06 EDU Sanglier Le « caca » des études littéraires 2017-06-30

 

 

(1) Je vais être vulgaire. Tant pis. Les études littéraires sont dans le « caca » depuis des dizaines d’années. 1959 : la réforme Berthoin porte la scolarité à 16 ans. 1974 : la réforme Haby crée le collège unique. Dans les années 1970 des études sérieuses estiment que 80 % de la population pourrait atteindre le niveau du baccalauréat sans qu’on définisse ce qu’on entend par « niveau du baccalauréat ». En 1980 le baccalauréat est obtenu par 26 % de la population. En 1985 Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’Education nationale, affiche l’objectif : « amener 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat » . Il est atteint et même dépassé en 2012 (85 %) et en 2016 (88,5 %) . Pour cela on a créé le « bac pro » et invité les correcteurs à baisser leurs exigences. Cette évolution était inévitable mais les profs de français ont eu du mal à suivre, moi le premier. Nous recevions des élèves de plus en plus éloignés de notre formation purement littéraire. Je me suis sorti de ce « caca » de la manière suivante. J ‘ai divisé mon temps en deux parties : la première consacrée à un bachotage rigoureux et si possible intelligent ; la seconde à la pratique, chez mes élèves de tous niveaux, de l’écriture libre selon des formes très brèves 40 mots et 200 mots. Je les corrigeais soigneusement. Je publiais dans la classe les meilleures productions ou les plus significatives et nous en discutions. Surtout je faisais noter sur toutes les copies le temps passé pour tous les travaux libres ou imposés.

(2) C’est ainsi que j’ai découvert qu’un élève moyen invité à remettre une composition française de 600 mots y passait non pas quatre mais six et même huit heures pour un résultat décevant et quelquefois catastrophique (entre 4/20 et 10/20). D’où la règle fondamentale : il faut en moyenne, à un élève moyen, environ une heure pour rédiger correctement cent mots, soit donc au minimum deux heures et quelquefois quatre heures pour produire un 200 mots. Fort de ces certitudes, j’ai adapté mon enseignement en conséquence et connu une fin de carrière sereine. Je savais ce que je pouvais demander à mes élèves. j’ai pris ma retraite en 1996.

(3) En 2005 j’ai découvert et rejoint Auxilia, (« formation personnalisée aux défavorisés, handicapés, personnes en détention, chômeurs en fin de droit »). Cette fois j’ai vraiment travaillé cette question du niveau des travaux et du temps passé. Il en est sorti la méthode Mellerio-Sanglier.

http://www.retorica.fr/Retorica/06-edu-auxilia-methode-mellerio-sanglier-oct-2014/

 

http://www.retorica.fr/Retorica/06-edu-freinet-auxilia-mellerio-sanglier-2016-03/

 

De 2005 à 2017 j’ai suivi les devoirs d’une cinquantaine d’élèves. Ils restaient avec moi pendant environ une année et 5 envois. J’ai eu la joie d’avoir pour élève Pierre A. qui m’a suivi et que j’ai suivi de janvier 2012 à juin 2017. Nous avons eu 42 échanges tous remarquables en matière de 40 et de 200 mots. En mai 2013 j’ai décidé de proposer à Pierre de rédiger des commentaires en 200 mots sur des textes littéraires, des poèmes, d’une longueur de 40 mots, en abrégé « 40 mots > 200 mots ». J’ai retrouvé ainsi la mission essentielle du professeur de lettres que j’étais.

(4) Le 29 mai 2013 Je propose à Pierre (envoi n°19) la consigne suivante : « Vous avez atteint le niveau qui vous permet d’attaquer les bases de la culture française. Le meilleur ouvrage est le suivant : « Demain dès l’aube… Les cent plus beaux poèmes pour la jeunesse choisis par les poètes d’aujourd’hui » (Le Livre de Poche Jeunesse, n° 121, 1990). Essayez de vous le procurer. Dès que vous l’aurez nous pourrons le lire ensemble. » Le 24 juillet (envoi n°21) je réponds à une interrogation de Pierre : « L’anthologie “Demain dès l’aube”. Vous avez pu être surpris de retrouver des poèmes que vous aviez déjà étudiés dans le primaire. C’est que ces poèmes sont fondamentaux dans la culture française. Lisez bien toute cette anthologie et la manière dont Jacques Charpenteau l’a constituée d’une manière démocratique ! Je vous demande de sélectionner dix poèmes et de me les indiquer la prochaine fois :

n° 1 page … auteur …. titre…

n° 2 page… auteur …. titre…

etc.

Vous me direz dans la lettre d’accompagnement pourquoi vous les avez choisis et nous construirons la suite de nos travaux en partie sur cette anthologie. Vous pouvez aussi en faire le sujet de votre deux-cents-mots. » Le 12 septembre 2013, (envoi n°22) je prends note du classement de Pierre « Anthologie “Demain dès l’aube”.   Je commence par prendre note de votre classement.

  1. Maurice Carême Le chat soleil p. 17
  2. Jacques Prévert En sortant de l’école p. 21
  3. Jacques Prévert Chanson des escargots qui vont à un enterrement p. 28
  4. Boris Vian Un jour p.55
  5. Pierre de Ronsard Ode à Cassandre p. 66
  6. Alphonse de Lamartine Le lac p. 82
  7. Victor Hugo Demain dès l’aube p. 104
  8. Paul Fort Le bonheur p. 123
  9. François Villon Ballade des‹ dames du temps jadis p. 128
  10. Rutebeuf Que sont mes amis devenus p. 130

Je vous demande aussi de classer ces dix poèmes par ordre de préférence, du plus aimé au moins aimé.

Le choix de 10 poèmes n’est pas une “trahison” vis-à-vis des 90 autres. C’est une manière commode et ludique de lire l’ensemble des 100 poèmes. Lire et relire. Comme vous le suggérez votre choix pourra changer plus tard. Et vous pénétrerez ainsi dans le cœur de la culture française.

Dans un des poèmes que vous avez choisi je vous demande de prendre un extrait d’une quarantaine de mots et de le commenter en deux-cents mots.

Nous ferons ainsi subtilement le lien entre vos propres quarante mots et les textes d’auteurs… Ce peut être passionnant. »

(5) Pierre dans l’envoi suivant (p.23 du 10 octobre 2013) me fournit son classement et son premier commentaire « 40 mots > 200 mots » consacré à Rutebeuf :

  1. p. 130 Rutebeuf
  2. p. 17 Maurice Carême
  3. p. 21 – 23 Prévert
  4. p. 66 Ronsard
  5. p. 82 – 84 Lamartine
  6. p. 104 Hugo
  7. p. 128 – 129 Villon
  8. p. 123 Paul Fort
  9. p. 55 Boris Vian
  10. p.28 Prévert

Commentaire de Rutebeuf “Pauvre Rutebeuf”. Pour une première fois, c’est un bon travail. Vous remarquez que le commentaire serre de près la grammaire, la rhétorique et le sens des mots. C’est très utile pour votre propre pratique. C’est pourquoi je lie les deux types de quarante mots : les vôtres et la littérature. »

Pierre A fournira finalement 16 commentaires dont voici la liste.

(01) 22 POE Rutebeuf – pauvre Rutebeuf – 2013-10

(02) 22 POE Carême – Le chat et le soleil – 2013 – 11

(03) 22 POE Prévert – Escargots à l’enterrement – 2014-02

(04) 22 POE Ronsard – Mignonne… – 2014-03

(10) 22 POE Prévert – En sortant de l’école – 2014-05

(05) 22 POE Lamartine – Le lac – 2014-09

(06) 22 POE Hugo – Demain dès l’aube – 2014-11

(07) 22 POE Villon – Ballade des Dames – 2014-11

(08) 22 POE Fort – Le Bonheur – 2015-03

(09) 22 POE Vian – Un jour – 2015-04

(11) 22 POE Verlaine – Mon rêve familier – 2015-06

(12) 22 POE Apollinaire – Sous le pont Mirabeau 2015-10

(13) 22 POE Eluard – Liberté – 2016-03

(14) 22 POE Apollinaire – Les saltimbanques – 2016-10

(15) 22 POE Prévert – Portrait d’un oiseau – 2016-11

(16) 22 POE Eluard – L’Amoureuse – 2016-12

J’ai conservé les études de Pierre A qui me semblaient les plus pertinentes. Elles sont consultables sur le site www.retorica.fr animé par mon ami et complice Roger. (section 22 POEsie).

(6) Le problème fondamental est le suivant. Quand un jeune dispose de peu de vocabulaire et d’une syntaxe faible, peut-il écrire des textes intéressants en 40 ou en 200 mots ? La réponse est oui, à condition d’être aidé par une personne compétente, bienveillante et respectueuse de sa pensée. Peut-il progresser ainsi ? Je le crois. Cette formule m’a procuré de très grandes joies et je souhaite les partager par le biais d’internet. Me consulter. Pour conclure voici un sonnet qui me semble emblématique de la direction à prendre. Il suffirait, je pense, de le proposer à nos élèves, en discuter avec eux, pour les encourager à écrire.

Petit fleur…

Petit fleur qui fait blanc sur le bord du chemin,

Petit fleur qui t’en fout que partout c’est la guerre,

Petit fleur, ton maman c’est Madame la Terre,

Ton maman, petit fleur, il te prend par la main.

 

Mon maman il est loin… Aujourd’hui et demain

Je marchais en avant car moi c’est militaire.

Mon papa il est mort. Et moi seul légionnaire,

Képi blanc, godillots, fusil et quart de vin.

 

Petit fleur, tu parler pour moi Maman la Terre,

Tu parler que moi Kurt, toujours c’est fait la guerre

Que peut-être bientôt c’est fini mon saison…

 

Petit fleur, moi soldat, même chose ton frère,

Moi aussi c’est fait blanc… képi blanc, légionnaire,

Et bientôt habiter chez toi dans ton maison.

 

« Petit fleur blanc » a paru en 1953 dans le magazine « Képi blanc ». Il y est dit que l’auteur, le légionnaire Kurt, est mort au combat peu après

 

http://laplumeetlepee.hautetfort.com/archive/2013/07/17/mili-poeme-petit-fleur-blanc-du-legionnaire-kurt-5123228.html

 

Pierre Sanglier, 4 juillet 2017

pierresanglierretorica@gmail.com

 

Roger et Alii – Retorica – 1 640 mots – 9 600 caractères – 2017-07-03

 

« Petit fleur blanc » parait en 1953 dans le magazine Képi Blanc. Il est dit que l’auteur, le Légionnaire Kurt, meurt au combat peu après.

« Petit fleur blanc » parait en 1953 dans le magazine Képi Blanc. Il est dit que l’auteur, le Légionnaire Kurt, meurt au combat peu après.

« Petit fleur blanc » parait en 1953 dans le magazine Képi Blanc. Il est dit que l’auteur, le Légionnaire Kurt, meurt au combat peu après.

« Petit fleur blanc » parait en 1953 dans le magazine Képi Blanc. Il est dit que l’auteur, le Légionnaire Kurt, meurt au combat peu après.

 

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