07 ESS biographies méthode Montesquieu 2016 01

Etudier une œuvre en classe suppose que l’on commence par une biographie de l’auteur. Celle-ci a tout intérêt à être courte (deux cents mots) et a être accompagnée d’un texte d’appui (lui aussi de deux cents mots). C’est un gros travail de rédaction qui va insister sur la jeunesse de l’auteur (ce qui intéresse les élèves) et sur ses moyens d’existence car derrière la littérature pointe toujours l’économie. L’exemple que j’ai retenu (biographie de Montesquieu) n’est pas très bon. Il est trois fois trop long et il ne signale pas la vente du vin, vente qui au XVIII° siècle rapporte beaucoup comme du reste le trafic des esclaves. Mais ce fichier est expérimental.

Concrètement il faut 3 mn pour lire lentement la biographie en classe et 3 autres pour lire le texte d’appui. On peut ensuite entamer un je-nous-dicte qui peut faire l’objet d’un contrat avec la classe : « Monsieur, c’est chiant… – OK on peut n’y passer qu’un quart d’heure… et plus si affinité… – On vous connaît monsieur. On en a pour une demi-heure… – Non, non, promis juré. » En fait 3 + 3 + 15 mn = 21 min, largement de quoi sensibiliser la classe et avoir la trace écrite du je-nous-dicte. Trace indispensable pour les révisions. Penser à l’examen.

Roger

(1). Charles-Louis Secondat, futur baron de Montesquieu, naît en 1689 au château de la Brède, près de Bordeaux, dans une famille de parlementaires et de juristes. De onze à seize ans il fait de solides études au collège de Juilly près de Paris, chez les Oratoriens qui insistent plus sur l’histoire et la géographie que les Jésuites plus attentifs au grec et au latin. En 1705 ce sont les études de droit indispensables pour hériter des charges de son oncle paternel le baron de Montesquieu, veuf et sans enfants et qui doit lui laisser son nom et son titre. Son père meurt en 1713. Il devient conseiller au parlement de Bordeaux en 1714. En 1715 il épouse Jeanne de Lartigue, fille d’un lieutenant-colonel d’origine protestante. Il en aura un garçon et deux filles. 1716 (21 ans) : son oncle meurt et il devient président à mortier au parlement de Bordeaux. Reçu à l’académie des sciences de la ville il s’intéresse vivement à la physique, aux sciences naturelles et fréquente la bonne société.

(2). 1721 « Les Lettres Persanes » sont publiées sans nom d’auteur et connaissent un vif succès. C’est un roman par lettres où deux Persans, Usbeck et Rica, se moquent des travers de la France tandis qu’un drame couve dans le propre sérail d’Usbeck. Chaque année Montesquieu vit plusieurs mois à Paris, fréquente d’Alembert et les salons. Mais endetté, il vend sa charge en 1727 (38 ans), s’installe à Paris, est élu à l’Académie Française et entame un long voyage, jusqu’en 1731 qui le conduit à Vienne (où le reçoit le prince Eugène), Venise (où il rencontre le financier Law), Rome (reçu par le pape Benoît XIV) et l’Angleterre (où il est présenté au roi). Partout il étudie de près les constitutions et les mœurs. « Quand j’arrive dans une ville, je vais toujours sur le plus haut clocher ou la plus haute tour pour voir le tout ensemble avant de voir les parties et en la quittant, je fais de même pour fixer les idées. » 1734 « Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence. » L’étude paraît sans nom d’auteur.

(3). 1748 « L’Esprit des Lois » est la synthèse de ses voyages, de ses vastes lectures et de ses réflexions. Grand succès et nombreuses polémiques. Montesquieu observe que les lois ne viennent pas de Dieu comme l’affirmait Bossuet au XVII° siècle : « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », c’est-à-dire du climat, des mœurs, de la religion, du commerce, du gouvernement etc. Il distingue trois sortes de gouvernements : monarchique, despotique et républicain. Pour éviter les abus il demande la distinction des trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire. Il estime que des pouvoirs intermédiaires sont indispensables : le parlement mais aussi le clergé et la noblesse. Il dénonce la torture, l’intolérance, la guerre et l’esclavage. L’ouvrage va nourrir « l’Encyclopédie » de Diderot.

(4). 1751 « Défense de l’Esprit des Lois ». Il avait toujours aimé écrire des romans licencieux. « Arsace et Isménie » (écrit en 1754, paru en 1783) est à la fois léger et politique. Il donne un supplément aux « Lettres Persanes ». Il meurt en 1755 (66 ans). Il paraissait déjà trop modéré : seul Diderot suivit son convoi. Ses « Cahiers » ne seront publiés qu’en 1941.

(559 mots, 3 200 caractères)

(5) Extraits des « Cahiers »

(…)

1. Je m’éveille le matin avec une joie secrète ; je vois la lumière avec une espèce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content. (…)

(…)

2. Je suis presque aussi content avec des sots qu’avec des gens d’esprit, et il y a si peu d’homme si ennuyeux qui ne m’ait amusé très souvent : il n’y a rien de si amusant qu’un homme ridicule.

(…)

3. Je n’ai presque jamais eu de chagrin, et encore moins d’ennui.

(…)

4. L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté.

(…)

5. J’ai eu d’abord, en voyant la plupart des grands, une crainte puérile. Dès que j’en ai eu fait connaissance, j’ai passé, presque sans milieu, jusqu’au mépris.

(…)

6. Je n’ai jamais vu couler de larmes sans en être attendri.

(…)

7. Il me semble que la haine est douloureuse.

(…)

8. Si je savais une chose utile à ma nation qui fût ruineuse à une autre, je ne la proposerais pas à mon prince, parce que je suis homme avant d’être Français ou bien parce que je suis nécessairement homme, et que je ne suis Français que par hasard.

(…)

9. Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille , et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime.

(296 mots, 1 500 caractères)

(6) Voici une tentative de réduction en 200 mots…

1. Famille de parlementaires et de juristes. Solides études chez les Oratoriens : ils insistent plus sur l’histoire et la géographie tandis les Jésuites sont plus attentifs au grec et au latin. Président à mortier au parlement de Bordeaux. Il s’intéresse vivement à la physique, aux sciences naturelles et fréquente la bonne société de Bordeaux et Paris.

2. 1721 « Les Lettres Persanes » : roman par lettres où deux Persans, Usbeck et Rica, se moquent des travers de la France tandis qu’un drame couve dans le propre sérail d’Usbeck. 1728 – 1732 long voyage à travers l’Europe Partout il étudie de près les constitutions et les mœurs. « Quand j’arrive dans une ville, je vais toujours sur le plus haut clocher ou la plus haute tour pour voir le tout ensemble avant de voir les parties et en la quittant, je fais de même pour fixer les idées. »

3. 1748 « L’Esprit des Lois » : synthèse de ses voyages, de ses lectures et de ses réflexions. Grand succès, nombreuses polémiques. Pour Montesquieu les lois ne viennent pas de Dieu comme l’affirmait Bossuet au XVII° siècle « Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses », (climat, mœurs, religion, commerce, gouvernement…) Il distingue les gouvernements monarchique, despotique et républicain. Il préconise la distinction des trois pouvoirs : législatif, exécutif et judiciaire.

4. Il meurt en 1755 (66 ans). Il paraissait déjà trop modéré : seul Diderot suivit son convoi. Ses « Cahiers » ne seront publiés qu’en 1941.

(254 mots)

(7) … Et le texte d’appui

Extraits des « Cahiers » (200 mots)

(…)

1. Je m’éveille le matin avec une joie secrète ; je vois la lumière avec une espèce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content. (…)

(…)

2. Je suis presque aussi content avec des sots qu’avec des gens d’esprit, et il y a si peu d’homme si ennuyeux qui ne m’ait amusé très souvent : il n’y a rien de si amusant qu’un homme ridicule.

(…)

3. L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté.

(…)

4. J’ai eu d’abord, en voyant la plupart des grands, une crainte puérile. Dès que j’en ai eu fait connaissance, j’ai passé, presque sans milieu, jusqu’au mépris.

(…)

5. Il me semble que la haine est douloureuse.

(…)

6. Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime.

(224 mots, 1 200 caractères)

Roger et Alii

Retorica

(1 590 mots, 8 900 caractères)

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