06 EDU Espérance banlieues – débat – 2016-12

Voici, rassemblés, des éléments épars mais convergents (A, B, C).  J’appuie  totalement cette direction de travail (D). Des analyses malveillantes ne remettent pas en cause Espérance banlieues ou alors il faudrait expliquer par quoi la remplacer (E). Roger (2016-12-31). Ceci dit la démarche a aussi ses limites (F, G) Roger (2017-03-29)

 A/ La Passerelle (Pierre-Bénite, région lyonnaise)

Les élèves portent un uniforme

Pas de cantine : chacun apporte sa « lunch box », ce qui revient moins cher que la cantine aux parents et dénoue les tensions religieuses

Des débats sur l’actualité sont préparés en amont à la maison.

Les classes de 15 élèves sont centrées sur le savoir-être : se respecter, être attentif aux autres, persévérer… Donner confiance pour revenir dans le circuit traditionnel

Les pédagogies sont empruntées à Montessori, Singapour, Feuerstein.

On cherche la maîtrise de la langue française et la connaissance de l’histoire de France

On pratique le salut au drapeau le lundi matin

L’école fait partie de la fondation Espérance banlieues

Elle pratique l’esprit du scoutisme

Le projet global est de faire grandir ces écoles par mimétisme.

« A La Passerelle, chaque enfant est accueilli personnellement le matin. On lui serre la main, on le regarde dans les yeux, on le vouvoie. »

(d’après Lorraine Rossignol, Télérama, 20/11/2016)

 

B/ Mantes-la-Jolie (Yvelines), le Cours La Boussole

Le réseau scolarise 350 enfants sur 8 établissements qui deviendront 15 en 2017.

Le vouvoiement est de rigueur.

Les écoles ne sont pas « laïques » mais « aconfessionnelles » : « Cela signifie que nos élèves, qui pour la plupart sont musulmans, n’ont pas à laisser leur religion aux portes de l’école. Ils peuvent ainsi nous parler de ce qu’ils ont vu à l’école coranique. » (le directeur). « Nous sommes chrétiens ? Les élèves nous interrogent régulièrement sur notre religion et c’est très positif. » (une institutrice passée par le scoutisme, les écoles privées sous contrat et le monde de la finance).

Eric Mestrallet, le fondateur d’Espérance Banlieues, affiche la lutte contre le décrochage scolaire et l’intégration des enfants issus de l’immigration :  « Il faut leur donner accès à notre patrimoine et leur permettre de se sentir français. Et contribuer , à leur échelle, à la lutte contre la radicalisation. »

85 % de réussite au brevet contre 50 % l’année précédente.

Au delà de vingt écoles se posera le problème du financement : obtenir des financements publics pour « service rendu à la nation ».  Mais Mestrallet refuse le régime « sous contrat » (loi Debré 1959) qui permet la prise en charge par l’Etat du salaire des enseignants : « Je ne veux pas prendre le risque que la technostructure reprenne le dessus. »

L’an dernier la Fondation a collecté 1,5 millions €.  Ils sont venus à 35 % de subventions de fondations et institutionnels, 30 % d’entreprises, 20 % de particuliers et 15 % de contributions de familles pour qui les frais vont de 55 à 75 euros mensuels. Elle est abritée par la Fondation pour l’école, reconnue d’utilité publique en 2008 (décret de François Fillon). Elle lui offre son service juridique. Ses enseignants passent par l’Institut libre de formation des maîtres (ILFM) ouvert en 2007.  « … la Fondation pour l’école, figure emblématique du hors-contrat , qui accompagne et finance des établissements essentiellement catholiques (parmi lesquels des écoles de la Fraternité Saint-Pie-X), mais également des écoles Montessori et Steiner. »

Harry Roselmack et Eric Mestrallet « Espérance Banlieues : Un nouveau modèle d’école pour mieux lutter contre l’échec scolaire et les tensions communautaires. » Editions du Rocher, 2015.

Les profs du public et leurs syndicats, même le Snalc classé à droite, s’inquiètent : on irait vers « un système où l’Etat serait simplement un contrôleur et un financeur avec le chèque éducation » (un responsable du Snalc)

Une mère de Mantes la Jolie explique : « A l’école publique, mon fils était harcelé. Les profs et le directeur fermaient les yeux, sans doute par peur des représailles des grands frères. » D’autres parents l’on suivie. « Il paraît que le directeur de l’école publique n’est pas très content… »

(d’après Carline Beyer, Figaro, 5 janvier 2017)

 

C/ Cours Antoine de Saint-Exupéry Asnières sur Seine.

« Proche des milieux catholiques, le réseau Espérance banlieues multiplie les créations d’écoles hors contrat et non confessionnelles dans des zones défavorisées. Petits effectifs, uniforme, méthodes empruntant au scoutisme, il cherche à faire réussir des enfants de familles modestes souvent issues de l’immigration. Son essor, soutenu par de grandes entreprises, soulève néanmoins des interrogations quant à la place du « hors contrat » dans le paysage scolaire. »

Ecole privée, hors contrat, ce cours accueille 90 élèves du CP à la cinquième. Quatre fois par semaine, à 9 h 30 c’est l’ « assemblée » dans la cour de récréation. Tous les élèves, en uniforme (verts pour les garçons, bordeaux pour les filles) font face à l’équipe enseignante. Félicitations pour les plus assidus. Lever des couleurs avec Marseillaise, entonnée la main sur le cœur. Le drapeau tricolore flotte aux côtés du drapeau européen et du drapeau de l’école : « Cela signifie qu’on aime la France, que c’est notre pays, même si on a des origines différentes. » (une élève de CE2) « Ici il y a des chrétiens, des musulmans, on est tous ensemble. » (une autre élève). Volonté d’unité et respect de la vérité. Vouvoiement des élèves dès les petites classes, remise de médailles et des méthodes empruntées au scoutisme. A la cantine se retrouvent des équipes non mixtes de sept enfants avec des aînés qui les aident, les surveillent, les apprécient, leur font ranger le réfectoire, la vaisselle, et animent des jeux dans la cour.  « Les enfants grandissent par le service, le don de soi. » (le directeur, Xavier Villarmet)

En grammaire, les élèves apportent des bouts de papier sur lesquels sont inscrits des verbes à conjuguer. Il faut apprendre à se servir d’un Bescherelle pour les plus faibles tandis que d’autres travaillent sur un roman de Maupassant. Le niveau est assez faible comme dans le collège public voisin. Mais les effectifs réduits (15 maximum par classe) et la souplesse de l’établissement permettent de s’adapter aux besoins de chacun.  On met l’accent sur les fondamentaux car les élèves rejoindront un autre établissement après la troisième. « Nous n’avons pas la prétention de tout réinventer. Nous voulons être crédibles pédagogiquement et gardons les yeux fixés sur le socle commun. » (Xavier Villarmet). Il veut offrir à tous « la réussite, la connaissance et la fierté de la culture française » en liaison avec les familles. Mais pas d’outils numériques indique Eric Mestrallet, le président de la fondation Espérance banlieues, qui chapeaute le réseau : « Je préfère que nos élèves apprennent à écrire correctement avant d’apprendre à écrire des e-mails. » Les professeurs viennent de tous horizons y compris des écoles de commerce. Ils sont épaulés par 45 bénévoles pour l’accompagnement scolaire ou l’enseignement de l’allemand.

Espérance banlieues n’a pas de relations étroites avec « La Manif pour tous » car Eric Mestrallet dit « tenir beaucoup au caractère non confessionnel des établissements. (…) Le moteur de notre école, c’est la fraternité. » Pourquoi ne pas assumer  ces attaches chrétiennes ? « Parce qu’on s’adresse aux enfants des banlieues, très souvent musulmans. »

La première école d’Espérance banlieues a été créée en 2012 à Montfermeil (Seine-Saint-Denis). Le développement est impressionnant. Eric Mestrallet souhaite atteindre à terme « quelques centaines d’établissements ».  Mais il faut régler les problèmes de financement assuré par des particuliers et des entreprises. Cette contribution permet de ne facturer aux familles que 10 % à 15 % des frais réels (75 € par mois à Asnières). Mais en l’état actuel du financement le réseau ne pourra dépasser la quarantaine d’établissements note Anne Coffinier qui espère « que le prochain gouvernement créera un cadre fiscal permettant à tous d’exercer leur libre choix éducatif. »

L’école publique parle de sexualité ou de genre tandis que les parents de ces établissements n’y tiennent pas. D’où leur refus et leur choix. On trouve aussi une avancée vers le chèque éducation. Le ministère se montre réservé et affirme que « les contrôles ont été renforcés dans le hors contrat » et que « l’ouverture des écoles sera bientôt mieux encadrée. » La couverture médiatique est assurée par le journaliste de TF1 Harry Roselmack. Espérance banlieues estime compenser  les lacunes de l’Education nationale à l’égard des enfants des banlieues. Pierre Marsollier, délégué général de l’Enseignement catholique, note qu’il a établi pour le ministère « une liste liste d’une centaine d’établissements qui se situent sur ce terrain. C’est la reconnaissance par l’Etat qu’on fait de l’éducation prioritaire, même si on n’entre pas sous ce label car on n’est pas soumis à la sectorisation. »

(d’après Denis Peiron, La Croix, 19 janvier 2017)

 

D/ 06 EDU Espérance banlieues Retorica 2017-01-13

J’ai longtemps travaillé avec mes élèves d’abord, avec des adultes ensuite les problèmes de l’expression française. Il en est sorti un site www.retorica.fr où j’explique l’ensemble de la démarche Retorica. Ce qui peut intéresser Espérance banlieues c’est ceci :

http://www.retorica.fr/Retorica/06-edu-auxilia-methode-mellerio-sanglier-oct-2014/

et

http://www.retorica.fr/Retorica/06-edu-freinet-auxilia-mellerio-sanglier-2016-03/

 

Je suis prêt à travailler avec l’un ou l’autre de vos enseignants pour aider des élèves à travailler ces formes brèves d’expression que sont le « quarante mots » et le « deux-cents-mots ».

Je suis persuadé qu’Espérance banlieues est la formule d’avenir qui permettra à l’Education nationale de se transformer sans traumatismes majeurs.

Roger Favry

Espérance banlieues ne m’a pas répondu mais la fréquentation du site avait doublé pendant quelques semaines depuis l’envoi de ce mail. (2017-02-02)

 

E/  Questions de classe(s)

Ce site prétend défendre l’école publique, laïque et obligatoire. Il le fait en attaquant les écoles « Espérance banlieues » qu’il juge médiatiques, traditionalistes et ultra-libérales… Voir Gregory Chambat :  Le blog L’école des réac-publicains (26 décembre 2015). Voici les grandes lignes de cette étude.

« L’occasion de nous replonger dans les ouvrages d’Eddy Khaldi et Muriel Fitoussi (Main basse sur l’école publique, Demopolis, 2008 et La République contre son école, Demopolis, 2011) pour explorer « l’histoire de cette sainte alliance des libéraux défenseurs d’une école marchande et des traditionalistes rêvant de voir les Églises retrouver le monopole, perdu depuis plus d’un siècle, de la formation des esprits en France. » Une alliance qui s’inspire « directement de la lettre et de l’esprit du programme défendu en matière d’éducation par le Front national et certains de ses think tanks, tel le Club de l’Horloge, mais aussi plusieurs associations catholiques intégristes, dont quelques-unes sont réputées, à juste titre, proches de l’Opus Dei. »

Suit une analyse très précise, et à mon avis très juste, quoique malveillante, des relais médiatiques de ces écoles. Faut-il condamner ces relais pour autant ? Les banlieues sont devenues à la fois « terre de mission et laboratoire de déréglementation » (dixit Chambat). C’est, à mon avis, tout-à-fait exact à condition de bien comprendre à quoi renvoie cette expression. « Terre de mission » car il s’agit de reconquérir les « territoires perdus de la république » (Emmanuel Brenner) suite à leur islamisation. « Laboratoire de déréglementation » parce que l’Education nationale diffuse une pédagogie laxiste, autoritaire et inefficace via ses inspecteurs et ses syndicats.

Xavier Lemoine,  vice-président du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, affirme en 2006 : « Quand la France renie sa propre histoire et passe son temps à s’excuser de l’esclavage, de ses conquêtes et du colonialisme, faut-il s’étonner que les immigrés relèvent la tête, qu’ils s’en prennent à la France, et qu’ils ne la respectent pas ? Malheureusement, la France ne leur a pas demandé de changer. Elle les autorise à parler arabe, et à cultiver leur héritage, aux dépens de la culture française. » Il considère, en septembre 2010, que l’islam est incompatible avec les sociétés occidentales, car christianisme et islam n’ont pas les mêmes conceptions de l’individu. « L’islam ignore le concept de « personne » ». « Si la notion de « personne » nous semble une évidence et ne paraît pas remise en cause, cette notion nous vient droit du Christianisme et est dans le même temps inconnue en Islam qui considère certes des individus, mais en tant qu’ils appartiennent à la Communauté. » Voilà le fond du problème exposé sans fard. On pourrait, bien sûr, adopter une formulation moins raide mais à quoi bon ? Le fond du problème resterait le même.

Espérance banlieue l’aborde directement à travers les élèves qu’elle enseigne et qu’elle éduque. Elle est soutenue par la Fondation pour l’Ecole et l’Institut libre de formation des professeurs (ILFP)

 

Roger et Alii – Retorica – 2 090 mots – 13 100 caractères – 2017-02-26

 

F/ Annie (27 fév 2017) : Par curiosité j’ai commencé par lire en travers puis le contenu m’a autant surprise qu’intéressée.

J’ignore tout de ces écoles et cela m’interpelle dur.

Merci de m’avoir fait découvrir ces écoles.

 

G/ 06 EDU Espérance banlieues renvois d’élèves 2017-03-21

Il s’agit de lutter contre la paresse des élèves. Tout un cérémonial accompagne l’élève qui intègre l’école au terme d’une période probatoire à l’issue de laquelle il reçoit son uniforme. « Celui qui ne manifeste pas d’engagement, qui accuse vingt retards, est renvoyé. » Les échecs sont rares : 10 départs par an au niveau du collège (d’après Aurélie Collas, Le Monde 17 mai 2017)

Q2C (Questions de classe) du 12 mars 2017 développe une information hostile, d’après un rapport sur les écoles hors contrat de l’académie de Versailles. J’en extraie le passage suivant : «(…)  … Le rapport ne cible pas spécifiquement les écoles Espérance banlieues, mais celles-ci, aujourd’hui, sont le fer de lance de ces réseaux intégristes et leur donnent une visibilité et une « respectabilité » avant, peut-être, demain, de leur permettre de toucher de l’argent public… (…) « Vous irez dans le public après, si vous voulez. Ici, on n’est pas dans le coin de rue de la racaille » Albéric de Serrant, directeur de l’école Espérance banlieues de Montfermeil dans le documentaire Un pas après l’autre. » L’étude se conclut sur un appel à témoignages signé : Jean-Charles Buttier – Laurence de Cock et Grégory Chambat « Nous sommes en train de constituer un « contre-dossier de presse » sur le réseau Espérance banlieues afin de fournir un outil à celles et ceux qui se mobilisent contre ces écoles. Vos témoignages, articles de presse, infos sont donc précieux et vous pouvez nous les communiquer, ou apporter votre aide en écrivant à admin chez questionsdeclasses.org » (d’après Questions de classe Q2C 2017-03-16)

 

Roger (29 mars 2017) Le documentaire « Un pas après l’autre » est immédiatement visible sur le net. Il dure 57 mn. Je le trouve remarquable. En voici le lien :

La citation « Vous irez dans le public… » est malheureusement sortie de son contexte. Le documentaire montre que les équipes d’ « Espérance banlieues » connaissent les mêmes difficultés pédagogiques que l’enseignement public. Les échecs sont peut-être rares mais ils existent. Les élèves renvoyés retournent dans le système public qui ne peut les refuser. Lorsque au XVII° siècle Jean-Baptiste de La Salle a fondé ses écoles celles-ci se chargeaient explicitement des élèves pauvres et difficiles ; il n’y avait pas d’autre enseignement public pour les accueillir. (Voir « Jean-Baptiste de La Salle » Wikipédia). Il faut donc que l’enseignement actuel public évolue en profondeur pour rivaliser efficacement avec des expériences comme « Espérance banlieues ». Le mouvement Freinet offre des solutions. Encore faut-il les laisser se diffuser au lieu de les entraver. Voir le dossier 06 EDU inspection – répression :

http://www.retorica.fr/Retorica/06-edu-inspection-repression-2016-10/

 

 

Roger et Alii – Retorica – 2 600 mots – 16 300 caractères – 2017-03-29

 

 

 

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