06 EDU Freinet Delbasty 2015 12

1. L’Association Amis de Freinet a été créée par des militants pour garder vivace au sein de son Mouvement le souvenir du fondateur. » Si ce n’était que cela, cette association serait simplement hagiographique. Mais elle conserve aussi des documents venus des travaux de militants eux-mêmes. Ces documents n’ont pas qu’une valeur historique. Ils présentent des pratiques et des outils qui ont fait leurs preuves et qui peuvent servir aujourd’hui à des enseignants, jeunes ou moins jeunes. C’est souvent moins intimidant que de recourir aux conseils de tel ou telle pratiquant(e) en activité. Le recul historique favorise la réflexion.

2. Avant d’aborder l’action de Paul Delbasty je veux évoquer celle de Renée Coquard car elle est riche d’enseignements. Après sa retraite, elle a créé dans sa maison une école Freinet avec toutes les autorisations administratives nécessaires. Elle l’a dirigée jusqu’à sa mort. Son dynamisme peut être un modèle pour tous les parents et les enseignants qui veulent fonder une école libre laïque. Bernard nous a transmis l’article suivant (30 mai 2015) :

Une école Freinet de rêve… 50 ans après un journaliste en parle :

http://education3.canalblog.com/archives/2015/05/30/32137953.html#c66117592

3. Et voici l’évocation de l’œuvre de Paul Delbasty.

06 EDU Delbasty Hommage 2015-11-01

Hommage à Paul Delbasty

Février 2015 Roger Pour rendre hommage à Paul Delbasty (disparu à 84 ans, en janvier 2015) nous nous sommes réunis à Montauban le mercredi 25 février pour échanger des souvenirs et préparer cet hommage. Il s’agissait surtout de ranimer des cendres qui ne s’étaient jamais éteintes. Il y avait là Nicole, Josette, Claire, Michèle, Lucette, Roger mais aussi par courriel Jacques B, Jacques J.

Avril 2015 Roger : Je n’ai pas perdu de vue cet hommage à Paul Delbasty. Mais je ne savais pas trop comment le traiter à partir des propos tenus et des documents disponibles (Express 1972, Art enfantin…). La bonne formule me semble être celle de quelques mots-clés propres à Paul, rangés par ordre alphabétique pour dynamiser ou dynamiter notre enseignement.

Novembre 2015 Roger : Je remets cet « Hommage » aux « Amis de Freinet » pour compléments éventuels.

Ariel

Après le congrès de Niort (1963) Paul Le Bohec rend compte dans « Art enfantin mai – juin 1963 » des expériences autour de l’Ariel, instrument à cordes apparemment très simple inventé par Paul Delbasty.

Paul Le Bohec : « On a trop tendance à croire que la musique est un luxe. Et pourtant, ce sont les peuples les plus déshérités, les peuples chasseurs et pêcheurs qui en vivent constamment. » Les notes transcrites, les règles figent et trahissent la musique : « L’écriture ne peut jamais restituer la vie qui est toujours sauvage et scandaleuse. C’est vrai d’ailleurs de toute écriture, de toute tentative pour schématiser et symboliser la vie. »

(…) « Il fallait … offrir un outil à notre petit peuple enfant. Un outil pour lui, un outil pour essayer, un outil pour tâtonner avant de réussir. ». C’est l’Ariel : « Il s’agit d’un instrument à cordes tendues que l’on peut gratter, pincer, comme l’actuel Koto des japonais ou la Cithare, ou frapper au marteau comme le Tympanon ancien ou le Czimbalum hongrois moderne. Nous l’appelons l’Ariel. (…) Il nous suffira ici de rappeler en préambule que les instruments des adultes ne sont pas adaptés aux enfants sont pour la plupart des jouets sans intérêt, plus aptes à écarter de la musique qu’à y conduire… (…)… ces instruments restent figés par des conceptions traditionnelles de notre occident qui ont certes leurs inestimables vertus, mais ne peuvent servir l’originalité de la création enfantine , ni faire écho à la musique actuelle qui vit des souffles de toute la planète que nous respirons sans même nous en apercevoir. » (C. Freinet P. Delbasty « L’éducation musicale » Dossier pédagogique de l’école Moderne n° 10, 15 sept 1965).

Delbasty raconte : « Un jour, un enfant emporte l’Ariel chez lui. Mais il ne le ramène pas le lendemain. Sa mère a voulu le garder encore un jour et elle en a joué jusqu’à minuit. Il y a tant de gens dans le peuple qui n’osent pas chanter parce qu’ils se croient infidèles à la musique classique. Et pourtant, ils ont une soif si intense de musique. » (1963, rapporté par Le Bohec)

Aspro

  Roger (14 janvier 2015) : Nous devons beaucoup à Paul Delbasty, moi le premier. Je me souviens des stages du Sud-Ouest qui commençaient par la séance plénière « Merci Aspro » où Delbasty appelaient des nouveaux à témoigner de leur soulagement à quitter une pédagogie sclérosée, à leur joie d’en découvrir une nouvelle… C’était toujours un grand moment, marqué d’humour et d’auto-dérision. Les stages comptaient jusqu’à 600 personnes.  Je me souviens du stage de Montauban (1964 ?) où nous avions accueilli MEB, envoyé spécial de Célestin Freinet et qui avait reçu le numéro 300 quelque chose. Mi-figue, mi raisin il en avait fait part dans une carte postale envoyée à Freinet et qu’il m’avait montrée. Comment, donner un numéro à MEB ??? Mais où allait-on ? On y allait dans un enthousiasme qui ne m’a jamais quitté. Merci à Delbasty, merci à tous ces camarades qui nous ont tant apporté.

Chahuté

Nicole (25 fév 2015) : En 1988 au stage du Sud Ouest à Montauban Paul Delbasty a fait une apparition. Il n’était déjà plus le bienvenu pour les nouveaux organisateurs, peu ouverts, théoriciens !!! de l’ICEM. C’était en début d’après midi. Il y avait un universitaire de Bordeaux qui exposait la pédagogie Freinet et j’avais du mal à rester attentive à ses propos qui m’ennuyaient. Paul assis à l’arrière s’est peu à peu « agité ». Il semblait lutter contre lui-même pour ne pas intervenir et je l’observais. Tout-à-coup il a explosé. Il ne pouvait plus supporter l’intellectualisme, le rationalisme du discours qui, sans doute, touchait les « intellectuels » et j’étais tout-à-fait d’accord avec lui. Il a été conspué, chassé sans doute. Pourtant, il y avait aussi Paul Le Bohec son ami (qui lui savait mieux s’adapter aux théoriciens tout en gardant cet humanisme dans ses paroles, ses écrits, ses actes.

Jacques B (4 déc 2008) : Il y a un mois, à la rencontre du groupe Paroles Images et Sons, grâce à Georges B, j’ai numérisé un cours magistral …de F R E I N E T  : 1h et 44 minutes sans la moindre pause de la part de l’orateur. (ce détail pour la légende, entendue plusieurs fois, selon laquelle il aurait inventé sa pédagogie par suite de ses déficiences respiratoires, conséquences de sa blessure de guerre).   Quelques rares questions en fin de séance.  L’assistance semblait très satisfaite. Conférence tenue dans le Vaucluse en 1956. Document peu connu, semble-t-il.

  Inversement, dans les années 70, lors d’un « stage Sud ouest »,  j’ai entendu Paul Delbasty se faire méchamment chahuter à la suite de ses propos, brillants mais un peu longs, en plénière devant un millier de stagiaires. 68 était passé par là : une conférence, quelle qu’elle fût, semblait insupportable, à plus forte raison dans un stage Freinet.  Il y a des modes, même dans le mouvement Freinet.

Changer l’avenir

Pour Delbasty « la seule solution, c’est de revenir en arrière. (…) Vous savez ce que je fais ? J’essaie. » La solution paradoxale c’est de se plonger dans la société : « Notre réalité à nous, c’est la réalité de tous les jours, telle qu’elle est. L’école doit accepter la vie comme elle vient et s’en nourrir. C’est alors qu’elle devient une école sociale. C’est comme cela qu’elle peut être active et modifier quelque chose. Les contradictions de la vie familiale, du travail, des rapports humains, elle doit les accepter en être l’écho et travailler dessus. » C’est possible pour Delbasty : « L’école, c’est un équilibre entre quelques règles que l’enfant accepte et ce qu’il a envie de changer. Un enfant qui ne veut pas changer l’école n’est pas un enfant élevé. S’il proteste, s’il veut l’organiser autrement, la diriger, s’il a des idées, s’il coopère, il y a une espérance. Il faut que l’enfant change l’école. » Cela relève de l’utopie mais Delbasty pense, en 1972, que la situation commence à changer. « Notre idée, c’est de rechercher toutes les expériences fondamentales qui sont à la base de toutes les connaissances, de les démythifier pour donner à l’enfant une réaction saine et tranquille. Le calmer, le sereiniser ». (…) « Tout l’avenir, tout l’adulte est contenu dans l’enfant. C’est si vrai que chaque crise du monde adulte ne peut se résoudre que par un retour aux sources de l’enfance. » (…) « On croit que la connaissance, c’est un chemin qui se prend et qui se suit. C’est une erreur. La connaissance, ça se déglingue, et ça se réorganise, ça se contourne et ça se simplifie, ça vit et ça se transforme. » (L’Express 1972)

Ecole laïque

L’école laïque est née de « la religion de la science, de la vérité, de l’instruction. (…) L’intention était bonne : sortir des hommes d’une mentalité religieuse à l’excès, de toutes sortes de superstitions et de ségrégations malfaisantes et égoïstes.

Seulement, à ou le bât a blessé, c’est que ce culte de la vérité n’a pas été accompagné de recherche. Les prêtres de cette religion nouvelle n’étaient pas des chercheurs et ils se sont contentés de répéter. Une vérité déposée dans des livres et donc sacrée. Ils ont, en fait, transporté une mentalité religieuse dans l’enseignement laïc. (…) » (L’Express 1972)

Elan

Nicole (25 fév 2015) Pour ma part j’ai participé à mon premier stage Sud-Ouest en 1966, deux mois avant la mort de C. Freinet. Paul Delbasty faisait partie des « organisateurs » et son intervention est un « souffle nouveau » à tout discours pédagogique. Je connaissais très peu la pédagogie Freinet (invitée à Teuillac dans une école à trois classes Freinet chez Hourtic qui est devenu directeur de l’école d’application pour l’école normale de garçons) qui m’avait subjuguée.

Le ton, l’état d’esprit développé, annoncé par Delbasty aidait à l’adhésion à ce mouvement même si ce n’était pas facile. Il s’adresse à la personne que ce soit celle des enfants ou à celle des adultes. C’était vivant.

Quand il intervenait en plénière, c’était un « poème », une musique, une chaleur humaine, qui semblait toucher les auditeurs (quelquefois à leur corps défendant) et ébranlait en chacun de nous la dynamique pour s’investir dans le mouvement (qui n’était pas que pédagogique). Après dans sa classe, et grâce au groupe départemental, régional et national (congrès), chacun pouvait échanger ses pratiques, discuter, se sentir plus fort, plus courageux.

J’ai senti ce même phénomène (pour moi) avec l’intervention d’Albert Jacquard au congrès de Valbonne en 1996. C’était la clôture d’un congrès que j’avais perçu comme anti-Freinet tant il y avait de conférences, de discours de spécialistes comme autant de cours magistraux. Hubert Reeves, B.Cyrulnik ont la même qualité d’entraîneur

Comme plus tard, Albert Jacquard en 1996, Delbasty avait réagi selon les fondamentaux de C. Freinet. En écoutant une des cassettes où C. Freinet s’exprime (je ne l’ai jamais entendu de son vivant) j’ai perçu la même force, la même façon de s’adresser à l’humain, de façon très simple, pas simpliste. Delbasty s’exprimait comme C. Freinet.

Enfant moderne

Depuis trois mille ans les enfants n’ont pas changé. C’est leur environnement qui a changé et s’est dramatiquement appauvri. Delbasty cite les « lois de Bernard » établies par un enfant : « Si les grandes personnes ne m’écoutent pas, si je ne trouve pas la tendresse à la maison, je vais la chercher chez le chien. Si le chien ou le chat la refusent, je vais trouver le lapin. Si le lapin la refuse, je me tourne vers les fleurs, ou je vais vers les pierres pour savoir si là-dedans quelque chose palpite, quelque chose qui pourrait me mettre en relation avec quelque chose. » « Voilà où est le drame de l’enfant moderne » conclut Delbasty.  Il deviendra un bon élève et un adulte soumis. Il fera Polytechnique, il passera des concours mais il lui manque cet essentiel qui lui permettra de rebondir et d’être plus heureux, plus solide. L’école n’épanouit pas les enfants « parce qu’elle en a eu peur. Parce que l’école est conditionnée par une société qui a besoin d’une fabrication industrielle de certains types d’enfants et d’hommes. » (Express 1972)

Grillon Barbacane

En avril 1961, l’ICEM – Pédagogie Freinet publie dans la Bibliothèque de l’Ecole Moderne une brochure collective consacrée à l’enseignement des sciences (BEM n° 11 – 12). Son contenu est toujours disponible sur le net avec d’autres travaux, notamment au second degré :

Bibliothèque de l’Ecole Moderne n° 11-12 – L’enseignement …

www.icem-pedagogie-freinet.org/node/18284

En 1962 paraît la BT Barbacane grillon des champs (BT n° 507-508-509). Elle marque profondément les esprits, aujourd’hui encore. Voici, ce que dit de Barbacane, en 2006, un chercheur en sciences sociales « (…) L’invention la plus importante de Freinet est connue comme étant « l’imprimerie à l’école ». Mais elle est venue dans la logique d’une révolution plus importante : la suppression de l’estrade, comme rupture de la disposition spatiale maître-élève traditionnelle. Au lieu de consommateurs de « prêt à penser » et « prêt à savoir », de manuels pré-digérés assaisonnés, pour les rendre plus digestes, d’illustrations ludiques, Freinet a installé l’élève à ses côtés, face au monde à découvrir, pour s’enrichir de la pensée des autres, pour l’échanger avec la sienne. Il en faisait même un ouvrier du livre, auteur, éditeur. C’était, et c’est toujours, le sens des BT (Bibliothèques de Travail), rédigées et produites sur un sujet choisi par une classe.

« L’histoire des petits grillons dans la classe de Paul Delbasty est à ce titre exemplaire. Un enfant de sa classe, dans le « quoi de neuf ? » du matin apporte une question : « J’ai constaté que les bébés grillons étaient de couleur violette. Je voudrais savoir pourquoi ».

« Le maître ose cette réponse, caractéristique de son humilité pédagogique et scientifique : « Je ne sais pas. Nous allons, ensemble, approfondir ta question. »

« La documentation consultée, encyclopédies, les dictionnaires étaient muets sur les bébés grillons.

« Paul Delbasty déclara : NOUS allons écrire au Muséum d’histoire naturelle à Paris. Lettre travaillée en classe, comme d’habitude, au tableau. Réponse du Directeur du Muséum :

«…Nous avons été très intéressés par votre observation. Nous ne savions pas que les larves de grillons étaient violettes, et nous n’avons aucune idée sur la cause de cette particularité. Nous allons y réfléchir et nous vous remercions de votre collaboration etc. »

« De cette histoire, les élèves de Paul Delbasty ont fait une BT : « Barbacane le petit grillon ». Bel exemple de la pédagogie interactive dans laquelle la « matière » à étudier se transforme et s’enrichit elle-même de la richesse des échanges entre les deux partenaires.

« C’est une démarche de cet ordre que mènent les équipes de l’ATD Quart-Monde, qui considèrent les familles en situation de grande pauvreté comme des partenaires à part entière, qui peuvent apprendre beaucoup aux travailleurs sociaux. (…) »

Bernard Montaclair, « Illusion dans le travail social » ( dans Imaginaire & Inconscient 2006/1 (N°17) Ed. L’Esprit du temps.

Illusion dans le travail social – Cairn info

www.cairn.info/zen.php?ID_ARTICLE=IMIN_017_0161

Méthode

Nous partons du « Portrait d’un instituteur » publié par L’Express du 25 décembre 1972. En chapeau on peut lire « Sa méthode est de n’avoir pas de méthode. L’essentiel, dit-il, est de chercher, inlassablement, à se rapprocher de l’enfant cet enfant qui doit comprendre avant d’apprendre. » Tout est dit.

(…) « On n’applique jamais rien. Quand on se met en tête d’appliquer, on se trompe. Il faut retrouver, il faut réinventer, il faut ressentir. Au début, comme tout le monde j’ai fait ce qu’on m’avait fait. J’ai enseigné comme on m’avait enseigné. (…) Seulement, peu à peu, je me suis rendu compte que ces gestes que je répétais étaient aux, qu’ils ne permettaient pas de vivre avec l’enfant.

Chez l’enfant, il y a d’abord sensibilisation, puis maturation, puis, tout-à-coup quelque chose se déclenche, et un passage s’ouvre. C’est ce passage qu’il faut chercher, qu’il faut trouver, ce passage par lequel tout le reste passera.

Je l’ai compris, par exemple, avec le dessin. Au début, je laissais dessiner les enfants sans vraiment m’y intéresser. Et puis, un jour, un enfant a dessiné une tête de mort. Son frère venait d’être tué dans un accident. Et, tout à coup, j’ai compris que dessiner, c’était sérieux. On ne s’amuse pas à dessiner, on n’apprend pas à dessiner, on dessine parce qu’on a quelque chose à dire, à délivrer. (…) A ce monent-là je me suis mis à écouter les enfants, je me suis rendu sensible aux enfants ». (L’Express 25 décembre 1972)

Musique

Dans un numéro d’ « Art enfantin » (septembre – octobre 1962) Paul Delbasty évoque sa découverte de la musique dans son enfance, avec des copains et des instruments improbables : « On écoutait jusqu’à ce que le moindre signe nous devienne sensible et significatif, jusqu’à l’âme ». Cette qualité, il ne la retrouve pas dans une représentation à l’Opéra-Comique de « Pelléas et Mélisande » où les musiciens jouent Debussy d’une manière savante mais sans âme selon lui : « Je sais, les soirs se suivent et ne se ressemblent pas. Mais ce n’était pas de la musique et je compris que ce qui me le montrait trop clairement était cette expérience vécue avec mes copains de la remise où nous écoutions jusqu’à ce que vie s’ensuive, jusqu’à ce que quelque chose passe entre nous.  » (Art enfantin 1962)

Noël

Dans la revue « Art enfantin » de mars-avril 1963, Paul Delbasty donne un article « Du jeu dramatique à une philosophie de vie ». Il y est question de l’approche de Noël pour les enfants : « Noël pour eux, c’est bien sûr le vieil homme généreux qui descend des nuages mais c’est aussi l’envol de la pensée vers des questions pour la première fois un peu angoissantes. » S’ensuit un jeu dramatique musical où « Tout enfant qui joue d’un instrument est aussi acteur. » (…) « Il va de soi que le Père Noël est le personnage central de la pièce. Il marche gravement au milieu d’un cortège d’assistants qui le précèdent, le suivent, en longue file, chacun jouant d’un instrument de musique. L’ensemble très impressionnant arrive dans un grand souffle de flûtes et de sifflets très doux. » (…) Le jeu dramatique se poursuit et se conclut sur la méditation d’un enfant : Le père Noël existe-t-il ? « (…)  Nos papas seraient tristes si on leur disait qu’ils nous ont trompés. Ils n’auraient jamais dû mentir, jamais.

Maintenant j’y tiens au Père Noël. Je ne peux pas l’abandonner (…) Paul conclut : « Dans ces réflexions, perce déjà une philosophie de la vie, une évaluation du bonheur qui pressent la fragilité des choses humaines et le désenchantement, sans que jamais, cependant, ce désenchantement subsiste et aigrisse l’âme. Oui, nous avons beaucoup à apprendre des enfants. » (Art enfantin 1963)

Pyramides

Roger (15 avr 2015) C’est un propos de Paul Le Bohec mais tellement proche de la pensée de Paul Delbasty que je ne résiste pas à l’envie de le citer.

Paul Le Bohec (2 déc 1988) : Notre tort en 1972, c’est de n’avoir pas compris que l’I.C.E.M. était un mouvement et non une association classique susceptible d’être régie par une structure pyramidale. A l’I.C.E.M, il y avait un foisonnement de pyramides. Elles étaient construites, la pointe en bas, sur une idée, une expérience, une réalisation… C’est ainsi qu’étaient apparues la littérature enfantine (Freinet), la géographie vivante (Faure), i’histoire proche (Deleam), l’art enfantin (Elise), la science au quotidien (Delbasty), le son (Dufour, Guérin), J.Magazine (le Sud-Ouest), la P.I. (Oury)…etc. Ces pyramides restaient en relation ou non avec la pyramide centrale. Les informations circulaient.. C’était buissonnant, varié, multiple. On avait affaire à la démocratie vivante du travail et non à une démocratie formelle et mécanique.

Roger (15 avr 2015) Cet esprit « pyramidal » n’est pas mort. A preuve notre petit noyau autour de cet hommage à Delbasty. L’Ariel pourrait renaître de la même manière.

Savoir attendre

« L’enfant pour apprendre a besoin de chercher et de voir. Pour chercher, il faut économiser l’énergie, et, pour voir, il faut savoir attendre et fermer les yeux. Comme ce gosse qui me disait : « Souvent, je descends à la cave, je me mets sur la dernière marche de l’escalier, là où il y a les barriques, je ferme les yeux, et c’est là que j’en vois, des choses. » L’enfant serait donc un visionnaire ? « C’est un visionnaire, un auditionnaire, un touchaire, un sixièmesensaire. » ( L’Express 1972)

Ses parents

Ses parents étaient instituteurs. « Très tôt, je me suis rendu compte que quelque chose n’allait pas. Ma mère, quand elle passait le seuil de l’école, changeait de nature : elle ne parlait plus comme ma mère. Ce que j’ai connu, moi, c’est à la fois le théâtre et la coulisse. C’est la coulisse qui m’a éclairé sur le théâtre.  (…) Ils étaient tellement surmenés, et « cette école portait tellement à faux dans leur vie, qu’il était évident qu’on ne pouvait pas vivre comme ça. » Il a donc voulu comprendre et par haine de l’école il est devenu instituteur. Il découvre alors C. Freinet à travers « une brochure rose que j’ai trouvée, un jour, dans l’escalier de mes parents, et qui s’intitulait « L’Educateur prolétarien ». Ses mots m’ont séduit. Sa façon de parler d’agrafeuses, de perforeuses, de ciseaux avait un sens, un mouvement que je comprenais. » (L’Express 1972)

Roger et Alii

Retorica

(3.400 mots, 20.300 caractères)

Françoise (3 nov) : Bonjour Roger et bonjour à tous 

Je viens de lire l’hommage à Paul Delbasty que tu as écrit. 

Je ne le connaissais pas; la forme « abécédaire » pour le  présenter permet de découvrir plein de facettes de son histoire et de sa pensée, et donne envie de le connaitre plus.

J’ai trouvé très intéressant ce qu’il dit sur l’école laïque qui a succédé à l’école religieuse au XIXème : 

C’était bien sûr un progrès mais relatif finalement car cette nouvelle école a gardé le même esprit de transmettre des vérités – laïques au lieu de religieuses certes- 

mais toujours dans le même rapport vertical de transmission de celui qui sait vers celui qui ne sait pas, par répétition, sans recherche, sans questionnement, sans critique. 

Cela m’interpelle car c’est le fonctionnement d’école que j’ai connu enfant et que j’ai rejeté en devenant instit et en cheminant avec Freinet pour apprendre autrement.

Robert (3 nov) : Oui, merci à toi, Roger, pour ce beau texte. Comme Françoise, j’ai particulièrement accroché au passage sur l’école laïque qui reprend le modèle religieux. C’est en réaction à sa variante militaire, l’école-caserne, dont j’ai beaucoup souffert étant enfant, que je me suis intéressé à la pédagogie Freinet dès mon adolescence. J’ai participé à 18-20 ans à deux de ces grands stages d’été où Delbasty enthousiasmait l’assistance, y compris moi-même. J’ai pris de la distance (géographique) avec l’Icem, il n’y avait pas alors internet pour compenser. 

C’est une révélation pour moi d’apprendre que Delbasty ait pu ensuite être sifflé à un congrès Icem! Ça fait réfléchir…

Roger et Alii

Retorica

2015-12-05

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