04 COR Evelyne classement fiches a5 2015-10-06

J’ai totalement abandonné le système des fiches a5 parce que toute ma documentation est devenue numérique. Mais il est intéressant de revenir sur cette étape fondamentale de Retorica. Roger.

Roger  (18 août 2009) : 1. Tout m’intéresse. Je découpe, je photocopie ou je scanne ce qui passe à ma portée et je le mets en fiches a5. Je fonctionne comme un aspirateur à informations. Amaury m’appelle “Monsieur Collage”. Olivier me dit que je lui fais penser à Bouvard et Pécuchet. J’ai aussi songé à l’Autodidacte de Sartre. Les deux premiers tentent de se saisir de tout le savoir humain. L’Autodidacte veut lire toute une bibliothèque en commençant par la lettre A. Au XVI° siècle, Pic de la Mirandole passait pour le dernier homme à posséder tout le savoir humain. Ensuite les Encyclopédies de l’anglais Chambers puis du français Diderot consignaient le savoir existant au XVIII° siècle, du moins dans la sphère occidentale. A mesure qu’il la rédigeait  Diderot consultait les premiers volumes parus. C’est ainsi qu’il découvrit que ses collaborateurs, par prudence, caviardaient des articles. Il y avait donc : 1. les informations consignées, 2. le souvenir qu’il en gardait et 3. la possibilité de les retrouver (même caviardées) grâce au plan et aux mots-clés qui en constituaient l’armature.  Ce même mouvement ternaire nous meut tous. Nous voulons savoir afin de pouvoir. D’où notre recours aux dictionnaires, aux encyclopédies, à Wikipédia, à Google… que sais-je encore ! Quand un individu mène cette démarche pour lui-même ou un cercle très restreint, c’est une addiction  irritante pour les proches. On l’explique par un élan intérieur qui fait paraître secondaire et fade toute autre occupation.

2. Pour justifier  cette démarche relativement solitaire il faut raisonner dans les termes de la synchronicité,  notion que j’ai rangée en section 29 SCIence. Je sais que je suis loin d’être le seul à pratiquer cette activité. De par le monde nous sommes des milliers unis par une fraternité silencieuse et qui essayons de dégager les informations qui nous semblent réellement utiles. Cette fraternité se joue de l’espace et du temps. Nous nous retrouvons au hasard des consultations sur le net.  Globalement le corps social fonctionne comme un gigantesque cerveau dont nous sommes tous individuellement les neurones mis en contact par de multiples synapses. Il suffit que plusieurs personnes lancent une idée et la fassent fructifier pour qu’elle se diffuse à travers tout le corps social. Ce mouvement bénéfique est accéléré par internet. Certes des forces maléfiques, des individu malfaisants, en profitent mais, tous comptes faits, l’avenir me paraît encourageant.

3. Pendant des dizaines d’années, comme je l’explique ailleurs,   je classais mes informations dans des dossiers et des enveloppes format a4. Mais la place a fini par manquer et surtout je ne connaissais pas vraiment les richesses amassées. D’où l’idée de revenir à un format plus maniable, le a5. D’où aussi la nécessité de lire vraiment la documentation pour n’en garder que l’essentiel. Les dossiers a4 se sont dégonflés et les enveloppes a5  gonflées à mesure. Il fallait donc en lire attentivement le contenu pour n’en garder encore que le strict nécessaire. Ces tris successifs correspondent à des choix personnels faussement objectifs. Je me plais à penser que je suis le dernier lecteur d’un article et son seul lecteur conséquent  puisque je le découpe  pour en comprendre et en répercuter l’essentiel. D’autres en font de même sous d’autres formes et d’autres rythmes. Je crois que la dynamique sociale avance lentement parce que l’information lue n’est pas comprise donc prise au sérieux : elle finit souvent à la poubelle y compris à la poubelle de l’Histoire. Pourtant la soif de comprendre est universelle.

4. Mes enveloppes a5 sont classées selon les 34 sections  Retorica que vous connaissez. Chaque enveloppe porte un titre mot-clé. Prenons pour exemple l’enveloppe 05 ECO contrefaçon. On y trouve des articles concernant la contrefaçon, pliés de manière à entrer dans cette enveloppe. Quand l’enveloppe est devenue trop épaisse c’était le moment d’en extraire ce que je jugeais être l’essentiel et je l’ai présenté sous la forme d’une fiche a5 en jouant du couper-coller, d’une paire de ciseaux et d’un bâton de colle. Quand les fiches a5 ainsi créées deviennent trop nombreuses (généralement au delà d’une vingtaine), c’est le signe qu’il faut de nouveau en faire une synthèse, cette fois entièrement réécrite au traitement de texte, soumise à la liste des correspondants puis mise sur site. C’est ainsi que le dossier 05 ECO contrefaçon est devenu une fiche cartonnée a5 (que je vous enverrai prochainement en .jpg.zip) et une fiche rédigée d’une longueur raisonnable (3.600 caractères). La rédaction de la fiche que je vous envoie  est quelquefois un moment d’intense jouissance stylistique. Je consulte d’abord mon Retorica numérique (50.000 fichiers). Je n’avais rien sur la contrefaçon. Et je me suis bien gardé d’aller sur Google pour éviter d’être noyé sous des informations toutes secondaires par rapport à ma visée.

5. J’ai décidé pendant tout le mois de juillet de traiter à fond une des 34 sections. J’ai choisi l’économie (05 ECOnomie) pour deux raisons essentielles :

– Notre vie personnelle et collective dépend de nos revenus (05 ECO revenus). Nous les consacrons à consommer (05 ECO consommateurs). Ce qui est lié à la distribution (05 ECO distribution) et bien d’autres dossiers ou sections, comme 15 JUStice et 23 POLitique.

– la présentation des notions économiques dépend de la rhétorique employée. On prête à Antonin Carème, le fondateur de la  cuisine française moderne  (1784-1833), un propos paradoxal : “L’architecture est une branche de la pâtisserie.” De la même manière chacune des 34 sections Retorica sont des branches de la section 28 RHEtorique.

Sur le site www.Retorica. info j’ai tâtonné et placé les fichiers dans le désordre. Néanmoins deux sections sont presque abouties : 27 RETorica (qui pilote l’ensemble) et 28 RHEtorique (qui fournit les outils fondamentaux pour une réflexion raisonnée). Comme je ne peux tout développer je pense à l’avenir donner la priorité à l’économie.

6. J’ai donc attaqué la purge de la section 05 ECOnomie papier qui tenait en deux gros cartables. A la fin du mois le travail était terminé et je n’avais plus qu’un cartable. Le résultat tient en une soixantaine d’enveloppes a5 correspondant à autant de notions-clés auxquelles s’ajoutent les six enveloppes comprenant d’autres notions moins chargées (ABCD / EFGH / IJKL / MNOP / QRST / UVWXYZ). Toute la section 05 ECO tient désormais dans une boîte à chaussures.  Et il n’est pas question qu’elle en déborde. Donc  des éliminations futures sont prévues. La lecture attentive des informations et leur comparaison permettent de traquer les formulations absurdes. En voici deux très célèbres et qui relève des brèves de comptoir : “La croissance ne se décrète pas” ou “L’Etat ne peut tout faire”. Le dire c’est laisser le champ libre aux acteurs des marchés  alors que des mesures politiques peuvent  agir sur leur comportement. Encore faut-il préciser ce que l’on entend par chacun des mots-clés comme Etat ou marché. Donc procéder à une opération de “métalangage” comme disent les linguistes (16 LINguistique) Plus généralement le manque de précision entraîne le manque de lucidité et finalement le manque de courage. C’est ainsi que des hommes de gauche ont accepté des pratiques ultra-libérales qu’ils auraient dû savoir entraver. Ainsi la taxe Tobin, écartée sitôt évoquée, est parfaitement applicable pour ralentir l’action des spéculateurs. Croire qu’elle allait servir en plus à aider les pays sous-développés était une absurdité. Une taxe Tobin efficace ne rapporterait plus rien. De même les radars sont faits pour sauver des vies humaines, pas pour remplir les caisses de l’Etat. Un radar qui ne rapporte plus d’argent a donc atteint son but. Il faut soutenir vigoureusement la taxe proposée par Tobin sans prétendre aller “plus loin  que lui” comme le prétend Attac. Et donc faire front commun au-delà des idéologies.

 7. Ma réflexion personnelle a été facilitée par l’absence temporaire d’ordinateur et d’internet. Elle a pris du coup un dynamisme singulier. La rédaction de fiches a5 réelles et non pas virtuelles est une activité quasi-enfantine de découpage et de collage.  Elle peut s’exercer sans fatigue pendant des heures.  Le découpage oblige à comprendre. C’est donc une activité intellectuelle de haut niveau et peut-être la seule réelle. Essayer de comprendre une notion est toujours une opération rhétorique gratifiante.  Elle fait penser à la trituration des racines telle que la pratiquent les amateurs de bonzaï. La fiche a5 finale avec ses couper-coller recto-verso finit par prendre la consistance d’une carte et c’est ainsi que je les nomme désormais : a5 cartonnées. Chaque carte a5 prend place dans un immense puzzle qui s’étend à l’infini. Les cartes a5 peuvent glisser les unes sur les autres, rejoindre d’autres enveloppes et de multiples significations en émergent. Cette addiction très reposante est en même temps sa thérapie. On limite son champ de réflexion pour mieux l’approfondir. Cette activité de méditation,  relève presque de la mystique.

5. Pendant que je traitais la section 05 ECO l’information écrite continuait à me parvenir. L’information numérique aussi mais je n’y avais pas accès.  Là où j’étais, je m’étais fixé d’acheter chaque semaine le Canard enchaîné (en deux exemplaires) et Télérama. Je les traitais mais sans les monter en fiches a5. J’y ajoutais la Croix et Libération le jeudi puis le Monde le vendredi. A la maison m’attendaient sagement les abonnements de Marianne et d’Aujourd’hui en France plus 700 mails. Actuellement je dépouille le tout mais sans hâte. Dans mon dernier mail RET Net (2009_06_30) Books 2007_07 j’avais fourni le dépouillement du numéro spécial de Books (juillet-août 200) : la moisson était de 54 a5 possibles que j’avais montés en a5 cartonnés. J’ai eu la curiosité de faire pendant le mois de juillet le décompte des a5 possibles pour le Canard et Télérama. En  gros,pour le Canard j’ai relevé par semaine 20 a5 et pour Télérama 40 a5. Soit donc 60 a5 non montés. En ajoutant toutes les autres informations et en extrapolant,  j’arrive à 120 – 150 informations a5 par semaine non comprises celles qui me parviennent par internet et qui me servent de complément éventuel. Au final cela représente 1.500 a5 cartonnées par an.  A raison d’une boîte à  chaussures par section tout Retorica papier (le seul qui  compte) devrait tenir en 34 cartons. Ce qui signifie une élimination constante et drastique.

8. Il faut nommer correctement les informations a5 en évitant de multiplier les corrélats. Voici un exemple. Je lis un compte-rendu du documentaire de Jérôme Raynaud “Jaglavak, prince des insectes” (Belgique, 2006, 55 mn). Je ne l’ai pas vu mais le compte-rendu de Clara Tellier Savary (Télérama 2009_07_15) m’en donne l’essentiel. Je le résume ici. “Au nord Cameroun, le peuple des Mofu est très attentif à l’équilibre des forces naturelles. Que faire en face de termites qui vont menacer les greniers à mil ?  Le chaman des Mofu offre des prières et des sacrifices pour rétablir cet équilibre et faciliter l’introduction des fourmis jaglavak, seuls insectes qui savent détruire les termites.” Quel titre donner à cette information pour la classer et la retrouver ? J’ai choisi NAT Termites. Autres exemples. Le Nazisme (HIS Nazisme) a donné lieu à de nombreuses œuvres. Je les classais en cinéma, littérature ou récits. Je les classe désormais en HIS Nazisme, HIS Hitler ou HIS Shoah, dans  le lieu où ces informations sont faciles à retrouver et où leurs significations jouent entre elles (comme “Les Bienveillantes” vs “Les Disparus”). Ce fut aussi le problème des romans préhistoriques, classés désormais en HIS préhistoire (…) romans. Je classais enfin les polars en REC polars. Il est plus judicieux de les classer soit en littérature pour les grands auteurs, soit en cinéma pour les grands réalisateurs. Mais le polar traite aussi des problèmes sociologiques locaux. C’est ainsi que j’ai classé en GEO Mali le roman de Moussa Konaté  “La Malédiction du Lamantin” (d’après un compte-rendu de Gérard Meudal,  le Monde 2009_07_24).

9. A quoi servent tous les efforts ? Je me pose constamment cette question à laquelle j’ai déjà  répondu plus haut. Je le redis sous une autre forme  : comme vous, j’ai envie de comprendre  et ceci dans une démarche collective. Atteindre un savoir à peu près clair et vrai construit la trilogie fondamentale précisionluciditécourage. Il s’agit toujours de “nous sortir (un peu) du çaça”, de la confusion et de l’ignorance. De ce point de vue l’ordinateur et internet sont un immense piège à gogos. Je lis sous la plume d’un lecteur de Télérama : “Aujourd’hui, avec Internet, je me sens noyé d’informations, mais j’ai toujours aussi soif de connaissances. Un autre effort se présente à moi : celui du discernement. Exercice que je compare à la découverte de la bonne pièce dans la construction d’un puzzle. Risque de noyade ! Il faut donc beaucoup de rigueur, d’esprit d’analyse et de synthèse pour utiliser ce nouvel outil à bon escient. Si les pédagogiques devaient se donner une priorité dans nos écoles pour préparer la jeunesse à affronter l’avenir, à mon sens, ce serait l’apprentissage du discernement.” (D. Ségalat Le Vigen, Télérama, n° 3108, 2009_08/05)

L’ordinateur est une magnifique machine à écrire et le net un dictionnaire prodigieux. Le net est aussi un outil fabuleux de communication. Mais communiquer  n’est pas approfondir. La culture (EDU culture) est toujours un effort personnel qui repose sur la lecture et l’écriture : je ne comprends et ne retiens que ce que j’écris.  D’où les échanges avec vous. D’où le site, réceptacle de fiches a5 à lire et à reproduire proposées dans le format adéquat. Je crois au papier réel pas au papier virtuel. Au point que je souhaite remonter un petit groupe de correspondants Retorica papier, fait notamment de personnes qui n’auraient pas internet !

10. Evelyne (19 août 2009) : Quel plaisir de vous retrouver sur mon ordinateur! Vos informations historiques et synthétiques sur l’actualité me manquaient, vous avez vraiment un savoir encyclopédique, je ne me sentais pas à la hauteur pour vous répondre l’hiver passé mais je lisais avec un grand intérêt tout ce que vous m’avez envoyé. Vous faites un travail de Titan! Je voulais vous poser une question : qu’est-ce-que le format A5 ? Je connais les formats A3 et A4 mais pas le format A5.

Comme je ne crois qu’à l’écrit (les paroles s’envolent seuls les écrits restent…), j’imprime vos courriers électroniques que je classe dans une chemise portant votre nom. Grâce à vos travaux très précis (et aussi grâce à google et wikipédia), je me suis mise à faire des Haïku et j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire avec des règles numériques (5-7-5 syllabes) plus les règles sur la nature et les saisons. Le résultat est souvent surprenant de jouer ainsi avec les mots. Cela me rappelle le surréalisme et surtout Queneau (1903-1976) dans son poème « la cimaise et la fraction » où il pastiche « la cigale et la fourmi » de jean de la Fontaine en employant la méthode S+7 : chaque mot est remplacé par le septième de son espèce dans le dictionnaire (Larousse 1960) : je vous écris les 3 premiers vers :

La cimaise ayant chaponné tout l’éternueur

se tuba fort dépurative quand la bixacée fut verdie :

Pas un séxué pétrographique morio de mouffette ou de verrat.

je vous enverrai le poème entier si vous le souhaitez à moins que vous ne l’ayez déjà bien sûr, maintenant que je sais envoyer les pièces jointes.

Roger et Alii

Retorica

(2.570 mots, 15.800 caractères)

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