06 EDU Inspection répression 2016 10

J’avais depuis longtemps en chantier ce fichier « 06 EDU inspection répression ». Mais rien me m’incitait vraiment à le finaliser jusqu’au jour, très récent, où j’ai lu l’information suivante. Ce dossier est sans conclusion. Roger

(1) 06 EDU inspection répression 2016-10-25

« Evaluer les enseignants peut améliorer l’enseignement ». L’inspection rénovée pourrait servir à mieux gérer les carrières de profs mais aussi les aider à améliorer leurs enseignements. En 2000 la ville de Cincinnati (Etats-Unis) avait mis en place un système d’évaluation à raison de quatre visites par an dont trois par un enseignant extérieur à l’établissement sur critères précis ainsi que des échanges approfondis avec le prof visité. Deux universitaires ont mesuré les effets de ces évaluations sur des élèves en mathématiques du CM1 à la 4°. Ils ont noté des progrès notables qui s’expliquent par les informations tirées par les profs de ces évaluations. Elles leur ont permis d’améliorer leurs pratiques pédagogiques. Mêmes constatations à New York dans 39 « charters schools » (établissements gratuits, à financement public et grande liberté pédagogique) où deux chercheurs de l’université de Harvard, « ont montré que le fait d’assurer aux enseignants un retour d’information fréquent, formel ou informel, sur leur activité (au moins dix fois par semestre) faisait partie des cinq pratiques pédagogiques significativement corrélées à de meilleurs résultats des élèves. »  Il n’est pas possible de transposer directement ces expériences. « Elles suggèrent cependant que des évaluations visant moins à gérer la progression des carrières mais davantage à donner aux enseignants un retour, informé et approfondi, sur leur activité pourraient être plus efficaces. » (d’après Thibaut Gajdos, chercheur au CNRS,  le Monde, 30 09 2016)

Roger (2016-10-25) : C’est à la fois drôle et navrant de voir comment des universitaires découvrent, avec une prudence toute scientifique, les pratiques de bon sens préconisées par Célestin Freinet sur l’échange des expériences. L’amélioration des pratiques pédagogiques repose sur la liberté des enseignants et la reconnaissance par l’institution des solutions qui marchent.

Bernard (25 oct 2016) : Quand on lit juste le début « « Evaluer les enseignants peut améliorer l’enseignement ». L’inspection rénovée pourrait servir à mieux gérer les carrières de profs … » on craint le pire tant cela semble se rapprocher de certains projets politiques.

Puis on se dit qu’on rend compte là d’échanges entre des profs alors les résultats ne nous surprennent pas vu que c’est ce que l’on propose pour améliorer l’acte pédagogique.

Toutefois en faire un mode de gestion de la carrière c’est un autre objectif que le nôtre.

Heureusement la conclusion arrive :

« Elles suggèrent cependant que des évaluations visant moins à gérer la progression des carrières mais davantage à donner aux enseignants un retour, informé et approfondi, sur leur activité pourraient être plus efficaces. »

Oui, bon, c’est une simple suggestion. Selon l’état d’esprit du lecteur il conservera dans sa mémoire la première phrase qui deviendra « il faut renforcer l’évaluation pour améliorer l’enseignement » ou bien la dernière  qui deviendra : « l’échange avec les pairs permet d’améliorer son enseignement ».

Mais au fait si on oubliait le mot « évaluer » ce serait certainement un progrès. Dans les échanges que nous préconisons en pédagogie Freinet il ne s’agit pas d’évaluer le collègue qu’on visite mais de réfléchir avec lui sur sa pratique, de la comparer avec la sienne propre, de lui donner des idées ou bien d’en prendre pour soi.

Je sais que dans le mouvement Freinet certains défendent « l’évaluation formative ». Pas moi.

Evaluation hiérarchique ? (Inspecteur / enseignant         enseignant / élèves).

C’est un autre sujet

Bien d’accord avec la conclusion de Roger

Roger (2016-10-26) La suite du dossier que j’ai constitué montre qu’un certain nombre d’inspectrices et d’inspecteurs croient avoir la science infuse et quelquefois se conduisent en autocrates et caractériels avérés. Le blocage de l’institution est largement leur fait car ils terrorisent les enseignants qu’ils ont en charge. L’Education nationale française est devenu le pays du « mensonge déconcertant ». Pour en sortir il faut que nous nous prenions tous en main pour échanger le maximum d’informations positives et les faire remonter. Il faut d’abord identifier les pervers et les écarter de l’inspection. Ensuite on y verra plus clair.

 

(2). Bureaucratie. Jean-Pierre L (20 mai 2013, Liste Freinet) : A ma connaissance, pour avoir rencontré l’un d’entre eux lors d’un échange il y a une dizaine d’année, les « inspecteurs » existaient encore à ce moment-là en Finlande. Il m’a été présenté comme tel. En réalité, suite à mes questions, il s’agissait d’un directeur de district éducatif à l’étendue géographique plutôt large. Il avait été nommé par le gouvernement, comme ses confrères d’autres districts. Son rôle était à la fois d’entendre les enseignants et de les aider en cas de nécessité. Mais il avait aussi le pouvoir de sanctionner et de recruter. Il était l’unique responsable administratif en fonction dans son vaste district.

A mon avis, dans ce cas, il est dommage qu’il ait été nommé par le gouvernement et non pas élu par les enseignants. Cependant, il s’agissait toujours d’un ex-enseignant remarqué dans la communauté éducative. La question demeure de savoir comment il a été « remarqué ». Il faut cependant comprendre que la Finlande a un sens de l’intérêt de la communauté nationale bien plus affirmé que chez nous.

En France, ce type de distinction ne repose que sur les titres et sur la capacité à se faire valoir auprès de la hiérarchie. Quand on sait que l’agrégation a été créée par le gouvernement de Charles X (1824) et le CAPES par le régime de Vichy, quand on sait également que la hiérarchie de l’Education Nationale est une énorme bureaucratie coupée des réalités (comme toutes les bureaucraties), nous tenons alors une partie de l’explication relative à l’inertie et à l’échec de notre système éducatif. Par ailleurs, il faudrait enfin comprendre que toute bureaucratie est inéluctablement une machine à promouvoir les incapables sans même qu’elle en ait conscience (voir l’URSS, etc.).

Je rappelle que la hiérarchie actuelle a été mise en place par la loi Lakanal puis par Napoléon Bonaparte, celui-ci prenant modèle sur l’organisation administrative de l’armée. Les titres d’inspecteur, de proviseur et de recteur datent de 1802 avec des attributions officielles inchangées. Autrement dit, l’ensemble de ce dispositif est un héritage des régimes d’ordre, de l’extrême droite monarchiste et de l’extrême droite fascisante.

Ce qui me frappe le plus est le mutisme complet sur cette question y compris chez les soi-disant « novateurs ». Il n’y a que l’armée française pour présenter un mutisme comparable mais qui est aujourd’hui moindre parce que les défaites du passé ont démontré magistralement que les généraux d’alors étaient d’effroyables imbéciles. En tout cas, pour l’instant, personne ne se soucie vraiment des défaites de notre système éducatif.

(3). Célestin Freinet. La position de Freinet du 16 février 1946 est la suivante : « (…)Nous ne travaillerons intimement avec vous (les inspecteurs) que dans la mesure où vous aurez réalisé, dans vos rapports professionnels avec nous, cette même révolution pédagogique que nous avons réalisé dans nos classes, que si vous n’êtes plus les chefs autoritaires, mais les collaborateurs, les aides, les guides, que si vous ne venez pas seulement dans nos classes et nos réunions pour nous critiquer, nous jauger et nous juger, mais pour nous aider techniquement à mieux faire comme nous en avons le désir. » (16 février 1946)

De nombreux documents illustrent une situation devenue intenable :

http://rased-en-lutte.net/2010/10/icem-pedagogie-freinet-sanctionnes-pour-delit-de-pedagogie/

et aussi faire sur un moteur de recherche : « Inspection ICEM » ou « Inspection Freinet »

(4) Un prof. de maths sanctionné. Hélène (23 nov 2004) : Voilà ce qui arrive à mon collègue Michel B. prof de maths au Lycée S. à M. :

Il ne travaille pas comme tout le monde. Avec lui, les maths ne sont pas du bachotage : les élèves cherchent, il passe les voir et les conseiller un à un –Tâtonnement expérimental –  . Ainsi, il approche les notions peu à peu. Ses cours ne sont pas tout ficelés à l’avance, puisqu’il suit souvent les propositions et les intuitions des élèves.- Travail à partir des productions propres des élèves – . On est bien dans la réflexion de fond ! Ce faisant, il applique les directives des programmes, qui sont très intéressantes.

Lesquels élèves sont parfois un peu perdus au début, habitués qu’ils étaient à écouter des cours, appliquer des mécanismes et recopier des solutions. IL faut du temps pour changer de telles habitudes. Quand le pli est pris… ça va souvent pour eux mieux que jamais. Certains sont enthousiastes, d’autres se débloquent, d’autres perdent l’angoisse des maths – oh, certains ne s’y font pas, dont quelques-uns se croyaient forts en maths.

Eh bien, voilà : un Inspecteur Général vient le voir, hurle d’horreur, lui fait en moins de 48 h un rapport qui demande qu’on lui enlève cette classe séance tenante. Là, en cours d’année. Rien de moins !

Précisions : Michel B n’est pas un jeunot inexpérimenté ou inconscient : 48 ans, agrégé, sorti de Normale Sup, un D.E.A. de didactique des maths, formateur dans de nombreux stages, et il assure depuis plus de dix ans des colles en Maths Spé ( MP* ).

Vous avez déjà vu enlever une classe en cours d’année ? – sauf pour folie, alcoolisme ou délits : mais non, il n’a pas frappé ses élèves et ne leur a pas mis la main aux fesses. Le crime est purement pédagogique.

Alors, pourquoi cette invraisemblable mesure?

 Je propose trois raisons, qui peuvent se mélanger:

 Réponse n°1: Une affaire sociale. La classe incriminée est une Terminale Scientifique. Et depuis avant le premier cours de Michel, des parents font le siège du proviseur pour se plaindre – Mais jamais aucun n’est allé discuter avec l’intéressé. Et, de l’aveu de l’I.G., c’est le Recteur soi-même qui lui a demandé de venir virer le dissident. L’un des parents a-t-il l’oreille du Recteur? On sait qu’il y a du beau monde dans certaines T.S. Bref, l’Ecole aux ordres des parents? Enfin, de certains, sûrement pas ceux de Fatoumata ou de Mohamed.

Réponse n°2: « Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ».Quelqu’un…l’Inspection…ou qui? veut la peau de Michel B, pour une raison inconnue: sa barbe, ses cheveux, ses sandales, son absence de cravate, son vélo et autres fariboles, ou même son action municipale. Tout ceci habillé en crime pédagogique . Complot prémédité ( le rapport en 48 h, c’est louche.)

Réponse n°3 : Entièrement, vraiment pédagogique. L’originalité ne passe pas. L’I.G. a vu rouge devant une pédagogie hors habitudes. Michel applique les Instructions Officielles…trop bien : le refus du bachotage, le tâtonnement expérimental, la formation profonde de la réflexion, etc…c’est dans les textes…mais point trop n’en faut :à condition seulement que ça ne change pas trop les habitudes :le cours de maths doit être l’expression, assurée, brillante et sécurisante, de la parole du prof qui sait, avec, à l’endroit prévu, la participation bien orchestrée du chœur d’élèves bien dressé. De la rhétorique.

 L’originalité ne passe pas, mes amis. Ou elle ne passe plus ? ET CA ,CA NOUS CONCERNE TOUS !

  Je crains que ce ne soit l’un des actes d’une normalisation générale de nos pédagogies (avec le rapport Thélot ( l’anglais obligatoire ), la suppression des T.P.E. ). La fin de la liberté pédagogique ?

  Remarque :Et si on retire sa classe à notre collègue, on se ferme toute possibilité d’évaluation à long terme, y compris avec l’outil des notes d’examen, qui, tout fragile qu’il est, est recevable :l’objectif de la Terminale, c’est aussi le Bac.

  Comment répondre ? Michel a contesté le rapport point par point, demandé une seconde inspection et une étude sérieuse de sa progression d’année. Et il veut, lui, continuer son année ! (…)

Roger (23 nov 2004) : (…)Un prof de maths suspendu immédiatement lors d’une inspection !!! Il semble que les trois raisons évoquées plus haut se superposent. Un élève fort en maths s’estime déclassé par une méthode différente, ses parents bcbg interviennent, un contexte de reprise en main et un I.G caractériel qui veut enlever immédiatement sa classe au prof qu’il inspecte ! Pourquoi ne pas lui enlever les autres s’il est si dangereux ? C’est d’autant plus grave qu’à ce niveau les profs de maths sont triés sur le volet : liste spéciale gérée par l’Inspection Générale.

         L’affaire risque de faire grand bruit car il y a abus d’autorité manifeste. Quelles réponses appropriées ? En sachant que l’I.G a peut-être pris cette décision absurde d’une manière délibérée pour aller au clash. (…)

(5) Hot line Second Degré – supérieur (27 08 2000) “Allo ! j’ai bobo !”

Roger (2016-10-26) : Je proposais, en août 2000, de constituer une hot line pour recevoir, sous pseudonyme, les doléances des collègues et les exploiter.

Blandine-jetée-aux lions J’ai un inspecteur vachement sympa. Il se dit ouvert au mouvement Freinet où il a des copains. Dois-je le croire ?

Hot line : Non. La situation telle que tu la présentes est dangereuse. Par rapport au personnel qu’il visite (et dont tu fais partie) l’inspecteur est dans le même rapport qu’un professeur avec ses élèves, donc toi avec les tiens. Vous êtes dans une structure, une hiérarchie, une institution. Ton inspecteur n’admettra du Freinet, ou autre chose, que dans la mesure où tu ne te planteras pas. Donc interroge ta pratique sans complaisance. Peux-tu justifier tout ce que tu fais ? L’inspecteur, même sympa, ne peut que te rappeler les règles à respecter. Par contre, dans le mouvement Freinet ou ailleurs, tu trouveras des collègues, des camarades, des amis qui sont dans le même cas que toi. Communiquez, échangez, faites équipe à distance.

Nadine (2 sept 2009) : Avez-vous une lettre type pour faire en sorte que l’inspecteur se déplace et que je puisse enfin être inspectée (je suis sortie de l’IUFM depuis 14 ans et toujours rien….). On n’a pas toujours envie d’être inspectée mais je pense que c’est un moment où on peut poser des questions et bien sûr, suivant les inspecteur, échanger…

Hot line : (2 sept 2009) : 1. L’inspecteur, ou plus souvent aujourd’hui  l’inspectrice, est d’abord une personne et ensuite une fonction.

  1. Personnellement je n’aurais pas attendu 14 ans pour faire cette démarche. Mais j’ai peut-être mal compris. Si c’est le cas et que Nadine s’est déjà manifesté en ce sens le problème est évidemment différent. En cas de non-réponse, refaire la lettre et envoi en recommandé avec accusé de réception. Car on doit être inspecté(e), et inspecté(e) régulièrement.
  2. Il n’y a pas de lettre type pour ce genre de relations. J’ai eu très souvent l’occasion d’écrire aux IPR ou à l’IG pour des motifs divers. Cela s’est toujours bien passé sauf quand j’ai voulu que cela dégénère… C’est arrivé deux fois simplement en quarante ans et environ deux-cents courriers.
  1. Pas de lettre type mais des formules administratives types  que le directeur du  CPR (ancêtre des IUFM) avait pris soin de nous enseigner en 1958và l’aide d’un polycopié. Il avait ainsi désacralisé les fonctions administratives.  Il existe aujourd’hui des sites  facilement consultables. En voici un :

            http://www.modele-lettre.com/cherche-lettre/correspondance-administrative.html

  1. J’ai toujours enseigné à mes élèves (seconde à BTS) les bases de la correspondance administrative. Je continue à le faire avec mes élèves détenus d’Auxilia. Je demande que leur lettre d’accompagnement des devoirs soit correctement présentée et j’y arrive très facilement. Les bases tiennent en peu de choses :

            – L’en-tête : Expéditeur, destinataire, objet, références (s’il y a lieu). Attention à la précision des adresses.

            – La formule finale : « Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée. » Des puristes prétendent qu’elle est inutile. Je n’en crois rien. Ce n’est pas un ectoplasme qui lit la lettre mais une personne habituée et donc attentives aux codes administratifs. Ceux-ci facilitent la lecture. La formule finale est  souvent embarrassante  car elle est riche en variations multiples… « sentiments distingués », « respectueuse considération » etc… à varier en fonction de la hiérarchie.

            – Au milieu : le texte lui-même assez bref, environ deux-cents mots maximum, sinon il faut passer à un développement en pièce jointe.

  1. Avec internet les règles sont les mêmes. Le courrier papier par voie administrative et voie directe (toujours noter en en-tête : « vue l’urgence ») peut aujourd’hui être doublé ou plutôt ici triplé d’un mail. En fait il faut penser aux trois.

(6) Muriel (3 sept 2009) : il me semble que depuis que j’écoute mon inspectrice/teur comme si j’étais son « analyste », ça se passe bien. Il/elle est super content qu’on l’écoute. je l’encourage à me parler. je remets des choses au point, j’explique, je lui montre combien je suis intéressée par ce qu’il/elle me dit, combien j’apprends ( mais je n’ai pas une attitude « d’inférieure » : il n’y a pas de raison et ils aiment trop ça). Je lui souris et l’encourage à avancer. du genre  : en fait, on est 2 à avoir des idées, super ! Si on me fait des remarques pertinentes pour corriger des erreurs méthodologiques ou autres, je prends note et apprécie. mais comme dans un échange d’égal à égal.

Ça a l’air niais mais j’ai fait comme ça les dernières fois. et j’ai eu un super rapport ( ce qui n’a pas tjrs été le cas, loin de là). j’intègre l’inspecteur à la classe en demandant à chaque élève de se présenter ; à lui, je lui demande de se présenter aussi (sinon, dans ma classe, ils ne le faisaient pas ces petits mal élevés).  je ne peux pas l’envisager « comme s’il n’était pas là ». Quelle ineptie. ça le dérange et moi ça m’amuse. je détourne les remarques perverses : « alors, vous, comment pourriez – vous évaluer votre séance ? ». on ne peut être juge et partie mon coco mais je ne dis pas ça. Je ne réponds pas mais j’enchaîne sur autre chose. par contre il faut être à peu près bétonné sur le PRO-GRA-MMMMMEUX  et la PRO-GRESSS-SSSION ! qu’est – ce que je n’aimerais pas faire ce boulot…. je ne sais pas quelles sont leurs motivations ?

Roger (4 sept 2009) : Même expérience avec mes IPR, en particulier un qui s’estimait mal orienté. Il aurait voulu faire archi mais il était trop faible en maths. Je lui ai bien remonté le moral comme à un élève.

            Lors des visites l’inspecteur était toujours prenante de la vie de la classe. Exemple que j’ai souvent raconté :

            « – Que faites-vous aujourd’hui ?

            – Conseil de français… mais on peut faire aussi une explication de Ronsard.

            – Faites comme d’habitude.

            – D’habitude je n’ai pas d’inspecteur.

            – Je peux sortir.

            – Le problème n’est pas là. Quand quelqu’un d’étranger entre dans une classe, l’ambiance en est modifiée. C’est l’heure du conseil de français mais si vous préférez nous faisons un texte de Ronsard. Maintenant, vous n’aurez probablement pas l’occasion de voir souvent un conseil de français. D’où ma question : que préférez-vous ?

            – Va pour le conseil de français. »

            C’était dans les années 1975 avec une seconde technologique industrielle. Le conseil se déroula super bien et les élèves discutèrent avec l’IG pour lui demander en quoi consistait son travail. Donc une situation tout-à-fait détendue.

            J’ai toujours veillé à conserver ces rapports sauf en deux occasions où j’ai cherché et obtenu le conflit.  Mais c’est une autre histoire.

(7) Réflexions sur un entretien profs – IPR

Le 23 novembre 1995 nous avions eu un entretien orageux entre les profs de français du lycée où j’enseignais et deux IPR (un titulaire et un stagiaire ! ) venus nous inspecter. J’en avais retenu six thèmes : 1. l’équipe pédagogique, 2. l’inspection, 3. la liberté pédagogique, 4. l’esprit scientiste, 5. l’épreuve anticipée, 6. les classes difficiles. Je prends la parole car j’étais le doyen de l’équipe et j’ai pris ma retraite l’année suivante. Roger.

 

  1. L’équipe pédagogique

            * IPR : “Equipe irascible dont les membres ne s’entendent pas entre eux, ne se réunissent pas mais qui fait front contre toute autorité extérieure. On ne voit pas cela ailleurs.”

            – Roger : J’avance une explication. Si on ne le voit pas ailleurs, c’est qu’ailleurs les équipes sont différentes et peut-être plus prudentes…. Nous avons depuis deux et même trois décennies pour certains, choisi une certaine authenticité. Quand quelque chose ne va vraiment pas, nous le disons ou mieux nous l’écrivons.

            – Pas de réunions par manque de temps (18, 20 heures de cours pour la plupart, des trajets quotidiens sur Toulouse pour un certain nombre), pas d’intérêts réellement communs à tous mais des contacts multiples et informels, avec des amorces souvent par deux ou trois. L’équipe – comme dans les autres établissements ! – respecte les trajectoires de chacun.

            * IPR : On fait équipe avec des gens qu’on n’a pas choisis ; croyez-vous que dans les hôpitaux les gens se sont choisis  ?

            Roger : Tout à fait exact. D’où des conflits quelquefois très vifs dans les établissements où le facteur humain est fondamental. D’où aussi de nombreuses réunions de concertation axées sur les problèmes relationnels (groupes Balint, a.t, p.n.l, etc.) notamment dans les unités les plus éprouvantes (soins palliatifs). Quand il y a des réunions “remue-méninges” on les prend comme telles, on ne parle pas de “paranoïa”. Les animateurs ont d’ailleurs reçu une formation adéquate.

            * IPR : “Faites équipe pour gagner du temps, échanger des groupements de textes, donner des devoirs en commun etc”.

            Roger : J’ai cru longtemps que l’équipe servait à cela. Mais l’aspect affectif est bien plus important que l’aspect fonctionnel.

            – Devoirs en commun, “bacs blancs” avec copies anonymées à désanonymer. Nous l’avons fait. Énorme travail de secrétariat pour un bénéfice pédagogique très réduit. D’où recours de nouveau à des “bacs blancs” par équipe de deux entre collègues ayant les mêmes types de classe et des affinités personnelles.

            – Groupement de textes, œuvres complètes, progression. . Il est intéressant d’échanger des groupements de textes, mais la formule atteint rapidement ses limites :

            soit le G.T est fait dans l’année et il s’insère mal dans le dynamisme propre des classes.

            soit le G.T servira l’année d’après et certains élèves l’auront vu. D’où des comparaisons quelquefois désagréables. “C’était mieux l’an dernier” ou quand on a passé un G.T à des collègues : “Vous l’avez pris à X… ?

            Enfin des G.T intéressants existent aujourd’hui dans tous les manuels. Le problème n’est pas là.

            Il est dans l’aspect culturel de notre mission. Un de nos collègues anime les sorties théâtrales au Sorano. Chacun bricole dans son coin car pour se réunir il faut du temps et de la liberté d’esprit. Nous avons besoin pour cela de conditions spécifiques : 90 élèves sur 3 classes et 15 heures de cours pour tous . Au delà c’est de l’abattage : on ne peut pas donner aux élèves la quantité de devoirs écrits souhaitable, on est contraint de truquer, de ruser. Or la d.g.h est désormais calculée pour nous imposer des h.s puis viennent ensuite des propositions intéressantes pour l’établissement mais qu’il faudrait assurer en sur-h.s.

  1. L’inspection

 * IPR : “Je ne vous connais pas. Je ne vous ai pas vus en classe. Je ne peux vous juger que sur vos discours.”.

 Roger : Aveu terrible. L’inspecteur ne peut pas visiter tout le monde mais il y a tout de même des rapports d’inspection des années passées, des traces, des rapports envoyés, des archives. Les professeurs ne sont pas des inconnus ou ne devraient pas l’être. Ceci pose un grave problème de fonctionnement.

 Les tâches de l’inspection se sont multipliées. Elles ont été compartimentées en “dossiers” au lieu de se recentrer sur les acteurs essentiels, les professeurs, comme c’était le cas auparavant. Les professeurs voyaient un I.G tous les deux ans. Aujourd’hui certains restent dix ans sans voir un I.P.R. Or c’est au bout de dix , vingt ou trente ans de pratique que se posent les problèmes de fond. On ne peut pas dire à un collègue expérimenté : “Allez vous renseigner près de vos jeunes collègues en IUFM.” Nos jeunes collègues, pas plus que l’IUFM n’ont de réponse à proposer à ces questions.

            Ceci explique la tension vive qui a régné pendant la rencontre du 23 novembre. Pour comprendre ce qui s’était passé je me suis hasardé à rédiger un pastiche de rapport. Le voici.

            «  M. X… anime une réunion d’une dizaine de professeurs qu’il avait oublié de convoquer précédemment. Il propose qu’on lui pose des questions : c’est un bon début à condition d’avoir préparé la suite. Le groupe est vif et dynamique. M.X… insiste sur le tour franchement littéraire des nouvelles épreuves. Son analyse devrait satisfaire son auditoire.

            « Pourtant l’entretien prend un autre tour . M. X… aime les mots d’esprit. Ce qui ailleurs relèverait d’une saine pédagogie ne contribue pas ici à la clarté du débat. Surtout, M. X… néglige la règle élémentaire d’une bonne communication : écouter, reformuler au besoin pour être sûr d’avoir bien compris. Ceci éviterait de nombreuses méprises sur le contenu des interventions ou les intentions des intervenants.

            « M. X… redit son attachement à la liberté des professeurs mais semble limiter leur enseignement à la préparation de l’examen dans le respect des textes officiels. Les remarques venues du groupe se font plus incisives. Cependant M. X… ne paraît pas souhaiter en savoir davantage sur les problèmes soulevés.

            « M. X… connaît son métier mais les professeurs changent au contact des élèves. Face à un groupe difficile, comme le sont certaines classes, M.X… a manqué de cette capacité d’écoute et de curiosité qui sait désamorcer les conflits. Nous lui faisons confiance pour la cultiver. »

            La visite de classe, de même que la rencontre avec une équipe, peut relever d’une métonymie dangereuse : on perçoit une partie de l’activité et on croit pouvoir en déduire son sens profond. C’est pourquoi j’ai pris depuis des années une habitude utile. Je rédige, en début d’année, mes options pédagogiques en fonction des contraintes imparties. Je les donne aux élèves et aussi à l’inspecteur quand il vient me voir. Ce document assez bref me permet de m’expliquer et au besoin de me défendre.

            Je crois qu’il faudrait généraliser cette pratique. L’inspection encouragerait les professeurs et les équipes à rédiger de brefs rapports sur des questions qui leur paraissent importantes. Des informations intéressantes et rédigées pourraient ainsi leur remonter et nourrir des rencontres ultérieures.

  1. Liberté pédagogique.

* IPR : “Il n’a jamais été question de limiter votre liberté pédagogique.

            Roger : C’est vrai mais il n’a jamais été question d’échanger sur ce que nous faisions de cette liberté pédagogique, du temps et des travaux que nous lui consacrions.

            On a l’impression que ceci n’intéresse pas l’inspection alors que c’est dans cet espace volé en quelque sorte à la vulgate des travaux officiels que se jouent pour les élèves une véritable formation humaine et sensible.

            Le français est la seule discipline où dès la seconde, et même avant, on parle à la fois de politique et de religion, de haine et d’amour, de vie et de mort, de philosophie et de mystique.

 

            * IPR : “Tout est dans les instructions officielles. Votre tâche c’est de les appliquer.” (

            Roger : C’est parce que nous cherchons à les appliquer que nous ne pouvons nous résoudre à les réduire à une seule finalité, la préparation de l’examen.

            * IPR : “Votre tâche est de préparer les élèves à l’examen de première et ceci dès la classe de seconde car vous n’avez pas beaucoup d’heures.”

            Roger : Nous avons pour tâche essentielle d’apprendre aux élèves à lire, réfléchir, écrire et parler. Je dirai même écrire en priorité : quand on a réfléchi la plume à la main on est bien plus assuré pour parler. L’examen n’est pas une fin en soi mais un moyen pour dominer sa peur et prendre confiance en soi. Un moyen parmi d’autres.

            Ces autres moyens, les ateliers d’écriture par exemple, relèvent de la liberté pédagogique du professeur mais ils ne sont jamais évoqués concrètement d’une manière officielle sinon d’une manière purement rhétorique. On peut les concilier avec la préparation de l’examen. Celle-ci ne nécessite pas une préparation aussi intensive qu’on le dit ou que le laissent croire les manuels.

           Il existe des pistes de travail qui permettent d’économiser du temps, qui permettent de faire écrire les élèves. J’en connais quelques-unes, des collègues en connaissent d’autres mais comment et surtout pourquoi les communiquer si notre travail se limite à préparer les élèves au bac, et pas à la vie ?

            L’un des problèmes majeurs est la correction des copies. Quelle correction pour quelles copies ? Depuis plusieurs années je demande aux élèves de relever sur leur manuel dix citations et de les commenter par écrit. Ceci leur demande de 3 à 6 heures de travail. Je ne corrige pas les copies, même pas les fautes, je me contente de les feuilleter et d’y mettre une appréciation globale. Les élèves s’étonnent et je leur dis : “Je ne suis que le témoin de votre évolution.” C’est une pratique facile. Je n’ai pas eu besoin d’un stage Mafpen pour l’adopter, ni de considérations savantes sur la docimologie (que j’ai pratiquée car, moi aussi, j’ai cédé un temps au délire scientiste que je dénonce au chapitre 6)

  1. Epreuve anticipée

            Roger : (…) Trois remarques du doyen Voisin m’ont parues essentielles et je me permets de les élever au rang de principes :

  1. Un élève moyen doit avoir la moyenne.
  2. Une page = une heure = 100 mots
  3. Les questions sont celles que peut se poser un lecteur.

            Ces bases simples et cohérentes posent des problèmes d’application qui devraient être faciles à résoudre.

            L’élève moyen qui devrait avoir la moyenne en est quelquefois privé par une lecture distraite des énoncés, lecture distraite provoquée elle-même en partie par des énoncés elliptiques et ambigus. Ceux-ci devraient être redondants car la pédagogie c’est la répétition et il faut tenir compte de l’émotion du candidat.

            Une page = une heure suppose aujourd’hui une gestion du temps en fonction des points. Et ceci manque aux élèves car la règle de trois n’a jamais fait partie de nos programmes !.

            La question que peut se poser un lecteur devrait éviter les questions un peu tordues que le correcteur ne comprend pas lui-même sauf quand le corrigé l’éclaire… Ce qui est tout de même une procédure perverse.

(…)

            On a dit qu’il fallait échapper aux lieux communs du sujet I. Or on n’échappe pas aux lieux communs, Les Britanniques proposaient à leurs élèves, il y a une cinquantaine d’années, des sujets à la formulation très simple : “Pour ou contre la peine de mort ?”, “La mode est-elle une bonne chose ?”, “Que pensez-vous de l’automobile ?” etc. J’ai repris cette formule simpliste car elle fonctionne très bien.

            Elle apprend aux élèves à manipuler les lieux communs, à réinventer le pour et le contre à partir des informations télévisées, des conversations quotidiennes. Cela peut se faire par prises de paroles très brèves (3 minutes).

            Les élèves aiment ces cadrages pour/ contre qui leur permettent de se situer dans le monde contemporain : “Faut-il légaliser les drogues douces ?”,”Faut-il interdire les sectes ?”, “Les essais nucléaires sont-ils une bonne chose ?” Tous les sujets sont admis, sans exclusive et sans tabous.

(…)

  1. Esprit scientiste

 

            * IPR : Il faut revaloriser la discipline en adoptant un véritable esprit scientifique, avec un vocabulaire spécifique comme l’ont les autres disciplines.”

            Roger : Nous n’avons pas à comparer notre discipline aux autres. La littérature étant le réceptacle des émotions humaines, notre discipline est proprement incomparable. La revaloriser ? Aider ses dépositaires, les professeurs de français, à la mettre au contact direct des jeunes, ses vrais héritiers. Sans écran et sans jargon pseudo-scientifique ou scientiste.

(…)

  1. Les classes difficiles

            * “Vous n’avez pas l’air de vous rendre compte que le public a changé. Vous restez sur une conception élitiste. Nous avons affaire à un public quelquefois difficile. Il faut s’adapter.” (IPR 23 nov 95)

            Roger : Nous voyons quotidiennement ce public pour qui nous comptons beaucoup comme l’a montré un récent stage tenu dans l’établissement sur la communication entre élèves et professeurs. Certaines classes, certains élèves ont du mal à se situer, se cadrer et se discipliner. Ils ont besoin de professeurs sûrs d’eux et capables d’imposer sans faiblesse un cadre de travail soutenu concrètement par l’administration du lycée.

            Un exemple vécu cette année m’a donné à réfléchir. Il s’agissait d’une classe de 2° TSA-Productique assez difficile. Nous en sommes venus à bout grâce au professeur principal (prof d’E.P.S) et à l’intervention des délégués parents d’élèves : les représentants de parents ont convoqué les familles et nous avons pu débattre des problèmes de la classe. C’est en cours de français que nous avons tiré régulièrement les leçons de l’évolution de la classe.

            En approfondissant j’ai découvert que plus des trois quarts des élèves n’avaient pas de projet de vie. Ils savaient qu’ils passeraient le bac, qu’ils feraient un BTS et qu’ensuite bof ! La classe a commencé à se prendre en main quand j’ai abordé les problèmes du sens de la vie.

            Les classes difficiles viennent d’un contexte difficile, d’une Vie scolaire quelquefois déficiente (manque de surveillants, surveillants mal formés : pourquoi n’ont-ils pas le Bafa comme dans les centres aérés ?) . Le cloisonnement des inspections empêche les responsables d’avoir une vision d’ensemble, systémique comme on le disait il y a quelques années.

Roger et Alii, Retorica, 5 600 mots, 34 100 caractères, 2016-10-26

 

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