05 ECO actionnaires – investisseurs 2013_10

Ce qui suit va paraître extraordinairement naïf. En purgeant mes dossiers j’ai trouvé des informations sur les actionnaires. J’ai tenté d’y voir plus clair à l’aide d’une pp3 – discussion sommaire  suivie de documents qui m’ont paru intéressants. La pp3 (prise de parole en 3 mn) – discussion (la même à l’écrit) me paraît intéressante pour clarifier les données d’une question épineuse. En cela elle concerne totalement la rhétorique. Roger

1. pp3 – discussion :

Faut-il supprimer les actionnaires ?

Introduction. La crise qui se poursuit a été dramatique pour les nombreux salariés qui ont perdu et continuent de perdre leur emploi suite aux jeux pervers d’actionnaires indélicats. D’où la question : Faut-il supprimer les actionnaires ?

I. Oui, les actionnaires sont trop dangereux

I.1 L’appât du gain les pousse à se défaire des salariés.

I.2 Ils perdent de vue leur fonction d’investisseurs responsa bles.

1.3 Les entreprises les plus stables sont familiales et se passent de capitaux et donc d’actionnaires extérieurs

I.4 Les actionnaires extérieurs à l’entreprise sont quelquefois des criminels qui devraient être poursuivis devant les tribunaux. On supprimerait ainsi les plus nocifs

II. Non, les actionnaires sont un mal nécessaire

II.1 Les entreprises ont besoin de capitaux extérieurs.

II.2 Mais il faudrait contraindre par la loi les actionnaires à devenir des investisseurs responsables.

II.3 Il s’agit de chercher une harmonie sociale selon la règle : “Les salariés heureux font les entrepreneurs heureux et les investisseurs heureux.”

II.4 Cette règle devrait conduire les politiques à  prendre les mesures économiques propres à satisfaire les salariés

Conclusion. Il n’est donc pas question de supprimer les actionnaires mais de les contraindre à des comportements éthiques. Il faut qu’ils s’intéressent aux salariés et qu’ils soient obligés, par la loi, à s’investir dans les entreprises  qu’ils ont en charge.

Longueur : 226 mots, environ 2 heures. La pp3 – discussion a une longueur comparable au deux-cents-mots dont elle est au fond une variante argumentée. Les élèves aiment beaucoup ce type de travail.

2. L’adieu aux Bourses par Isaac Johsua (Le Monde 12 octobre 2001)

Isaac Johsua analyse les effets des attentats du 11 septembre 2001. Avant ces attentats les risques d’une dépression généralisée étaient déjà évidents et après eux il va falloir purger dans la douleur une situation où on a laissé à la finance la bride sur le cou.  Une solution existe : “… une mesure  évoquée par Keynes : enlever aux actions, une fois celles-ci émises, leur caractère négociable ou, au pire, imposer un délai minimal  entre l’achat et la vente.  Cela implique, bien évidemment, la fermeture des Bourses ou un fonctionnement totalement différent de celui d’aujourd’hui.”  Joshua estime anormal qu’un actionnaire ait un double profit, sa rémunération légitime et la libre disposition du capital investi. Si tout le monde vend en même temps c’est le krach mondial. Ce qui risque d’arriver.

2. Rocard : sur l’OPA Mittal – Arcelor (7 février 2006)

La seule solution est d’arrêter par la loi cette OPA qui risque d’en entraîner d’autres. Arcelor, l’Europe doit dire non. © Libération Par Michel ROCARD mardi 07 février 2006 Michel Rocard député (PS) au Parlement européen, ancien Premier ministre.

“L’offre publique d’achat hostile de Mittal sur Arcelor est logique. Elle est dangereuse. Elle ne devrait pas surprendre. Dans le combat qui s’engage, l’Europe a de grandes chances de perdre, ou plutôt Arcelor a de grandes chances de perdre, puisque le groupe Mittal, société de droit néerlandais, est lui aussi européen.”  (…)

“Depuis une trentaine d’années, le capitalisme a subi une mutation profonde. Il a dramatiquement changé. Souvenons-nous : 1950-1975. Croissance rapide et régulière en Europe, Amérique du Nord et Japon. Plein emploi à peu près partout. Quasi-disparition de la pauvreté de masse en pays riches. Quelques faillites nationales, jamais de crises financières systémiques mettant en danger une dizaine de pays à la fois. Et bien sûr, état de bien- être (ce que l’on a appelé à tort Etat-providence) florissant et efficace.

“1990-2005. La croissance est ralentie partout bien qu’inégalement. La pauvreté de masse refait son apparition en pays riches. Un bon cinquième de la population active est frappé en proportions inégales selon les lieux et les traditions

locales par le chômage et la précarité du travail, les petits boulots, les rémunérations inférieures au seuil de pauvreté, et manque par là à sa fonction de consommation. Les inégalités de revenus s’aggravent vertigineusement aussi bien à l’intérieur des nations qu’entre elles. (…) A cela s’ajoutent, toujours en pays développés, la réduction sensible du champ des services publics et celle, partielle, de la fonction redistributrice de la Sécurité sociale. De ce fait, la fragilisation du travail et la réduction relative du niveau moyen des salaires par rapport au PIB entraînent des souffrances sociales plus grandes et moins bien compensées que par le passé. Les budgets publics sont presque tous en déficit, les ressources fiscales des Etats évoluant en gros plutôt comme la masse des salaires que comme le PIB. (…)

3. “Il n’y a pas consensus parmi les économistes sur les causes d’une mutation aussi profonde et aussi dangereuse. On a évoqué les changes flottants (Nixon a séparé le dollar de l’or en 1971), l’intensification de la substitution capital travail, l’irrépressible montée du coût de l’énergie. Les facteurs sont probablement multiples, mais aucun de ceux-là ne paraît suffisamment convaincant.

“Le symptôme le plus marquant est la baisse significative de la part des salaires dans le PIB. Elle est difficile à mesurer. La comparabilité internationale n’est pas assurée. Mais au niveau de généralité qui nous suffit ici, il est peu contestable qu’elle a diminué de 6 à 10 % aux Etats-Unis de 1980 à 2005 et d’au moins autant en France. C’est la masse des revenus financiers, intérêts, loyers et surtout profits qui en a bénéficié, masse qui est beaucoup moins bien imposée que celle des salaires et qui surtout est beaucoup moins affectée à la consommation. (…) L’actionnaire était le grand oublié de la période 1945-1975, dite des Trente Glorieuses. De toute façon, personne physique que l’on ne consultait que lorsqu’il avait un certain poids, il était sensible au destin de l’entreprise, à ses besoins de recherche, d’investissement et de politique sociale avancée. (…)

4. “La mutation, c’est qu’il a changé. A travers les fonds de pension, la représentation de l’actionnaire est devenue collective. Des dizaines de millions d’actionnaires autrefois silencieux sont maintenant intégrés à cette représentation. Et ces bureaucraties d’actionnaires n’ont qu’un seul mandat,celui d’exiger au terme le plus proche le plus gros dividende possible. Les préoccupations propres de l’entreprise disparaissent, et la pression se fait énorme, voire atteint les limites de l’absurde. On se souvient de la consigne donnée par certains fonds de pension, d’exiger une rentabilité de 15 % du capital investi. Dans une économie en croissance de 3 ou 4, ou même 5 % par an de profit distribuable, pour que quelques entreprises atteignent 15 %, il faut que beaucoup d’autres fassent 0 ou meurent, et il faut surtout payer moins bien les salariés. C’est ce que le système fait depuis deux ou trois décennies.” (…)

“La pression s’exerce par les OPA. “Et le système va à sa perte. Toute l’Asie émergente sera dans les vingt ans qui viennent en état de conquérir par OPA toutes les entreprises d’Europe et d’Amérique du Nord. En effet, les prix étant maintenant homogènes sur un marché mondial unique, les différences de niveaux de salaires assurent aux entreprises asiatiques et pour très longtemps une profitabilité actionnariale hors de proportion avec ce qui est possible en pays développé.” (…)

“Je ne vois hélas aucune autre solution que celle d’arrêter cela tout de suite, et par la loi. (…) Une déstabilisation massive venant de l’extérieur est annonciatrice de convulsions sociales gravissimes. L’Union européenne doit interdire les OPA sur son territoire à tout groupe dont 20 % de l’activité ou plus viennent d’ailleurs. C’est une question de survie.”

http://www.liberation.fr/page.php?Article=357274 (2006_02_07)

5. Rocard : La crise sonne le glas de l’ultra-libéralisme le Monde, 2008_11_2/3

“La vérité, c’est que planquer des créances pourries parmi d’autres, grâce à la titrisation, comme l’ont fait les banques, c’est du vol. (…) On reste trop irrévérencieux à l’égard de l’industrie de la finance et de l’industrie intellectuelle de la science financière. Des professeurs de maths enseignent à leurs étudiants comment faire des coups boursiers, ce qu’ils font relève, sans qu’ils le sachent, du crime contre l’humanité.” En 1971 Richard Nixon et Dick Cheney décrochent le dollar de l’or. Les changes fixes deviennent flottants d’où les produits dérivés. On ne peut plus revenir à l’or mais le dollar n’est plus la monnaie de réserve mondiale. Henri Ford (1863 – 1947) a contribué à sauver le capitalisme après 1929 : “Je paie mes salariés pour qu’ils achètent mes voitures”. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où le salarié est trop pauvres pour soutenir l’activité économique.

6. Rapport salaires profits risque 2013_10 (notes diverses)

Le rapport salaire/ profit respecte une constante de deux tiers / un tiers selon une application de la fonction établie par Cobb-Douglas (1928). Cette constante se vérifie en tous temps et en tous lieux. Est-ce vrai ? Rocard note une fluctuation de 6 – 10 points en faveur des profits.

Le profit augmente donc aux dépens du salaire. Mais surtout, ce qui change, en réalité, c’est le risque. L’actionnaire diversifie son portefeuille et peut absorber des chocs importants. Il va donc demander aux entreprises de prendre des risques puisqu’il en gère plusieurs. Au contraire le salarié n’a qu’une entreprise. D’où son angoisse de perdre son emploi ou de voir minorer son salaire.

Il faudrait vérifier si la constante est réelle. L’essentiel est ailleurs, dans le risque énorme couru par le salarié et pratiquement nul pour l’actionnaire. Cet écart est inhumain quand le salarié perd ce qui lui est dû, des moyens d’existence corrects. Cet écart est criminel quand le salarié est conduit à la rue et à la mort.

Comment sortir de cette situation ? Par des mesures complémentaires :

– une flexisécurité et une assurance-chômage efficaces

– un Pôle-emploi et un système de formation efficaces

– accompagner la transition d’un emploi à l’autre par une mesure simple : fluidifier les ventes et les rachats de logements par un mécanisme de compensation imaginé par Valery Giscard d’Estaing alors président de la République.

– la responsabilité pénale de l’actionnaire pour la période où il a été responsable de l’entreprise plus une période de plusieurs années (une dizaine ?) si le salarié lésé peut prouver que ses malheurs sont directement imputables à l’actionnaire.

– un mandat d’arrêt international lancé par Interpol permettrait de poursuivre un actionnaire criminel.

Roger et Alii

Retorica

(1.770 mots, 11.200 caractères)

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