05 ECO Travail – temps partiel – 2017-04

(A) La synthèse qui suit est bien ancienne (1986) et quand je la donnais à l’époque à mes élèves de BTS le choix des textes ne me semblait pas satisfaisant. Je prenais des sujets donnés à l’examen mais ce n’est pas une excuse. Par ailleurs l’analyse actuelle (2017) de Wikipédia (« Travail à temps partiel ») ne me semble pas davantage convaincante. En effet travail à temps partiel signifie salaire direct à temps partiel et salaire différé (les fameuses « charges ») à temps partiel. Quoi qu’il en soit je donne d’abord la synthèse que j’avais rédigée pour mes élèves de MAI (Mécanismes et automatismes industriels) avant de proposer son actualisation. Roger.

(B) 05 ECO Travail – temps partiel – synthèse 1986

Code 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

  1. Introduction. Le travail à temps partiel permet-il de résoudre le problème de l’emploi ? Cinq documents offrent des éléments de réflexion sur les chiffres et les comportements : deux articles du « Monde » (1, A. Le « La présence des femmes au travail ne cesse de se développer » 30/08/1986 2, A. Sauvy « Le mur » 3/09/1986 document 3), une étude de J-Y. Boulin et J. Loos « Un million et demi de travailleurs à temps partiel » tiré de « L’état de la France 1985 » (document 1), deux statistiques du Ministère du Travail (document 4) et un dessin de Plantu (1985) (document 5). Le dossier laisse entendre que le travail à temps partiel n’est pas du chômage à temps partiel mais qu’il intéresse des personnes qui, sans lui, seraient au chômage. 0r comment a progressé le temps partiel ? Que signifient ses limites par rapport au chômage ? Et que peut-on faire d’autre ?

1.0      La progression du temps partiel ne peut s’apprécier en elle-même.

1.1      Il faut en effet la situer dans une évolution générale. En vingt ans, nous disent Boulin et Loos, la durée hebdomadaire du temps de travail est passée de 46 à 39 h et pourtant, selon A. Le, le chômage reste à 10 % (2.250.000 personnes) tandis que progressent les fins de travail précaire (25 % en 1986 contre 12 % en 1980). De 1980 à 1986, ajoute le même auteur, on perd 600.000 emplois d’ouvriers et 130.000 d’agriculteurs ; ils sont compensés en partie seulement par la progression des cadres, intellectuels et dirigeants de P.M.E. Pourtant l’immigration a vu chuter les entrées, les saisonniers et le regroupement familial tandis que 14.000 dossiers d’aide au travail étaient instruits. Tous ces changements auraient pu favoriser le travail à temps partiel.

1.2      Or sa progression reste faible : Boulin et Los l’évaluent à 6,4 % en 1978, 8,9 % en 1983, au total 1.500.000 emplois. C’est un travail peu qualifié, féminin aux 4/5° et qui touche surtout le tertiaire et récemment le public. A. Le complète cette approche : 72 % des femmes entre 25 et 49 ans ont un travail (soit 9 millions de personnes), seules 1/4 d’entre elles travaillent à temps partiel.

1.9      Le travail à temps partiel, même féminin, est loin de compenser les pertes du chômage.

2.0      Que signifient ces limites ?

2.1      Le travail à temps partiel reste ignoré des conventions collectives. Pourtant Boulin et Loos signalent qu’il a été clairement délimité en 1982 mais il reste précaire et offre peu de garanties.

2.2      Boulin-Loos précisent aussi qu’il n’a pas réduit le chômage. Celui-ci a été stabilisé, pour A. Le, grâce aux stagiaires qui ont compensé l’arrivée des femmes. L’utilité des T.U.C en ce domaine reste douteux si on en croit Sauvy.

2.3      Dès lors Boulin-Loos et A. Le pensent que l’échec relatif du temps partiel disqualifie la réduction éventuelle du temps de travail. Pourtant les syndicalistes, en la personne de l’ouvrier de Plantu, s’obstinent à la réclamer au patronat qui fait la sourde oreille.

2.9      Si l’échec relatif du temps partiel devait condamner la réduction du temps de travail comment pourrait-on lutter contre le chômage ?

 

3.0      Le dossier suggère de chercher des solutions dans d’autres directions.

3.1      Tout d’abord les statistiques du ministère du Travail montrent que la France n’est pas un pays à part. Elle se situe dans la moyenne des pays développés tant par le travail hebdomadaire (41,3 h) que par le travail offert (1 920 h. par an) et réalisé (1 750 h).

3.2      Mais, montre Sauvy, cette société refuse de se connaître. Chacun veut gagner sur tous les tableaux jusqu’au (ou à commencer par ?) chirurgien qui, par économie, conduit ses enfants ê l’école, jouant ainsi la bonne d’enfant. Plantu montre comment le patronat fait la sourde oreille : feint-il de ne pas comprendre ou, comme le professeur Tournesol, est-il congénitalement sourd ? Les syndicats ne réclament pas du champagne ou du caviar mais faut-il des réductions de travail uniformes pour tous (manuels, employés) et avec ou sans réductions de salaires ?

3.3      En effet, pour desserrer l’écrou, Sauvy propose de payer davantage les manuels avec des mesures simples mais radicales : libérer 20.000 emplois de taxis, imiter l’Allemagne (moins de cadres, plus de manuels), rétribuer moins les emplois pour en créer d’autres ; permettre aux marginaux de travailler au-dessous du SMIC.

3.4      Plus largement, Sauvy demande une enquête sur les besoins réels du pays car il existe des millions d’emplois potentiels. Boudin-Loos le rejoignent en partie quand ils demandent l’aménagement des horaires, l’emploi partagé, les congés-formation, les retraites anticipées, un temps partiel muni d’une couverture sociale. Sauvy précise que les progrès techniques et les décisions des consommateurs peuvent créer une mobilité réelle.

3.9      Ces amorces de solution supposent des mesures administratives nouvelles et un changement réel des mentalités.

 

9a Conclusion       Le relatif insuccès du temps partiel est venu du manque de dynamisme des mesures qui l’accompagnaient (faible couverture sociale notamment). La situation a-t-elle réellement évolué de 1986 à 1996 ? L’action s’est développée plus vers les pré-retraites, les stages de formation-reconversion (directions indiquées par Boulin-Loos) et les C.E.S que vers les mesures énergiques demandées par A. Sauvy.

9b     Je crois qu’en ce domaine égoïsmes corporatiste et individuel se donnent volontiers la main. Le chômage touche moins les jeunes en Allemagne qu’en France mais nous tardons à développer les formations en alternance qui permettraient de le réduire. La grande enquête demandée par A. Sauvy, depuis des dizaines d’années !, n’a jamais eu lieu. A la fois par inertie administrative et politique : identifier les besoins cela signifierait s’engager à les satisfaire et à les financer. Comment ? par l’impôt ! Encore faudrait-il que les citoyens soient convaincus que l’argent versé va bien là où il doit aller. Par ignorance des mécanismes sociaux plus que par méchanceté, chacun veut le beurre et l’argent du beurre comme ce chirurgien signalé par Sauvy qui joue à la bonne d’enfant une heure par jour. Or la productivité n’attend pas et de ce point de vue la marche des MAI (Mécanismes et automatismes industriels) est inéluctable : les progrès de l’automatisation permettaient de prévoir, en 1992, 5 millions de chômeurs, en France, pour 1995.

Dès lors deux solutions s’offrent à nous :

– Admettre une société à deux vitesses. Beaucoup de productivité, une base restreinte d’acheteurs ayant un plein pouvoir d’achats, beaucoup de déchets, de rebuts. Des organismes sociaux de recyclage comme les Restaurants et les Relais du Coeur redistribuent le surplus et aident à vivre des gens autour du seuil de pauvreté (2000 frs par mois, R.M.I, aides diverses). Avec évidemment au milieu une marge de plus en plus large de marginaux, skin-head etc. dont le Trevor de « Made in Britain » (Prix Italia 1984), jeune marginal de 16 ans, donne un bon exemple. L’avenir ? délinquance accrue, violences, dictature, nouvelles violences institutionnalisées cette fois avec recherche de boucs émissaires, absence de solution et paupérisation générale.

– Ou au contraire politiques, administrateurs, chefs d’entreprise, médias et opinion publique prennent conscience du problème et des solutions qui permettent une redistribution progressive du travail et des revenus ; toute la mécanique sociale peut se mettre en marche dans le bon sens et très rapidement. Nous en avons les moyens car nous disposons de moyens d’information et de communication quasi immédiats. Ce ne sera pas le paradis en France mais une situation vivable et relativement sereine.

Ou la tragédie ou l’utopie. Si quelqu’un a un autre choix, qu’il le propose !

Roger (2017-04-29) : Je crois que nous avons choisi la tragédie.

 

(C) 05 ECO travail – temps partiel – actualisation 2017-04-29

En 2010 une synthèse nouveau style était proposée. L’épreuve a un peu changé, ce que je regrette. La synthèse elle-même est écourtée au profit d’un questionnaire destiné à donner un minimum de points au candidat. Le modèle qu’on nous propose porte sur la comparaison entre le PIB et le IDH.

Entraînement à l’Epreuve de synthèse (QSTP)

lycees.ac-rouen.fr/stvalery/IMG/doc/QSTP_d_entrainement_toussaint_2010.doc

Q6 : Relevez dans le doc 3 les pays ayant un PIB par habitant similaire, ont un IDH … les deux grands axes de critiques adressées au PIB dans le document 4 ?

 

La formule classique, celle que je suivais, était plus exigeante et plus gratifiante. Pour rédiger la synthèse, il fallait passer par un tableau à double entrée : sur l’axe vertical les textes, sur l’axe horizontal les thèmes. A partir de là on dégageait un plan thématique et la rédaction elle-même allait quasiment de soi.

http://www.retorica.fr/Retorica/27-ret-synthese-technique-exemple-emploi-1996/

Les documents présentés dans la synthèse nouveau style sont très classiques. Ils incluent en document 4 une analyse célèbre d’Alfred Sauvy. La voici  : « « Épousez votre femme de ménage, et vous ferez bais­ser le PIB… ». Derrière cette remarque étrange d’Alfred Sauvy, grand économiste du milieu du XXe siècle, on trouve l’une des plus graves insuffisances du PIB : cet agrégat, censé représenter la santé de l’économie, voire pour certains le bien-être de la société, exclut […] :

– Le travail domestique : « épouser sa femme de ménage », c’est faire passer un service (le nettoyage de l’appartement ou de la maison) de la sphère marchande à la sphère domestique. A priori, cette « opération » ne modifie pas le bien-être de la population ; elle fera néan­moins baisser le PIB, puisque le travail domestique ne s’échange pas sur un marché.

– Le travail bénévole : […] on oublie vite qu’une société où le travail bénévole est développé connaîtra probable­ment un niveau de bien-être supérieur aux autres, mais que cet avantage ne se traduira pas par un PIB plus élevé. […].

« Brûlez Paris et vous ferez augmenter le PIB ». Il est possible de montrer que le PIB […] oublie que la production est aussi destruction, de ressources naturelles et humaines. »

En ce qui concerne le temps partiel le dossier que je propose néglige la donnée fondamentale. Le SMIC représente le minimum vital pour une travailleuse ou un travailleur « Les Français estiment qu’une personne seule a besoin au minimum de 1 490 euros par mois pour vivre, selon une enquête de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée mercredi. » (Le Point le 5/2/2014). En avril 2017, le montant du RSA est de 536, 78 euros par mois pour une personne seule et sans enfants. On mesure l’écart entre les 1 490 euros souhaitables et les 536 euros effectifs. Cela suppose que le temps partiel implique beaucoup d’expédients tous anormaux : aide familiale pour les étudiants et les apprentis, salaire d’un conjoint pour les femmes mariées… etc… Le revenu universel aurait pour fonction de remédier à ces situations mais on sait les problèmes qu’il pose :

http://www.retorica.fr/Retorica/09-fra-revenu-universel-uberisation-2016-04/

 

Roger et Alii – Retorica – 1 910 mots – 11 800 caractères – 2017-04-30

 

 

 

 

 

 

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