06 EDU texte libre littérature 200mots pp3 2015 09

Extraits d’un échange sur la liste Freinet second degré

 

  1. Bernadette (20 sept 2015) : du simple texte libre vers l’œuvre (français) J’aimerais avoir votre expérience sur la façon dont vous amenez les élèves à retravailler leurs textes libres.

Pour l’instant, ils écrivent et doivent essentiellement recopier sans erreurs en 6è, on donne des pistes aux élèves qui lisent leur texte pour qu’ils aillent plus loin et un groupe d’élèves a retravaillé un texte, on a lu rela version 1 puis lu la 2 et proposé de nouvelles améliorations possibles mais je souhaiterais que tous les élèves soient dans cette dynamique de reprendre leur production, pas seulement de la recopier.

Autres : sur leur production, je ne fais que corriger l’orth et dire ce que m’inspire le texte : ton texte me fait penser à… (texte echo ou thème perçu) ou j’invite à poursuivre. J’évite tout jugement. Quels types de remarques faites-vous ?

Merci beaucoup de partager votre expérience,

 

  1. Roger (20 sept 2015) Pour pouvoir retravailler des textes il faut qu’ils soient brefs. C’est pourquoi j’ai retenu la formule des quarante mots que je décline de multiples manières.

Voir le site www.retorica.info et demander « 40 mots ». Voir aussi le fichier suivant qui serre au plus près le problème :

http://www.retorica.info/Retorica/27-ret-40mots-toilettage-2015_03/

Voici un résumé de la méthode telle que je l’ai pratiquée en classe entière et en demi-groupe. L’exercice dure une heure :

– d’abord choix des trois mots clés au hasard.

– chaque élève rédige sa première version du 40 mots et vient me la montrer. Je reste au bureau. Bref commentaire de ma part et proposition de correction.

– il retourne à sa place et passe à la seconde version sur la même feuille.  Il me la montre. Brève remarque de ma part et encouragement à poursuivre.

– tous les élèves passent ainsi au bureau.

– a la fin de l’heure chaque élève a rédigé de 4 à 7 versions. Je lui demande de choisir celle qu’il juge la meilleure.

– je ramasse toutes les feuilles. Je reproduis les textes jugés les meilleurs. Je les photocopie. Je les donne à la classe et nous les commentons du point de vue du style, des formules heureuses etc. Cette page est numérotée pour le classeur de français.

J’ai raconté ailleurs comment j’ai obtenu mon agrégation sur liste d’aptitude à l’aide d’un quarante mots auquel l’IPR, séduite par la formule, s’était jointe.

 

Je fais la liaison avec la littérature de la manière suivante. Je demande à l’élève de relever un texte littéraire de 40 mots et d’en faire le commentaire en 200 mots. Je désigne l’exercice sous la formule « 40 > 200 ». On trouvera notamment un commentaire de Boris Vian :

http://www.retorica.info/Retorica/22-poe-vian-un-jour-40mots200mots-2015_04/

et surtout la méthodologie générale avec des exemples :

http://www.retorica.info/Retorica/27-ret-commentaires-en-200-mots-2014-05/

Mais je suis en retraite et n’ai pas pu travailler cette formule en classe entière. Par contre je l’ai fait  avec des élèves en particulier.

 

J’aimerais bien communiquer CONCRETEMENT sur ce problème avec des exemples vécus. Malheureusement, alors que la formule pp3 a connu un succès foudroyant et ce dès ses débuts il y a bien longtemps, je n’ai jamais eu de retours sur cette liste concernant le 40 mots alors que c’est la manière la plus simple de nous « sortir du caca ». Heureusement que d’autres correspondants, en dehors de cette liste,  ont joué le jeu que je leur proposais… Bernadette est l’une des premières à poser ici correctement, à mon sens, les termes du problème.

 

  1. Marlène (Le 20 sept. 2015) :  J’ai le même questionnement que toi, Bernadette,  pour des textes libres écrits en 1ère et en BTS.

Pour le moment, l’amélioration littéraire est seulement visée mais non réellement travaillée en tant que telle.

J’aimerais que nous y parvenions progressivement dans l’année.

périodicité : une heure par semaine en BTS 1ère année ; une heure tous les 15 jours, en BTS deuxième année et en 1ère

déroulement de l’activité :

-10 minutes : écriture dans le silence.

-10 minutes par groupe (tablées de 3 à 5) :  lecture, échange des textes écrits et des commentaires, choix d’un texte à lire à la classe

je m’assieds aux tables, écoute ce qui se dit, incite à la transformation et à l’amélioration collective du texte choisi ; lorsque le texte est lu à voix haute en petit groupe, on entend ses effets, maladresse à corriger, habileté à relever.

-fin de la séance :  lecture et enregistrement des textes choisis par chaque groupe, commentaire collectif

 

Apparaissent rapidement des genres récurrents :

-fiction/autobiographie/autofiction

-quotidien/saisonnier

-surnaturel/merveilleux/fantastique

-questions d’actualité/ questions d’humanité

-description/récit

 

Même chose pour les procédés :

-figures de construction : anaphore, antithèse, oxymore, accumulation, gradation

-musicalité : rimes/mètres

-raisonnement : contradiction, analogie, paradoxe

-jeux de mots (sens et sons) : assonances, allitérations,  calembour

-images : prosopopée, allégorie, métaphore, personnification

 

Si dans un texte, un procédé est particulièrement visible, je le note sur une affiche au mur et cette liste d' »audaces » peut éventuellement servir aux abonnés de la page blanche.

Les audaces d’une classe sont visibles par les élèves des autres classes.

De la même manière, on commence souvent la séance par l’audition d’un texte libre enregistré dans une autre classe, dans l’année ou lors d’une année passée, sur un thème ou un procédé en écho avec ce qui vient d’être  écrit/lu dans la classe.

 

Je ne peux pas garantir que cette façon de faire contribue à l’amélioration littéraire des textes, encore moins qu’elle y contribue pour tous les textes écrits.

 

Dans chaque classe, on endure l’angoisse  de la phrase très laborieuse, répétée douloureusement de semaine en semaine : l’élève ou l’étudiant l’endure et moi aussi, avec la menace d’une activité qui se vide de sens.

Mais ce que je vois c’est qu’au 18 septembre (au bout de trois séances dans une des classes), nous avons déjà collecté beaucoup d’audaces et que l’activité fait circuler  entre nous, non seulement du plaisir, mais aussi des expériences littéraires.

 

Un exemple, ou contre-exemple d’expérience littéraire, comme vous l’entendrez :

 

En BTS 1ère année, la séance dernière, un étudiant écrit :

« Un jour je serai le meilleur dresseur. Je me battrai sans répit. Je ferai tout pour être vainqueur. « 

Vous êtes sûrement nombreux à avoir reconnu ce texte.

J’aurais dû moi aussi, et …non, je ne l’ai pas reconnu (shame on me !)

C’est comme ça.

Gros moment de canular, lorsque l’étudiant m’explique sérieusement qu’il va être dresseur de petits chiens à Nantes.

A ce moment-là quand même, dans les rires qui fusent autour de la table, je sens bien que quelque chose m’échappe.

Au moment de la lecture à la classe, ce groupe de quatre étudiants, qui a très peu écrit, choisit ce texte.

L’étudiant le lit avec un certain effet dramatique retenu.(…)

commentaire : un texte déjà existant peut être totalement réinterprété et recréé par le ton de la voix, ou par ce qu’en comprend le destinataire.

Un lecteur participe autant qu’un auteur au sens du texte.

J’espère quand même qu’ils passeront à autre chose la prochaine fois….

 

Concernant l’orthographe, plus sérieusement, certains étudiants de deuxième année ont souhaité entamé un travail « utile », en réaction avec l’atelier d’écriture qui ne leur procure pas ce sentiment d’utilité.

Je leur ai proposé de réaliser une fiche sur un point d’orthographe,  en travaillant à partir des textes libres écrits dans la classe (les leurs, ceux de camarades) : ils ont accepté et apprécié le travail ainsi produit.

La fiche n’est qu’un cadre à remplir ; elle propose trois titres « observation », « manipulation », « bilan ».

La fiche réalisée la semaine dernière va être présentée demain à la classe.

On va voir si cette activité s’inscrit dans une démarche plus durable….

va-t-il y avoir d’autres fiches, faites par les mêmes ou d’autres ? ou un retour à l’atelier d’écriture ?

 

Une dernière réflexion en écho avec le titre de ton courrier, Bernadette :

Le passage du texte libre à l’oeuvre est problématique pour moi, autant que la notion d’auteur.

il faut préserver l’aspect éphémère, inachevé de l’écriture, comme la trace d’un devenir, des transformations qui touchent la personne

et il faut dans le même temps lui accorder la vertu d’un acte fondateur, d’une œuvre qui montre une réalisation aboutie.

Pas facile.

 

Destiner le texte dès son écriture, doit, je pense, aider à en faire une oœuvre ; c’est pour cela que j’aimerais bien, un jour, que les textes libres soient l’objet d’échange dans le cadre d’une correspondance.

En même temps, je me demande comment les gens de 16 ans ou 18 ans réagiront si je leur dis :

« et si on envoyait vos textes libres à des lycéens inconnus ?

ne vous inquiétez pas, ils vivent et écrivent les mêmes choses que vous…. »

 

  1. Roger (21 sept 2015) : Vos contributions me paraissent très intéressantes. Paradoxalement, elles rejoignent ce que je faisais autrefois et que j’ai dû formaliser pour rester efficace et ouvert pendant les 32 semaines utiles que constitue une année scolaire. Je commence par ce décompte d’apothicaire. 32 semaines à 3 heures par semaine représentent 8 périodes de 4 semaines ponctuées par un conseil de français qui dure une heure. 4 semaines x 3 heures = 12 heures, moins une pour le conseil soit donc 11 heures. Je dois y loger une œuvre complète, ma seule obligation réelle pour le bac de français. Je  boucle cette o.c  en 6 heures. Il me reste donc 11 – 6 = 5 heures pour des travaux libres. J’avais des 2de, 1ère, BTS. Même méthode. Quelquefois j’avais 4 heures par semaine donc plus de liberté.

 

– Textes libres : L’expérience m’a montré que la longueur moyenne des textes est d’environ 200 mots. En dessous c’est un peu court, au-delà c’est un peu long, à 300 ou 400 mots les textes sont la plupart du temps mal dominés. Donc j’ai adopté et conservé mes deux normes 200 mots et 40 mots. Quelles différences en dehors de la longueur ? Mes élèves supportaient parfaitement des remarques stylistiques quand il s’agissait d’un 40 mots qui peut se rédiger en 15 mn. Ils étaient nettement plus réticents quand il fallait améliorer collectivement un 200 mots un texte qui leur avait demandé au moins 2 heures et quelquefois 3 ou 4 heures. Pour tous les travaux remis je demande toujours le temps passé et, l’habitude aidant, on m’a rarement truandé… Connaissant l’individu, je sais s’il dit ou non la vérité. Et naturellement un 200 mots bourré de fautes mais écrit en 4 heures mérite le respect même s’il est impossible à corriger. Mais il ne sera pas reproduit car seuls les textes impeccables peuvent figurer dans le classeur de français et sortir de la classe.

 

– 200 mots et pp3. En quatre semaines les élèves devaient me remettre un 200 mots et faire une pp3. C’est bête mais ce n’est qu’aujourd’hui que j’y songe : un 200 mots bien travaillé peut faire une excellente pp3 ! On veille aux cinq catégories de la rhétorique.  « Quand vous prenez la parole devant un groupe, la rhétorique classique distingue cinq éléments présentés par commodité sous leur forme latine : inventio (contenu), dispositio (construction), elocutio(style), actio (diction), memoria (assimilation). Ces cinq éléments sont subtilement reliés entre eux. Il vaut mieux, quand on le peut, rédiger son intervention (contenu, plan, style), l’apprendre par cœur (memoria, assimilation) afin qu’elle soit dite d’une manière efficace (actio) avec la possibilité d’introduire une brève digression en fonction de l’auditoire. L’Antiquité a étudié d’une manière toute particulière les relations entre inventio et memoria…. »  La suite en http://www.retorica.info/Retorica/28-rhe-memoria-et-ses-palais-2008_10/

 

– J’en viens à ce qui nous tourmente la liaison entre expression libre et littérature. D’abord cette dernière faisait l’objet en priorité des œuvres complètes à présenter au bac de français. J’en prévoyais quatre, une par genre littéraire, soit donc récit (un roman court), essai (un groupement de textes), dialogue (une pièce de théâtre), poème (un groupement de textes). J’ai mis sur site l’ensemble de mes fichiers sur « Manon Lescaut » de l’abbé Prévost. Voir : http://www.retorica.info/Retorica/17-lit-prevost-abbe-manon-lescault-1990/ Pas de problème particulier.

– Mais un très, très gros problème sur le statut de la littérature. Combien de fois ai-je entendu chez mes MAI : « La littérature, ça me fait chier. La littérature, c’est de la merde. » Ces élèves, excellents en technologie, traînaient un lourd passé, un lourd passif en français. Que faire ? L’atelier mensuel en 40 mots, comme je l’ai déjà évoqué. J’ai affiné ma pratique et désormais je demande de rédiger quatre sortes de 40 mots : un récit, un essai, un dialogue et un poème. Mais à l’époque je n’avais pas cette exigence et finalement c’était mieux pour apprendre à explorer un fil rouge. Je demandais simplement de réécrire la première version de manière à la rendre la plus claire, la plus élégante possible. Et c’est à l’occasion de ces réécritures individuelles que je glissais pour toute la classe les notions de grammaire et de rhétorique qui me paraissaient indispensables… les mêmes que vous cherchez à inculquer. Pour la première fois de leur vie, les élèves affrontaient le travail proprement littéraire. Et ils aimaient cela les bougres, car les textes les mieux écrits figuraient dans le classeur. Il y avait une séance de 40 mots tous les mois. Donc 8 fois dans l’année un élève voyait éditer le meilleur de ses 40 mots et j’y veillais.

– Mais pour cela il faut que le prof ait pratiqué lui-même le 40 mots en le faisant corriger par ses pairs. Une sorte de superviseur comme en psychanalyse… Je vous propose cette démarche.

 

 

Roger et Alii

Retorica

(2.250 mots, 13.800 caractères)

 

 

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