07 ESS Humanisme Ronsard Du Bellay 2008 03

Voici un fichier qui permet de faire d’une “pierre plusieurs coups” à la fois. J’ai constamment appliqué ce principe dans mon enseignement. Cela fait gagner un temps considérable qu’on peut consacrer à d’autres activités. Les programmes Darcos pour le primaire qui sont critiqués parce qu’ils semblent empiler des compétences isolées sont parfaitement jouables avec ce principe. Au professeur d’inventer les liaisons indispensables. S’il faut compléter avec un cours, il peut être très bref sur un sujet avec la technique du “cours magistral 3° type”.

(1) Le fichier d’aujourd’hui peut être classé à la fois – et il suffit pour cela de le dupliquer en changeant l’objet – en :

07 ESS Humanisme Ronsard Du Bellay. Un mouvement littéraire et philosophique comme l’humanisme entre dans la section ESS(ais). Ce n’est pas un cours sur l’humanisme au XVI° siècle mais une sensibilisation concrète et approfondie sur le vécu de ce mouvement.

07 ESS Pléiade Ronsard Du Bellay Raison pratiquement similaire. J’ai, avant sa disparition, publié coopérativement chez PEMF une BT2 “Sonnets, un choix et des chocs” (Nouvelle série n° 85). Elle constitue en 64 pages une véritable histoire des écoles littéraires française à travers le sonnet. Je l’ai mise sur site.

28 RHE parallèle Ronsard Du Bellay. Vous savez que pour Retorica le parallèle est une figure de style très importante parce que très puissante

22 POE Sonnet Ronsard Du Bellay Ce qui complète les dossiers POE Versification et POE Sonnet.

Soit d’une pierre quatre coups…

 

(2) La Pléiade et l’humanisme La Pléiade est une école littéraire créée au XVI° siècle par Joachim du Bellay et Pierre de Ronsard. Ils imposent le sonnet comme forme et art majeur. Ce qui accentue l’effet de mode puisque cette forme est déjà pratiquée à la cour. L’humanisme est ce mouvement de pensée né également au XVI° s où l’on veut “devenir plus humain” grâce à l’étude en général et celle de la littérature antique en particulier. Les deux sonnets qui suivent, l’un de Du Bellay l’autre de de Ronsard, expriment les aspirations de ce mouvement. Mais l’un parvient à les réaliser et l’autre non.

 

(3) Deux sonnets sur l’humanisme : Ronsard et Du Bellay

 

 

Je veux lire en trois jours l’”Iliade” d’Homère,

Et pour ce, Corydon, ferme bien l’huis sur moi :

Si rien me vient troubler, je t’assure ma foi,

Tu sentiras combien pesante est ma colère.

 

Je ne veux seulement que notre chambrière

Vienne faire mon lit, ton compagnon ni toi ;

Je veux trois jours entiers demeurer à recoi

Pour folâtrer ensuite une semaine entière.

 

Mais si quelqu’un venait de la part de Cassandre,

Ouvre-lui tôt la porte et ne le fais attendre,

Soudain entre en ma chambre et me viens accoutrer.

 

Je veux tant seulement à lui seul me montrer :

Au reste si un dieu voulait pour moi descendre

Du ciel, ferme la porte et ne le laisse entrer.

 

Ronsard (1524 – 1585) Continuation des “Amours” (1555)

 

Je me ferai savant en la philosophie,

En la mathématique et médecine aussi ;

Je me ferai légiste et d’un plus haut souci

Apprendrai les secrets de la théologie.

 

Du luth et du pinceau j’ébaterai ma vie,

De l’escrime et du bal. Je discourais ainsi,

Et me vantais en moi d’apprendre tout ceci,

Quand je changeais la France au séjour d’Italie.

 

O beaux discours humains ! Je suis venu si loin,,

Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse et de soin

Et perdre en voyageant le meilleur de mon âge.

 

Ainsi le marinier souvent pour tout trésor

Rapporte des harengs en lieu de lingots d’or,

Ayant fait comme moi, un malheureux voyage.

 

Joachim du Bellay (1522-1560) “Les Regrets” (1558)

 

 

(4) Commentaire composé. Sous forme de commentaire composé vous comparerez ces deux sonnets en mettant en valeur :

– la culture et les aspirations humanistes,

– le comportement et le caractère des deux poètes

– et enfin l’art d’écrire, les procédés de style et le ton.

Ce plan n’est qu’indicatif.

 

  1. Les deux auteurs et les deux sonnets sont contemporains. Ronsard a 34 ans et du Bellay 36 mais Ronsard l’a publié trois ans plus tôt (1555 contre 1558) et surtout du Bellay est gravement malade. Il meurt deux ans plus tard alors que Ronsard a encore trente ans à vivre. Par ailleurs, Du Bellay revient d’un séjour éprouvant à Rome, au service de son oncle, le cardinal du Bellay. Ronsard, resté en France, se prépare une belle carrière de cour… Nous allons analyser leur attitude face à l’étude et leur comportement.
  2. Voyons d’abord l’attitude des deux poètes face à l’étude.
  3. Ronsard ne veut lire qu’un seul livre en trois jours : « L’Iliade » d’Homère et en grec ; travail difficile qui exige de rester enfermé dans sa chambre ; le lit ne sera même pas fait ! Les ambitions de du Bellay exigent au contraire des mois, des années, une vie. Il s’agit d’un programme complet comme les aiment les humanistes : philosophie, mathématiques, médecine, droit, théologie. Or son séjour en Italie est prévu pour deux ans.

1.2. Ronsard se ménage du repos : « folâtrer après une semaine entière » : trois jours de travail, une semaine de vacances. Ceci indépendamment de Cassandre sa maîtresse, la seule à pouvoir troubler cette étude. Les loisirs prévus par du Bellay sont apparemment plus précis : musique (« luth »), peinture (« peinture »), « escrime » et « bal ». Mais où trouver le temps de s’y consacrer ? Et pas de femme à l’horizon…

1.3     La volonté d’étudier semble égale chez les deux poètes avec l’emploi de l’impératif chez Ronsard, du futur chez Du Bellay. Mais chez Ronsard les bonnes résolutions disparaissent sur une invitation de Cassandre. Chez du Bellay ce futur ne s’est pas réalisé. C’était ce qu’il souhaitait par manque de lucidité (« je discourais ainsi / Et me vantais… »).

1.4     Et pourtant l’étude est fondamentale chez ces deux humanistes. Pour Ronsard elle vient même avant la religion :

« Au reste, si un dieu voulait pour moi descendre

     Du ciel ferme la porte et ne le laisse entrer ».

C’est un dieu à l’antique, un de ces dieux qui descendaient sur terre pour éprouver l’hospitalité des hommes mais cette attitude tourne au blasphème. Pour du Bellay la culture ressemble aux « lingots d’or » que les marins espagnols voulaient ramener d’Amérique.

1.9     Les deux sonnets valorisent nettement la culture humaniste. Ronsard la souhaite pour lui plus étroite, plus approfondie, et du Bellay la veut très large et donc forcément plus superficielle. Mais cet effort culturel risque d’être compromis chez Ronsard par l’amour et du Bellay avoue qu’il n’a pu faire aboutir cette étude.

2.0     Le comportement des deux écrivains est lui aussi bien différent.

2.1     Ronsard est un homme impérieux et impétueux : tout le sonnet est rédigé à l’impératif et il menace Corydon, son valet, d’un châtiment exemplaire :

« Si rien me vient troubler, je t’assure ma foi,

     Tu sentiras combien pesante est ma colère. »

Cette confiance en soi fait contraste avec l’attitude plaintive de du Bellay : notons l’opposition forte, un oxymore entre “enrichir” et les trois maux qui suivent :

« Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse et de soin »

(la dépression nerveuse, la vieillesse et le souci).

2.2     Ronsard est un homme à l’aise (deux valets, une chambrière) et il a l’espoir d’être aimé. Du Bellay au contraire est un homme seul, apparemment sans amis ni amie. Il se compare au marin qui a simplement rapporté les « harengs » de sa nourriture

« en lieu de lingots d’or,

Ayant fait comme moi un malheureux voyage ».

Toutes les richesses intellectuelles qu’il se flattait d’acquérir à Rome se sont évanouies et ne relèvent que des « beaux discours humains » (propres à la faiblesse humaine). Ainsi l’échec intellectuel et social le rend dépressif et amer.

2.3     Du Bellay est très critique envers lui-même. Le fait qu’il rapporte au style direct ses espoirs déçus (« Je me ferai..« ) traduit une ironie amère. Rien de tel chez Ronsard qui manie joyeusement un humour dévastateur. Il menace son valet mais on sent bien que c’est pour rire, comme c’est pour rire qu’il prétend interdire sa porte à un dieu. La situation d’énonciation est elle aussi humoristique. Il est probable qu’une fois écrit le sonnet a été placardé sur la porte de sa chambre, par les soins de Ronsard lui-même. Les trois domestiques ont pu apprécier l’esprit du maître… qui par ailleurs a conservé un double pour intégrer ce poème dans ses œuvres ! Du Bellay au contraire n’écrit que pour lui cette confidence douloureuse, sorte de journal intime tiré des « Regrets » (tout un programme ! comme « Les Amours » de Ronsard en sont un autre !)

2.4     Pourtant l’un et l’autre poète font preuve de beaucoup de talent. Ils réussissent à contenir une expérience complexe dans le cadre étroit du sonnet en respectant ses règles essentielles : le tournant des 8ème-9ème vers sert à introduire Cassandre chez Ronsard et une plainte douloureuse dans la confidence de du Bellay. La chute du sonnet est consacrée chez Ronsard à l’interdiction d’entrer signifiée à un dieu, avec un rejet très expressif :

« …si un dieu voulait pour moi descendre /

Du ciel… »

 

Rejet expressif aussi chez du Bellay pour

                                                               

« …le marinier souvent pour tout trésor /

Rapporte… »

Et la chute unit dans la même détresse le marin et le poète désespérés par « un malheureux voyage ».

2.9     Donc Ronsard homme heureux, optimiste à qui tout semble réussir s’oppose à du Bellay pessimiste, profondément marqué par l’échec.

  1. (Conclusion générale 19 + 29 et avis personnel : quel poème préfère-t-on et pourquoi ? (1992)

(5) Parallèle Michel (14 déc 2006) : La technique du parallèle rejoint l’etude des ressemblances et des differences… qui rejoint la logique des ensembles… et quantité d attitudes. J’avais noté dans le passe dans mes classes une différence entre enfants très jeunes et enfants plus âgés sur cette question des ressemblances et des différences. Avec le temps, dans notre société, les enfants voient assez vite davantage les différences que les ressemblances (entre des objets par exemple). Il y aurait comme une déviation par rapport à un fonctionnement cérébral normal dans notre société. L attention, le raisonnement, a priori, ne devrait privilégier ni les differences, ni les ressemblances. L’attention aux ressemblances ne faiblit pas (ou moins) si l’éducateur avertit raisonnablement dans ce sens (A mettre en parallèle, peut-être, avec la dissymétrie suspecte droitier/gaucher).

 

Roger et Alii

Retorica

1 750 mots, 10 600 caractères, 175 Ko 2016-06-30

 

 

 

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