06 EDU Culture échange connaissances 1998

06 EDU Culture échange connaissances TS synthèse 1998

L’échange des connaissances est un dialogue créateur correction s.g.d.g

 

Introduction. Cinq textes traitent des échanges culturels : Lévi – Strauss (« Race et Histoire » 1952) et Boudhiba (« Le tourisme, une rencontre manquée » 1981) en présentent les dangers. Ricoeur (« Comment est possible une rencontre des cultures diverses » 1961), Montaigne (« Essais » XVI°s) et Lacarrière (« L’Eté grec » non daté) indiquent ce qu’il faut rechercher. Par ailleurs Montaigne et Lacarrière insistent sur le vécu tandis que les autres auteurs s’en tiennent au pensé. Enfin Montaigne, Lévi-Strauss et Lacarrière privilégient l’individu; les autres textes voyant plutôt le choc culturel provoqué sur les populations. Nous étudierons d’abord le statut de l’étranger puis la rencontre et enfin l’enrichissement problématique.

 

  1. Le statut de l’étranger intéresse les cinq auteurs.

1.1 L’étranger est souvent le barbare. Montaigne le regrette. Lévi-Strauss note que le mot « barbare » renvoie à l’inarticulé, comme le sauvage renvoie à la forêt, à un état naturel. Boudhiba constate que le touriste d’aujourd’hui adopte la même attitude : il cherche à confirmer ses propres préjugés et rejoint ainsi l’ignorance du courtisan moquée par Montaigne.

1.2 L’étranger est-il un homme ? Levi-Strauss est le seul à poser aussi brutalement la question : les Espagnols se demandaient si les Indiens avaient une âme tandis que ces derniers voulaient vérifier expérimentalement l’humanité des conquérants.

1.3 Reconnaître que l’étranger est un homme entraîne deux attitudes opposées. Ricoeur note que cette reconnaissance permet la traduction ; Lévi-Strauss relève que les primitifs nient cette qualité aux étrangers et agissent en conséquence.

1.4 Ceci montre que l’équation étranger = homme ne va pas de soi.

  1. D’où l’importance attachée à la qualité de la rencontre.

2.1 Cette rencontre est tributaire d’une infrastructure d’accueil. Elle peut être absente : c’est le cas de la Chine pour Ricoeur et de la Crète pour Lacarrière. Quand elle est présente, souligne Boudhiba, elle n’est pas forcément favorable : les « boîtes de nuit » facilitent les échanges mais sans profit pour le pays d’accueil.

2.2 La rencontre est toujours une épreuve. On peut décider comme Montaigne de « se jeter aux tables les plus épaisses d’étrangers ». Ricoeur y voit une possibilité de s’expliquer. L’hospitalité réelle qui repose sur une attitude et un regard bienveillant pour Lacarrière diffère de l’hospitalité rituelle, formelle et moins ouverte. Néanmoins, pour Boudhiba, ce choc est bénéfique car il permet l’affirmation culturelle du pays d’accueil.

2.3 Souvent la rencontre se traduit par un refus : refus des coutumes et des moeurs étrangères comme le signalent Montaigne et Lévi-Strauss. Refus plus subtil chez Boudhiba car le touriste vient pour le pays et non pour les hommes.

2.4 Pourtant la sympathie peut naître. Il suffit pour Ricoeur de faire preuve d’un peu d’imagination et pour Montaigne de chercher à justifier les usagers étrangers… même si l’on risque l’indigestion ! Pour Lacarrière la confiance devenue réflexe n’est jamais démentie. Car le barbare c’est celui qui croit à la barbarie d’autrui conclut Lévi- Strauss. Ainsi la rencontre peut se dérouler d’une manière heureuse si l’ouverture d’esprit est réelle et repose sur un apprentissage.

 

  1. Ceci dit, l’enrichissement culturel reste problématique.

3.1 Les motivations sont essentielles. Montaigne note qu’il est préférable de partir pour son plaisir, sa curiosité. Cela vaut mieux que de partir pour oublier les fatigues de l’année comme le déplore Boudhiba. Il faudrait tenter de traduire l’incompréhensible relève Ricoeur ou simplement vérifier en quoi les jugements d’autrui peuvent être faux note Montaigne.

3.2. Paradoxalement l’important est de rester soi-même. Mais, selon Ricoeur, seule une culture vivante peut supporter la rencontre et lui donner un sens. Il s’agit, pour Montaigne de chercher des Grecs et des Persans authentiques et, pour Lacarrière, de rester soi-même en renonçant temporairement à ses habitudes. Boudhiba souhaite que le pays d’accueil soit courtois et ferme, digne et fier. Ricoeur avance que ceci peut passer par un rajeunissement du pays lui-même.

3.3 Cette idée est prolongée par le refus du syncrétisme. Cette réflexion de Ricoeur est prolongée par Lacarrière quand il dit qu’il ne faut pas devenir Crétois mais rester Français. Or rester soi-même devient de plus en plus hypothétique dans le tourisme de masse. Boudhiba signale que les menus objets donnés par les touristes suscitent, non le retour aux sources mais la fuite en avant dans un rêve qui incite à la délinquance.

3.4 D’où de vives inquiétudes sur l’avenir des civilisations. Ricoeur reste sceptique sur l’avenir du dialogue culturel. Il y voit comme Lacarrière la possibilité d’une renaissance mais ce dialogue qui restait largement impensé au moment où écrivait Ricoeur (1961) a crée, vingt ans plus tard, de nouveaux besoins, souvent prématurés selon Boudhiba, et il joue un rôle de catalyseur dans une évolution regrettable, déjà largement entamée. Les cultures sont à la croisée des chemins : ou elles disparaissent dans un syncrétisme qui les nivelle, ou elles réagissent et retrouvent leurs forces vives.

 

Conclusion. Le problème des contacts culturels reste entier. Il dépend pour l’essentiel de l’attitude des personnes qui les pratiquent.

En conclusion personnelle je me bornerai à deux remarques.

Au niveau individuel, l’échange tel que le pratique Lacarrière, suppose que le visiteur ait une connaissance au moins élémentaire de la langue du pays d’accueil. C’est son cas. Alors l’échange peut être assez riche et réel.

Au niveau des contacts institutionnalisés et collectifs (voyages organisés, jumelage de communes, échanges universitaires etc.) l’évolution reste lente car le système éducatif (lycées, universités, formation continue) néglige les langues étrangères. Un seul exemple : la France compte de 3 à 4 millions d’arabophones ; quels sont les lycées qui sont pourvus d’une chaire d’arabe ?

Faute d’une prise de conscience collective, on peut craindre le triomphe d’un syncrétisme culturel mou, fondé sur la seule consommation. Ce que dénoncent, peu ou prou, la plupart des textes étudiés.

Roger et Alii

Retorica

950 mots, 6 300 caractères, 2016-06-18

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