09 FRA Bretagne Jegado – Ankou 2017-04

 

Daniel (18 avril) : Merci de me retirer de votre liste

Si vous voulez consulter mon site, composez l’adresse suivante :

M’ho peus c’hoant da welet ma lec’hienn, peus ken ‘met skrivañ ar chomlec’h da heul :

Si v’ez idéye d’vous rende su mô ‘n aire, tapez l’aderse tchi sieut

If you want to have a look at my internet site, please type the following address

http://www.giraudon.bzh

Roger (18 avril) : C’est fait

N’hésitez pas à consulter le site www.retorica.fr

notamment http://www.retorica.fr/Retorica/09-fra-bretagne-ankou-2015-11/

J’ai consulté votre site, avec profit.

Je suis moi-même de Quimper.

Kenavo

Daniel (18 avril) : Merci pour votre réponse et lien sur l’ankou. Je note ceci  :

Hélène Jégado (1803 – 1852) est née à Pouhinec dans une famille noble déclassée. Toute petite, lors des veillées, elle est marquée par les légendes fantastiques que racontent les anciens. Il existe une fleur, la fleur de tonnerre, et une légende selon laquelle une femme qui compose un bouquet de ces fleurs devient venimeuse et sa langue se fend en deux… Or la petite Hélène cueille une de ces fleurs et sa mère, Madame Jégado, lui donne le surnom de “fleur de tonnerre”.

  1. Bientôt, la petite fille se prend pour l’Ankou, l’ouvrier de la mort. Elle commence sa sinistre carrière à 7 ans en empoisonnant sa propre mère mais elle n’est pas démasquée. Plus tard elle devient cuisinière itinérante, une excellente cuisinière qui invente le fameux gâteau breton. Elle se place facilement chez des notables. C’est une femme belle, capable d’affecfion mais dominée par le sentiment de sa sinistre mission.

On aimerait connaître les sources qui permettent  à l’auteur du livre sur la Jegado de raconter cette légende en français. A ma connaissance, si l’ankou est plus meurtrier qu’ouvrier, je n’ai jamais entendu parler d’un lien entre l’Ankou et le poison pour tuer ses victimes ? Vous les connaissez vous ? A l’époque, le surnom de cette femme n’aurait-il pas  été en breton ? Ici nous avons “fleur de tonnerre” ?

 

Roger (18 avril) : J’ai trouvé deux bonnes notices sur Wikipédia, l’une concerne Hélène Jegado et l’autre l’Ankou.

C’est en breton, je pense,  que la mère d’Hélène Jégado surnomme sa fille « Fleur de tonnerre ».

Dans « Les poisons » d’Arthur Mangin (1869)  on trouve une longue et pittoresque description de l’empoisonnement par arsenic pratiqué par Hélène Jegado ainsi que son procès et son exécution.

La liaison avec l’Ankou n’est établie nulle part. Mais je ne l’ai pas inventée. Elle pourrait l’être à travers ce lien :

http://www.archives.morbihan.fr/voyagez-dans-le-temps/helene-jegado-une-cuisiniere-presque-au-dessus-de-tout-soupcon/

Il y est question notamment d’une  « – complainte en breton de P.M. Jafferedo « Guerzen buhé Hélène Jégaden », 1900 »

–    et aussi : « Presse en ligne : L’Abeille de Lorient, Le Lorientais, La Concorde du Morbihan (articles publiés entre le 10 décembre 1851 et le 4 mars 1852) »

–      et enfin : «  HERVE, abbé, « Hélène Jégado, l’empoisonneuse », Echo de Quelven, bulletin paroissial de Guern, 1975-1977 »

Se confondant très tôt avec l’Ankou (vers ses 6 ans) elle a pu décider de remplir sa « mission » avec les moyens dont elle disposait.

Je n’en sais pas plus. Mais le sujet m’intéresse.

 

Daniel (18 avril) : Oui, je connais bien sûr cette chanson en dialecte vannetais dont j’avais parlé dans le petit livre résumé de ma thèse sur la chanson populaire de Basse-Bretagne  sur feuilles volantes (Morlaix, Skol Vreizh décembre 1985, page 74). J’ai quelques doute sur le rapprochement avec l’Ankou tel que c’est présenté  mais je ne demande qu’à avoir des preuves. Ankou en Pays vannetais pour les bretonants c’est Ankeu. La légende sur la fleur du tonnerre m’intéresse aussi, elle est séduisante, mais là encore, il serait intéressant d’avoir  des précisions sur cette mystérieuse fleur. Les témoignages qui ne sont qu’en français sont toujours sujets à méfiance.

Avez-vous une trace du nom en breton  de cette fleur à  l’époque ?

 

Roger (18 avril) : J’ai poursuivi ma recherche. « Fleur de tonnerre » a peut-être un lien avec « l’herbe à tonnerre » la rhubarbe, qui protégeait dans l’Ouest, les toits de la foudre :

http://www.persee.fr/doc/annor_0570-1600_1983_hos_15_1_3906

L’expression a pu être créée, en breton, par la mère en admiration devant la précocité de sa fille. Il faudra des recherches complémentaires pour trouver l’équivalent breton de l’herbe à tonnerre. On trouvera probablement un jeu de mots.

Hélène Jegado était très pieuse. J’imagine que son recteur l’a facilement persuadée qu’elle avait une mission, puisque tout le monde en a une. Sur cette notion de « mission » j’ai rédigé un petit article dont voici le lien.

http://www.retorica.fr/Retorica/06-edu-orientation-mission-projet-personnel-2017-03/

Pour elle, je pense que sa mission était de faire mourir toutes les personnes qui l’approchaient car c’était l’Ankou qui les lui envoyait. Comment s’est forgée cette croyance ? Voilà le mystère.

Elle se croyait innocente et elle le dit à son procès : elle sentait qu’elle ne pouvait pas agir autrement.

Son avocat plaida la folie. Folle, elle l’était incontestablement. Mais les juges dirent en substance : « Quand la folie conduit à de tels crimes, le seul remède c’est la guillotine. »

Dommage ! C’était un magnifique cas clinique qui aurait mérité une étude approfondie. Elle était possible à l’époque, si elle avait pu écrire l’histoire de sa vie comme « Moi, Pierre Rivière… »

 

Daniel (18 avril) : Vous auriez pu poursuivre votre recherche dans mes ouvrages (Du chêne au roseau) où j’ai noté en Trégor le nom d’une fleur du tonnerre. Mais en  matière de noms populaires des plantes, l’enquête serait d’abord à mener sur le secteur où vivaient les parets de la Jégado. D’autre part prononce-t-elle le mot d’Ankou lors de son procés ?

Il faudrait aller à la source,  relire tous les témoignages s’ils existent, mais après tout, cela n’a pas grande importance sauf à contredire ce qui a été publié récemment.

 

Roger (21 avril) : Votre question : « … prononce-t-elle le mot d’Ankou lors de son procès ? » m’a fait sursauter tant elle m’a paru anachronique. C’était le mot banni que ne pouvaient prononcer ni Hélène ni ses juges ou son avocat. La première parce que ce mot portait malheur. Les seconds parce qu’il ne fallait pas donner une prise quelconque aux superstitions. On utilisait d’autres mots mais pas celui-là. L’Ankou ne devient un mot familier et donc inoffensif qu’à la fin du XIX° siècle quand les folkloristes commencent à recueillir récits et chansons.

En 1869 Arthur Mangin (1824 – 1887 voir Wikipédia)  publie « Les poisons ». C’est un vulgarisateur scientifique apprécié de Jules Verne, intéressé par la chimie C’est à ce titre qu’il rédige un ouvrage consacré aux poisons, aux empoisonneurs et bien sûr aux empoisonneuses. Un chapitre concerne l’arsenic et deux affaires,  alors relativement récentes et survenues la même année, en 1852 l’affaire Lafarge (voir Wikipedia) et l’affaire Jégado (voir aussi  Wikipedia).  L’ouvrage est digitalisé par Gallica et Google.

gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k96017193

https://books.google.com/books/about/Les_poisons.html?id=kQZiAAAAcAAJ

Mangin raconte longuement  l’itinéraire d’Hélène Jegado mais le nom maudit n’est jamais prononcé.  Par contre on y lit  notamment : «  … cette fille témoignait une piété si fervente ! Elle se plaignait amèrement de la fatalité, du « sort » qui la poursuivait : « La mort me suit, disait-elle, que je suis malheureuse ! Partout où je vais le monde meurt ! » Elle répétait cela à qui voulait l’entendre. (…) Plusieurs, loin de l’accuser, la plaignaient, croyant tout de bon à l’influence mystérieuse qu’elle s’attribuait. »  (p. 146 – 147). Elle souffrait donc d’un étrange dédoublement de la personnalité.

On comprend que Jean Teulé ait souhaité et imaginé en savoir plus dans son roman « Fleur de tonnerre » (Julliard, 2013, 282 p)  « L’Express » en a donné une présentation guillerette :

 

http://www.lexpress.fr/culture/livre/fleur-de-tonnerre-de-jean-teule_1222178.html

 

« Toute petite déjà… Hélène Jégado, dite Fleur de tonnerre, a tout juste 7 ans lorsqu’elle assaisonne de graines de belladone la bouillie de blé noir dans l’écuelle de sa mère. Laquelle passe aussitôt de vie à trépas. Nous sommes en Bretagne, terre de légendes, de superstitions, de sortilèges. Surtout en ce début du XIXe siècle où l’imaginaire populaire défie encore l’esprit des Lumières et les lois de la raison, le catéchisme et son Dieu unique. Seule figure alors crainte par tous, en particulier par la famille de la jeune Hélène : l’Ankou, l’Ouvrier de la Mort, qui obsède la gamine, persuadée d’en être la réincarnation. Au point de commencer par tuer ses parents, ses tantes, sa sœur… « Je deviendrai importante. Je deviendrai ce qui les intéresse », confiera-t-elle cinquante ans plus tard à son geôlier, après un procès retentissant, aux cris de « porte-couteau, souillure vaine, fruit de dégoût ». Et pour cause : Hélène Jégado est accusée d’au moins trente-sept empoisonnements à l’arsenic ! Sillonnant la Bretagne, elle a éliminé sans ciller tous ceux qui accueillaient à bras ouverts cette « excellente cuisinière ». Hommes, femmes, enfants, : la meurtrière ne faisait pas de quartier. Jean Teulé s’est passionné pour le destin hors norme de cette première, et sans doute unique, « serial killeuse » de l’Histoire, qui a réellement existé et fut guillotinée le 26 février 1852 à Rennes. Avec sa verve coutumière, faisant la part belle aux tropismes bretons – un peu trop -, il en a tiré une épopée romanesque riche en échappées mystiques et en saveurs… vénéneuses ! »

L’extrait qui suit, très substantiel, publié par «  l’Express », semble attribuer à la mère la seule responsabilité du trouble de sa fille :

« Ah mais ne cueille pas ça, Hélène, c’est une fleur de tonnerre. Tiens, c’est ainsi que je devrais t’appeler dorénavant « Fleur de tonnerre » ! Ne tire pas sur cette tige non plus, c’est celle d’une fleur à vipère. On raconte qu’une femme qui en avait confectionné un bouquet est devenue venimeuse et que sa langue s’est fendue en deux. A sept ans, est-ce que tu vas finir par comprendre ça ? ! Ne cours pas, mollets nus, vers ce champ, les pétales de coquelicot sont suceurs de sang, et ne marche pas là-dedans, tu vas souiller tes sabots, fleur de bouse ! Ne porte pas ces brillantes boules noires à tes lèvres, les baies de belladone sont poison mortel. Oh, avoir une fille comme toi !…. C’est qui, celui-là au loin, venant sur la lande ? On ne le connaît pas. Et derrière lui, les roues en l’air près d’un petit bonhomme, ce n’est pas la karriguel de l’Ankou au moins ? File nous chercher deux aiguilles, ouste, Fleur de tonnerre ! (…) »

Cette fois l’Ankou est très largement cité par tous les personnages. Dans la suite de l’extrait on sent la tension entre les femmes, quelquefois hystériques ou terrifiées et les hommes qui ironisent, mais seulement du bout des lèvres. Tout l’extrait est à lire. On peut penser que Jean Teulé en rajoute dans le folklore breton. Les connaisseurs apprécieront. Je ne vais pas plus loin dans ce complément de mon article :

http://www.retorica.fr/Retorica/09-fra-bretagne-ankou-2015-11/

Je laisse aux curieux le soin d’approfondir la question et de me donner le produit de leurs réflexions pour édition future…

 

Daniel (21 avr) : Merci pour ces éléments mais pour mener une véritable étude scientifique, j’aimerais lire avant tout dans les archives judiciaires les témoignages enregistrés au procès. Peut-être les avez vous consultés ?  Merci donc éventuellement de  me donner ce genre de source plutôt que des extraits de romans ou de presse aussi séduisants soient-ils. La fleur de tonnerre a un agréable parfum de romantisme.On ne peut en effet se baser sérieusement et uniquement sur des suppositions souvent doublées d’une belle imagination.

 

Roger (21 avr) : Pardon de vous contredire mais une « véritable étude scientifique » ne nous aiderait que faiblement. D’abord elle est toujours incomplète, par définition. Il existe peut-être dans un grenier de Basse-Bretagne, un document fondamental et ignoré sur Hélène Jegado. Ensuite, il  n’est pas dans ma vocation de me livrer à ce type de recherche. La vérité psychologique m’intéresse bien davantage et le roman est un des moyens de l’atteindre. Enfin j’ai un témoin sûr de la validité de cette démarche avec « Le Royaume » d’Emmanuel Carrère qui s’explique sur la part indispensable de l’imagination pour compléter les trous d’un sujet.

 

Daniel (21 avr) Effectivement, nous n’avons pas la même démarche, vous avez raison., nous sommes bien  d’accord et après tout, n’eo ket ur gwall afer, evel vez lâret e brezhoneg.

Gwellañ gorc’hemennoù

 

 

Roger (21 avr) : OK. n’eo ket ur gwall afer, evel vez lâret e brezhoneg.

Gwellañ gourc’hemennoù Traduction ? Merci.

 

Daniel (22 avr) : je croyais que vous saviez le breton. Excusez moi.

Je disais : ce n’est pas très grave, comme on dit en breton (n’eo ket ur gwall afer…..)

Meilleures salutations (Gwellañ gourc’hemennoù)

 

Roger (22 avr) : Merci.

Je viens d’une époque et d’un milieu où c’était très mal vu de parler breton. Heureusement les choses ont changé, grâce à des gens comme vous.

Amitiés

 

Roger et Alii – Retorica- 2 140 mots – 13 200 caractères – 2017-04-24

 

 

 

 

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