1925 et qui n’a pas vieilli.

Ce texte a la même longueur que celui de Sartre et on pourrait en faire un commentaire comparé.

(10.100 caractères)

03 CIN Cinéma trois sujets correction 1994

Correction s.g.d.g : sans garantie du gouvernement !

Par simple commodité 0 désigne une introduction et 9 une conclusion. 1.0 = introduction du 1° point etc. 2.9 = conclusion du 2° point.

Sujet II Un cinéma d’autrefois

0. « Les mots » de Sartre sont une autobiographie. L’enfant qu’il a été y est découvert dans ses goûts et ses lectures. Mais il est découvert par un adulte qui manifeste à son égard une attitude à la fois compréhensive et critique. L’enfant décrit a environ cinq ans et le narrateur-écrivain a dépassé la soixantaine. Nous étudierons les impressions de l’enfant puis l’attitude de l’adulte avant de nous interroger sur le pittoresque de la description.

1.0 Etudions d’abord les impressions de l’enfant.

1.1 L’enfant est frappé par l’atmosphére.particulière du cinéma muet. Il s’agit d’une salle de quartier comme le prouvent des indices tels que les « soldats » et « les bonnes du quartier ». Ce divertissement séduit toutes les classes sociales : les « têtes » nues s’opposent aux grands chapeaux des bourgeoises qui doivent gêner la vision. D’ailleurs sa famille, bourgeoise, est arrivée en retard (par snobisme peut-être). Notons encore le mauvais goût de la salle (« poires violettes »), ses fauteuils malcommodes (« siège grinçant »). Mais elle est énergiquement entretenue (« désinfectant »). Le film est d’une mauvaise qualité technique (il brûle facilement : « astéroïde« ). Nous sommes dans la grande tradition du muet avec le pianiste mais la magie joue facilement sur l’enfant (« Où étais-je« ). N’oublions pas la vente traditionnelle des bonbons à l’entracte.

1.2 On comprend un peu mieux cet enfant et ses goûts. D’abord il est suffoqué (« pris à la gorge« ) puis il essaie de comprendre : il regarde avec application mais donne des explications fausses à la mauvaise qualité de l’image : « craie fluorescente », « paysages clignotants», « rayés par des averses« . Il éprouve une grande surprise à voir qu’il pleut toujours dans les appartements (rayures de la pellicule). Mais il aime cette atmosphére de rêve où le public communie dans une émotion commune (« tout le monde comprenait« ). Et il aime aussi le retour à la réalité avec les rires et les commentaires.

1.3 Pour ce petit bourgeois l’aventure c’est la descente dans un milieu populaire,pas très rassurant (« heureusement… de grands chapeaux »), milieu désapprouvé implicitement (« en cheveux » : signe de négligé) ; cette aventure sociale, marquée par les aléas du retard est doublée par une autre aventure sur l’écran : la baronne « folle de peur » aux prises avec le criminel. On peut penser que l’enfant a entraîné sa mére et ses tantes (lien de parenté non précisé) dans ce cinéma qu’elles n’auraient pas fréquenté d’elles-mémes.

1.9 Les impressions de l’enfant sont donc complexes : des sentiments mêlés d’émerveillement et de peur devant l’écran, plaisir et inquiétude dans cette salle populaire, sentiment d’une aventure dont il ne comprend pas tout.

2.0 Penchons-nous maintenant sur l’attitude de l’adulte.

2.1 C’est l’occasion pour lui de redécouvrir et peut-être de découvrir tout court son enfance. En fait, en remontant dans ce passé si lointain (environ cinquante-cinq ans !) il s’offre un « spectacle ». Il recompose d’une manière cohérente plusieurs séances différentes. Le « piano hennissant » est une métaphore d’adulte créée sur des impressions enfantines. Il se force à voir le paysage avec les yeux de l’enfance mais il sait que « l’astéroïde » est la partie brûlée du celluloïd, que les averses sont des rayures. Et c’est l’adulte qui réinterpréte l’interrogation du réveil.

2.2 Il est donc amené à prendre du recul.Celui ci est peu sensible au début du texte. « J’aimais cette pluie » marque nettement l’identification mais l’écart s’impose bientôt par des expressions recherchées : « beaux visages charbonneux » (oxymore audacieux), « désintoxication brusquée » et surtout « on réinventait le langage » est une expression de philosophe.

2.3 L’acuité de l’analyse surprend. On remarque la précision des questions au réveil : école ? administration ? On note la tristesse du décor.  Les « poires violettes » sont les ampoules. Avec le retour de la lumière vient la curiosité envers ses voisins (« chacun découvrait« ).  Les classes sociales sont vues rapidement dans leurs spécificités : les « soldats » fréquentent les « bonnes » (trait de mœurs qui faisait la joie des humoristes). Il note le laisser-aller des ouvrières qui descendent en cheveux. « Tout ce monde n’était pas de notre monde » : l’antanaclase (le mot » monde » pris dans deux sens différents) est une remarque cruelle que l’adulte lucide met dans la bouche de l’enfant qui lui-même l’a empruntée à sa famille. Mais depuis bien longtemps déjà Sartre a rompu intellectuellement avec son milieu d’origine. N’empêche que pour l’enfant les bourgeoises bien visibles (« grands chapeaux ») sont rassurantes (« heureusement » elles sont là)

2.9 L’adulte retrouve son enfance, il lui est scrupuleusement fidèle, jusque dans son idéologie. Mais il pose sa vision d’adulte sur  ses souvenirs et l’intellectuel décrypte ce que l’enfant comprenait mal.

3.0 Intéressons-nous enfin au pittoresque de la narration.

3.1 Apparemment il s’agit d’un souvenir d’enfance qui respecte la loi du genre : l’imparfait de narration est employé méme pour des actions qui relèvent souvent du passé simple : « le pianiste attaquait ». Il s’agit de rendre l’atmosphère nostalgique créée par le décalage subtil entre le présent et le souvenir. Il s’agit souvent d’actions énigmatiques que l’imparfait rend intemporelles et dont nous ne saurons rien : que devient la baronne terrorisée ? On peut aussi remarquer une certaine complaisance de la part du narrateur : tout est vu à travers « je » sauf la fin où le jeune héros se perd dans la foule.

3.2 Remarquons encore le pittoresque de la précision. De nombreux qualificatifs permettent de cerner les objets (« craie fluorescente ») » ou les actions (« inquiétude sans repos »). Ces qualificatifs permettent de recréer le mystère du film mais aussi, comme nous l’avons déjà vu, la réalité des classes sociales (« en cheveux » trés prosaïque s’oppose à « grands chapeaux palpitants » : comme des ailes et peut-étre hypallage de l’émotion enfantine (son cœur palpite en voyant les chapeaux rassurants).

3.3 On devine un certain humour attendri, ce qui ajoute au pittoresque. Il est clair que le narrateur est très sensible au décalage entre le présent et le passé. Il s’agit d’un monde définitivement disparu. Il découvre aussi que ce qui enchantait l’enfant, c’était ce qu’il comprenait le moins… Il lui a fallu un demi-siècle pour comprendre ce qu’il a vu ! Sartre sourit de ce petit bourgeois que « rassuraient » les « grands chapeaux » de sa mère et de ses tantes.

3.9 Le pittoresque vient donc des qualificatifs significatifs et précis mais aussi du décalage entre deux époque, d’une nostalgie voilée par un certain humour.

9. Ces impressions enfantines sont rendues d’une maniére trés précises. Le recours systématique à l’imparfait montre que ces séances étaient assez fréquentes. Dix ans aprés sa naissance le cinéma est devenu une distraction populaire. Il suffit de lire minutieusement le texte pour y découvrir un témoignage intéressant sur une réalité disparue, l’ambiance qui régnait dans ces salles, la clientèle trés mêlée qui la fréquentait. L’adulte se penche sur son passé avec intérêt et aussi un humour attendri qui va peut-étre jusqu’à l’ironie. Et nous savourons ce décalage entre le passé et le présent.

Sujet I Le cinéma témoin d’un monde

a) 200 mots demandés pour 71 lignes, soit 200/71 lignes = 2,81 mots par lignes. D’où § 1 : 5 lignes = 14 mots, § 2 : 15 lignes = 42 mots, § 3 : 4 lignes = 11 mots, § 4: 8 lignes = 22 mots, § 5 : 20 lignes = 56 mots, § 6 : 12 lignes = 33 mots, § 7 : 7 lignes = 20 mots, soit 198 mots prévus. Texte long et difficile, prendre du recul pour bien comprendre la thèse : le cinéma n’est pas le reflet direct d’une époque mais de la sensibilité inconsciente d’un peuple à une époque.

1. (14 mots demandés) Comme tous les autres arts le cinéma est la mémoire des créateurs et de l’humanité. (16 mots obtenus)

2. (42 mots demandés) On peut évidemment prétendre que le cinéma explique telle époque ou tel comportement. C’est aller trop loin. Il suffit, pour la sociologie ou l’histoire, que le cinéma en soit le reflet, comme du reste les autres arts. (39 mots obtenus)

3. (11 mots demandés) Ce matériau, spécifique de notre époque, est fondamental pour une recherche scientifique en histoire. (14 mots obtenus)

4. (22 mots demandés) Dans les pays développés et plus encore dans les autres le cinéma joue un rôle fondamental avec 12 milliards d’entrées totales annuelles. (23 mots obtenus)

5. (56 mots demandés) Evidemment tout a changé depuis les années 20 : les scénarios, les techniques, les publics et les effets mais depuis un demi-siècle le rôle culturel reste le même. Car la télévision a gagné au cinéma de nouveaux publics très différents par l’instruction et par l’âge. Malgré la réduction du taux des entrées son influence reste prépondérante. (57 mots obtenus

6. (33 mots demandés) Comment mesurer son action sur les spectateurs ? Hitler s’xpliquerait-il par le cinéma expressionniste ? Siegfried Kracauer a montré qu’il en était bien ainsi, renouvelant par là les études historiques. (30 mots obtenus)

7 (20 mots demandés) Pour lui l’inconscient collectif d’un peuple s’exprime à travers les différents aspects d’un film et la personnalité de ses créateurs. (24 mots obtenus)

TOTAL : 203 mots obtenus

b) « Kracauer a exercé un grand ascendant ». 1. l’ascendant (d’un verbe latin ascendere « monter ») désigne une influence astrologique. Le mot a deux autres sens : les parents (en terme de généalogie) et une influence déterminante exercée sur quelqu’un. 2. C’est évidemment ce sens qui est utilisé ici : Kracauer a exercé une grande influence sur les historiens contemporains. Ils l’on lu, ont approuvé ses analyses et les ont utilisées dans leurs propres travaux. 3. « Exercer » est différent de « s’exercer » : « s’exercer » c’est s’entraîner (notamment au sens sportif du terme), « exercer une influence » (expression courante) c’est entraîner les autres dans une direction donnée.

« l’écho d’un mode de vie et de pensée ». 1. Un écho est la répétition d’un son, d’un bruit, d’une parole sur une montagne. Dans l’antiquité Echo était une nymphe des bois, malheureuse en amour. 2. Il s’agit ici d’une métaphore : le cinéma semble répéter, traduire d’une manière affaiblie les mœurs d’une époque (« mode de vie ») ou son idéologie dominante, ses valeurs courantes (« mode de pensée »).

c) Penez-vous que les films que vous voyez au cinéma et à la télévision reflétent « l’esprit de notre temps » tel que vous le voyez et vous le vivez.

0. Probléme difficile car un film peut se lire à plusieurs niveaux :

1.0 Simplement la fascination; le plaisir de regarder le film.

1.1 Cette fascination s’exerçait sur le petit Jean-Paul Sartre (sujet II). Elle est fondamentale dans  l’étude du phénoméne social qu’est le cinema (sujet I). Elle existe toujours.

1.2 Un bon indicateur : les films qui passent à la télévision et les prix des plus célébres d’entre eux :

Pierre Richard « Les compères » (TF1 : 2,7 millions  en 1987 puis 4,7 en 1988 puis 3,8 en 1991)

Jean-Jacques Annaud « L‘Ours » (C+ 12 millions, TF1 8 millions)

Luc Besson « Nikita » (C+ 15 millions,TF1 8 millions)

Pierre Richard « Les fugitifs » (TF1 8 millions)

Steven Spielberg « Indiana Jones » (TF1 8 millions)

« Trois hommes et un couffin » (F2 7 millions)

« Cyrano de Bergerac » (F2 5 millions)

« Romuald et Juliette » (F2 4 millions)

Films de divertissement, pas toujours mais souvent.

1.9 Donc pas de « reflet de l’esprit de notre temps » ou du moins le probléme ne se pose pas ainsi. Ce qui domine c’est la fascination et le divertissement..

2.0 Mais on se pose des questions.

2.1 Et d’abord sur le contenu. Milos Forman « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (le traitement des aliénés), Cyril Collard « Les nuits fauves » (le sida, l’amour et la mort). C’est quand le film se termine mal qu’on se pose des questions.

2.2 On s’en pose aussi sur le metteur en scéne et son univers : Luc Besson « Subway », « Nikita », « Le grand bleu », « Léon » (s’enfonce dans la ville, la violence ou la mer), S. Spielberg  « E.T » « Indiana Jones », « Jurassic Park », « La liste de Schindler« .

2.9 On commence alors à prendre du recul.

3.0 C’est à ce niveau-là qu’on commence à comprendre ce qu’est « l’esprit du temps« .

3.1 « Le cabinet du docteur Caligari » : histoire d’un médecin dément qui enferme des gens sains dans sa clinique. Mais ce n’est que trés longtemps après que l’on a compris qu’il s’agissait d’une allégorie sur le nazisme…

3.2 On peut réfléchir sur notre propre esprit du temps à travers les films évoqués : peut-être la violence, ou le vertige… « Qui veut tuer Roger Rabbit » (que sont les toons ? un personnage de dessin animé a-t-il une âme ? Mais ne traitons-nous pas un peu les gens comme des toons ?)

3.3 Tout film peut ainsi fournir une base de réflexion. Mais cela vient-il du film ou du spectateur ?  Celui-ci confronte le film et sa propre vision de la vie.

3.9 Reconnaître « l‘esprit du temps » dans un film c’est vraiment prendre du recul. Cela ne dépend pas du film mais du regard que l’on porte sur lui.

9. Quand on regarde un film on ne se pose pas la question de « l’esprit du temps« . C’est en le revoyant, en le comparant avec d’autres et surtout le reste de l’œuvre du metteur en scène qu’on commence à se poser des question de cet ordre.

Sujet III Dans « Pour comprendre les média » (1986), le sociologue Marshall McLuhan explique : « …le film peut conserver et transmettre une grande quantité d’informations. Il montre en un instant une scéne, un paysage et des personnages qu’il faudrait plusieurs pages en prose pour décrire. L’instant suivant, il répète, et peut continuer à répéter cette information détaillée. L’écrivain, lui, est incapable de présenter à son lecteur une telle masse de détails. » En vous appuyant sur des exemples précis vous analyserez cette opinion pour ensuite la discuter ou la prolonger.

0 Le sujet revient à une comparaison entre le film et le livre. Mais bien comprendre le problème : donc commenter d’abord le mot de Mc Luhan avant d’en voir les limites.

1.0 Commentaire du mot de Mc Luhan.

1.1 Juste : cas du roman adapté. Il faut 90 ou 120 minutes pour voir un film, entre 4 et 8 heures pour lire le livre correspondant.

1.2 La magie du cinéma : fascination. Celle de Sartre, la nôtre également.

1.3 Sensibilisation à un problème Et même approfondissement si on le revoit. Force des reportages et des documentaires (ex : trois générations de colons australiens en Nouvelle-Guinées filmées depuis 1925…les rapports complexes avec les indigènes.

1.4 La lecture progresse, certes mais moins que le film (voir sujet I)

1.9 Supériorité du film. Oui apparemment : rapidité de la sensibilisation

2.0 Mais ses limites sont rapidement atteintes

2.1 Limitation de l’imagination : on nous impose l’imagination du réalisateur.

2.2 Le livre ce n’est pas simplement le roman mais aussi les essais, le théâtre, la poésie. Et ces quatre genres sont souvent mêlés.

2.3 Probléme de l’adaptation : « Les Misérables« , « Germinal » : nombreuses adaptations mais toujours fragmentaires, inférieures à l’original qui a créé des prises de conscience : ex : Indira Gandhi.

2.4 Il n’y a pas de film sans un bon scénario…. c’est-à-dire un livre.

2.9 Pas d’approfondissement sans le livre.

9 Force énorme du cinéma et de la télévision pour une sensibilisation mais ce qui est important c’est notre propre développement par l’approfondissement de ce que nous avons découvert. Et ceci n’est possible que par le livre.

Roger

Retorica

(25.800 caractères)

Laisser un commentaire ?