09 FRA Burkini continuum 2/2 (16 à 40)

(16) Roger  (02 sept 2016) : Dans 09 FRA Burkini (1) je notais : « Le conflit avec l’islamisme n’est pas (encore) la guerre. » Ce n’est pas tout-à-fait exact. Nous, Occidentaux, sommes en conflit avec l’islamisme mais l’islamisme est en guerre avec nous. C’est toute la question du « choc des civilisations » qu’on s’obstinait, il y a peu encore, à nier chez nous alors qu’il était bien visible chez les peuples que nous allions combattre. J’ai mis sur site 09 FRA continuum 1 (1 à 15) 2016-09

Jean-Marie (30 août 2016) : J’ai trouvé intéressante la réponse de cette doctoresse en science politique au sujet du Burkini.

(17) « Réponse d’une Marocaine de culture musulmane au « plaidoyer”  d’Edwy Plenel en faveur du caractère banal et anodin du burkini.

A vous entendre pérorer sur la liberté vestimentaire des femmes musulmanes, confortablement installé dans une démocratie centenaire dont les institutions sont solidement ancrées et où les libertés individuelles sont sacralisées, je sens mes cheveux se dresser sur ma tête non voilée et la colère m’envahir.

Vous dites que le burkini est un vêtement comme un autre alors que le terme lui-même est un carcan pour les femmes puisqu’il veut dire un mélange entre la burqa (voile total) et le bikini, vêtement de plage. Il ressemble à s’y méprendre à une combinaison de plongée sous-marine avec en plus une capuche qui couvre la tête. Imaginez ce qu’éprouve une femme ainsi couverte, sous le soleil !

 

(18) « Non Monsieur Plenel, le burkini n’est pas un vêtement comme un autre et je sais de quoi je parle puisque je suis une femme de culture musulmane et vivant dans un pays, le Maroc, où l’islam est religion d’Etat. Pays où les droits des femmes ont évolué vers plus de liberté grâce aux femmes qui se sont battues becs et ongles pour que leur voix soit entendue et leur place dans l’espace public reconnue et qui continuent leur lutte encouragées par une volonté politique même si le gouvernement actuel est à majorité islamiste.

Cependant, leurs droits ne sont pas à l’abri d’une régression par ces temps où la pratique de l’islam est plus une ostentation qu’une dévotion.

 

(19) « Quand, Monsieur Plenel, vous comparez le burkini à la soutane en parlant de la sacro-sainte liberté individuelle, vous oubliez une chose importante c’est que la soutane est un habit porté par des personnes qui font de la religion une profession et bien entendu ne doivent aucunement être discriminées même lors de la séparation de l’Église et de l’Etat.

A l’opposé, le burkini n’est pas un vêtement professionnel mais une suite logique du voile et de la burqa. C’est un carcan sophistiqué dans lequel on enferme les femmes sur les plages qui sont censés être des lieux de villégiature et de détente. Par ce genre de vêtement, le corps des femmes est entravé afin, parait-il, de ne pas mettre sans dessus dessous la libido masculine !

Qu’une personne qui a votre audience dans les médias français et francophones, affirme que le burkini est un vêtement dans lequel une minorité se cherche et qui est une mode passagère me choque car vous oubliez que les musulmans ne sont pas une minorité, l’islam étant la deuxième religion de France et que par conséquent le burkini pourrait y constituer un danger pour les femmes toutes confessions confondues.

D’autre part, votre permissivité creuse la tombe des droits acquis par les femmes vivant dans les pays musulmans, pays qui auront vite fait de légitimer cette entrave au corps féminin et toute autre en s’appuyant sur votre notoriété!

Je ne sais pas si vous en avez connaissance mais, dans ces pays musulmans, nos mères portaient, dans les années soixante, le maillot sur les plages et leurs corps profitaient librement du soleil avant qu’il ne se résume à leur entrejambes. De nos jours, nombreuses sont les femmes qui évitent de porter le maillot à la plage de peur d’être agressées par les fous de la religion qui ne sont en fait que de simples obsédés du sexe.

 

(20) « Non Monsieur Plenel, le burkini n’est pas un vêtement comme un autre. Il fait partie d’une stratégie qui, si elle est encouragée par des avis permissifs, finira par arriver à son but final : interdire l’espace public aux femmes !
 » Fatiha Daoudi

POUR INFO:

Fatiha Daoudi est docteure en science politique, diplômée de l’Université de Grenoble Alpes.

Licenciée en droit privé et titulaire d’un master en droits de l’Homme et libertés publiques, elle a orienté ses recherches sur le vécu des populations des frontières algéro-marocaines depuis leur fermeture en 1994.

Elle est chercheuse associée au Centre Jacques Berque de Rabat et auteure d’études et de rapports.

Elle est également militante des droits humains, membre de plusieurs associations et experte en genre et en droits humains auprès d’organismes internationaux (fin de l’apport de Jean-Marie)

 

(21) Bernard (30 août) : 1) Le 27 août, Roger écrit : « Nos certitudes sont de plus en plus ébranlées… » A quoi je souhaite répondre qu’il faut se méfier des certitudes, car elles peuvent très vite, insidieusement, mener à l’aveuglement.

2) L’intervention de ‘Jean-Marie’ (26 août) me semble devoir être -au moins à mes yeux- modérée : trancher à ce point entre le bien (christianisme) et le mal (islam) relève de la caricature. Et d’une ignorance de l’Histoire et de l’évolution du christianisme, autant que de la méconnaissance de l’Histoire de l’islam. Et je trouve le ‘très juste’ de Roger inquiétant, à défaut d’être surprenant.

Suis-je paranoïaque?, mais j’ai de plus en plus un sentiment de malaise à lire comment sont commentés ici certains thèmes. Ne m’informant pas seulement sur Retorica, mais aussi et surtout sur un large éventail médiatique, français et mondial multi-langues, je retrouve trop souvent ici des approches que je retrouve à l’extrême droite ou assimilés. Et cela me semble nuire à l’élévation (ou si l’on veut, à l’approfondissement) de la réflexion. Je n’aime pas les critiques à sens unique et quand on attaque sans retenue des gens qu’au demeurant je n’aime pas particulièrement, ces derniers m’apparaissent mécaniquement moins antipathiques. Roger (30 août) : C’est très bien que nos certitudes soient ébranlées. Je n’ai pas dit autre chose. Ceci dit je n’ai pas à m’excuser, ni à me justifier d’être moi-même.  Bernard (30 août) : Et on ne te le demande évidemment pas. Pourquoi ce réflexe de défense et presque d’agression ? Quitte à me répéter : je ne parle JAMAIS par sous-entendus. Roger (30 août) : Ah bon !

 

Piero (31 août) : Bonjour Roger, bonjour à tous

 

Je lis régulièrement tes envois, mais comme tu as pu le constater, je préfère n’intervenir que le plus rarement possible. Et là, tout de même, j’ai envie de réagir.

 

(22) 1/ Je suis un athée matérialiste, un laïcard disent certains, en tout cas un bouffeur de curé, et j’exècre l’islam. Mais je suis également pour la liberté de chacun, notamment celui de croire et de s’habiller comme on veut, d’autant que nous sommes, dans l’affaire qui nous concerne, en lieu public (la plage) et qu’il ne s’agit pas de représentant politique ni même de fonctionnaire. Bref, dans la rue, dans la forêt, sur la plage ou au bord d’une rivière, on s’habille comme on veut même si certaines tenues peuvent choquer. Et, même si cela doit être rare (mais les femmes en burkini sont également rares) on peut très bien se baigner tout habillé par peur du soleil, par honte de son corps, tout simplement par pudeur (une notion éminemment subjective), et même, si vous tenez à leur faire un procès d’intention, par militantisme « politique » ou encore juste pour faire chier le bourgeois (pensons aux cheveux longs des hippies, aux crêtes des punks, aux percings etc.). Quoi qu’il en soit, la liberté est trop précieuse pour la balayer d’un revers de main (et je préfère un coupable libre qu’un innocent en prison). En pays libre, l’interdit doit protéger autrui d’un préjudice. D’où ma question, quels préjudices ses femmes font elles subir, et à qui ? Un désordre public ou une incitation à la haine comme le prétend l’ex-ministre en sortant de chez son coiffeur ? Là on se fout carrément de notre gueule, et si on ne veut pas passer pour un parfait imbécile, il va falloir trouver autre chose.

 

(23) 2/ Dire que le  « djihadisme n’est autre qu’une secte extrémiste utilisant la religion comme soi-disant support à ses actes barbares » est soit une méprise sous le coup de l’émotion, soit l’illustration d’une ignorance crasse (il faut lire le Coran, les Hadith et la biographie du prophète avant d’asséner des sentences aussi péremptoires).  Une religion n’est qu’une secte qui a réussit et en tant qu’athée je n’accorde pas plus de respect aux musulmans qu’aux chrétiens, aux scientologues ou au raéliens. Au lieu de penser que les autres sont des fous de Dieu, on ferait mieux de s’interroger sur nos propres croyances, sur quoi elles reposent et quel crédit leur accorder. Les djihadistes luttent pour ce qu’ils croient être la volonté de Dieu. C’est con, mais ils ont de bonnes raisons (tout du moins à leurs yeux) de mener le combat qu’ils mènent. Dire qu’ils font partie d’une secte, ça ne dit rien, n’éclaire rien, ça dédouane simplement de toute réflexion sur sa propre  croyance et sa propre soumission, ça rassure seulement le croyant de religion officielle, qui lui, est dans le vrai, évidemment… Enfin, penser que l’islamisme (et le djihadisme) n’a rien à voir avec l’islam est aussi sot que de prétendre que l’alcool n’a rien à voir avec l’alcoolisme.

 

(24) 3/ Dire que le burkini n’est pas une injonction religieuse, c’est d’un certain point de vue vrai, mais ça n’a pas vraiment de sens. En effet, si, dans la rue, le Coran impose une tenue correcte qui couvre une grande partie du corps, je ne vois pas comment il serait possible de se baigner en maillot de bain pour une femme qui se revendique réellement musulmane. En effet, le burkini est une invention ressente, mais s’est aussi parce que, pour une musulmane, le droit de se baigner en public (entourées d’hommes non-musulmans de surcroît) est aussi une possibilité nouvelle.

 

(25) 4/ Nous ne sommes effectivement pas officiellement en guerre, mais ce n’est pas une histoire de politiquement correct mais une histoire de droit. Il n’y a eu aucune déclaration de guerre officielle de la part de l’Etat islamique et rien de tel non plus de la part de l’Etat français (heureusement sinon nous devrions traiter les terroristes comme des soldats régis par les conventions de Genève).

Roger (2 sept) : Pas de problèmes pour tes remarques 1/ 2/ et 3/  Précision : je ne suis pas l’auteur de la remarque « le djihadisme… barbares » que je ne partage ni pour le fond ni pour la forme.  Ton 4/ me pose un vrai problème car Daesh nous a déclaré la guerre officiellement par ses communiqués et nous aussi puisque nous lui faisons la guerre en Syrie notamment. Ce qui donne une dimension nouvelle au burkini.  J’y vois et je ne suis pas le seul « un trouble à l’ordre public et un soutien au moins implicite à Daesh. »  Ce qui suppose que la contrevenante soit informée.  « Savez-vous que ce burkini est un soutien implicite à Daesh ? » La contrevenante n’est pas stupide. Elle le sait parfaitement même si elle le nie. D’où PV avec la formule indiquée plus haut. Cela suppose que les agents de la force publique soient dûment informés de la portée de cette formule.

 

 

(26) 09 FRA Burkini Islam de France 2016-09-01

« L’ordonnance du Conseil d’Etat change la donne. Politiquement désolante, elle est, hélas, juridiquement et techniquement impeccable, de sorte qu’il sera non seulement impossible de revenir dessus, mais désormais plus difficile de légiférer. » Le légal et le légitime ne coïncident pas. La burqa posait un problème différent : « …la burqa cache le visage… et du point de vue juridique, en terme de sécurité mais aussi de relations humaines qui supposent qu’on ait le droit de savoir à qui on a affaire, la dissimulation du visage pouvait être légalement prohibée, comme la cagoule dans les manifestations, qui n’est pourtant pas un signe religieux. » Le « trouble à l‘ordre public » aurait pu être évoqué mais le Conseil d’Etat, depuis la fin des années 1980 (foulard) a « toujours été favorable au droit à la différence. » « … de toute évidence le burkini est une provocation des fondamentalistes » qui veulent tester notre capacité de résistance à la soumission des femmes. Il faudra trouver un accord avec les autorités musulmanes : « … sur la formation et le recrutement des ministres du culte, sur l’obligation qui leur serait faite de s’exprimer en français ;, le financement des mosquées, les prières de rue, le foulard à l’université, celui des accompagnatrices scolaires et les menus de substitution. » L’intégration de l’islam dans la république exige « une mobilisation forte et claire des musulmans contre le fanatisme ».

(d’après Luc Ferry, « Burkini : le légitime et le légal », Figaro 1er sept 2016)

 

(27) Bernard (3 sept) : Piero* est bien seul dans tout ce déferlement anti-musulman, dont je ne commenterai que les interventions des femmes se disant ici musulmanes, le reste pouvant être lu à l’identique dans ‘Minute’ ou ‘Valeurs Actuelles’ ou proféré par M. Zemmour. C’est dire…

Dans son avant-dernier numéro, l’hebdomadaire ‘Marianne’ fait parler nombre de femmes désignées ‘musulmanes’ : aucune ne veut se laisser prescrire ou interdire une tenue.

Certaines ne sont même pas pratiquantes, mais elles sont autant opposées à l’interdiction qu’à l’obligation.

Elles arrivent à s’élever au-dessus du marigot où s’ébattent les racistes pour toucher les principes de base d’un Etat de droit. Pour une fois, prenons exemple sur les Etats-Unis et quelques autres pays étrangers, aux yeux desquels le spectacle français des anti-burkini est consternant. Bravo à la Ligue des Droits de l’Homme, initiateur du recours devant le Conseil d’Etat. La LDH n’est pas pour autant une secte terroriste, mais devant l’absurdité haineuse il faut savoir courageusement rappeler les Lumières.

Pour terminer, il faut arrêter de jeter dans l’arène des débats quelques témoignages pour tenter de valider une opinion, car en face on trouvera autant de témoignages contraires. Seul le débat de fond est valable, pas la claque qu’on rameute pour les besoins de la cause.

Toute ma sympathie aux femmes qui refusent le voile sous toutes ses formes. Elles ont leurs raisons, souvent douloureuses, et je les soutiens sans réserve. Mais qu’elles comprennent que l’interdire est un profond accroc aux libertés et ne peut que susciter rancoeur et ressentiment. Il n’en faut parfois pas plus pour se radicaliser.

*Piero se dit athée. Je suis agnostique, car, si j’ai plus que des doutes sur une existence d’un ou plusieurs dieux, qui d’ailleurs se combattent hardiment, je ne puis néanmoins apporter de PREUVE de cette inexistence. Bonne chance à ceux qui croient avoir des preuves…

Roger (6 sept) : OK pour l’’ensemble. Je crois que le continuum 2 n’ira pas plus loin car les problèmes annexes prennent le dessus et figurent dans d’autres sections. Enfin le croyant que je suis n’apporte pas de preuves mais témoigne simplement d’un vécu.

Bernard (7 sept) :

… d’un vécu, certes, mais personnel et en rien généralisable.

Roger (9 sept) : En est-il disqualifié pour autant ?  que signifie « généralisable » en ce domaine ?

Bernard (9 sept) : – Qui a parlé de ‘disqualifier’? Cela ne qualifie pas correctement ma réponse.

– ‘généralisable’: trop de gens tentent d’imposer aux autres leurs visions (ou ‘vécus’), qu’ils perçoivent comme les seules vraies. Et cela passe trop souvent par une forme d’intolérance, parfois de bonne foi, parfois aussi par activisme prosélyte.

 

 

09 FRA Burkini, Femen, pudeur 2016-09-07

(28) Roger (2016-09-05) : Remarquons que le burkini constitue un scandale politique quand il est noir mais qu’il provoque moins d’hostilité quand il est en couleurs et qu’en somme il revient à sa fonction première qui est la pudeur. Le burkini noir, par son insolence djihadiste, renvoie à son opposé, le phénomène des Femen. Ces dernières font parler d’elles car exhiber des seins nus avec des slogans provocateurs (« Occupe-toi de ton cul ») est aussi un détournement de la pudeur. (Voir « Femen » Wikipédia.)

(29) Nos sociétés occidentales pratiquent volontiers les attentats sournois à la pudeur par les bikinis (ah les bikinis !) que par des lingeries féminines affriolantes. Nous sommes dans le règne de la séduction et disons-le de l’idôlatrie à travers le « se rincer l’œil ». La pudeur en prend un sacré coup derrière les oreilles et on comprend les réactions contrastées des féministes.

(30) Qu’en est-il des juifs ? La question mérite d’être posée à partir d’un article de Bernard Rozès « Les juifs et le burkini : un silence ambigu. Pourquoi la communauté est sur la réserve. » (Causeur 30 août 2016). J’en dégage les points essentiels : « Bien que la pudeur corporelle soit un principe biblique fondamental et les juives les plus pratiquantes se baignent habillées, le CRIF et le Consistoire font profil bas. Voici pourquoi. (…)

 

(31) «  Qui a inventé cette forme particulière de décence consistant à couvrir tout son corps en public ? Le peuple hébreu. La « tzniout » (pudeur) est même au centre du judaïsme. La Torah considère que la nudité affichée réduit l’être humain à sa condition animale. Pour les rabbins, elle marque symboliquement la frontière entre matérialisme et idéalisme. C’est pourquoi les juifs pratiquants – et surtout leurs filles et épouses – sont aussi sourcilleux en matière de « modestie » physique que les musulmans. Mais on ne le dit pas. Le CRIF s’est abstenu de prendre clairement position dans l’affaire du burkini. Le Consistoire lui-même, organe officiel du culte israélite dans l’Hexagone, est sur la réserve. Le rabbin de la grande synagogue parisienne de la Victoire, Moshé Sebbag, est le seul qui ait osé sortir du silence en chuchotant à une agence de presse juive qu’il se sentait solidaire… des maires anti-burkini et non des musulmanes incriminées.

 

(32) « (…) deux mille ans d’exil ont forgé une mentalité particulière et un principe talmudique ne souffrant guère d’exception : « La loi de l’Etat est la loi. » Autrement dit, en diaspora, il faut s’adapter. En France, l’idéal républicain et la laïcité sont à la source du pacte démocratique. C’est une originalité parfois surprenante vu de l’étranger (les dirigeants juifs, à travers le monde, ont désapprouvé globalement les mesures anti-burkini du mois d’août, jugées liberticides). Mais les juifs de ce pays, eux, ont intégré depuis longtemps ce que le comte de Clermont-Tonnerre préconisait déjà sous la Révolution : « Accordons tout aux juifs en tant qu’individus et rien en tant que nation. » C’est dans le même esprit que s’expriment aujourd’hui les tenants d’une ligne ferme sur l’islam dans l’espace public et contre le communautarisme.

 

(33) « Dans ce contexte, soulignons que les juifs orthodoxes français optent pour la discrétion : ils vont plutôt à la montagne lors des congés estivaux et se baignent en tenues couvertes dans des piscines privées installées dans des hôtels « casher », à l’abri des regards. En Israël, il existe des plages réservées aux pratiquants où l’on se jette à l’eau avec des vêtements ou des maillots ressemblant au burkini. En plein centre de Tel-Aviv, on trouve côte-à-côte une plage pour religieux, une autre fréquentée par les homosexuels et une troisième réservée aux… chiens et à leurs maîtres ! Un mode de vie à l’anglo-saxonne impensable ici. (…) »

 

Il faut aller plus loin avec le rabbin Delphine Horvilleur et ses deux livres très éclairants : « En tenue d’Eve » et « Comment les rabbins font les enfants. »

(34) Delphine Horvilleur « En tenue d’Eve. Féminin, pudeur et judaïsme «  (Grasset 2013) : « Les discours religieux fondamentalistes actuels expriment une obsession croissante de la pudeur des femmes. Réduite aux parties de son corps susceptibles d’éveiller le désir, la femme est « génitalisée » à outrance. Faut-il alors couvrir sa nudité ? Faut-il la renvoyer à son destin : le voilement ?

 

(35) « Delphine Horvilleur analyse successivement les sens de la pudeur et de la nudité, l’obsession du corps de la femme et sa représentation comme « être orificiel » pour proposer une autre interprétation de la tradition religieuse. Elle met à mal les lectures qui font de la femme un être tentateur, et de la pudeur l’instrument de sa domintation. Ainsi nous montre-t-elle comment la nudité recouverte d’Adam, d’Eve ou de Noé, renvoie à une culture du désir et non à une volonté de le tuer. Comment le voile est à l’origine destiné, non à rejeter, mais à approcher l’autre. Comment le féminin concerne aussi les hommes qui endossent, dans la prière et la pratique judaïques, les attributs des femmes et du maternel. On découvre alors, dans cette plongée au cœur des grands monothéismes, un autre visage de la femme, de la pudeur, et de la religion. » (4° de couverture)

 

(36) « Comment les rabbins font les enfants. Sexe, transmission et identité dans le judaïsme » (Grasset 2015) : « A l’heure des replis communautaires et des identités figées, que signifie appartenir et transmettre ? Contrairement à ce qu’affirment tous les fondamentalismes, la transmission d’un héritage ne doit pas être une réplication à l’identique. Elle dépend d’une infidélité partielle, garante de surgissements inattendus, aujourd’hui comme hier.

 

(37) « Mariant filiation et rupture, la tradition juive ne se renouvelle qu’en étant bousculée et nourrie par sa rencontre avec d’autres ; cela implique l’ouverture à l’Etranger, ainsi que l’ouverture au Féminin. Cet ouvrage est donc d’abord un plaidoyer pour une « religion matricielle » qui, à la manière d’un utérus, est un lieu de fertilisation. Les textes sacrés eux-mêmes y sont fécondés par des lectures inédites.

 

(38) Illustrant brillamment cette vision ouverte de la religion, Delphine Horvilleur revisite, loin des interprétations convenues, quelques épisodes fameux de la Genèse, notamment Adam et Eve, Caïn et Abel, l’histoire biblique des premiers parents et des premiers enfants de l’humanité. Elle montre aussi sa capacité à repenser les grands problèmes contemporains à partir de la tradition rabbinique. Trois thèmes sont successivement abordés : Comment, selon le judaïsme, se fabriquent un parent, une identité et un désir, c’est-à-dire la possibilité d’enfanter l’avenir.

Procédant avec clarté et humour, citant aussi bien Emile Ajar et Amos Oz que la Genèse et le Talmud, elle conclut son livre par une analogie entre le Texte et le Féminin, dotés d’une même capacité de croître et de multiplier. » (4° de couverture).

 

Roger (2016-09-07) : Ainsi se clôt notre séquence « 09 FRA burkini continuum 2 » à moins que…

 

(39) Bernard (7 sept) : En matière de ‘couverture’ stricte du corps, à côté de l’islam, je vois que sont cités les Juifs. Mais on peut aussi bien citer le catholicisme qui diabolise le corps et certains protestants puritains, notamment étatsuniens.

Il y a dans ces trois religions aussi une bonne dose de tartuferie.

Pas de quoi se réjouir.

Roger (9 sept) : En quoi cette remarque fait-elle avancer notre réflexion ? Où est la tartufferie ? D’une manière plus précise il faut en revenir au « Tartuffe » de Molière.

Bernard (9 sept) : Si le terme de ‘tartuferie’ (avec un seul ‘f’) ne plaît pas, disons alors ‘hypocrisie’. Les pratiques des religions étant rarement en conformité avec les principes qu’elles proclament.

Roger (Tartuffe et tartufferie prennent deux ff.

Evitons les généralisations, toujours abusives.

En ce sens je ne connais pas les « religions » (terme abstrait)  mais des « croyants » (terme concret), certains dévoyés.

Pour un bon exemple de tartufferie, toujours actuel, voici cet extrait du « Tartuffe » de Molière. Orgon vante les qualités de Tartuffe.

Ha ! si vous aviez vu comme j’en fis rencontre,

Vous auriez pris pour lui l’amitié que je montre.

Chaque jour à l’église il venait, d’un air doux,

Tout vis-à-vis de moi se mettre à deux genoux.

Il attirait les yeux de l’assemblée entière

Par l’ardeur dont au Ciel il poussait sa prière ;

Il faisait des soupirs, de grands élancements,

Et baisait humblement la terre à tous moments ;

Et lorsque je sortis, il me devançait vite,

Pour m’aller à la porte offrir de l’eau bénite.

Instruit par son garçon, qui dans tout l’imitait,

Et de son indigence, et de ce qu’il était,

Je lui faisais des dons ; mais avec modestie

Il me voulait toujours en rendre une partie.

« C’est trop, me disait-il, c’est trop de la moitié ;

Je ne mérite pas de vous faire pitié » ;

Et quand je refusais de le vouloir reprendre,

Aux pauvres, à mes yeux, il allait le répandre.

Enfin le Ciel chez moi me le fit retirer,

Et depuis ce temps-là tout semble y prospérer.

Je vois qu’il reprend tout, et qu’à ma femme même

Il prend, pour mon honneur, un intérêt extrême ;

Il m’avertit des gens qui lui font les yeux doux,

Et plus que moi six fois il s’en montre jaloux.

Mais vous ne croiriez point jusqu’où monte son zèle :

Il s’impute à péché la moindre bagatelle ;

Un rien presque suffit pour le scandaliser ;

Jusque-là qu’il se vint l’autre jour accuser

D’avoir pris une puce en faisant sa prière,

Et de l’avoir tuée avec trop de colère.

(…)

Bernard (10 sept) : Dont acte pour l’orthographe de Tartuffe.

Pour le reste, il ne s’agit pas de ‘généralisation’ et encore moins ‘abusive’, mais de constats.

Roger (10 sept) : Si on parle  de constats, c’est différent : il s’agit de faits et ceci m’intéresse, pas les considérations générales sur la nocivité des religions au rang desquelles il faudrait ranger la religion de l’irréligion.

Bernard (11 sept)

 

 

 

(40) 09 FRA burkini Khosrokhavar 2016-09-10

Bernard (9 sept) : Bien d’accord avec l’analyse ci-joint : de quelque bord qu’ils soient, religieux ou non, les extrémistes ne sont pas crédibles.

Roger : Merci pour cet article du Monde que j’avais repéré de mon côté. Les extrémistes ne sont peut-être pas « crédibles » mais ils sont dangereux car ils sont crédules et entêtés

Farhad Khosrokhavar dans Le Monde du 9 septembre 2016 écrit notamment :

« Le fondamentalisme laïque fragilise la France. »

« Le laïcisme et l’intolérance républicaine qui stigmatisent les musulmans en général et les femmes voilées en particulier, accélèrent le départ des élites musulmanes et alimentent l’islamisme radical »

« Si aliénation il y a dans le port du foulard, elle est volontaire et fondée sur l’affirmation de soi. »

« Un dangereux populisme prend prétexte de la laïcité pour justifier l’intolérance vis-à-vis des Musulmans. »

Roger  (2016-09-10) : Les citations que j’ai relevées (sous titres du Monde) ne rendent pas compte de la complexité de l’article. La mise en garde de Farhad Khosrokhavar me paraît justifiée mais pose problème. Dans son article on trouve les mots « foulard », « voile » souvent, une fois « burkini » jamais « burqa » ni surtout « visage » qui finalement constitue le fond de l’affaire : il n’est pas admissible que le visage soit voilé.

Bernard (11 sept) : Tous les extrémistes sont dangereux, car hors-raison.

Quant aux termes concernant la notion de voile ‘islamique’, c’est une belle pétaudière. Voici ce qu’il en est:

 

– Le hidjab : le « voile » générique

 

« Hidjab » signifie en réalité « voile », « rideau » ou « écran ». Le terme désigne le voile dans son acception large, et donc toutes ses déclinaisons. Néanmoins, aujourd’hui, on l’emploie surtout pour parler du voile islamique le plus répandu, couvrant la tête et les cheveux, mais pas le visage.

Selon les régions du monde, le hidjab peut être porté autour du visage entier (notre photo, où il est porté par une Australienne), comme un simple voile couvrant la chevelure, ou en tant qu’élément d’un costume plus complet (Inde, Indonésie).

Le hidjab ne recouvre donc pas le visage, ni l’ensemble du corps, mais il en existe plusieurs types, qui peuvent être plus ou moins visibles.

 

– Le niqab : le voile cachant le visage

En général de couleur noire, le niqab se distingue du hidjab car il masque aussi le visage, à l’exception des yeux. Son port est plutôt le fait de pratiquants d’un islam rigoriste, notamment les adeptes du salafisme. Le niqab s’accompagne parfois de gants destinés à cacher les mains (voire de lunettes de soleil ou d’un masque), et peut consister en un vêtement couvrant tout le corps.

Une controverse existe au sein de l’islam sur « l’obligation » ou non du port du niqab. Certains courants, rigoristes, estiment que c’est le cas, contre l’avis de la plupart des théologiens.

C’est le niqab qui a posé question en France, en 2011, et abouti à la loi interdisant le fait de se masquer le visage dans les lieux publics. C’est également le niqab qui est le plus souvent utilisé par la presse pour illustrer les questions de voile, alors même que son port est largement moins répandu que celui du hidjab.

Un autre vêtement se rapproche du niqab : le haik, une pièce de tissu attachée à la ceinture, que les femmes du Maghreb portaient avec un voile, parfois transparent, sur le visage. Il est aujourd’hui moins présent, mais existe encore dans certains villages.

 

– Le jilbab saoudien, entre hidjab et niqab

Un autre vêtement, qui n’est cette fois pas limité aux cheveux et au visage mais englobe tout le corps, apparaît depuis quelques années : le jilbab, une longue robe, souvent noire mais pas exclusivement, et utilisée par les Saoudiennes. Contrairement au niqab il ne cache pas le visage, mais contrairement au hidjab, il couvre l’intégralité du corps, masquant les formes de ses porteuses, ce qui est vu comme « vertueux » par les défenseurs de ce vêtement.

Celui-ci, et son « équivalent » masculin (le qamis, une longue robe masculine de couleur unie, venue d’Arabie saoudite), sont parfois vécus comme étant eux aussi empreints d’une signification religieuse, voire les seuls vêtements « purs » pour de vrais croyants. Cette vision rigoriste est diffusée notamment dans l’islam salafiste.

Pourtant, de très nombreux théologiens refusent cette interprétation, rappelant qu’historiquement, les musulmans se sont habillés très différemment selon les pays et les époques, et que ces deux vêtements sont surtout originaires du golfe Persique.

 

Le tchador : vêtement iranien

Fréquemment employé pour « niqab », le tchador est en réalité un vêtement (de couleur bleue, noire ou plus rarement blanche) correspondant à une pratique précise : celle du chiisme iranien. Le tchador n’est pas seulement le voile (qui se porte, comme le hidjab, sans couvrir le visage), mais une pièce de tissu, sans manches, que les femmes iraniennes portaient avant l’avènement de l’islam.

Au départ porté durant la prière, le tchador est devenu obligatoire dans la rue au XVIIIe siècle. Le chah d’Iran l’a ensuite interdit en 1936, demandant aux policiers de faire la chasse aux femmes qui le portaient.

Dans les années 1970, les femmes iraniennes avaient adopté des voiles plus légers, laissant voir les cheveux. Mais, à partir de 1979 et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, le tchador a été remis à l’honneur. Néanmoins, son port n’est pas obligatoire dans l’Iran actuel, un foulard cachant les cheveux et des vêtements dissimulant les formes étant suffisants.

 

La burqa : vêtement imposé par les talibans afghans

Là aussi source de nombreuses confusions, la burqa n’est pas le niqab. Et ce vêtement n’existe que très peu en dehors de l’Afghanistan, où il est né. La burqa, souvent de couleur bleue, est un vêtement couvrant tout le corps, y compris le visage. Un voile ou une « grille » de tissu sont installés au niveau des yeux pour permettre de voir.

Ce vêtement, devenu un symbole de l’oppression subie par les femmes dans des pays aux mains d’islamistes radicaux, n’existerait que depuis quelques décennies sous cette forme, le vêtement traditionnel afghan étant plus proche du tchador iranien.

Ce sont les talibans, fanatiques islamistes, qui ont imposé la burqa lors de leur arrivée au pouvoir dans le pays, à la fin des années 1990. Leurs motifs pour le faire étaient différents de ceux évoqués dans le Coran : il ne s’agit pas de voiler la femme pour sa protection, mais bien pour éviter aux hommes la tentation.

Source : Samuel LAURENT LE MONDE 16.06.201

http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/11/niqab-hijab-burqa-des-voiles-et-beaucoup-de-confusions_4651970_4355770.html

 

 

Evitons donc de mettre la burqa à toutes les sauces.

« Mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde » (Albert Camus)

 

 

 

 

Roger et Alii, Retorica, 5420 mots, 32 400 caractères, 2016-09-14

 

 

 

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