05 ECO obsolescence programmée 2015_02

1. Roger (30 déc 2012) Le lien qui suit m’a été communiqué par Hélène.

un lien : http://www.arte.tv/fr/3714422,CmC=3714270.html

Il fait suite à nos échanges sur la manipulation. Hélène écrit notamment (2012_12_27) : “Je pense qu’on pourrait évoquer comme manipulation du consommateur  l’obsolescence programmée des produits industriels. C’est une pratique des industriels qui s’arrangent pour fabriquer des produits dont la durée de vie est volontairement limitée. Les plus vieux exemples sont ceux des bas nylon et des ampoules électriques. Les industriels veulent qu’on rachète toujours des nouveaux produits, soit parce que ceux qu’on a achetés il n’y a pas si longtemps sont soit hors d’usage, aussi parce qu’ils sont démodés et qu’il faut être à la page… (ce n’est plus là exactement de l’obsolescence programmée, mais le résultat est souvent le même).  Cela me semble une des manipulations de la société de consommation, manipulation à laquelle il est difficile de résister et dont  les résultats environnementaux et sociaux sont néfastes. C’est une question que je soumets aux lecteurs de Retorica.

2. Commençons par la présentation de l’émission d’Arte : Prêt à jeter. “Un produit usé = un produit vendu ! Tourné aux quatre coins du monde, ce film enquête sur l’obsolescence programmée, concept vieux comme l’industrie mais toujours vivace. Une démonstration aussi implacable qu’éclairante. Dans les pays occidentaux, on peste contre des produits bas de gamme qu’il faut remplacer sans arrêt. Tandis qu’au Ghana, on s’exaspère de ces déchets informatiques qui arrivent par conteneurs. Ce modèle de croissance aberrant qui pousse à produire et à jeter toujours plus ne date pas d’hier. Dès les années 1920, un concept redoutable a été mis au point : l’obsolescence programmée. « Un produit qui ne s’use pas est une tragédie pour les affaires », lisait-on en 1928 dans une revue spécialisée. Peu à peu, on contraint les ingénieurs à créer des produits qui s’usent plus vite pour accroître la demande des consommateurs.

Croissance folle « À l’époque, le développement durable n’était pas au centre des préoccupations », rappelle Warner Philips, arrière-petit-fils des fondateurs de la marque du même nom. Mais alors que les ressources de la planète s’épuisent, rien n’a changé. « La logique est croître pour croître », note Serge Latouche, professeur émérite d’économie à l’université de Paris 11. Tournée en France, en Allemagne, en Espagne, au Ghana et aux États-Unis, nourrie de nombreuses archives et interviews, avec, pour fil conducteur, le test d’une imprimante récalcitrante, cette démonstration minutieuse débusque les avatars de l’obsolescence programmée et leurs répercussions. Elle esquisse aussi d’autres modèles économiques : de la décroissance, prônée par Serge Latouche, à une industrie qui produirait et recyclerait à l’infini, à l’image de la nature. Une investigation passionnante, qui, l’exaspération une fois passée, amorce la réflexion.”

3. Roger (30 déc 2012) : Parmi les réactions à l’émission j’ai relevé une référence au  Mouvement Zeitgeist. Il y en a bien d’autres, comme le mouvement Colibris. Tous travaillent à maîtriser le développement.

Le mouvement Zeitgeist.  fondé en 2008 veut  sensibiliser le monde entier au concept d’économie fondée sur les ressources Le mot « Zeitgeist » est un terme qui apparut en Allemagne au Siècle des Lumières (XVIIIème siècle).  Zeit = heure + geist = état d’esprit Il est employé en philosophie depuis Hegel pour désigner le climat culturel, intellectuel, moral, spirituel et/ou politique d’une période historique précise. On le traduit généralement par « l’esprit du temps ».  Il s’agit de provoquer un changement de Zeitgeist.

Le système actuel fondé sur le profit nous conduit à un chaos social et environnemental sans précédent. Les besoins fondamentaux des êtres humains ne sont pas satisfaits alors que les avancées technologiques peuvent et doivent le faire compte-tenu des ressources limitées de la planète.. “Pour résoudre les problèmes auxquels est confrontée l’humanité, nous prônons l’adoption d’une approche fondée sur la méthode scientifique et la cybernétique. Par ailleurs, il va de soi qu’un nouveau paradigme ne pourra voir le jour que si la coopération se substitue à la compétition.” (…) C’est le Modèle Economique Basé sur les Ressources (MEBR) “Ce nouveau système économique implique l’utilisation des connaissances scientifiques et technologiques actuelles afin de garantir la gestion des ressources naturelles, la production et la distribution des biens la plus rationnelle possible. Il s’agit d’améliorer la condition humaine tout en assurant au mieux la pérennité de notre espèce. Un tel modèle ne saurait avoir recours à l’usage de la monnaie ou à toute autre forme d’échange marchand, car en créant une réelle abondance il rend ce genre de pratiques obsolètes.” (…) “…l’étude de l’être humain ne peut faire abstraction de l’environnement dans lequel il évolue. Le contexte familial, la vie sociale, les conditions matérielles et la culture dominante sont les principaux éléments qui influent sur sa personnalité, son psychisme, ses valeurs et ses croyances. Nous devons par conséquent changer l’environnement socio-économique au sein duquel nous évoluons afin d’engendrer des comportements plus sains et qu’émerge enfin un monde juste et durable.” (…) “Le Mouvement Zeitgeist tient à rester neutre politiquement, religieusement et idéologiquement. Nous souhaitons fédérer les peuples de la Terre autour de l’idée toute simple de la fraternité humaine.”

4. Hélène (2012_01_04) : “Merci pour ces développements sur l’obsolescence programmée et pour les informations sur le mouvement zeitgeist. Je connaissais et appréciais déjà les Colibris et l’association « terre et humanisme » de Pierre Rabhi. Du coup, je suis allée voir de plus près le site du mouvement zeitgeist, la philosophie de ce mouvement me semble être une utopie susceptible d’être motrice pour le XXIème siècle, je la trouve très intéressante et  je vais essayer de lire l’ensemble du dossier. Son aspect scientifique et technique nommé « Venus Project » m’a également passionnée : l’idée que la science pourrait avancer dans le même sens que la conscience, comme aurait dit Rabelais, me semble une base indispensable de tout progrès scientifique ou technique. 

Voici le lien vers un film de présentation : 

http://www.dailymotion.com/video/xml2pj_notre-realite-technique-douglas-mallette-2010_webcam

Une seule chose me gêne vaguement, peut-être à tort : toutes ces belles inventions sont d’un gigantisme impressionnant. Quand on est plus habitué à l’éthique  des Colibris, cela interroge. Mais il faut nourrir, fournir en énergie, eau et transports toute l’humanité, alors  ? 

Et voilà encore des questions !”

5. Roger (2012_01_04) : J’ai découvert que « Venus Project » et « Zeitgeist » ne sont plus tout-à-fait la même chose. « Vénus » est une ville américaine où deux concepteurs (Jacques Fresco et Roxane Meadows) ont conçu cette organisation en 1995 mais ils y pensaient dès 1975. Ils ont été rejoint par Peter Joseph qui cosignait avec eux en 2009 le guide d’orientation activiste

http://www.mouvement-zeitgeist.fr/ftpmedias/pdf_mz/guide_d_orientation_activiste_fr.pdf

mais depuis 2011 les deux premiers contestent le travail du troisième qu’ils jugent infidèle à la ligne qu’ils ont définie. J’ai perdu la référence d’une vidéo sur ce conflit. Ceci n’enlève rien au travail fourni mais illustre les problèmes d’ego qui peuvent l’entraver ou le ralentir. Les Colibris et bien d’autres mouvements montrent que des optiques différentes notamment par la taille peuvent converger et provoquer ainsi une avancée décisive.

6. Régis (1er fév 2012) Cher Roger, comme toujours, lorsqu’on part d’une conclusion préétablie que l’on veut démontrer, le raisonnement est faible, intellectuellement pauvre, plein de biais, de lacunes, de trous béants … Le tout sur des présupposés marxistes (le profit c’est le mal) ou néomarxistes altermondialistes ( la société de consommation c’est le mal)  Je n’ai pas le temps de développer mais quelques observations qui rendent compte de la bêtise du raisonnement

– les produits aujourd’hui sont infiniment plus technologiques, et donc  moins robustes qu’autrefois L’électronique est  fragile , en faire un complot …

– les produits de grande consommation  aujourd’hui ont des coûts très très bas pour la plupart, bien plus que leur équivalent il y a 50 ans   Les produits sont moins robustes La robustesse a un coût Elle signifie par exemple la redondance des circuits , des pièces plus chères, une main d’œuvre plus qualifiée, etc. Tout cela est cher, très cher.  Si on veut que seuls les gens riches puisse avoir accès à la consommation, on peut bien sûr tout construire à des coûts prohibitifs pour une élite

– ce qui reste aujourd’hui des produits d’autrefois sont ceux qui justement étaient les plus robustes Et l’on généralise en se disant qu’autrefois on construisait pour longtemps Mais on oublie tout ce que l’on a jeté, tout ce qui disparu car ils ne nous apparaissent pas …Il y a là un prisme, une perception faussée de la réalité (j’extrapole à partir ce que je vois, j’oublie tout ce que je ne vois pas)

– des entreprises qui s’amuseraient à programmer l’obsolescence seraient suicidaires Dans le monde hyper concurrentiel d’aujourd’hui, à coût égal, l’entreprise qui produit plus robuste rafle la mise C’est comme ca dans tous les domaines Il faut vraiment être écolo marxiste et ne rien comprendre au monde économique pour avoir des raisonnements aussi simplistes que ceux d’Arte  A votre avis, pourquoi les voitures allemandes se vendent si bien ???

7. Roger (2 fév) : Il n’y a pas de conclusion préétablie ni de visée marxiste dans l’étude d’un problème qui s’est posé très rapidement. Je me souviens avoir lu, enfant, une sorte de BD dans une revue bien pensante des années 1930, destinée aux jeunes filles. Il y était question d’un milllionnaire américain qui avait fait fortune avec des casseroles en aluminium inusables. Il en avait saturé le marché et ses usines périclitaient. L’obsolescence programmée était en germe. Il a donc fallu faire des casseroles moins solides et surtout démodables. Et donc créer des décharges publiques pour les recueillir en fin de vie sociale. Les voitures allemandes et même françaises (les « Pigeot ») se vendent bien parce qu’il y a un marché immense de l’occasion dans les pays émergents. Ensuite, elles iront à la casse comme le reste. D’où naturellement l’orientation du recyclage pour arriver à zéro déchets. Les déchets sont le problème majeur et je ne parle pas ici des déchets nucléaires….

Olivier (1 févr) : Je ne connais pas l’objet de votre désaccord. Toutefois, en lisant le message de Régis, je me suis souvenu de deux choses :

– Panhard produisait des voitures increvables et a fait faillite parce que les clients en étaient si satisfaits qu’ils ne les remplaçaient pas.

– Saab est en train de disparaître pour les mêmes raisons.

Roger (2 fév) :  Il s’agit du dernier envoi Retorica. A vrai dire il n’y a pas de désaccord entre nous, simplement un débat  complexe. Tes deux exemples me semblent très pertinents.

8. Roger (23 fév 2015) : En trois ans la réflexion a bien avancé. On consultera un article de Wikipédia que je juge excellent :

fr.wikipedia.org/wiki/Obsolescence_programmée

Surtout l’obsolescence programmée est devenue un délit

http://www.lemondenumerique.com/article-31518-delit-d-obsolescence-programme-la-france-a-tranche.html

Ce qui est loin de régler tous les problèmes

http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/10/15/l-obsolescence-programmee-des-produits-desormais-sanctionnee_4506580_3244.html

Mais les actions de groupe (class actions) vont se développer pour assainir le marché et clarifier les données du problème. Retorica classait ce dernier en 29 SCI obsolescence programmée. Désormais il figure aussi et surtout en 05 ECO obsolescence programmée. 

Roger et Alii

Retorica

(1.820 mots, 12.000 caractères)

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