09 FRA Bretagne Ankou 2015 11

1. Blagues bretonnes

Pourquoi les bretons ont choisi « BZH » comme logo ?? – parce que ça signifie : Bretagne Zone Humide

Combien y a-t-il de saisons en Bretagne ? – Deux : la grande saison des petites pluies et la petite saison des grandes pluies.

Pourquoi les Bretons sont tous frères ? Parce qu’ils ont Quimper. (qu’un père)

En Bretagne, c’est facile de savoir si l’été est enfin là: la pluie devient plus chaude.

Un bigouden doit tomber malade. Il a le choix entre Parkinson ou Alzeimer. A votre avis, que va-t-il choisir ? Alzeimer, bien sûr… Il préfère oublier de payer son verre que de le renverser !

Un médecin recommande,à son ami bigouden, de faire du sport ; il lui répond : ben ! je fais du sport, je fais « les bars parallèles

Comment s’est formé le grand canyon ? Un car de Bigoudens avait perdu 5 centimes…

Deux bigoudens sur le TITANIC lors de la nuit du naufrage :

On est foutu, on est foutu !(En pleurant) ;

Mais arrête de pleurer don ! t’es un grand garçon non ?! l’aut’ toujours en train de pleurer. -Arrête don ! c’est pas la peine de pleurer quand même ! Et d’abord pourquoi tu pleures ?

Mais, le bateau est en train de couler !

Et alors,c’est pas le tien, si !??

Les dictons bretons:

La seule chose qui ne soit pas en déficit à Brest c’est la pluviométrie (blague brestoise)

Vent de nordé, cap a la bollée

Horizon pas nette, reste a la buvette

Biere du matin ,n’effrai pas le pélerin

Caca de mouette,tempête ; caca de goeland beau temps….

2. Les Boutons d’or

Il y avait une fois une bonne femme dont le mari était cantonnier. Un jour qu’il travaillait sur la grande route, il trouva une valise qui était pleine d’or. Il revint au logis, et dit à sa femme :

— C’est moi qui ai trouvé un joli sac de cuir avec de beaux boutons dedans ! J’aurai pour longtemps avec quoi boutonner mes culottes.

— Fais-moi-les voir, dit la femme.

Elle ouvrit la valise, et comme elle était moins simple que son homme, dès qu’elle eut vu ce qu’elle contenait :

— Va te coucher, dit-elle ; tu es malade.

— Mais non.

— Si, je le vois bien ; il n’y a qu’à regarder ta figure.

Quand son homme fut couché, elle l’endormit en lui faisant respirer des herbes fortes, mit deux œufs dans son lit, puis baratta du lait.

Le soir, le cantonnier voulut se lever ; mais elle borda soigneusement ses couvertures et le fit rester au lit, en disant toujours qu’il avait la mine malade.

Le lendemain matin, quand il s’éveilla, il dit :

— Je retourne à ma journée ; je suis bien guéri aujourd’hui.

En se levant, il trouva dans son lit les deux œufs que la fine commère y avait placés la veille.

— Ah ! s’écria-t-il, tu avais raison de dire que j’étais malade : j’ai pondu deux œufs, et les voilà.

Le cantonnier alla à la croisée et vit la cour de la maison toute blanche : sa femme y avait jeté le lait qu’elle avait baratté.

— Qu’y a-t-il de blanc devant la maison ?

— Ah ! répondit-elle, pendant que tu étais couché, il a plu du lait-ribot.

Le bonhomme reprit ses outils et retourna travailler sur la route. À peine y était-il arrivé, qu’un monsieur l’aborda et lui dit :

— N’avez-vous rien trouvé hier sur cette route, mon ami ?

— Si, monsieur ; j’ai trouvé un petit sac en cuir, rempli de boutons jaunes.

— Faites-le-moi voir, s’il vous plaît.

— Venez avec moi ; il est à la maison.

Quand il fut arrivé chez lui avec le monsieur, il dit à sa femme :

— Montre-moi le petit sac de cuir que je t’ai apporté hier.

— Tu ne m’as rien apporté.

— Si, je t’ai donné un petit sac en cuir.

— Un petit sac en cuir ? Quel jour donc ?

— Tu ne te rappelles plus ? C’est le jour où j’ai pondu deux œufs, et où il a tombé du lait-ribot.

— Vous voyez bien qu’il est fou, dit la bonne femme.

Le monsieur crut que le cantonnier avait adioté, et la bonne femme a eu la bourse.

(Conté en 1879 par Élisa Durand, de Saint-Cast.)

J’ai recueilli a Ercé une autre version de ce conte, où il est question d’un journalier qui trouve un trésor et qui le garde par l’adresse de sa femme ; celle-ci lui fait accroire qu’il a pondu un œuf et qu’il a plu de la saucisse.

Un des épisodes du très-curieux conte de Sachuli l’innocent, recueilli par Mademoiselle Maive Stokes (Indian Fairy Tales, Calcutta, 1879), montre la mère de Sachuli semant des confitures sèches autour de sa maison, afin que lorsqu’on interrogera son fils, qu’elle sait faible d’esprit, sur un vol qu’elle a commis, il réponde que c’était le jour où il a plu des confitures. La ruse réussit en effet. Mademoiselle Stokes, dans le commentaire de ce conte, cite un récit publié dans Pall Mall Budget (numéro du 12 juillet 1878, Wild life in southern Country), où la mère d’un garçon innocent, désirant discréditer par avance son témoignage, monte l’escalier et fait pleuvoir du raisin sur son fils. Quand celui-ci est appelé à préciser le temps où s’est passé le fait qu’il raconte, il répond : « Quand il a plu du raisin » et, bien entendu, on ne le croit pas. — M. Campbell ajoute en note : « Ce conte d’un garçon stupide a son similaire dans un conte gaélique de ma collection, où le garçon fait remonter un événement vrai au jour où il a plu des crêpes ou quelque chose d’analogue. » Dans un des nombreux Jean le Diot inédits que je possède, sa mère jette aussi des crêpes par la fenêtre du grenier pour faire accroire à son fils qu’il pleut des crêpes. À la page 385, vol. II, des Contes des West Highlands, un garçon « à moitié nigaud » est trompé aussi par sa mère, et il date le vol qu’il a fait du jour où il y a eu « une ondée de soupe au lait. » (Indian Fairy Tales, p. 257.) On peut aussi rapprocher de ces diverses pluies factices et étranges la grêle, le tonnerre et les éclairs qui jouent un rôle analogue dans un conte des Mille et une Nuits intitulé : Histoire du Mari et du Perroquet.

(Paul Sébillot, Contes de la Haute-Bretagne)

3. Bécassine Wikipédia

1. Bécassine est un personnage de bande dessinée née en 1905 dans la Semaine de Suzette, magazine pour fillettes qui venait d’être créé. Les planches étaient dessinées par Joseph Pinchon (1871 – 1953) et les scénarios sommaires venaient de la rédactrice en chef de la revue, Jacqueline Rivière (1851 – 1920). Elle s’inspirait des bévues et maladresses de sa bonne d’origine bretonne. Le succès fut immédiat grâce à la qualité du dessin. Celui-ci préfigure la “ligne claire” popularisée ving-cinq ans plus tard par Hergé. Après 1913 les scénarios plus étoffés furent écrits par Maurice Languereau (1867 – 1941) sous le pseudonyme de Caumery. La série se poursuivit jusqu’en 1953, date de la mort de Pinchon. Ensuite d’autres dessinateurs et d’autres scénaristes prirent la relève.

2. Le personnage de Bécassine ulcéra les Bretons et la chanson de Chantal Goya “Bécassine c’est ma cousine” (1979, 3 millions d’exemplaire ) réactiva les rancœurs. Le chanteur et guitariste breton Dan Ar Braz mit à son répertoire une chanson  : Bécassine, ce n’est pas ma cousine ! Il faut dire que les dictionnaires ont consacré un usage péjoratif, à commencer par le Larousse qui définit Bécassine “Jeune fille sotte ou naïve ”. En 1939 un groupe de Bretons voulut détruire au musée Grévin la statue en cire du personnage. Bécassine traduisait le racisme de la bourgeoisie parisienne à l’égard des Bretons. Un commentateur voit dans Bécassine un “mélange de bonté et de bêtise entêtées qui puise ses racines dans le vieux mythe de la « Bretagne arriérée mais pure« . Un autre commentateur relève :« L’image du Breton têtu, courageux, borné, plouc, alcoolique s’impose. Le plus grave est sans doute la manière dont les Bretons ont eux-mêmes intégré cette image qui leur est renvoyée, il est vrai, de multiples façons »

3. Mais cette image a changé. D’abord l’entre-deux guerres, de 1918 à 1939, a vu la ruine de bien des rieurs fortunés tandis que la Bretagne sortait lentement du sous-développement. Ensuite Bécassine, présentée le poing dressé, devient le symbole de la lutte contre les marées noires. En relisant les albums Bernard Lehembre dans Bécassine, une légende du siècle (Gautier-Languereau, 2005), note qu’on la retrouve en motocyclette, en avion, en automobile, elle téléphone et connaît le cinéma. Françoise Dolto avait signalé ses albums « comme des modèles d’une éducation moderne et d’une compréhension de la psychologie enfantine ».Dans Alias Caracalla (Gallimard, 2009) Daniel Cordier signale le heurt entre un Breton qui s’imagine que le reste de la France se moque de lui et un non-Breton qui aime les albums de Bécassine et n’y voit aucun racisme. C’est simplement une brave fille naïve qui débarque de sa campagne mais qui va rapidement apprendre les usages de la ville, grâce à son bon sens.

4. Wikipédia évoque, à ce sujet, un album comme Bécassine, son oncle et leurs amis. “Nous la voyons servir de guide à des gens de son village qui désirent visiter l’Exposition de Paris ; là encore ces provinciaux en costume breton vont connaître des mésaventures liées à leur ignorance de la vie parisienne. Mais un autre côté est à considérer : la Guerre a changé toutes les données dans la vie sociale, les petites lectrices s’en rendent compte en entendant parler leurs parents et la Semaine de Suzette essaie d’en tenir compte. Tandis que la marquise de Grand Air commence à éprouver des difficultés financières (elle sera bientôt obligée de quitter son hôtel particulier, loué à un Américain, ce qui est tout un symbole), les paysans de Clocher-les-Bécasses se sont maintenant enrichis avec la hausse du prix de la viande de porc et ils ont envie de visiter Paris. Le renversement est significatif. Au cours d’un épisode un peu compliqué, tout le monde se retrouve dans un grand restaurant où l’on mange des truffes et où l’on boit du champagne ; arrive l’addition forcément corsée, l’oncle Corentin, maire du village demande à chacun une petite somme et paye le reste. La petite lectrice de l’époque se rend alors compte que ce paysan est capable de sortir de sa poche une somme qui paraîtrait bien grosse à ses parents.” (d’après Wikipédia)

4. Le lobby du cochon – nitrates

Médiapart 2012_09_22 Michel de Pracontal

Chaque année, entre 40.000 et 90.000 m3 d’algues vertes sont ramassées en Bretagne, principalement dans les baies de Douarnenez, de Lannion et de Saint-Brieuc. Ces algues du genre Ulva, appelées communément « laitue de mer », se mettent à proliférer entre le printemps et le début de l’été.

Elles constituent le phénomène des marées vertes sont à l’origine d’un processus de putréfaction qui produit de l’hydrogène sulfuré. C’est ce gaz hautement toxique qui a causé la mort en juillet 2011, la mort de trente-six sangliers près de Morieux, dans la baie de Saint-Brieuc.

La cause des marées vertes est connue : ce sont les rejets azotés, autrement dit les nitrates, qui proviennent à 90% de l’activité agricole. Schématiquement, la moitié des nitrates est issue des lisiers produits par les élevages intensifs et l’autre moitié vient des engrais chimiques. Bien que la responsabilité de l’agriculture industrielle soit connue depuis longtemps, les mesures prises pour réduire les rejets azotés restent très insuffisantes.

Ce week-end, plusieurs associations de défense de l’environnement regroupées dans la Coordination verte et bleue organisent à Trémargat, dans les Côtes d’Armor, une série de rencontres pour défendre un « nouveau modèle économique breton », en rupture avec l’agriculture intensive.

(…) On trouvera … un bon compte-rendu de l’histoire des marées vertes en Bretagne dans le livre d’André Ollivro et Yves-Marie Le lay, Les marées vertes tuent aussiédité par Le Temps.

(…) la production bretonne de viande. Celle-ci a été multipliée, entre 1950 et 1970, par 4 pour les volailles, par 3 à 4 pour les cochons et par 2 à 3 pour les bovins. La quantité totale de viande provenant des élevages de volailles, porcs et bovins était de 519 000 tonnes en 1966 ; elle est 4 fois plus importante actuellement.

Un plan gouvernemental de lutte contre la prolifération algale en Bretagne a été adopté et mis en œuvre à partir de février 2011. Il a pour principal objectif « la réduction des rejets azotés dans les cours d’eau se déversant dans les baies affectées par ces phénomènes ». Mais bien que le diagnostic soit établi depuis de longues années, et que l’on ait commencé à appliquer le remède, les progrès restent très lents. Le lobby agro-alimentaire a traîné les pieds, contesté le plan gouvernemental et tenté de discréditer la démonstration scientifique du lien entre rejets azotés et marées vertes.

Exemple récent : dans un décret d’octobre 2011, le gouvernement Fillon avait revu à la hausse les surfaces légalement épandables. Un moyen de doper encore la production porcine et volaillère, qui ne semblait pourtant pas en avoir besoin.  Le nouveau ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, s’est empressé de ne rien changer et de maintenir cette mesure qui contribue à aggraver les marées vertes. Pour l’agriculture bretonne, le changement, ce sera plus tard…

On peut aussi rappeler que l’agriculture avait été la grande absente du Grenelle de l’environnement, qui s’était montré bien silencieux sur le problème des nitrates et des conséquences des activités agricoles sur la pollution des eaux douces.

(…) L’objectif n’est pas simple à atteindre, comme le souligne le rapport Chevassus. « “Changer de modèle”, “produire autrement” sont aussi des choix de société, donc des choix politiques par rapport aux usages des sols, des espaces et des ressources. Les agriculteurs ne peuvent pas changer seuls, ni rapidement, cela prendra du temps et demandera d’exprimer une solidarité et de redonner du sens à leur métier. » 

5. Un noir champion de bombarde

Yannick, champion de Bretagne de bombarde, est noir. Est-ce un problème?

De Arnaud BLAIN (AFP) – 25 févr. 2011 

QUIMPER — Yannick Martin, 24 ans, un jeune né en Colombie et adopté tout bébé par une famille finistérienne, est le meilleur joueur de bombarde de Bretagne, avec deux titres de champion de musique traditionnelle bretonne. Son seul défaut, aux yeux d’un site nationaliste breton : être noir.

« Pour ces gens-là, c’est la couleur de peau qui est visée. C’est très malsain et ce n’est pas du tout l’image que reflète la culture bretonne. Mais il ne faut pas s’arrêter à ça. Je me sens entièrement Breton, ça ne m’empêchera pas de sonner », déclare Yannick, 24 ans, décidé à continuer de jouer en public.

Le jeune homme a été très choqué par des commentaires odieux postés par quelques internautes racistes sur un site hébergé aux Etats-Unis. Il a d’abord voulu taire l’affaire pour éviter un buzz sur cette histoire mais a fini par porter plainte au commissariat de Lorient.

« Si j’ai une revanche à prendre là-dessus, c’est en continuant à jouer et à transmettre des choses, à faire ressentir des choses au public qui est en face de moi dans les différentes manifestations », explique-t-il.

Dimanche, il figurera en bonne place au sein du bagad Quimper au concours des bagadou de première catégorie, à Brest.

Ce jour-là, tous les joueurs porteront un petit signe distinctif – deux petits rubans blanc et noir, les couleurs Gwenn ha Du (noir et blanc en Breton), le drapeau de la Bretagne – en soutien à Yannick. Une initiative de la fédération des bagadou et sonneurs de Bretagne et d’ailleurs (Bodadeg ar Sonerion, BAS en Breton).

« Ce qu’ils font à Yannick est odieux, c’est totalement inacceptable. Cette mentalité relève d’un autre temps », dénonce le président de la fédération, André Queffélec.

« La fédération est blessée, ce n’est pas l’idée que nous avons de la Bretagne et de sa culture que nous souhaitons partager. Dans notre milieu, il n’y a pas de problème de couleur de peau », ajoute-t-il.

C’est même exactement le contraire puisque les bagads accueillent sans distinction toutes les personnes qui s’intéressent à la culture bretonne. « Il y a des gens de toutes origines et aujourd’hui beaucoup d’enfants adoptés. On parle de Yannick, mais en fait, il est loin d’être le seul », déclare André Queffélec.

La BAS a été mise en cause par le site pseudo nationaliste breton à cause de son choix d’élire Yannick meilleur sonneur de couple bombarde et biniou. La fédération a porté plainte, tout comme la Ligue internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme.

Ces dernières semaines, le site nationaliste avait mis en ligne une vidéo montrant Yannick Martin et son compère Daniel Moign, qui forme avec lui le couple biniou-bombarde qui a remporté en septembre 2010 et pour la seconde fois, le titre de champion de Bretagne.

Une courte série de commentaires à caractère raciste que le site a depuis expurgé, accompagne la vidéo qui montre Yannick emporté par la musique.

« C’est le mélange qui va faire évoluer la musique bretonne, plus on ira dans ce sens là, plus ce sera enrichissant », affirme Yannick, qui se produit avec succès avec son frère jumeau, Tangy, à la bombarde. La musique est un terrain de retrouvaille pour les deux frères, séparés en deux familles différentes au moment de l’adoption.

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6. Design breton – les faïences

Le design breton est symbolisé par le célèbre triskell ou roue à trois branches. Le nom vient du grec triskelès “à trois jambes”. Il représente trois jambes humaines et on le trouve déjà en Irlande sur une grande pierre d’un tombeau néolithique.

D’après l’historien et archéologue Venceslas Kruta le triskell représente dans l’iconographie celtique les trois point du mouvement du soleil, lever, zénith et coucher. Ou encore les trois dieux celtiques principaux ou le caractère trinitaire de la déesse unique, fille, mère, épouse. Ou encore il représenterait les Trois mondes : monde des vivants, monde des morts, monde des esprits.

Le triskell a été adopté dans les milieux druidique et nationaliste à la fin du XIX°. Sa mode aurait été lancée par les frères Jacob dont l’un était antiquaire à Quimper et l’autre le célèbre poète Max Jacob.

Il figure sur les broderies bretonnes et le renouveau de la musique bretonne avec Alan Stivell dans les années 1970 l’a rendu très populaire en France mais aussi en Galice et dans les Asturies. C’est le nom de plusieurs groupes de musique celtique et aussi d’un groupe de rock breton apparu en 2007 et mené par la chanteuse Lucie Payen.

Les faïences de Quimper existent au moins depuis 1711. Elles ont popularisé les bols à oreilles depuis 1936. La marque HB Henriot a connu de graves difficultés suite à la concurrence asiatique. Elles se sont adjoint une branche bijoux. Ceux-ci sont devenus célèbres grâce à l’orfèvre et créateur Pierre Toulhoat

Le design breton ou breizh design est la marque d’un nouveau style décoratif qui modernise les thèmes anciens.

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7. L’Ankou

L’Ankou est l’ouvrier de la mort (oberour ar maro).

Le dernier mort de l’année, dans chaque paroisse, devient l’Ankou de cette paroisse pour l’année suivante. Quand il y a eu, dans l’année, plus de décès que d’habitude, on dit en parlant de l’Ankou en fonction:

War ma fé, heman zo eun Anko drouk. (Sur ma foi, celui-ci est un Ankou méchant.)

On dépeint l’Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d’un large feutre; tantôt sous la forme d’un squelette drapé d’un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu’une girouette autour de sa tige de fer, afin qu’il puisse embrasser d’un seul coup d’oeil toute la région qu’il a mission de parcourir.

Dans l’un et l’autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires, en ce qu’elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l’Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.

Le char de l’Ankou (karrik ou karriguel ann Ankou) est fait à peu près comme les charrettes dans lesquelles on transportait autrefois les morts.

Il est traîné d’ordinaire par deux chevaux attelés en flèche. Celui de devant est maigre, efflanqué, se tient à peine sur ses jambes. Celui du timon est gras, a le poil luisant, est franc du collier. L’Ankou se tient debout dans la charrette.

Il est escorté de deux compagnons, qui tous deux cheminent à pied. L’un conduit par la bride le cheval de tête. L’autre a pour fonction d’ouvrir des barrières des champs ou des cours et les portes des maisons. C’est lui aussi qui emplie dans la charrette les morts que l’Ankou a fauchés.

Lorsque l’Ankou se met en route pour sa tournée, sa charrette est, dit-on pleine de pierres, afin de rouler plus lourdement et de faire plus de bruit.

Arrivé près de la maison où se trouve le moribond qu’il doit cueillir, il décharge brusquement sa charrette, pour faire place à son nouveau « lest ». De là ce fracas de pierraille que l’on entend si souvent dans les logis où l’on veille un mourant, juste à l’instant où celui-ci rend le dernier soupir.

(Marie-Yvonne Mainguy. – Port-Blanc)

Les maisons neuves et la mort

Il ne faut jamais entrer pour la première fois dans une maison que l’on vient de faire construire sans y être fait précéder par un animal domestique quelconque, chien, poule ou chat.

Quand une maison neuve est en construction, l’on n’a pas plus tôt mis en place la marche du seuil que l’Ankou s’y vient asseoir, pour guetter la première personne de la famille qui la franchira. Il n’y a qu’un moyen de l’éloigner : c’est de lui donner en tribut la vie de quelque animal : un œuf suffit, pourvu qu’il ait été couvé. Dans le pays de Quuimperlé, on immole un coq et on arrose les fondations avec son sang.

8. Le char de la mort

C’était un soir, en juin, dans le temps qu’on laisse les chevaux dehors toute la nuit.

Un jeune homme de trézélan était allé conduire les siens aux près. Comme il s’en revenait en sifflant, dans la claire nuit, car il y avait grande lune, il entendit venir à l’encontre de lui, par le chemin, une charrette dont l’essieu mal graissé faisait : Wik! wik!

Il ne douta pas que ce ne fût karriguel ann Ankou (la charrette, ou mieux la brouette de la Mort).

– A la bonne heure, se dit-il, je vais donc voir enfin de mes propres yeux cette charrette dont on parle tant!

Et il escalada le fossé où il se cacha dans une touffe de noisetiers. De là il pouvait voir sans être vu.

La charrette approchait. Elle était traînée par trois chevaux blancs attelés en flèche. Deux hommes l’accompagnaient, tous deux vêtus de noir et coiffés de feutres aux larges bords. L’un d’eux condusait par la bride le cheval de tête, l’autre se tenait debout à l’avant du char.

Comme le char arrivait en face de la touffe de noisetiers où se dissimulait le jeune homme, l’essieu eut un craquement sec.

– Arrête ! dit l’homme de la voiture à celui qui menait les chevaux .

Celui-ci cria: Ho! et tout l’équipage fit halte.

– La cheville de l’essieu vient de casser, reprit l’Ankou. Va couper de quoi en faire une neuve à la touffe de noisetiers que voici.

– Je suis perdu! pensa le jeune homme qui déplorait bien fort en ce moment son indiscrète curiosité.

Il n’en fut cependant pas puni sur-le-champ. Le charretier coupa une branche, la tailla, l’introduisit dans l’essieu, et, cela fait, les chevaux se remirent en marche. Le jeune homme put rentrer chez lui sain et sauf, mais, vers le matin, une fièvre inconnue le prit, et le jour suivant, on l’enterrait.

(Conté par François Omnès de Bégard, plus connue sous le nom de Fantic Jan ar Gac (Françoise [fille de] Jeanne Le Gac). – Septembre 1890.

9. L’histoire du forgeron

Fanch ar Floc’h était forgeron à Ploumilliau. Comme c’était un artisan modèle, il avait toujours plus de travail qu’il n’en pouvait exécuter. C’est ainsi qu’une certaine veille de Noël, il dit à sa femme après le souper:

– Il faudra que tu ailles seule à la messe de minuit avec les enfants : moi, je ne serai jamais prêt à t’accompagner : j’ai encore une paire de roues à ferrer, que j’ai promis de livrer demain matin, sans faute, et, lorsque j’aurai fini, c’est, ma foi de mon lit que j’aurai surtout besoin,.

A quoi sa femme répondit :

– Tâche au moins que la cloche de l’Elevation ne te trouve pas encore travaillant.

– Oh! fit-il, à ce moment-là, j’aurai déjà la tête sur l’oreiller.

Et, sur ce, il retourna à son enclume, tandis que sa femme apprêtait les enfants et s’apprêtait elle-même pour se rendre au bourg, éloigné de près d’une lieue, afin d’y entendre la messe. Le temps était clair et piquant, avec un peu de givre. Quand la troupe s’ébranla, Fanch lui souhaita bien du plaisir.

– Nous prierons pour toi, dit la femme, mais souviens-toi, de ton côté, de ne pas dépasser l’heure sainte.

– Non, non. Tu peux être tranquille.

Il se mit à battre le fer avec ardeur, tout en sifflotant une chanson, comme c’était son habitude, quand il voulait se donner du coeur à l’ouvrage. Le temps s’use vite, lorsqu’on besogne ferme. Fanch ar Floc’h ne le sentit pas s’écouler. Puis, il faut croire que le bruit de son marteau sur l’enclume l’empêcha d’entendre la sonnerie lointaine des carillons de Noël, quoiqu’il eût ouvert tout exprès une des lucarnes de la forge. En tout cas, l’heure de l’Elevation était passée, qu’il travaillait encore. Tout à coup, la porte grinça sur ses gonds.

Etonné, Fanch ar Floc’h demeura, le marteau suspendu, et regarda qui entrait.

– Salut ! dit une voix stridente.

– Salut ! répondit Fanch.

Et il dévisagea le visiteur, mais sans réussir à distinguer ses traits que les larges bords rabattus d’un chapeau de feutre rejetaient dans l’ombre. C’était un homme de haute taille, le dos un peu voûté, habillé à la mode ancienne, avec une veste à longues basques et des braies nouées au-dessus du genou. Il reprit, après un court silence:

– J’ai vu de la lumière chez vous et je suis entré, car j’ai le plus pressant besoin de vos services.

– Sapristi! dit Fanch, vous tombez mal, car j’ai encore à finir de ferrer cette roue, et je ne veux pas, en bon chrétien, que la cloche de l’Elévation me surprenne au travail.

– Oh ! fit l’homme, avec un ricanement étrange, il y a plus d’un quart d’heure que la cloche de l’Elévation a tinté.

– Ce n’est pas Dieu possible! s’écria le forgeron en laissant tomber son marteau.

– Si fait ! repartit l’inconnu. Ainsi que vous travailliez un peu plus, ou un peu moins!… D’autant que ce n’est pas ce que j’ai à vous demander qui vous retardera beaucoup; il ne s’agit que d’un clou à river.

En parlant de la sorte, il exhiba une large faux, dont il avait jusqu’alors caché le fer derrière ses épaules, ne laissant apercevoir que le manche, que Flanch ar Floc’h avait, au premier aspect, pris pour un bâton.

– Voyez, continua-t-il, elle branle un peu : vous aurez vite fait de la consolider.

– Mon Dieu, oui ! Si ce n’est que cela , répondit Fanch, je veux bien.

L’homme s’exprimait, d’ailleurs, d’une voix impérieuse qui ne souffrait point de refus. Il posa lui-même le fer de la faux sur l’enclume.

– Eh ! mais il est emmanché à rebours, votre outil ! observa le forgeron. Le tranchant est en dehors! Quel est le maladroit qui a fait ce bel ouvrage?

– Ne vous inquiétez pas de cela, dit sévèrement l’homme. Il y a faux et faux. Laissez celle-ci comme elle est et contentez-vous de la bien fixer.

– A votre gré, marmonna Fanch ar Floc’h, à qui le ton, du personnage ne plaisait qu’à demi.

Et, en un tour de main, il eut rivé un autre clou à la place de celui qui manquait.

– Maintenant, je vais vous payer, dit l’homme.

– Oh ! ça ne vaut pas qu’on en parle.

– Si ! tout travail mérite salaire. Je ne vous donnerai pas d’argent, Fanch ar Floc’h, mais, ce qui a plus de prix que l’argent et que l’or: un bon avertissement. Allez vous coucher, pensez à votre fin, et, lorsque votre femme rentrera, commandez-lui de retourner au bourg vous chercher un prêtre. Le travail que vous venez de faire pour moi est le dernier que vous ferez de votre vie. Kénavô! (Au revoir.)

L’homme à la faux disparut. Déjà Fanch ar Floc’h sentait ses jambes se dérober sous lui : il n’eut que la force de gagner son lit où sa femme le trouva suant les angoisses de la mort.

– Retourne, lui dit-il, me chercher un prêtre.

Au chant du coq, il rendit l’âme, pour avoir forgé la faux de l’Ankou.

(Conté par Marie-Louise Daniel. – Ploumilliau.)

10. La route barrée

Trois jeunes gens, les trois frères Guissouarn, du village de l’Enès, en Callac, revenaient d’une veillée d’hiver dans une ferme assez éloignée de chez eux. Pour rentrer, ils avaient à suivre quelques temps l’ancienne voie royale de Guingamp à Carhaix. Il faisait temps sec et claire lune, mais le vent d’est soufflait avec violence.

Nos gars, que le cidre avait égayés, chantaient à tue-tête, s’amusant à faire résonner leurs voix plus fort que le vent. Soudain, ils virent quelque chose de noir au bord de la douve. C’était un vieux sécot de chêne que la tempête avait déraciné du talus.

Yvon Guissouarn, le plus jeune des trois frères, qui avait l’esprit enclin à la malice, imagina un bon tour.

– Savez-vous ? dit-il, nous allons traîner cet arbre en travers de la route, et, ma foi, s’il survient quelque roulier après nous, il faudra bien qu’il descende de voiture pour déplacer l’arbre s’il veut passer.

– Oui, ça lui fera faire de beaux jurons, acquiescèrent les deux autres.

Et les voilà de traîner le sécot de chêne en travers du chemin. Puis, tout joyeux d’avoir inventé cette farce, ils gagnèrent le logis. Ils ne couchaient pas dans la maison. Pour être plus à portée de soigner les bêtes, tous trois avaient leurs lits dans la crèche aux chevaux. Comme ils avaient veillé assez tard et qu’ils avaient en plus la fatigue d’une journée de travail, ils ne furent pas longs à s’endormir. Mais, au plus profond de leur premier somme, ils furent réveillés en sursaut. On heurtait avec bruit à l’huis de l’étable.

– Qu’est-ce qu’il y a? demandèrent-ils en sautant à bas de leurs couchettes.

Celui qui frappait se contenta de heurter à nouveau, sans répondre.

Alors l’aîné des Guissouarn courut à la porte et l’ouvrit toute grande : il ne vit que la nuit claire, n’entendit que la grosse haleine du vent. Il essaya de refermer la porte, mais ne put. Les forces de ses frères réunies aux siennes ne purent pas d’avantage. Alors, ils furent saisis du tremblement de la peur et dirent d’un ton suppliant :

– Au nom de Dieu, parlez! Qui êtes-vous et qu’est-ce qu’il vous faut ?

Rien ne se montra, mais une voix sourde se fit entendre, qui disait :

– Qui je suis, vous l’apprendrez à vos dépens si, tout à l’heure, l’arbre que vous avez mis en travers de la route n’est pas rangé contre le talus. Voilà ce qu’il me faut. Venez.

Ils allèrent tels qu’ils étaient, c’est-à-dire à moitié nus, et confessèrent par la suite qu’ils n’avaient même pas senti le froid, tant l’épouvante les possédait tout entiers. Quand ils arrivèrent près du corps de l’arbre, ils virent qu’une charrette étrange, basse sur roues, attelée de chevaux sans harnais, attendait de pouvoir passer. Croyez qu’ils eurent tôt fait de replacer le sécot de chêne à l’endroit où ils l’avaient trouvé abattu. Et l’Ankou – car c’était lui – toucha ses bêtes, en disant :

– Parce que vous aviez barré la route, vous m’avez fait perdre une heure : c’est une heure que chacun de vous me devra. Et si vous n’aviez pas obéi incontinent à mon injonction, vous n’auriez dû autant d’années de votre vie que l’arbre serait resté de minutes en travers de mon chemin.

(Conté par un maçon. Callac.)

11. Les Intersignes

Définition

Les intersignes annoncent la mort. Mais la personne à qui se manifeste l’intersigne est rarement celle que la mort menace. Si l’intersigne est aperçu le matin, c’est que l’événement annoncé doit se produire à bref délai (huit jours au plus). Si c’est le soir, l’échéance est plus lointaine; elle peut être d’une année et même davantage. Personne ne meurt sans que quelqu’un de ses proches, de ses amis ou de ses voisins, n’en ait été prévenu par un intersigne. Les intersignes sont comme l’ombre, projetée en avant, de ce qui doit arriver.

Si nous étions moins préoccupés de ce que nous faisons ou de ce qui se fait autour de nous en ce monde, nous serions au courant de presque tout ce qui se passe dans l’autre.

Les personnes qui nient les intersignes en ont autant que celles qui en ont le plus. Elles les nient uniquement parce qu’elles ne savent ni les voir, ni les entendre; peut-être aussi parce qu’elles les craignent et qu’elles ne veulent rien entendre ni rien voir de l’autre vie.

Le don de voir

Certaines gens ont plus que d’autres le don de voir. Dans mon jeune temps on se montrait du doigt, non sans une secrète épouvante, les personnes qui étaient douées de ce pouvoir mystérieux.

Hennès hen eus ar pouar! disait-on (Celui-là a le pouvoir). Dans cette catégorie privilégiée, il faut ranger en première ligne ceux « qui ont passé en terre bénite et en sont sortis avant d’avoir été baptisés. »

Voici le cas : un enfant vient de naître. Le recteur, que l’on est allé trouver, a fixé l’heure du baptême. Mais vous savez comme les gens de la campagne sont peu exacts. Père et matrone, parrain et marraine flânent en chemin, s’attardent aux auberges s’il y en a sur la route, n’arrivent au bourg que longtemps après l’heure convenue. Le prêtre s’est lassé de les attendre vainement ou a été appelé par quelque autre devoir de son ministère.

Nos gens se rendent au porche, trouvent l’église déserte. A leur tour de s’y morfondre. Il n’y fait pas chaud. L’enfant crie. La matrone, la groac’hann-holenn (la vieille-au-sel), déclare que si l’on reste là, le nouveau-né risque « d’attraper sa mort ». On gagne quelque endroit mieux abrité, l’auberge la plus voisine. On y patiente, en vidant chopine, jusqu’au retour du prêtre. L’enfant a passé au cimetière, terre bénite, et en est sorti sans avoir été fait chrétien. Il aura le don de voir.

L’aventure se produit souvent. De là vient que tant de Bretons ont la faculté de voir ce qui reste invisible aux yeux de la plupart des hommes.

(Communiqué par René Alain, garçon de bureau aux Archives départementales, ancien chantre à Penhars. – Quimper)

L’intersigne des « boeufs »

Ceci se passait un peu avant la « Grande Révolution ». Je le tiens de ma mère, qui avait seize ans à l’époque, et qui n’a jamais menti.

Elle était vachère dans une ferme de Briec. Je ne saurais vous dire au juste le nom de la ferme, mais elle devait être située quelque part aux alentours de la Plaine. Il me souvient que le maître s’appelait Youenn (Yves). C’était un brave homme, et, qui plus est, un homme savant. Il avait étudié au collège de Pont-Croix, pour être prêtre.

Mais il avait préféré revenir au labour, sans doute parce qu’il ne se sentait pas la vocation. Il n’avait pas désappris toutefois ce qui lui avait été enseigné au temps de sa jeunesse, et on le vénérait dans le pays, attendu qu’il savait lire dans toute espèce de livres. On disait même qu’il était capable converser, en n’importe quelle langue, avec n’importe qui.

Un matin, il dit au « grand charretier »:

– Tu mettras le joug à la plus jeune paire de bœufs, afin que je les aille vendre à la foire de Pleyben.

Il était comme cela. Qu’il s’agît de vendre ou d’acheter, il ne se décidait jamais qu’au dernier moment, et cela lui réussissait toujours. On prétendait qu’il avait un esprit familier qui lui soufflait à l’oreille, à l’instant précis, ce qu’il devait faire. Aussi ne faisait-il que d’excellents marchés.

Donc, le grand charretier imposa le joug aux deux boeufs les plus jeunes et sella un cheval pour le maître. Celui-ci se mit en route, après avoir distribué sa tâche à chacun dans la ferme. Sa femme, qui était venue au seuil pour le regarder partir, dit à ma mère :

– Aussi vrai que je vous l’affirme, Tina, des deux jeunes boeufs que voilà, mon homme me rapportera cent écus. Ma mère s’en fut conduire aux champs les vaches dont elle avait la garde. A la « brume de nuit » elle les ramena. Le sentier qu’elle devait suivre faisait croix avec la grand-route. Comme elle arrivait au carrefour, elle rencontra le maître qui s’en retournait de la foire. Elle ne fut pas peu surprise de voir qu’il revenait avec la paire de boeufs dont il s’était promis de se débarrasser. Vous savez qu’en basse-Bretagne on ne se gêne pas pour causer librement même avec les maîtres :

– M’est avis, Youenn, dit ma mère, que la foire de Pleyben ne vous a guère rapporté.

– C’est ce qui te trompe, répondit le maître d’un ton étrange: elle m’a rapporté plus que je ne souhaitais.

– Voire, pensa ma mère…

En tout cas, il n’avait pas l’air joyeux; il laissait aller son cheval au pas, la bride abandonnée sur le cou. Quant à lui, il avait les bras croisés, la tête inclinée et songeuse. Les boeufs l’escortaient, l’un à droite, l’autre à gauche, avec une sorte de solennité: ils avaient dû perdre à la foire le joug qui les attachait. C’étaient d’ailleurs deux bonnes bêtes dociles, quoique jeunes. Ils n’avaient pas encore été attelés à la charrue, ni au tombeau, parce que Youenn les réservait pour la vente, mais on voyait déjà, à l’heure allure posée, à la façon paisible dont ils allongeaient le mufle vers le sol, qu’ils étaient tout prêts à faire de vaillante besogne.

Pour le moment ils avaient l’air, eux aussi, de songer à des choses tristes, comme le maître. On marcha quelques temps en silence, les vaches en avant. Ma mère se demandait ce que le maître avait bien pu vouloir dire. En quoi donc la foire de Pleyben lui avait-elle rapporté plus qu’il ne souhaitait? Il tenait le milieu de la chaussée, avec la paire de boeufs. Ma mère cheminait dans la douve. Tout à coup, Youenn l’interpella :

– Tina, dit-il, je ramènerai moi-même les vaches. Toi, prends cette voie de traverse et cours d’une haleine jusqu’au bourg. Tu passeras d’abord chez le menuisier pour lui commander un cercueil de six pieds de long sur deux pieds de large. Puis tu te rendras au presbytère. Quel que soit le prêtre de service, tu le prieras de prendre son sac d’extrême-onction et de te suivre chez nous au plus vite.

Ma mère regarda le maître avec stupéfaction. Il avait des larmes qui roulaient sur la joue.

– Va, commanda-t-il, et sois prompte.

Ma mère pris ses sabots dans ses mains, enfila la voie de traverse et courût au bourg tout d’une haleine. Une heure après, elle était de retour à la ferme. Un des vicaires l’accompagnait. Sur le seuil était assise la fermière.

– Vous arrivez trop tard, dit-elle au vicaire, mon mari est trépassé. Ma mère n’en pouvait croire ses oreilles. La fermière fit tout de même entrer le prêtre. Ma mère se glissa derrière eux dans la cuisine. Sur la table, on avait étendu un matelas, et le maître était couché dessus, mort. Il avait encore ses vêtements de la journée. Le vicaire aspergea le corps d’eau bénite et commença les prières funèbres.

Quand il fut parti, ma mère reçut l’ordre de gagner le lit, car on préparait tout pour la dernière toilette du défunt. Ce lit était au bas-bout de la maison. Une simple cloison de planches séparait la pièce de la cuisine. Je n’ai pas besoin de vous dire que ma mère n’avait nulle envie de dormir. Elle fit mine de se coucher, et de tirer sur elle les volets du lit. Mais quand il se fut écoulé quelque temps, elle se releva en chemise de nuit et vint coller l’oreille à la cloison.

Il n’était resté dans la cuisine que la veuve de Youenn et deux vieilles femmes du voisinage qui avaient coutume d’ensevelir. Dans la cour, on entendait causer les gens de la maison, et d’autres, venus des alentours pour la veillée. Tous se demandaient comment la mort avait pu abattre si soudainement un homme aussi solide.

C’était aussi ce qui intriguait ma mère. Elle ne tarda pas à être renseignée, car elle ne perdit pas un mot du récit que faisait la fermière aux deux vieilles femmes, dans la cuisine, pendant qu’elles lavaient ensemble le cadavre de Youenn.

– Vous savez, disait la fermière, que jamais il ne manquait de vente. Quand je l’ai vu revenir avec les boeufs, je lui en ai fait le reproche.

– Youenn, lui dis-je, cette fois tu es en faute.

– C’est la première fois et ce sera la dernière, me répondit-il.

– Plaise à Dieu! fis-je.

Il me regarda drôlement et il me dit : – Voilà un souhait que tu regretteras vite de voir exaucé, car il t’en viendra grande peine… Oui, poursuivit-il, après un silence, c’est la première fois que tu me prends en faute sur un marché, et ce sera aussi la dernière, parce que nul autre marché je ne ferai de ma vie. Demain, l’on m’enterrera.

– J’avais bien envie de le traîter de rêveur, mais je me souvins de certaine parole qu’il m’avait dite naguère. « Le premier averti de ma mort, ce sera moi », m’avait-il souvent répété. Je le vis si abattu que la peur me saisit. Evidemment il avait dû avoir son intersigne. Je lui demandai, toute tremblante :

– Que s’est-il donc passé depuis ce matin?

– Ma foi de Dieu, dit-il, nous étions arrivés à la descente de Châteaulin, quand tout à coup les boeufs, qui jusque-là avaient fait la route paisiblement, s’arrêtèrent et se mirent à renifler avec bruit. Puis l’un d’eux dit à l’autre, en son langage de bête: « M’est avis qu’on nous mène à Châteaulin? – Oui, répondit l’autre, mais on nous ramènera ce soir à la Plaine ».

Je les exposai sur le champ de foire. Les gens se mirent à tourner à l’entour, chacun disait : « Voilà une belle paire de bouvillons », mais personne ne m’en demandait le prix. Ce fut ainsi toute la journée. Durant longtemps je dévorai mon impatience, mais quand je vis le champ de foire se vider et venir la tombée du soir, je ne pus me défendre de jurer et de sacrer tout bas. En vérité, à ce moment-là, je crois que j’eusse donné mes deux bêtes pour rien, si seulement j’en avais trouvé preneur.

Le boeuf noir et gris s’étant mis à creuser le sol de son sabot, je lui détachai un coup de pied dans le ventre. Il me regarda alors du coin de l’oeil, tristement, et il me dit : « Youenn, avant deux heures il fera nuit, et dans quatre heures vous serez mort. Retournons vite à la ferme, vous, pour mettre votre conscience en règle, et nous, pour nous préparer à notre travail de demain qui sera de vous porter en terre. »

– Voilà ce que m’a conté mon homme, ajouta la fermière; un autre se serait peut-être mis en colère contre le boeuf, mais lui, qui était un homme de sens, il a suivi son conseil. Grâce à quoi il a trépassé, non dans la douve du grand chemin, comme un animal, mais dans sa maison, muni pour le voyage des prières d’un prêtre, comme un bon chrétien.

Doué da bardono ann anaonn! (Dieu pardonne aux défunts!) murmurèrent les vieilles femmes.

Ma mère fit le signe de la croix et regagna son lit. Le lendemain, les deux bouvillons traînèrent au bourg de Briec la charrette funèbre. Ceci se passait un peu avant la « Grande Révolution ». Depuis ce temps-là, on prétend que les boeufs ne parlent plus, si ce n’est pourtant à l’heure de minuit, durant la veillée de Noël.

(Conté par Naïc, vieille marchande de fruits. – Quimper, 1887.)

La danse des pois

Mme Madec était une vieille épicière de Pont-Croix. Comme elle était malade depuis longtemps, elle prit pour la remplacer à la boutique une jeune fille des environs.

Un soir un paysan vint demander à acheter des petits pois. La jeune fille se mit à le servir. Elle avait déjà versé les pois dans un des plateaux de la balance et s’apprêtait à les peser, quand, tout à coup, les voilà de sauter et de tourbillonner, comme font les danseurs et les danseuses, les jours de pardon.

Je vous promets que c’était une drôle de gavotte. La jeune fille crut à une farce du paysan. Mais celui-ci se tenait à distance du comptoir, les bras croisés, suivant la manière bretonne. Et il était encore plus ahuri que celle qui le servait de voir la danse que dansaient les pois, et qui dura bien deux ou trois minutes. Même il fit des difficultés pour les prendre sous prétexte qu’ils devaient être ensorcelés.

Quand il fut parti, la jeune fille s’empressa vers l’arrière-boutique, pour conter la chose à Mme Madec. Mais Mme Madec était hors d’état de l’entendre. Elle venait de rendre l’âme.

(Conté par Mme Riolay. – Quimper, juin 1891)

La main sur la porte

C’était au Pont-Labbé, il y a bien soixante-dix ans. Ma grand-mère était très malade, presque à l’article de la mort. Ma mère la veillait, en compagnie de ses trois sœurs. Vers le milieu de la nuit, ma mère dit à ses trois soeurs qui étaient encore un peu jeunes et que la fatigue accablait :

– Allez vous reposer, enfants. La moitié de la nuit est déjà passée. Je veillerai bien, seule, maintenant, jusqu’au matin.

Et les trois fillettes de gagner leur chambre commune. Au moment où celle qui était entrée la dernière fermait la porte, elle fit un grand cri:

– Voyez donc!

Sur le bois de la porte une main s’étalait, les cinq doigts ouverts, une main maigre, osseuse et ridée, avec de grosses veines saillantes. Et cette main était toute pareille à celle de la moribonde. Les jeunes filles furent prises de tristesse; elles s’agenouillèrent au pied de leurs lits pour faire leur prière, comme elles avaient coutume.

Mais elles eurent beau enfoncer leurs têtes dans les matelas des lits et appliquer toutes leur pensée à l’oraison qu’elles récitaient, elles songeaient toujours, malgré elles, à la main, et ne pouvaient s’empêcher de glisser un regard de côté pour voir si elle apparaissait encore.

La main restait collée à la même place.

Soudain, ma mère monta : – Venez, dit-elle, je crois que c’est la fin.

Elles redescendirent toutes les quatre et arrivèrent juste à temps pour recevoir le dernier soupir de la vieille.

(Conté par Mme Riolay. – Quimper, juin 1891)

12. Fleur de tonnerre

1. Hélène Jégado (1803 – 1852) est née à Pouhinec dans une famille noble déclassée. Toute petite, lors des veillées, elle est marquée par les légendes fantastiques que racontent les anciens. Il existe une fleur, la fleur de tonnerre, et une légende selon laquelle une femme qui compose un bouquet de ces fleurs devient venimeuse et sa langue se fend en deux… Or la petite Hélène cueille une de ces fleurs et sa mère, Madame Jégado, lui donne le surnom de “fleur de tonnerre”.

2. Bientôt, la petite fille se prend pour l’Ankou, l’ouvrier de la mort. Elle commence sa sinistre carrière à 7 ans en empoisonnant sa propre mère mais elle n’est pas démasquée. Plus tard elle devient cuisinière itinérante, une excellente cuisinière qui invente le fameux gâteau breton. Elle se place facilement chez des notables. C’est une femme belle, capable d’affecfion mais dominée par le sentiment de sa sinistre mission.

3. Partout où elle passe, ses patrons trépassent. On ne s’en émeut pas car le choléra fait alors des ravages. De toute manière, même si on avait des soupçons, la population refuserait l’idée même d’autopsie. Hélène Jégado poursuit donc sa carrière se plaçant dans des familles de plus en plus huppées. C’est ainsi qu’elle arrive à Rennes, dans la famille d’un magistrat spécialisé dans les affaires criminelles.

4. Celui-ci trouve que l’excellent gâteau de sa cuisinière a un arrière-goût d’arsenic. Il mène l’enquête. Hélène Jégado, est arrêtée. Elle passe des aveux complets, reconnaît trente-sept empoisonnements. Il y en a probablement bien plus. Condamnée à mort, elle est guillotinée à Rennes, le 26 février 1852, à l’âge de 49 ans.

5. Les Bretons les mieux informés connaissaient cette histoire mais il a fallu le roman de Jean Teulé “Fleur de tonnerre” (2013, Julliard, 282 p.) pour donner à Hélène Jégado la célébrité d’une authentique tueuse en série. Les pâtissiers qui ne manquent pas d’humour vendent désormais des gâteaux bretons “garantis sans arsenic.”

Roger et Alii

Retorica

(8 300 mots, 47 200 caractères)

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