07 ESS Rabelais Lettre à Guillaume Budé 1994 02

 

 

            Au hasard des classements j’ai retrouvé cette biographie et ce sujet qui permettent aux élèves de découvrir un auteur, une époque, une mentalité à travers une simple lettre. Le sujet donné à des secondes technologiques étonnait toujours un peu… On lira aussi avec intérêt une lettre de Montaigne à sa femme. Pour cette dernière voir :

http://jevaisencours.jimdo.com/sequence-reecriture/celine-lettres-consolatoires-de-plutarque-et-montaigne/

 

 

(1) François RABELAIS (1494-1553) Biographie

 

En 1494, probablement, naissance de François Rabelais à Chinon. C’est le fils d’un avocat : « Son père, voyant comme dès sa plus tendre jeunesse il se portait à l’étude, n’ayant peut-être pas les moyens de l’y entretenir, s’avisa de le rendre moine. En effet, à peine ce jeune enfant eut-il l’âge de dix ans, que celui qui l’avait mis au monde l’en retira bientôt lorsqu’il l’enferma dans le couvent des Cordeliers de Fontenay-le-Comte en Poitou. Ce fut là que contraignant d’abord son humeur enjouée, il se vit réduit au point de pratiquer les austérités d’une règle qu’il ne pouvait violer sans crime ni châtiment. » (Lettre de Guillaume Budé à Pierre Lamy).

1520 Rabelais étudie avec ardeur les sciences, le grec, le latin, se lie avec G. Budé le grand humaniste et fréquente un cercle lettré. Mais depuis 1517 l’Eglise est agitée par Martin Luther. La Sorbonne interdit l’étude du grec. Les supérieurs de Rabelais et de Lamy leur confisquent leurs livres en 1523 et le leur rendent en 1524. Rabelais obtient du Pape de passer chez les Bénédictins, ordre qui aime l’étude. Geoffroy  d’Estissac, prélat humaniste, le protège.

1528 Rabelais commence ses études à Paris et quitte (sans autorisation, crime d’apostasie) le froc des bénédictins pour l’habit de prêtre séculier. Bachelier à Montpellier en 1530. A Lyon, en 1532, outre un savant ouvrage en médecine, il publie Pantagruel sous le pseudonyme d’Alcofribas Nasier destiné à distraire ses malades. Il accompagne à Rome le cardinal humaniste Jean du Bellay qui en fait son secrétaire et son médecin. 1535 Gargantua publié à Lyon. Chargé à Rome d’affaires juridiques complexes par G. d’Estissac il en profite pour régulariser sa situer et rentrer chez les Bénédictins.

  1. Licencié et docteur en médecine à Montpellier, pratique à Lyon une dissection remarquée. 1538, mort à Lyon de son fils naturel (2 ans). 1543 mort de G. d’Estissac. 1546 Tiers livre condamné par les théologiens. 1551 Jean du Bellay lui fait attribuer les bénéfices de deux cures dont celle de Meudon. 1552 Quart livre attaqué parl les théologiens et soutenu par les parlementaires. 1553 Il renonce à ses cures et meurt à Paris en bon chrétien.

1555 Calvin attaque « l’impiété ordurière » des livres de Rabelais. 1562 première guerre de Religion. 1564 Quint livre.

 

 

 (2) LETTRE A MESSIRE GUILLAUME BUDE.

 

Cette lettre en latin est de 1520-1521. Rabelais est inquiet car il sait que G. Budé a reçu sa première lettre. Mais celui-ci a beaucoup de travail. Helléniste remarquable, propagateur infatigable du grec en France, correspondant avec des humanistes célèbres (dont Rabelais plus tard), il est aussi à l’origine de la Bibliothèque nationale et du Collège de France (1530) fondé par François Ier. De Asse (1514) est un traité de numismatique (« Des monnaies »).

 

Salut,

(1)      Notre cher Pierre Lamy, homme (j’en jure par les Grâces digne d’être aimé s’il en fut, ayant absolument voulu que je vous écrivisse, je me suis rendu à l’abondance et à la fréquence des raisons dont il me talonnait et je lui ai obéi en mettant mon premier soin à invoquer et à supplier tous les dieux, afin qu’ils fissent tourner à bien cette démarche hasardeuse.

(2)      Malgré le violent désir que j’éprouvais (pourquoi ne pas l’avouer ?) de trouver le joint pour m’introduire en plein dans votre amitié, et bien que je préférasse cet avantage à celui de régner sur l’Asie entière, je n’étais pas sans craindre qu’en recherchant cette bienveillance, que je m’étais mis en tête de gagner par mes hommages, je ne fusse justement déçu dans mes voeux.

(3)      Qu’est-ce qu’un inconnu, inculte, obscur, inexpérimenté, complètement étranger à l’art de bien dire, peut attendre d’un homme renommé par son éloquence, que son mérite et son heureux génie mettent au-dessus de tous les autres ?

(4)      C’est pourquoi je pensais devoir remettre cette audacieuse tentative au temps où j’aurai un peu perfectionné mon style. Mais Lamy ne cessant de renouveler ses instances, je pris enfin le parti même au péril de ma considération, de prendre rang parmi ceux qui aiment mieux s’en rapporter sur leur compte au jugement d’autrui qu’au leur.

(5)      J’écrivis donc, il y a de cela cinq mois environ ; mais ce fut si gauchement que peu s’en faut que je ne m’abandonne tantôt à la honte, tantôt au repentir d’avoir écrit, attendu surtout que j’en suis encore à ignorer l’issue d’une démarche  dont tout d’abord je n’avais pas bien auguré. Budé s’était-il soucié de l’humble condition et des désirs d’un individu perdu dans la foule ? Ma lettre, lue à peine une fois et en courant, n’avait-elle pas été laissée de côté comme ne méritant que le dédain ?

(6)      D’autre part, quelque chose m’empêchait de m’abandonner à cette idée : c’était la persistance de  témoignages qui me venaient de tous ceux à qui il a été donné de jouir de la familiarité de Budé. Ils m’assuraient que la première qualité de Budé est une bonté inépuisable et pleine d’ouverture à l’égard de quiconque possède la pratique ou seulement le goût des lettres, encore qu’il ait montré quelque peu de sévérité et de froideur envers ceux que dans son De Asse, il a exposés aux yeux des savants, si artistement peints de leurs vraies couleurs, quand il prend à partie les gens de cour.

(7)      Lamy me prêchait dans le même sens en réponse aux plaintes que, dans l’incertitude du résultat de ma démarche, je lui adressais comme à celui qui m’avais rendu si prompt, voire si téméraire à la tenter.

(8)      De là l’idée qui me venait de présenter requête contre lui, et une requête vraiment terrible, d’où il ne se tirerait pas facilement, à moins de subir la peine que je fixerais, le moindre effet de celle-ci pouvant être la perte de tous ses biens, car il n’est pas supposable qu’une sentence qu’il a mérité moins qu’un pareil châtiment. (…)

François Rabelais, franciscain

(traduction Quicherat, in édition de la Pléiade)

 

  1. a) Résumer ce texte en 150 mots (+ 10 %). Respecter l’équilibre général des paragraphes. Indiquez le nombre de mots employés.
  2. b) Expliquez : « Je n’avais pas bien auguré » ; « Une bonté inépuisable et pleine d’ouverture ».
  3. c) Rabelais, à propos de son œuvre, explique qu’il faut briser l’os pour trouver « la substantifique moelle ». En quoi consiste cette «  »moelle ?  (environ 500 mots) 

 

 

(3) LETTRE À G.BUDE. CORRECTION S.G.D.G

 

  1. a) [150 mots demandés pour 49 lignes, soit 3 mots par ligne.]

 

  1. [6 lignes, 18 mots  demandés] Notre aimable Pierre Lamy m’y contraignant, après une prière aux dieux, je me résigne à vous écrire. (18 mots obtenus).
  2. [6 lignes, 18 mots demandés] J’avais la juste appréhension de me voir refuser une amitié supérieure à tout royaume. (15 mots obtenus)
  3. [5 lignes, 15 mots demandés] Que peut attendre un jeune, rustre et inexpérimenté comme moi, d’un génie dans les lettres comme vous ? (18 mots obtenus)
  4. [6 lignes, 18 mots demandés] Mais Lamy triompha de mon désir d’attendre. Me fiant à son jugement, je m’enhardis à vous écrire. (19 mots obtenus)
  5. [8 lignes,  24 mots demandés] Je le fis, il y a presque un semestre, mais si maladroitement que tout honteux, je pensais que votre sens littéraire avait dédaigné cette lettre obscure. (26 mots obtenus)
  6. [9 lignes, 27 mots demandés] Pourtant ceux qui vous connaissent bien soulignaient votre accueil extraordinaire à ceux qui aiment ou pratiquent la littérature et votre sévérité pour les courtisans. (24 mots obtenus)
  7. [4 lignes, 12 mots demandés] C’est en vain que Lamy tentait d’apaiser mes craintes. (11 mots obtenus)
  8. [5 lignes, 15 mots demandés] J’imaginais même de lui faire un procès qui, en bonne justice, le dépouillerait de tout. (16 mots obtenus).

             TOTAL : 147 mots obtenus

 

  1. b)  « Je n’avais pas bien auguré« . 1. L’augure est un présage. Le mot s’est réduit en « heur » d’où « bonheur » (de bon présage) et « malheur » (de mauvais présage) 2. Augurer c’était, à Rome, interpréter les signes (vol des oiseaux, entrailles des victimes) d’où l’expression « oiseau de mauvais augure ». 3. couramment, et dans  le texte, c’est avoir un pressentiment inquiétant.

« Une bonté inépuisable et pleine d’ouverture » 1. Epuiser, c’est, d’’après l’étymologie « sortir du puits » et l’ouverture est un « espace obtenu en écartant ce qui lui faisait obstacle ». In- est un préfixe de négation. Les deux termes renvoient à des réalités concrètes. 2. Mais les deux qualificatifs sont employés au figuré : il s’agit de qualifier une bonté inlassable, et accueillante à tous les visiteurs.

 

(4)      c)  A propos de son œuvre Rabelais explique qu’il  faut briser l’os pour trouver « la substantifique moelle ». En quoi consiste cette « moelle » ?

 

Code 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

  1. Prologue de Gargantua : par « curieuse leçon (lecture) et méditation fréquente, (il vous faudra) rompre l’os et sucer la substantifique moelle ». Il s’agit d’une « moelle » qui nourrit la réflexion, l' »os » la protégeant (« moqueries, folâtreries et menteries joyeuses« ). Plusieurs cas à envisager.

 

  1. Un  os peut être dépourvu de moelle. 11. la fantaisie verbale (énumérations) 12. les obscénités, les plaisanteries sur la boisson (Gargantua, Grandgousier) 13. le thème des géants (Gargantua mange six pélerins en salade). 19 donc comique pur sans intention sérieuse.

 

  1. Inversement la moelle peut se présenter sans os. 21. éducation (lettre de Gargantua à Pantagruel) 22 guerre (négociations vaines de Grandgousier pour éviter le conflit avec Picrochole) 29 donc passages très sérieux fournissant un enseignement.

 

  1. Mais souvent l’os contient la moelle. 31  thème de la guerre juste (Frère Jean défendant vigoureusement l’abbaye) 32 la vie est faite de joie et de peines (Gargantua heureux de la naissance de son fils et désolé de la mort de sa femme) 33 éloge de la méthode expérimentale (Gargantua enfant inventant un nouveau torche-cul) 39 donc thèmes de bon sens faciles à décoder.

 

  1. Mais l’os peut être difficile à casser et la moelle vraiment très nourrissante. 41. éducation personnalisée ou moutonnière (abbaye de Thélème) 42 guerre juste ou sadisme gratuit (Frère Jean traitant ses ennemis) 43 la solidarité universelle (Panurge faisant l’éloge des dettes car tout ce qui constitue l’univers doit quelque chose à quelqu’un) 44 relations entre microcosme et macrocosme, les mondes emboîtés (ce que contient la bouche de Gargantua). 49 Thèmes complexes destinés à faire méditer le lecteur sans lui dire où est la vérité ni si même il y en a une.

 

  1. Donc œuvre riche et ambigüe : comique pur, réflexions sérieuses, récits aisés à  comprendre, enfin récits profondément énigmatiques.

 

(5) Roger (14 août 2016) : Ceci était la conclusion d’un montage de lecture qui a dû durer pas mal de temps. Je n’en ai pas gardé un souvenir précis et les élèves non plus j’imagine. Mais il en est resté l’imprégnation et peut-être plus… Voir 26 REL Gargantua, dieu celte.

http://www.retorica.fr/Retorica/26-rel-gargantua-dieu-celte-200mots-2011_01/

 

Roger et Alii, Retorica, 1 850 mots, 11 400 caractères, 2016-08-14

 

Laisser un commentaire ?