07B EUR identité(s) histoire 2016

 

(1) Le fichier « 07B EUR Identité(s) européenne(s) (2012) » est momentanément indisponible. Je le remplace par l’analyse qui suit. L’identité européenne est multiple. C’est pourquoi on peut en parler au pluriel en faisant défiler de nombreux thèmes : géographie, histoire, institutions, culture et imaginaire, éducation, justice, économie, géopolitique, défense, valeurs enfin (et donc religions).

(2) Un angle d’attaque intéressant est celui de Naïma Ghermani « L’Europe au temps de Cranach 1480 – 1560 » (Réunion des musées nationaux, 2011, 96 p). L’auteur est spécialiste de l’histoire culturelle et politique du Saint Empire, c’est-à-dire du noyau de l’identité européenne. L’héritage romain et l’idéal chrétien constituaient alors les deux pôles d’un rêve : celui du Saint Empire romain germanique.

(3) Frédéric II de Hohenstaufen (1194 – 1250) réunit l’Allemagne et l’Italie, le nord et le sud. Le Saint Empire comportait plus d’un millier d’Etats et fonctionnait selon une monarchie élective. Le candidat était élu à Aix-la-Chapelle comme héritier de Charlemagne mais couronné par le pape à Rome. « Le droit féodal faisait du roi des Romains le premier Seigneur de l’Empire, mais aussi le plus haut juge et le garant de la paix et du droit. La majorité des princes d’Empire étaient placés sous sa suzeraineté et unis à lui par des liens de fidélité vassalique. » (o.c p. 11). Ce système féodal s’affaiblit en Europe sauf en France où il perdure au profit de la monarchie. L’empereur est assisté, voire contrôlé, par une diète. La dynastie des Habsbourg portait le titre impérial depuis le XIII° siècle et grâce à la « politique matrimoniale judicieuse » de Maximilien Ier (1459 – 1519) accroît ses territoires. Maximilien Ier ferraille contre le roi de France, François Ier lors des guerres d’Italie. Ce n’est pas ce qu’il fait de mieux.

(4) Mais surtout le royaume de Bourgogne, qui lui appartient par son premier mariage, « lui laisse une forte impression. C’est en effet, à la fin du Moyen-Age, un des premiers Etats à se moderniser, à mettre en place une administration centrale et à se doter d’archives. Maximilien s’efforce à son tour, sur ses territoires, d’unifier la diversité juridique qui les caractérisait en créant des institutions centrales. (…) Pour l’Empire, Maximilien tente également un travail de reconstruction et de remodelage des organes de gouvernement, lequel, certes, contribue à clarifier le système de la chancellerie, mais confine le souverain dans un pouvoir plus symbolique qu’effectif. Il obtient en 1495 l’interdiction des guerres privées, par l’instauration d’une paix publique perpétuelle, et la création d’une chambre impériale de justice dont les jugements en appel sont souverains. Il crée également un impôt régulier, le denier commun, destiné à l’entretien de la chambre impériale. Mais cette réforme des institutions d’Empire reste inaboutie.» (o.c p. 18 – 19) Cette faiblesse relative du pouvoir autorise, paradoxalement, un développement artistique étonnant.

(5) Le petit-fils de Maximilien Ier, le futur Charles-Quint, né à Gand en 1500, monte sur le trône impérial en 1519, suite à la mort prématurée de son père Philippe le Beau. Sa première langue est le français. Son royaume est immense mais il doit être élu par un collège de sept électeurs. La concurrence est rude car François Ier, et d’autres princes, sont eux aussi des candidats sérieux. Avec l’aide du banquier Fugger, Charles présente l’équivalent des deux tonnes d’or pour arroser les électeurs tandis que François Ier ne peut en rassembler qu’une tonne et demie ! Elu, et bien élu, Charles peut envisager la réalisation de la « monarchie universelle chrétienne » issue de « L’Institution du prince chrétien » (1515) de son cher Erasme. Il pratique la « devotio moderna » « fondée sur la méditation, l’intériorisation de la foi et l’intensité de la prière. » (p. 24) Comme François Ier, le roi-chevalier, c’est le « miles christianus », le chevalier du Christ, symbolisée par l’ordre prestigieux de la Toison d’Or. N’ayant pas de capitale fixe, Charles Quint passe, le quart de son temps, en déplacements de 1517 à 1555, notamment pour participer aux diètes locales. Il est certes aidé par sa nombreuse famille collatérale mais les prises de décision sont lentes et fastidieuses. Il renonce aux trônes impérial et espagnol et meurt en 1558 au monastère de Yuste, en Espagne.

(6) Sous son règne, la croissance économique est impressionnante, alimentée notamment par l’or des Amériques qui vient d’Espagne et irrigue le continent. Autour du Rhin se développent « les mines et les forges, le commerce lointain, notamment avec l’Orient, les manufactures et la banque. » (p. 28) La ligue professionnelle de la Hanse, reconnue officiellement dès 1281, « cultive une certaine autonomie vis-à-vis de l’Empire » (p. 31). Tout repose sur des « banquiers », marchands spécialisés dans les transferts d’argent et indispensables aux princes dans la construction d’Etats modernes. L’imprimerie, mise au point vers 1450, par Gutenberg, à Mayence permet d’inonder le marché en bibles et ouvrages de dévotion pour un public lettré, autant laïc qu’ecclésiastique.

(7) Cette activité culturelle, critique et intensive, permet à Lorenzo Valla (1407 – 1457), érudit prodigieux, de démontrer la fausseté de la « Donation de Constantin » que la papauté défendait énergiquement. Un humanisme anticlérical se développe. On veut revenir aux sources chrétiennes. Déjà, pendant le Grand Schisme (1378 – 1417) on avait eu deux papes, l’un à Rome et l’autre à Avignon. Mais la réforme, déjà indispensable, avait échoué. Le pouvoir papal était revenu à Rome avec des individus peu recommandables, issus de la famille Borgia, mais particulièrement doués pour les questions financières, liées au trafic des indulgences. Seul un tiers de la population européenne sait lire et écrire. Une dévotion de masse, intense, ignorante, se développe avec la crainte des châtiments dans l’au-delà. Frédéric le Sage (1463 – 1525), futur protecteur de Luther, revient d’un pèlerinage de Terre Sainte et se constitue une collection de dix-neuf mille reliques. A la fin du XV° siècle on invente le rosaire, ce grand chapelet que Luther attaquera violemment. La « devotio moderna » s’appuie largement sur cette répétition des « Ave » et des « Pater ». Voir http://www.ideesrapides.org/prierrosaire.htm

(8) Martin Luther (1483 – 1515) devait devenir juriste mais, à la suite d’une crise de conscience, il entame comme moine des études de théologie. Mais, malgré ses mortifications, il ne peut se défaire de la sensation de péché. Il devient docteur en 1512 ce qui l’autorise à prêcher en public et à étaler ses doutes : comment, malgré le péché, l’homme peut-il être sauvé ? L’Epître aux Romains lui répond : « le juste vivra par la foi ». Par la foi, non par des « indulgences » qui sauvaient de l’enfer et même du purgatoire. « Le pape se réservait de plus en plus le pouvoir des indulgences, d’abord pour financer les croisades, puis pour répondre aux angoisses des croyants et pouvoir à ses propres besoins financiers. Depuis 1476, les Fugger avaient mis en place un service bancaire particulier pour rassembler, prêter et transférer l’argent récolté. » (pp 53 – 54) Luther proteste violemment contre cette « comptabilité de l’au-delà » : « L’Appel à la noblesse chrétienne de la nation allemande » (1520) marque le début des guerres de religion qui seront terribles.

(9) La doctrine de Luther est fondée sur trois piliers : la foi seule, l’Ecriture seule et la grâce seule (« sola fide », « sola scriptura », « sola gratia »). Sur les sept sacrements il ne retient que le baptême et une communion rénovée. La Réformation ( luthérienne) et la Réforme (calviniste) reposent sur la parole, sur la prédication partout, sur les places ou dans les temples. C’est donc une culture très orale qui autorise la confrontation et la controverse. Dans ce mouvement, les « enthousiastes » (le mot est de Luther) vont plus loin : ils négligent l’Ecriture au profit d’un dialogue direct avec Dieu. Avec Thomas Müntzer (vers 1489 – 1525) cela débouche sur des propositions sociales virulentes condamnées violemment par Luther. D’où la guerre des Paysans (1524 – 1526) qui avait été précédée de celle des chevaliers (1522). Il faut un nouvel appareil législatif. On va progressivement séparer le spirituel du temporel. Cranach, ami de Luther, crée une nouvelle iconographie et la diffuse. En 1530, lors de la diète d’Augsbourg, Charles Quint contraint chaque groupe confessionnel à définir sa propre doctrine. En même temps les Réformés refondent les écoles avec un tel succès que les catholiques doivent réagir avec les collèges jésuites.

(10) Charles Quint espérait réconcilier les factions religieuses. Mais le concile de Trente (1545) prend parti en faveur des catholiques d’autant que la mort de Luther (février 1546) affaiblit le camp protestant. La Suisse avait trouvé en 1531 un compromis religieux. L’Empire va en faire de même avec la paix d’Augsbourg (1555). « En offrant aux luthériens la liberté de conscience et de culte, selon certaines conditions, la paix d’Augsbourg démontre que seuls l’Etat et le droit sont les garants de la paix civile. » (p.87) La France mettra quarante ans pour arriver à la même conclusion (édit de Nantes, 1598). Cette tolérance, c’est la laïcité à l’européenne.

(11) Roger (30 juin 2016). Les fondements de l’Europe moderne sont dans cette histoire avec ses diverses identités qui constituent un faisceau. Les fascismes ont dévoyé la métaphore mais elle repose sur un fond de vérité. Qu’une identité manque et toute la construction européenne est en grand danger. On l’a vu avec les juifs. Hitler voulait en tuer 13 millions. Il n’en a eu que 6 et l’Europe est restée inerte. Elle l’a payée de 50 millions de morts, soit 7 fois plus, chiffre biblique de la punition. On a découvert alors que haïr les juifs portait malheur mais les antisémites n’en sont pas encore convaincus. Actuellement ce sont les Roms qu’il faudrait aider et intégrer. Ils se sentaient finalement mieux traités dans la Roumanie de Ceausescu… Cela en dit long sur la déliquescence de l’Europe. Et augurerait mal de notre capacité à résister devant la poussée d’un islam conquérant qui nous faudra convertir à la démocratie. Du reste, beaucoup de musulmans réfléchissent à ce que signifiait la démocratie chrétienne.

d’après des notes prises par Roger et Alii

Retorica

1 680 mots, 10 500 caractères, 167 Ko, 2016-06-30

 

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