07 ESS Classiques classicisme 2010_11

1. Sont dites ordinairement « classiques » (1611) des œuvres dignes d’être étudiées dans les classes parce qu’elles sont belles, vraies et utiles (voir le tamis de Socrate). Le mot peut être employé dans des sens très variés (Ex : « une voiture d’une conception classique »). Toute œuvre jugée belle, vraie et utile sera digne d’être étudiée en classe, même si elle est très moderne. On la qualifiera de classique. En ce sens Prévert est devenu classique même s’il est issu du surréalisme.

2. Mais en littérature « classique » est opposé à « romantique » dès 1802. Le mot « classicisme » est de 1825. On désigne alors ainsi les écrivains du XVII° siècle dont les romantiques contestent l’esthétique et l’influence. Il s’agit, pour l’essentiel de Corneille, Racine, Molière, La Fontaine, La Bruyère, Boileau (d’où le procédé mnémotechnique : « Une corneille perchée sur la racine de la bruyère boit l’eau de la fontaine Molière »). Corneille s’impose de 1636 à 1684, Molière, Racine et La Fontaine de 1660 à 1670, Boileau et La Bruyère après 1670). Le néo-classicisme du XVII° siècle est marqué par le théâtre de Voltaire. Très curieusement tous ces écrivains ont le sentiment de créer quelque chose, un « je ne sais quoi » qui sera qualifié de « classique » bien plus tard.

3. Dès 1605, en plein baroque, Malherbe fonde le classicisme en prônant un style si clair que même les dockers (« les crocheteurs ») le comprendront. Richelieu crée l’Académie française (1635) pour mettre la littérature au service de la monarchie. En 1636 la « querelle du Cid » inaugure de vifs débats autour des unités au théâtre (temps, lieu, action) et plus largement autour de la vraisemblance et des bienséances.

4. 1660. Louis XIV (24 ans) impose l’opéra. Il aime danser en personne dans les fêtes et les comédies-ballets que lui prépare Molière. Le baroque se réfugie dans ces divertissements bien qu’en littérature le classicisme renie tout ce qui venait avant lui. On lit encore Montaigne mais on refuse Ronsard qui va devenir classique au XIX° et au XX° siècle.

5. On imite les Anciens pour rivaliser avec eux. Homère et Virgile sont les modèles pour l’épopée ; Eschyle, Sophocle et Euripide pour la tragédie ; Plaute, Aristophane et Térence pour la comédie ; Pindare et Horace pour la poésie. C’était le même programme que professait l’humanisme du XVI° siècle, pourtant discrédité. On étudie la nature, c’est-à-dire le cœur humain dans ce qu’on croit être en lui éternel et universel. Le classicisme retient de la préciosité le goût de la psychologie (Madame de la Fayette, La Rochefoucauld). On ne domine plus ses passions comme chez Descartes ou Corneille mais on en meurt : théâtre de Racine, « Lettres de la religieuse portugaise » (1669) de Guilleragues, « La Princesse de Clèves » (1678) de Madame de la Fayette. Y ajouter « Les Illustres Françaises » (1713) de Robert Challe, roman étourdissant, très célèbre, qui inspira Marivaux au siècle suivant, roman oublié puis redécouvert au XX°.

6. Tout est un peu faux. Derrière Versailles c’est la misère ; derrière le roi très chrétien, les guerres ; derrière la dévotion janséniste le laxisme des jésuites, l’hypocrisie religieuse (« Tartuffe » 1664 et 1669 de Molière) et l’athéisme des libertins. L’ « honnête homme » est plus poli qu’honnête. C’est un homme fait aux usages de la cour, sans spécialité, sans métier et qui « ne se pique de rien ». D’où le succès de la « prière de Ninon de Lenclos » célèbre pour ses amants, même dans un âge avancé : « Mon Dieu, faites de moi un honnête homme et n’en faites jamais une honnête femme».

7. De 1685 (Révocation de l’Edit de Nantes qui chasse les Protestants du royaume) à 1715 (mort du roi) c’est la « crise de la conscience européenne » (1935 Paul Hazard) : pourquoi cette atroce répression des Protestants ? pourquoi la misère ? pourquoi la tyrannie des parvenus ? (La Bruyère « Les Caractères » 1688). Mais le goût classique se maintient au XVIII° siècle (Voltaire, Lefranc de Pompignan) jusqu’au pré-romantisme qui commence vers 1760 (Diderot, Rousseau).

Nicolas Boileau (1636-1711) Œuvres poétiques

Préface de 1701

Comme c’est ici vraisemblablement la dernière édition de mon ouvrage que je reverrai, et qu’il n’y a pas d’apparence qu’âgé comme je suis de plus de soixante et trois ans, et accablé de beaucoup d’infirmités, ma course puisse être encore fort longue, le public trouvera bon que je prenne congé dans les formes et que je le remercie de la bonté qu’il a eue d’acheter tant de fois des ouvrages si peu dignes de son admiration.

Je ne saurais attribuer un si heureux succès qu’au soin que j’ai pris de me conformer toujours à ses sentiments, et d’attraper, autant qu’il m’a été possible, son goût en toute chose.

C’est effectivement à quoi il me semble que les écrivains ne sauraient trop s’étudier. Un ouvrage a beau être approuvé d’un petit nombre de connaisseurs ; s’il n’est plein d’un certain agrément et d’un certain sel propre à piquer le goût général des hommes, il ne passera jamais pour un bon ouvrage, et il faudra à la fin que les connaisseurs eux-mêmes avouent qu’ils se sont trompés en lui donnant leur approbation.

Que si on me demande ce que c’est que cet agrément et ce sel, je répondrai que c’est un je ne sais quoi qu’on peut beaucoup mieux sentir que dire. A mon avis néanmoins il consiste principalement à ne jamais présenter au lecteur que des pensées vraies et des expressions justes.

L’esprit de l’homme est naturellement plein d’un nombre infini d’idées confuses du vrai, que souvent il n’entrevoit qu’à demi ; et rien ne lui est plus agréable que lorsqu’on lui offre quelqu’une de ces idées bien éclaircie et mise dans un beau jour. (…)

Roger et Alii

Retorica

980 mots, 5 700 caractères, 2016-01-31

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