06 EDU écoleS de la nature – 2017-12

 

Je n’aime pas le terme « école ». En linguistique c’est un abstrait réel qui ne correspond à rien alors qu’on entend souvent : « L’école devrait faire ceci ou cela. » Je ne connais pas l’école : je ne connais que des personnes qui enseignent. Et nous enseignons toutes et tous, ici et maintenant, partout et toujours. Mais que vaut cet enseignement que nous prodiguons le plus souvent malgré nous ?

Je fais une exception pour l’expression « écoleS de la nature » que je mets soigneusement au pluriel. Parce que ces écoleS concernent toujours des personnes.

Le texte qui suit « EcoleS de la nature – Nature Schools » m’a été communiqué par François Dumont. Vous pouvez lui écrire directement à l’e-mail suivant : francoisdumont.tpc@free.fr et contribuer ainsi à soutenir cette action que je juge personnellement indispensable.

Roger

 

« Nature schools : des territoires ruraux à l’école de la nature L’éducation nationale à l’ère de la transition écologique

 

« Quelle école pour préserver la nature et éviter les ruptures sociales qu’entraînerait sa destruction ? Il ne s’agit pas de nier la catastrophe écologique et démocratique qui menace, mais au contraire d’y répondre franchement, en n’ajoutant plus la pollution à la pollution, en réorganisant l’éducation en milieu rural autour du consensus écologique. A partir des structures scolaires existantes et des pratiques pédagogiques émergentes, nous pouvons, à l’éducation nationale, en partenariat avec les collectivités locales, contribuer à sauver la planète et la démocratie.

« 1. Des écoles de proximité

« Nous devons interrompre le cycle des délocalisations scolaires, des fermetures d’écoles et de collèges ruraux. En fermant petites écoles et petits collèges, nous chassons les habitants des campagnes vers les villes, accroissons les difficultés de ceux qui restent, renonçons à nous occuper des sols, des forêts, des cours d’eau, de l’air, de la biodiversité ; bref, nous ne nous donnons pas les moyens de réussir la transition écologique.

« Il est temps de prendre le problème à bras le corps et dans toute sa complexité. Temps de cesser de penser en termes d’urbanisme uniquement – nous en voyons assez les excès ; d’autres pays ont annoncé qu’ils allaient continuer le biocide pendant quelques années, mais la France est engagée comme leader sur le seul chemin sérieux, humain, véritablement poétique – il est temps de penser aussi en termes de ruralisme.

« Du point de vue de l’éducation nationale, le ruralisme vise à une relocalisation des écoles et des collèges, et à la transformation bioclimatique des bâtiments scolaires. Les enfants doivent apprendre dès le plus jeune âge les bons gestes, que seule une école bioclimatique de proximité peut permettre : apprendre à développer le corps en allant à pied ou à vélo ; être amenés à réfléchir à la production non polluante des transports ; apprendre la production d’électricité et le traitement des eaux du lieu même où l’on travaille, c’est-à-dire d’écoles et de collèges autoproducteurs et autoconsommateurs d’énergie. Ce n’est nullement une question de finances, le ruralisme est justement la décision de la sobriété. C’est une question de volonté et d’organisation. Voulons-nous accélérer la transition écologique ? Voulons-nous dépolluer la terre ? Voulons-nous des villages animés, vivants, inventifs, heureux de partager un projet de société positif ?

« 2. La pédagogie du dehors

« Pour réussir la transition écologique et apprendre les bons gestes, l’école doit dépasser son habitude de tenir les enfants enfermés dans les classes ; elle doit s’ouvrir à des pratiques tournées vers le dehors. En effet, ce ne sont pas des générations d’enfants faisant corps avec leur ordinateur, ayant oublié la nature, qui sauront s’occuper de la terre. Il s’agit de transmettre des savoir-faire vitaux : d’instruire, d’éduquer, de former les habitants d’un monde plus conscient, plus compétent, plus responsable.

« Chaque « nature school » serait associée à un groupement régional d’animation et d’information sur la nature et l’environnement (GRAINE). Les écoles et les collèges de la nature pratiqueraient une pédagogie ouverte, conduite en concertation entre, dans la classe, les professeurs de l’éducation nationale, et, au dehors, des équipes d’animateurs et de formateurs spécialisés dans l’éducation à l’environnement. Ainsi, nous élargirions la cadre et la nature des apprentissages. Nous solliciterions, non seulement l’intelligence linguistique des enfants en classe, mais leur intelligence multiple au dehors. Nous les ouvririons à une connaissance plus complète d’eux-mêmes et de la nature.

« Depuis l’éveil à la nature en maternelle, en passant par des activités de « main à la pâte » en primaire et au collège, jusqu’aux options anticipant sur les métiers de demain au lycée, il s’agit de proposer un parcours de réussite lisible pour le jeune et pour sa famille, dans une logique de filières ancrées dans les spécificités des territoires ruraux.

« Le programme « nature schools » souhaite répondre d’une manière plus fluide, plus naturelle à la question de l’orientation. Dans cette optique, l’orientation devient une continuité entre les cours en classe, les activités péri-scolaires dehors, portées par des animateurs insérés dans un tissu associatif local, lui-même intégré à un environnement économique régional. L’ « école de la nature » pourrait ainsi former les enfants aux métiers d’un monde durable, en rapport avec l’agriculture, l’agronomie, la forêt, l’eau, les énergies, les transports, la santé, la culture, la technologie, l’art, le lien social.

« 3. Un nouveau modèle économique

« L’ouverture de l’école et du collège sur la nature et sur le dehors, par l’association entre les enseignants et des groupements d’animateurs et de formateurs, se prolonge dans la transformation de l’environnement villageois, autour de l’école et du collège. Il s’agit d’impliquer les habitants dans cette transformation, de multiplier les circuits économiques courts, afin d’arriver à des villages autonomes, au plan énergétique et au plan alimentaire.

« La petite école et le petit collège de village sont un levier pour la conversion des territoires, de l’agro-industrie à l’agro-écologie. Dans la logique de la transmission des savoirs fondamentaux concernant la nature, et des pratiques de « main à la pâte » conduites par des partenaires associés à l’école, «nature schools» doit former de nouvelles générations de paysans responsables et d’agronomes hautement qualifiés.

« De plus, il s’agit d’organiser économiquement la production agricole locale. Les modalités de la production bio varient d’une région, d’une commune à l’autre. Des solutions multiples existent pour l’encourager. Dans le domaine agricole comme dans le domaine éducatif, il y a un pallier de volonté à franchir. Dans tous les cas, « nature schools » s’associerait avec des paysans bio et des agriculteurs volontaires pour participer à la transition et pour fournir les cantines scolaires en produits locaux de qualité. Afin de renforcer ces circuits économiques locaux, nous pouvons associer à l’investissement dans une cantine bio, l’investissement dans des entreprises nouvelles : légumerie et épicerie sans emballage, produits de la forêt, ateliers d’artisanat traditionnel, textiles « fabriqués en France », etc.

« 4. Un projet participatif

« Comme il est question de passer de modes de production polluants à des modes de production écologiques, l’école doit jouer un rôle de médiation culturelle. Le projet « nature schools » peut être le lieu de construction d’une culture commune, qui placera la France en première position dans un monde écologiquement responsable. Dans chaque commune, dans chaque région, le projet peut être l’occasion d’une reconnaissance, d’une rencontre entre tradition et modernité, entre paysans et agriculteurs, entre chasseurs-cueilleurs et écologistes, entre artistes et scientifiques. Une identité humaine pourrait ainsi ré-émerger, contribuant à régler pacifiquement les conflits qui agitent la planète. Les ruraux retrouveraient un rôle historique et une identité qui les rendraient fiers, et les citadins retrouveraient l’envie de venir s’installer à la campagne.

« Pour réussir, la méthode doit être réellement participative. Il s’agit de sortir de la surdité entre les services de l’éducation nationale et ceux des collectivités territoriales. Il s’agit de faire naître des villages éducateurs, où chaque habitant a une voix et représente un repère pour les enfants. Pour réussir, ce sont donc les habitants qui ont la clef : les parents, les enseignants, les associations, les professionnels, les chercheurs, les élus, tous doivent animer avec les inspecteurs d’académies des comités de pilotage régionaux. Une mission inter-ministérielle pour le développement écologique des territoires ruraux pourrait aider à suivre le travail des comités de pilotage.

« Pour conclure sur le nom même d’ « écoles de la nature », que l’on pourrait aussi appeler des « écoles en transition », voici ce que disait Léonard de Vinci : « Va prendre tes leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur. » »

Contact : francoisdumont.tpc@free.fr

 

Transmis et approuvé par Roger et Alii – Retorica – 1 440 mots – 9 300 caractères – 2017-12-08

 

 

 

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