06 EDU lecteurs bibliothèques 1983

06 EDU lecteurs et  bibliothèques 1983

Le centre de ce dossier est le corrigé d’une synthèse de BTS que j’ai actualisée à l’aide de plusieurs documents rassemblés selon la méthode trampoline. Roger.

A/ Pour aborder ce sujet un peu ancien (1983) le mieux est de consulter les liens suivants :

http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2010-03-0084-005

et :

http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/12/22/pourquoi-les-jeunes-ne-lisent-pas-par-pierre-azou_1283937_3232.html

Pierre Azou était étudiant à Sciences Po en 2009. Il juge alors que, chez les jeunes, la littérature a été remplacée par l’alcool. « Pour être reconnu comme « jeune » par ses pairs, il faut être un buveur et non un lecteur. On se vante d’avoir vomi le samedi soir, on se cache si l’on a lu Cendrars » Il attribue cette inappétence collective à l’enseignement des Lettres lui même qui imposait aux lycéens une admiration de façade. Laissons, dit-il, la littérature se défendre elle-même. Elle est assez forte pour cela. Et il conclut : « Le mal-être de la jeunesse vient précisément de ce que la littérature n’est, pour beaucoup d’entre eux, plus là pour recueillir les doutes, les souffrances et les envies inséparables de cet âge. Cette absence n’est due qu’à un symbole : à vous de le briser !

Comment le briser ? En n’essayant pas d’en créer un nouveau – ces terribles affiches officielles censées promouvoir la lecture… – mais en laissant la littérature susciter le sien de manière sincère. Alors vous n’aurez plus de jeunes en coma éthylique dans les hôpitaux : ils préféreront lire Cendrars ou Tolstoï, ces grands jeunes devant l’Eternel. »

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2009/12/22/pourquoi-les-jeunes-ne-lisent-pas-par-pierre-azou_1283937_3232.html#ZwtTjka7Q6ZiYgJE.99

 

Cet article est très savant : c’est l’œuvre d’un jeune qui a beaucoup lu (notamment « Belle du Seigneur » d’Albert Cohen !). Mais il ne dit rien d’Internet ni des réseaux sociaux, déjà bien développés en 2009 ! Or actuellement les jeunes lisent beaucoup sur écrans d’ordinateurs et plus encore sur tablettes. Leur savoir est forcément élémentaire autant que diversifié mais ils ont toute la vie devant eux pour l’approfondir et se découvrir à travers la littérature dont Pierre Azou parle fort bien en dépit de son jeune âge.

 

B/ SUJET II – BTS – LECTEURS ET BIBLIOTHEQUES 1983 correction sgdg

Code : 0 = introductions, 9 = conclusions

  1. Introduction.    Ce dossier présente une grande unité de temps, d’origine et de ton. Il s’agit de quatre articles du « Monde » parus en 1982-83et dus à la plume de Bernard Alliet (doc 1), Josyane Savigneau (doc 2), Frédéric Gaussen (doc 4) et Nicole Zand (doc 5). Ajoutons-y une enquête parue dans « Le Monde de l’Education » (doc 3). Où en était alors la lecture ? Pour répondre à cette question nous examinerons successivement le public, les genres et la promotion du livre.

10     Examinons d’abord la question du public.

  1. Les enquêtes fournissent une première approche. Bien que les jeunes éprouvent de la réticence à répondre selon l’enquête du Monde de l’Education, B. Alliet fournit un élément intéressant. En 1973 et en 1981, il n’y avait que 29 et 26 % de Français à n’avoir lu aucun livre dans l’année. En 1981 3 Français sur 4 avaient donc lu au moins un livre dans l’année.
  2. Ce sont les jeunes qui font les bons lecteurs. B. Alliet note une progression des lecteurs (de 15 à 24 ans) et des citadins : au niveau du brevet ou du CAP certains lisent plus de cinquante livres par an. L’enquête du « Monde de l’Education » confirme cette impression : à 68 % les jeunes (7 à 15 ans) savent et aiment lire. N. Zand note que le plaisir de lire est fondamental pour les jeunes. F. Gaussen observe de son côté que pour lire il faut savoir que le livre existe : d’où le rôle moteur de la télévision.
  3. Le public emprunte ou achète les livres. L’audience d' »Apostrophes » a favorisé les achats note B. Alliet. J. Savigneau est plus réservée : le taux d’achat est peu significatif de la lecture ! Quant aux jeunes, selon l’enquête, ils procèdent surtout par emprunts (54%), à des copains ou à des bibliothèques (84 %).
  4. F. Gaussen est le seul à évoquer le lecteur parlant de sa lecture, du cheminot lisant « La bête humaine » et disant ce qu’il est en pense. En somme le public serait en progrès, grâce aux jeunes, mais il  reste mal connu.

 

  1. Abordons le problème des genres.
  2. Alliet note l’importance des romans (1/3), des bons classiques et des essais (1/3). J. Savigneau relève le succès d’auteurs difficiles (Blanchot, Sarraute, Duras, Sollers) et la vogue du roman historique (Grèce, Deschamps, Pernoud).
  3. Les essais se vendent bien (Closets, Zeldin, Closets, Bourdieu) toujours selon J. Savigneau tandis que B. Alliet note la vogue des dictionnaires (84 %) et des ouvrages pratiques (74 %).
  4. J. Savigneau note le retour de la fiction (nouvelles de Boulager) et le rôle moteur des films pour la diffusion des livres qui les ont inspirés. Chez les jeunes, on aime, selon l’enquête, s’identifier aux héros de l’histoire et on aime beaucoup les romans d’A. Christie. Chez eux la B.D est très appréciée (7 % de l’ensemble du lectorat, surtout chez les 15-24 ans). L’enquête note des valeurs sûres : Tintin et Astérix. A l’adresse des critiques éventuelles N. Zand précise qu’il n’y a pas de mauvais livres….
  5. On peut en conclure qu’en 1982 tous les genres progressaient mais surtout les romans et les B.D chez les jeunes. Bref c’était le choix de la fiction.

 

  1. Il reste à envisager la promotion du livre.
  2. Tout repose sur le jeune lecteur. N. Zand pense que le salon du livre peut faire des enfants-lecteurs. Mais ceux-ci, selon B. Alliot, sont encouragés par les livres de poche qui constituent la moitié des bibliothèques de jeunes.
  3.    La promotion se fait par l’école et par les parents selon N. Zand avec des succès inégaux : l’école n’encourage pas la lecture ludique et certains parents s’en désintéressent.
  4. F. Gaussen est le seul à évoquer la complicité que crée la télévision entre le livre et le lecteur. Il cite les grands animateurs comme Pivot, Dumayet ou Desgraupes qui savent créer un rendez-vous fait de passion et de liberté. L’auteur devient un peu un camelot mais il lui arrive de se révéler et de séduire son futur lecteur.
  5. La promotion n’est possible que si le livre est bon marché et que des médiateurs comme les maîtres, les parents et des animateurs de télévisions enthousiastes tissent des liens d’amitié entre les livres et les jeunes lecteurs.

 

  1. Conclusion     Si l’on comprend bien le sens du dossier la lecture serait en progrès notamment chez les jeunes, particulièrement la fiction. Sa promotion serait dûe plus à la télévision qu’à l’école ou aux parents.

Ce dossier m’étonne un peu car un peu partout, enquêtes à l’appui, on parle du recul de la lecture chez les jeunes et précisément à cause de la télévision. A la réflexion, en observant ce que je vois autour de moi, je pense que la lecture ne recule pas. Les grandes surfaces ont des rayons bien garnis, les livres sont de mieux en mieux illustrés, les bibliothèques (livres et C.D) de plus en plus fréquentés, pour ne rien dire des musées, des concerts et de l’opéra. Je veux dire qu’au-delà du livre et en symbiose avec lui un phénomène très important est à l’œuvre. A mon avis la lecture n’en est qu’un aspect.

(Roger 1983)

C / La culture c’est la lecture du monde entier.

Il ne s’agit pas de faire monter un NIVEAU mais une FERVEUR

On a vécu sur une conception étroite de la culture : c’est le Bien contre le Mal et le Bien demande un effort exténuant : « La culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié ».

En fait le manque de culture c’est à dire de ferveur, crée de la souffrance. Des élèves écrivent : « Qu’est-ce que Marignan ? » « Pourquoi nous faites-vous souffrir en nous faisant relever nos ignorances ? »

Or culture au sens étymologique sur terme (colere : travailler la terre, la retourner) signifie « cultiver » et « se cultiver » (sens dégagé par Cicéron). C’est dur mais le plaisir l’emporte.

Jankélévith : « Après tout on peut vivre sans philosophie, sans peinture, sans musique, sans joie, sans amour mais pas si bien. »

 

D/ 06 EDU lecture Post-lectum 07 10 2007

 

Lecture Post-lectum

 

Le drame, pour la lecture, c’est qu’elle suscite rarement des vocations tardives.

On se convertit à la télévision, à la belote, à la pétanque ou au film porno, pas aux livres. La passion vous en prend tout jeune ou jamais.

Autant dire qu’elle s’hérite : comme le pouvoir dont elle reste la clé.

 

L’habitude protestante d’ouvrir la Bible au hasard pour y trouver un conseil de circonstance, Gide l’appliquait à tous les livre, et constatait que les passages ainsi choisis coïncidaient presque toujours avec ses passions du moment.

 

Pas étonnant : le sujet permanent de tous les livres, c’est le lecteur ; Il n’y a pas de vitesse uniforme de lecture. On ne fait pas des moyennes horaires comme sur les autoroutes. Un livre ressemble davantage à un itinéraire accidenté. Dans la plaine d’une longue description, l’allure peut s’accélérer jusqu’à quatre-vingt pages l’heure. Mais un raisonnement escarpé l’abaissera à trente ou moins encore.

 

Il y a aussi des cols dont le point de vue invite à s’arrêter, à marquer la page d’un doigt et à faire quelques pas tout seul, histoire de se dégourdir l’âme.

 

Lire : une des dernières choses que l’on puisse encore faire à son heure, à son rythme. Une des dernières écoles de liberté.

Bernard Poirot-Delpech Le Monde, 1er août 1975

 

 

Les droits imprescriptibles du lecteur

 

  1. Le droit de ne pas lire.
  2. Le droit de sauter des pages.
  3. Le droit de ne pas finir un livre.
  4. Le droit de relire.
  5. Le droit de lire n’importe quoi.
  6. Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible).
  7. Le droit de lire n’importe où.
  8. Le droit de grapiller.
  9. Le droit de lire à haute voix.
  10. Le droit de nous taire.

Daniel Pennac « Comme un roman » (Gallimard 1992)

 

 

A titre de curiosite : les dix livres du XX° siecle

 

En novembre 1990 des auditeurs de France-Culture, des lecteurs de « L’Evènement du Jeudi » et des minitélistes du Centre Beaubourg avaient choisi les ouvrages qu’ils jugeaient le plus importants dans la littérature du XX°s. Les voici.

 

  1. Marcel PROUST A LA RECHER CHE DU TEMPS PERDU 1913-27 (« Un amour de Swann » etc.)
  2. Louis-Ferdinand CELINE VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT 1932
  3. Albert Camus   L’ETRANGER 1942
  4. André Malraux   LA CONDITION HUMAINE 1933
  5. Albert CAMUS   LA PESTE 1947
  6. Marguerite YOURCENAR   MEMOIRES D’HADRIEN 1951
  7. Jean-Paul SARTRE   LA NAUSEE 1938
  8. Antoine de SAINT-EXUPERY   LE PETIT PRINCE 1943
  9. Boris VIAN   L’ECUME DES JOURS 1947
  10. Claude LEVI-STRAUSS   TRISTES TROPIQUES 1955

Venaient ensuite :

  1. ALAIN-FOURNIER   LE GRAND MEAULNES 1913
  2. Samuel BECKETT   EN ATTENDANT GODOT 1953
  3. Albert COHEN   BELLE DU SEIGNEUR 1968
  4. Guillaume APOLLINAIRE ALCOOLS 1913
  5. Jean-Paul SARTRE   LES MOTS 1964
  6. Jacques PREVERT   PAROLES 1947
  7. Paul CLAUDEL   LE SOULIER DE SATIN 1930-1943

 

Roger  (7 10 2007) : J’ai fait toute ma carrière dans un lycée technique. J’avais en particulier des secondes technologiques qui n’avaient pu entrer en LEP faute de place (un bon tiers des classes à chaque fois). Ambiance, ambiance… En ce qui concerne la lecture et la littérature. Je leur donnais bien sûr les conseils de Pennac en signalant tout de même qu’ils sont un peu – beaucoup – démagogiques. C’est pourquoi je leur donnais aussi un texte de Poirot-Delpech de 1975 que j’ai reproduis ci-dessus. Nous en discutions et au conseil mensuel de français (toutes les quatre semaines) nous faisions une sorte de bourse aux lectures, sans tabous ni préjugés. Avec bien sûr d’énormes surprises pour les uns et les autres. Beaucoup de collègues en faisaient et font de même. Mais on n’en parle pas.

 

Roger et Alii

Retorica

2 000 mots, 11 900 caractères, 2016-06-18

 

 

 

 

 

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