07 ESS Montesquieu – De l’esclavage des nègres – étude – 2018

Ce texte célèbre pose de multiples problèmes et il m’a fallu plusieurs essais pour rédiger cette étude dans l’esprit Retorica car je ne trouvais pas l’angle d’attaque adéquat. Ses 5 000 mots représentent 50 heures de travail échelonnées sur plusieurs semaines. En voici le plan :

(1) Montesquieu : repères

(2) Montesquieu : personnalité

(3) De l’esclavage des nègres : le texte

(4) Introduction : qui parle, où et à qui ?

(5) Rhétorique classique

(6) Etude des § 1 et § 2

(7) Etude des § 3 et § 4

(8) Etude des § 5 et § 6

(9) Etude des § 7 et § 8

(10) Etude de la conclusion

(11) Le non-dit du texte

Je signale une autre étude qui a ses mérites :

http://www.bacdefrancais.net/de-l-esclavage-des-negres-montesquieu.php

Roger

(1) Montesquieu : repères

  1. 1689 Famille de parlementaires et de juristes. Solides études chez les Oratoriens plus portés sur l’histoire et la géographie que les Jésuites plus attentifs au grec et au latin. Très haut magistrat au parlement de Bordeaux. Passionné de physique et de sciences naturelles. Fréquente la bonne société à Bordeaux et à Paris.
  2. 1721 (32 ans) « Les Lettres Persanes » : deux Persans, Usbeck et Rica, se moquent des travers de la France alors qu’un drame couve dans le sérail d’Usbeck. 1728 – 1732 long voyage à travers l’Europe Partout il étudie de près les constitutions et les mœurs. « Quand j’arrive dans une ville, je vais toujours sur le plus haut clocher ou la plus haute tour pour voir le tout ensemble avant de voir les parties et en la quittant, je fais de même pour fixer les idées. »
  3. 1748 (59 ans) « L’Esprit des Lois » : résume ses voyages, ses lectures, ses réflexions. Gros succès, polémiques. Pour Montesquieu les lois ne viennent pas de Dieu comme l’affirmait Bossuet au XVII° siècle mais de la nature des choses .
  4. Il meurt en 1755 (66 ans). Il paraissait déjà trop modéré : seul Diderot suivit son convoi. Ses « Cahiers » ne seront publiés qu’en 1941.

(211 mots)

(2) Montesquieu : personnalité

Extraits des « Cahiers »

(…)

  1. Je m’éveille le matin avec une joie secrète ; je vois la lumière avec une espèce de ravissement. Tout le reste du jour je suis content. (…)

(…)

  1. Je suis presque aussi content avec des sots qu’avec des gens d’esprit, et il y a si peu d’homme si ennuyeux qui ne m’ait amusé très souvent : il n’y a rien de si amusant qu’un homme ridicule.

(…)

  1. L’étude a été pour moi le souverain remède contre les dégoûts de la vie, n’ayant jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne m’ait ôté.

(…)

  1. Il me semble que la haine est douloureuse.

(…)

  1. Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille, et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie, et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime.

(189 mots)

(3 ) De l’esclavage des nègres : le texte

Montesquieu 1689 – 1755 : “De l’esclavage des nègres” (“L’Esprit des Lois” 1748 Livre XV, chapitre 5 en entier, l’un des plus courts de l’ouvrage).

 

 

 

« Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais :

  1. «  Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.
  2. « Le sucre serait trop cher si l’on ne faisait cultiver la plante qui le produit par des esclaves.
  3. « Ceux dont il s’agit sont noirs des pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre.
  4. « On ne peut se mettre dans l’esprit que dieu (sic), qui est un être très sage, ait mis une âme et surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.
  5. « Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.
  6. « Un peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.
  7. « Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’il font plus de cas d’un collier de verre, que de l’or, qui chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.
  8. « Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.

« De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entr’eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié. »

 

 

(4) Introduction : qui parle, où et à qui ? « Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : » (21 mots). Ton de la conversation, registre familier. Montesquieu parle, en haut magistrat et spécialiste du droit. « Si j’avais à… » Il n’a pas à le faire ; on ne lui a rien demandé mais il va le faire quand même (par prétérition et en employant le conditionnel). Quand il parle dans un salon parisien il y a controverse. Quand il parle dans un salon bordelais pas de controverse : tout le monde soutient l’esclavage. Et il n’a pas intérêt à dire le contraire. Tous ces gens sont ses amis et ses clients qui achètent son vin de la Brède : ils auraient tôt fait de l’accuser de cracher dans la soupe. Et il n’aime pas être ridicule. Donc ou bien il se tait ou bien il « soutien(t) le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves ». Il le fait malgré lui et il enrage. Mais il tient sa vengeance : un texte bref (330 mots) pour « L’Esprit des Lois ». Il va ridiculiser ces beaux esprits bordelais devant le tribunal de l’opinion publique. Avec un peu de chance il passera à la postérité. L’écrivain en colère impose le calme à son narrateur afin de créer l’indignation de son lecteur. C’est le mécanisme de l’ironie. (218 mots)

 

(5) Rhétorique classique. Montesquieu en connaît les règles. Inventio : c’est l’inventaire des remarques révoltantes qu’il a pu entendre au fil des années. Il en retient huit. Dispositio : la construction, regroupe les arguments deux par deux  pour obtenir quatre blocs : §1 et § 2 : arguments géopolitique et économique ; §3 et § 4 : la couleur de la peau ; § 5 et § 6 : les eunuques et les roux ; § 7 et § 8 : l’or et la qualité d’hommes. Gradation subtile qui va vers le § 8 et la conclusion. Elocutio : le style, il faut que chacun ou chacune parle selon son rang : négociant négrier, élégante dévote, érudit grivois. Ecrire simplement est difficile. Actio : le discours n’est pas lu en public mais écrit et donc lu. Nous avons vu l’introduction. La conclusion est un appel général à la « miséricorde » et à la « pitié ».

(6) Etude des § 1 et § 2            «  Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres. (26 mots)

« Le sucre serait trop cher si l’on ne faisait cultiver la plante qui le produit par des esclaves. » (19 mots)

Montesquieu présente les arguments deux par deux. Le second corrige ou aggrave le premier. C’est la règle générale du texte. Ici il donne la parole à deux négociants négriers. ls développent deux arguments. Le premier relève de la géopolitique. Le second, de nature économique, sert, dans un cynisme rare, à justifier le premier : il fallait tirer avantage de la sottise criminelle initiale. «… ils on dû.. » sorte de fatalité. Le XVIII° s raffole du sucre : il est fort cher et deviendrait inaccessible s’il était produit par des hommes libres et salariés. Ce cynisme est partagé bien au-delà de Bordeaux. Voltaire est l’une des vingt fortunes du royaume, fortune construite sur la spéculation et notamment sur la traite des noirs. Dans « Candide » il plaide pour un esclavage modéré.

(132 mots)

 

(7) Etude des § 3 et § 4             « Ceux dont il s’agit sont noirs des pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre. (27 mots)

« On ne peut se mettre dans l’esprit que dieu (sic), qui est un être très sage, ait mis une âme et surtout une âme bonne, dans un corps tout noir. » (30 mots)

 

Ces deux arguments de nature esthétique semblent venir de deux jeunes femmes élégantes dévotes de surcroît. La couleur noire générale (« des pieds jusqu’à la tête ») et le « nez écrasé » entraînent un quasi manque de pitié («presque impossible de les plaindre »). Ce qui domine c’est la laideur et l’absence de beauté. Le second argument évoque « dieu » (en minuscule, ce qui évite une allusion trop directe au christianisme). Dieu possède toutes les qualités dont la sagesse. Les nègres ont-ils une âme ? Le christianisme enseigne que « oui » mais cette âme ne peut être bonne à cause de la noirceur du corps (« corps tout noir ») : « noir » signifie laideur et la laideur c’est la marque du mal et de la méchanceté. Ceci est une amorce du § 8. La trilogie platonicienne, le beau, le bon, le vrai  est ici subtilement détournée, dévoyée : Nous sommes beaux, nous sommes bons, nous sommes dans le vrai.

(164 mots)

 

8) Etude des § 5 et § 6

  1. « Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une façon plus marquée.» (32 mots)
  2. « On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains. » (40 mots)

Pendant des dizaines d’années, au XIX° et au XX° siècles, le premier argument (§ 5) a été caché aux lycéens, par décence. Ils ne pouvaient même pas imaginer qu’il existât puisque l’indication indispensable, à savoir les points de suspension (…), était absente. Ainsi le texte étudié se trouvait totalement déséquilibré pour les professeurs et leurs élèves.

Les deux arguments viennent d’érudits volontiers grivois. Le premier apparemment et volontairement obscur traite de la longueur des pénis : aux Africains les plus gros (ce qui tournera au fantasme) ; aux « peuples d’Asie » (comprendre surtout les Chinois) les pénis les plus petits ; les Européens sont dans la moyenne. Les Chinois, lointains dans l’espace, ont une réputation de sagesse que leur ont donné les Jésuites suite à leurs tentatives pour les évangéliser. Le fait qu’ils châtrent les « noirs » est porté à leur actif.

Les plaisanteries grivoises étaient très appréciées des contemporains de Montesquieu et lui-même ne les détestait pas. Montesquieu est aussi l’auteur de romans libertins, nous dirions aujourd’hui érotiques. Il n’en n’avait pas honte : pour lui la sexualité , c’est aussi la nature.

Le second argument conforte le premier d’une manière curieuse. Les peuples d’Asie sont lointains dans l’espace et les Egyptiens dans le temps. La continuité est assurée par la liaison entre « peau » et « cheveux ». Au XVIII° siècle les Egyptiens sont crédités d’une immense sagesse (« meilleurs philosophes du monde »). La chute du texte est étrange. Leur « si grande conséquence » signifie leur « intelligence du raisonnement ». Elle est suivie d’une brutalité bizarre « ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains. » La source de l’érudit est, selon toute vraisemblance, Diodore de Sicile (grec – 90 – 30). Celui-ci dit mais (où ?) que les Egyptiens sacrifiaient les taureaux roux, parce qu’ils croyaient que Typhon, c’est-à-dire Seth, était roux lui-même. Or Seth avait tué Osiris dans une embuscade. On dit que les anciens rois d’Egypte sacrifiaient sur le tombeau d’Osiris tous les hommes roux. Mais Diodore de Sicile pense que cette dernière remarque devait relever de la légende. La référence de l’érudit est douteuse comme son argumentation : quel lien entre la sagesse et la mise à mort des roux ? Montesquieu laisse au lecteur le soin de conclure. D’où l’ironie : l’érudit se disqualifie lui-même. (Sur la « rousseur » voir Wikipédia.

(398 mots)

 

 

(9) Etude des § 7 et § 8

  1. « Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’il font plus de cas d’un collier de verre, que de l’or, qui chez des nations policées, est d’une si grande conséquence. (33 mots)
  2. « Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes ; parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens. (32 mots)

 

Les deux arguments sont indécidables quant à leurs auteurs. Le premier est économique et le second théologique. Le premier prive les « nègres » d’intelligence (« le sens commun ») et le second le complète en renvoyant les noirs à l’animalité (« Il est impossible que ces gens là soient des hommes »).

 

Quelqu’un a probablement élevé une objection du type : « Les noirs sont capables de raisonner. On le voit tous les jours sur les plantations. » Il faut faire taire l’importun : « Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun ». « Faire plus de cas d’un collier de verre, que de l’or » : le fait est exact ; les occidentaux offraient des colliers de verre en échange d’or. Car la rareté fait la valeur. Certains peuples d’Afrique ont de l’or mais pas d’objets en verre. L’échange leur paraît donc judicieux. Les « nations policées » concerne la « polis » (la cité en grec) d’où la « police » qui maintient l’ordre dans la cité et aussi la « politesse » (les bonnes manières dans une cité). L’expression « nations policées » est une autre manière d’évoquer la civilisation. Mais celle-ci est réduite à la conquête névrotique de l’or. « Conséquence » a le sens d’importance et d’enchaînement (déjà employé en § 6) : avec l’or on peut tout obtenir : les choses, les hommes, les femmes, le pouvoir.

 

Le second argument (§ 8) est le couronnement de la fausse démonstration. Les noirs ont été privés de beauté (§ 3), de bonté (§ 4) et d’intelligence (§ 7). Dieu est donc du côté des blancs beaux (§ 3), bons (§ 4), généreux (§ 5 – § 6) et intelligents (§ 7). Ce dieu est celui des chrétiens. Les noirs ne sont pas tout-à-fait des hommes (« impossible que nous supposions… » « on commencerait à croire que… ». Nous pouvons réduire en esclavage ces êtres qui ne sont ni des hommes ni des bêtes. Le dilemme est posé : ou ce sont des hommes ou nous ne sommes pas des chrétiens. Mais le raisonnement se retourne : les noirs sont des hommes et nous ne sommes pas chrétiens même si nous prétendons l’être.

 

(371 mots)

 

 

(10) Etude de la conclusion

« De petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains. Car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entr’eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié. » (49 mots)

La cause est donc entendue et tout le public, négociants négriers, élégantes dévotes ainsi qu’érudits grivois est d’accord pour s’en prendre aux « petits esprits » qui « exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains ». Le terme « esprits » désigne des « personnes », des « gens » selon le dictionnaire de Furetière. On parlait alors de « bel esprit » (quelqu’un qui cherche à trop briller) et d’ « esprit fort » (quelqu’un qui contestait le christianisme). Ici les « petits esprits » sont des gens mesquins, à l’esprit étroit, qui manquent de hauteur de vue, des gens comme Montesquieu qui font des livres sur les lois et les institutions. D’accord il y a des injustices et après ? on n’y peut rien. Ces petits esprits « exagèrent trop » : noter l’effet comique de l’adverbe. Il faut relativiser dit le public des salons bordelais.

Or l’expression « petits esprits » renvoie aux témoignages qui commençaient à affluer. L’abbé Raynal (1713 – 1796) va publier l’ « Histoire des deux Indes » (1770) qui fait scandale car il défend les esclaves (voir « Guillaume-Thomas Raynal » Wikipédia). Montesquieu n’a donc pas pu le lire. Mais l’abbé Raynal a 35 ans lorsque paraît « L’Esprit des Lois » (1748) et il a très probablement lu et médité le texte que nous étudions.

Montesquieu suggère une solution : les princes d’Europe pourraient faire une convention « générale en faveur de la miséricorde et de la pitié ». C’est habile car la critique des gouvernements peut rallier tout le monde  dans les salons bordelais ou parisiens : ils font « tant de conventions inutiles ». On sait bien que le « Code noir » (1685, nombreuses variantes au cours du XVIII° siècle) de Colbert est très insuffisant. Il suffirait d’un peu de « miséricorde » et de « pitié » propose Montesquieu qui n’ose pas demander l’abolition de l’esclavage mais la suggère. C’est parce que ce texte est apparemment modéré que son ironie va faire mouche au fil des décennies.

(341 mots)

(11) Le non-dit du texte

 

Le non-dit de Montesquieu concerne l’autre esclavage des noirs, musulman celui-là et non plus européen. Mais les deux sont liés. Roger

 

(1) Esclavage « Le terme français « esclavage » vient du latin médiéval sclavus : le mot « esclave » serait apparu au Haut Moyen Âge à Venise, où la plupart des esclaves étaient des Slaves des Balkans (alors appelés Esclavons, du grec Σκλαβένοι), dont certains furent vendus jusqu’en Espagne musulmane où ils sont connus sous le nom de Saqāliba. Ces termes du Moyen Âge se sont substitués aux termes latins antiques antérieurs : servus, qui a conduit aux termes « servile » et « servilité », relatifs à l’esclave et à sa condition. Ce mot a aussi donné naissance au terme « serf » du Moyen Âge et aux modernes « service » et « serviteur » (« Histoire de l’esclavage » Wikipédia)

 

(2) Le Code noir (première édition 1685) a connu de nombreuses variantes selon les temps et les lieux. Mais « (son) préambule fait apparaître la notion d’ « esclave » comme un fait, sans en donner ni l’origine, ni la légitimation. De fait, c’est une disposition qui est absolument contraire au droit français et qui fera que plusieurs parlements refuseront d’enregistrer le texte. Il encourage à baptiser les esclaves, à les instruire, à leur fournir une éducation et une sépulture catholique. Ses rédacteurs pensaient que les Noirs étaient des personnes humaines, dotées d’une âme et susceptibles de salut, conformément aux déclarations papales de 1537 (Veritas ipsa). » (« Code noir », Wikipédia)

(3) La Révolution française s’honora d’avoir, pour un temps, aboli l’esclavage, rétabli par Napoléon. Elle oubliait simplement, dans son anticléricalisme, de reconnaître sa dette envers l’Eglise catholique. Ailleurs en Europe on dénonce vigoureusement l’esclavage en donnant la parole aux anciens esclaves eux-mêmes :

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=93

 

(4) Le non-dit de Montesquieu.

 

Ce non-dit concerne les Barbaresques et l’esclavage en islam. La référence la plus connue et la moins reconnue vient de Molière « Les fourberies de Scapin ».

 

  1. 32 THE Molière Scapin II,7 « Qu’allait-il faire dans cette galère ? »

« Scène 7 : Scapin s’attaque alors à Géronte. Il lui raconte que son fils vient d’être enlevé par des Turcs, qui ne le restitueront que contre une rançon de cinq cents écus. Géronte finit par céder. » (Wikipedia) Cette scène est vraisemblable. Molière traite par le rire un événement alors fréquent. Les Barbaresques écumaient les côtes de la Méditerranée, faisant des razzias épouvantables entre le XVI° et le XVIII° siècles. Louis XIV n’avait pu en venir à bout. Cette piraterie ne cessa qu’avec l’expédition d’Alger (1830) et la conquête de l’Algérie ;

 

  1. 13 HIS esclavage islam 2016-09-11

 

(1) On lit dans le « Nouveau manuel d’Histoire » (Fondation Aristote) : « Les traites négrières en chiffres :

« La traite européenne

  • Entre le XVIe et le XVIIe siècle plus de 2 millions d’Africains sont déplacés en Amérique, 5,8 millions au XVIIIe siècle 
et 2,7 millions dans la première moitié du XIXe.
  • Mortalité moyenne des esclaves lors du voyage : 12 % jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.

« La traite musulmane
• 17 millions de personnes déportées entre le milieu  du VII° siècle et 1920.

  • Mortalité moyenne des esclaves lors d’une traversée du Sahara : 20 %.
  • Mortalité moyenne des esclaves dans les plantations de Zanzibar : 25 % par an.

« Les traites internes à L’Afrique

  • 14 millions de personnes déportées.

L’esclavage subsiste aujourd’hui dans la corne de l’Afrique au Congo et en Mauritanie, qui ne condamna officiellement l’esclavage qu’en 2007. Selon le rapport de l’ONG Walk Free, le monde comptait 36 millions d’esclaves en 2014. »

 

(2) Bernard (10 sept 2016) Les chiffres de la traite négrière : très faibles pour l’européenne, énormes pour la musulmane et l’africaine. Quelles sources pour ces surprenantes révélations ? 

Roger (12 sept) : Les sources, les voici.

« Interroger l’Islam » (Ed DMM, 2014)  de l’abbé Guy Pagès se présente en 26 chapitres, de A à Z, contenant chacun environ une cinquantaine de questions. Ce qui explique le sous titre : « 1235 questions à poser aux musulmans ».   Par commodité j’ai relevé les grandes lignes du chapitre S.

S .5 Allah enseigne que les Musulmans sont des hommes supérieurs (Coran 3.139) et interdit explicitement l’abolition de l’esclavage (Coran 16.71)

S.7 L’Islam avait constamment besoin d’esclaves : il en mourait beaucoup dans les bagnes ; les hommes étaient châtrés et les femmes interdites de mariage. Pendant plus d’un millénaire la « Grande Affliction méditerranéenne » épuisa les populations, les survivants étant conduits à la misère par la « dhimitude ». Ainsi les pays conquis étaient progressivement ruinés.

S.10 L’Afrique sub-saharienne connut trois traites : la traite interafricaine (11 Millions  de personnes), la traite arabo-musulmane (14 M) et la traite atlantique (17 M). Les descendants des esclaves noirs sont au nombre d’environ 70 millions sur le continent américain.  Mais on n’en trouve pas un seul en terre d’Islam suite aux mauvais traitements et à la castration systématique.

S.13 La charia interdit la réduction en esclavage de Musulmans. Pour se doter d’un redoutable corps d’infanterie d’esclaves, l’Empire ottoman institua sur les nations vaincues le prélèvement d’un garçon sur cinq pour être islamisés, sans droit de se marier et constituer le corps des Janissaires utilisés jusqu’au XIX° siècle. Ces enfants devinrent des apostats et les bourreaux de leurs parents. L’Empire turc s’étendit jusqu’à Vienne.

S.14 Des ordres religieux étaient voués au rachat des esclaves. Le 3 juillet 1315, Louis X le Hutin, roi de France, publie un édit établissant que « le sol de France affranchit l’esclave qui le touche. »

S.16 La dhimitude s’explique par le fait que les Musulmans ne peuvent pas tuer tous les non-Musulmans. Il est plus intéressant de les exploiter pour financer les entreprises de conquête. Accablés d’humiliations et d’impôts, comment s’étonner que ces peuples aient fini par devenir musulmans, c’est-à-dire se soumettre.

 

(3) Lire « Traite des esclaves de Barbarie » (Wikipédia)

http://puteaux-libre.over-blog.com/pages/02Esclavage_des_blancs_Lhorreur_de_la_mise_en_esclavage_des_europeens_par_les_barbaresques_musulmans-8618543.html

Cette vidéo s’appuie sur les ouvrages suivants :

– Malek Chebel « Esclavage en terre d’islam »

– Jacques Heers « Les négriers en terre d’islam » (Perrin)

– Giles Milton « Captifs en Barbarie » (Noir sur blanc)

– Robert C. Davis « Esclaves chrétiens. Maîtres musulmans » (Ed. S. Chambon)

Y ajouter un livre qui, en son temps, souleva les polémiques : « Les traites négrières » d’Olivier Pétré-Grenouilleau, ( Ed. Gallimard 2004)

 

 

(4)  Tidiane N’Diaye « Le génocide voilé. Enquête historique » (Continents noirs / Gallimard).  Le site Europe Israël news (24 avril 2015) rend compte d’une interview de l’anthropologue et économiste sénégalais Tidiane N’Diaye auteur de « Le génocide voilé. Enquête historique » (Continents noirs / Gallimard). On y lit :  (…) « Alors que la traite transatlantique a duré quatre siècles, c’est pendant treize siècles sans interruption que les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne », « La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains et de la castration généralisée » (…) … puisque j’ai titré cet ouvrage « Le génocide voilé », faisant allusion à la castration massive que subissaient les captifs africains, au cours de la traite arabo-musulmane, je n’ai pas oublié de rappeler d’abord, que les premières victimes de cette calamité furent les Slaves, que les Vénitiens et les Marseillais allaient razzier en Europe centrale et orientale, pour les vendre aux notables du monde arabo-musulman. Cela devait durer toute l’époque carolingienne au Xème siècle sous les monarques saxons Henri l’oiseleur et Otton Ier. (…) C’est un fait universellement connu et qui n’est donc pas spécifique aux peuples noirs. Ce qui est moins connu cependant, c’est que la traite négrière arabo-musulmane, fut inaugurée par les Arabo-musulmans et a duré près de treize siècles sans interruption, avec la mutilation généralisée d’un nombre incalculable de captifs noirs. (…)… Pour la traite transatlantique, en dépit de la monstruosité des traitements, des humiliations et autres calamités, un esclave avait une valeur vénale. (…) A titre de comparaison, si de nos jours près de 70 millions de descendants ou de métis d’Africains peuplent le continent américain, des États-Unis au Brésil passant par les Iles de la Caraïbe, seule une infime minorité de Noirs a pu survivre en terres arabo-musulmanes. » (…) Pour avoir une idée du mal, il faut savoir que les observateurs avaient constaté que pour chasser et enlever de force cinq cent mille individus, il fallait en faire périr près de deux millions d’autres (résistants ou fuyards.) (…) En fait cette traite, qu’il est difficile de ne pas qualifier de génocide de peuples noirs par massacres, razzias sanglantes puis castration massive, chose curieuse, très nombreux sont ceux qui souhaiteraient le voir recouvert à jamais du voile de l’oubli, souvent au nom d’une certaine solidarité religieuse, voire idéologique. C’est comme un pacte virtuel scellé entre les descendants des victimes et ceux des bourreaux, qui aboutit à ce déni. L’entente tacite est bien réelle. Parce que dans cette sorte de « syndrome de Stockholm à l’africaine », Arabo-musulmans et Africains convertis s’arrangent sur le dos de l’Occident. »

 

(5) « La traite, un crime contre l’humanité ? » (site Hérodote.net) :. L’article est sévère. On y lit : « La loi Taubira (10 mai 2001) est à l’origine de la journée du souvenir de l’esclavage. Cette loi viole la connaissance historique. Et rate l’occasion de réunir les Français autour de leur Histoire commune. »  Trois critiques majeures : 1. L’esclavage ne se réduit pas à la traite européenne ; 2. La loi pèche par anachronisme et ne dit mot de l’esclavage contemporain ; 3. La loi divise les Français.  L’article se poursuit ainsi : « (…) Au mot latin servus (qui a donné serf) s’est substitué le mot esclave. Celui-ci vient du mot Slave parce qu’au début du Moyen Âge, les Vénitiens vendaient en grand nombre des Slaves païens aux Arabes musulmans. Les Arabes faisaient une grande consommation d’esclaves blancs aussi bien que noirs, qu’ils avaient soin de châtrer pour les maintenir plus facilement dans l’obéissance et les empêcher de se multiplier. (…) » (Alban Dignat 2016-04-26).

 

(6) Roger (2016-09-11) : J’ajoute mon grain de sel pour signaler que la loi Taubira a conforté de jeunes maghrébins ou africains dans l’idée que la France était décidément raciste, colonialiste et haïssable. Je  me suis laissé dire que Christiane Taubira, ancienne militante indépendantiste,  n’avait pas voulu décevoir ces jeunes en disant toute la vérité. Elle a ainsi alimenté des rancœurs dont nous payons les fruits amers.

 

Bernard (12 sept) : Merci, mais j’ai sûrement mal posé ma question : je ne demande pas que me soit démontrée l’évidence des traites négrières arabo-musulmane et africaine, mais qu’il me soit donné une preuve sur les chiffres.

Sur le Net j’ai trouvé des variations dans les chiffres, certains émanant de sites douteux quant à leur objectivité. Et même les chercheurs sérieux divergent.

Jusqu’à plus ample informé je persiste donc à me méfier des chiffres donnés sur ce point par la fondation Aristote.

Roger (12 sept) Les chiffres divergent en effet mais finalement pas tant que cela et je n’ai pas cherché à les accorder entre eux. Quant à la fondation Aristote les collaborateurs du manuel sont soit agrégés soit certifiés d’hist-géo. Naturellement, en histoire comme ailleurs, il y a des écoles différentes, divergentes voire très virulentes. Les étudiants en font quelquefois les frais, comme j’ai pu malheureusement le constater. Le manuel de SOS – éducation (puisqu’il s’agit de cela) n’en est pas disqualifié pour autant. Donc prudence, prudence… Bernard (12 sept) : Oui, prudence doit être le maître mot.

 

(1 930 mots, 12 000 caractères)

 

Roger et Alii – Retorica – 5 030 mots – 29 900 caractères – 2018-03-21

 

 

 

 

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