11 GRA orthographe accords 2015 06

Références sur le site :

http://www.retorica.fr/Retorica/11-gra-orthographe-histoire-polemique-2009_05/

http://www.retorica.fr/Retorica/11-gra-participes-passes-2009_05/

http://www.retorica.fr/Retorica/11-gra-dictee-en-quarante-mots-2014_09/

http://www.retorica.fr/Retorica/11-gra-dictee-en-quarante-mots-2014_09/

http://www.retorica.fr/Retorica/11-gra-grammaire-reperes-2013/

1. « Orthographe, science des ânes » est un slogan du passé qui a fait beaucoup de mal. Cette affirmation était vraiment une ânerie car l’orthographe c’est de la grammaire. L’une et l’autre relèvent du « trésor national » pour reprendre une expression courante en Chine et au Japon.

 

2. L’orthographe vient de reprendre une importance capitale dans les entreprises (CV, rapports, mails) et plus  généralement dans les rapports sociaux. Sa méconnaissance nuit à la compréhension des textes et à la réputation des personnes. D’où l’intérêt du projet Voltaire qui offre des remises à niveau gratuites. Le projet a déjà plus d’1,5 millions d’utilisateurs.  www.projetvoltaire.fr/

3. La qualité de l’orthographe personnelle dépend du «temps d’exposition à la langue française » pour reprendre l’expression du projet Voltaire. Ce temps d’exposition est évidemment variable selon les individus. Même quand il est réduit, les structures fondamentales sont en place si l’on en croit les grammaires génératives et la conscience de l’orthographe grammaticale ne demande qu’à se développer pour peu qu’on attire l’attention sur des notions fondamentales. Le projet Voltaire a interrogé des utilisateurs. Voici les dix règles de grammaire qui leur ont posé le plus de difficultés.   Je les commente brièvement au passage. Mes commentaires ne sont pas forcément pertinents ! Je suis preneur de toute formulation plus claire.

1° règle : accord du participe passé suivi d’un infinitif :

a)   Les poissons que j’ai vus pêcher

b)   Les poissons que j’ai vu pêcher

Solution b. Commentaire. J’ai vu quoi ? pas les poissons !  mais « les poissons pêcher » ou plutôt être pêchés bien sûr.

2° règle : indicatif ou conditionnel

a)   Je ferais mes devoirs plus tard

b)   Je ferai mes devoirs plus tard

Solution b. Commentaire. Le futur est le temps de la certitude, le conditionnel celui de la… condition.

3° règle : accord de l’adjectif qualificatif

a)   Je cherche des comptables compétents

b)   Je cherche des comptables compétent

Solution a. Commentaire : quand on lit de gauche à droite on rencontre d’abord le nom puis l’adjectif ; donc accord au pluriel.

4° règle : quel temps après si

a)   S’il neige, je prendrai mes skis

b)   S’il neige je prendrais mes skis

Solution a. Commentaire. On peut hésiter mais le si introduit une alternative, d’où futur.

5° règle : participe passé ou infinitif

a)   Eve a mangé la pomme

b)   Eve a manger la pomme

Solution a. Commentaire. On remplace le verbe du premier groupe (en –er) par un autre du second ou du troisième groupe (en –ir ou –oir). Ex : finir : « Eve a fini la pomme ».

6° règle : accord du participe passé avec avoir

a)    Les fraises que j’ai mangé étaient excellentes

b)    Les fraises que j’ai mangées étaient excellentes

Solution b. Explication. On lit de gauche à droite et on rencontre le nom qui est au pluriel, le participe passé s’accorde car il joue le rôle d’un adjectif : « fraises… mangées ».

7° règle : pronom personnel ou démonstratif

a)    La réunion s’est déroulée hier

b)    La réunion c’est déroulé hier

Solution a. Commentaire. Le « c’est » correspond à un démonstratif tandis que « s’est » correspond à un réflexif : « La réunion s’est déroulée elle-même »

8° règle : accord du participe passé avec être

a)    Elles sont venu de bon matin

b)    Elles sont venues de bon matin

Solution b. Le texte se lit de gauche à droite : on rencontre d’abord le pronom « elles » ; son pluriel entraîne par accord celui de « venues ».

9° règle : Le ne de négation

a)    On n’y comprend rien

b)    On y comprend rien

Solution a. Commentaire. Le « n’ » n’est pas explétif ici : c’est lui qui supporte la négation, pas le mot « rien » comme on pourrait le croire. Idem pour « ne… pas ».

10° règle : Infinitif derrière « les »

a)    Ils sont venus pour les voirs

b)    Ils sont venus pour les voir

Solution b. Commentaire. Le verbe n’est pas lié à « les ». On pourrait dire : « Ils sont venus pour… voir ».

11 GRA  grammaire subtilités

1. Subjonctif Maïthé (7 mai) : Tu écris «Bien que je n’ai pas d’excuse » ??? Roger (8 mai) : Le subjonctif « que je n’aie pas… » s’impose à mon avis en cas d’incertitude mais ce n’était pas la situation ici. Hélas, je n’avais aucune excuse ! Grammaticalement « bien que » pourrait être remplacé par « malgré que » ou « parce que » et le présent de l’indicatif semble alors approprié, à mon avis. Roger (10 mai) Le passage au passé donnerait ceci : « … bien que je n’avais pas d’excuse » ou encore « bien que je n’eusse pas d’excuse ». Et là l’imparfait du subjonctif semble s’imposer aux dépens de l’imparfait de l’indicatif pour des raisons culturelles plus que logiques. 

2. Malgré que Roland (10 mai 2015) : On m’a toujours dit que  » malgré que  » n’était pas correct ! Roger (11 mai) : C’est exact. L’expression est jugée incorrecte sauf dans des formules comme « malgré qu’il en ait » ou « malgré qu’il en eût » : c’est-à-dire « en dépit de sa volonté (l’affaire se fit) » Consulter le « Le bon usage » de Grévisse. Cette grammaire fait autorité. Voir sur Google : « malgré que Grévisse » L’emploi avec l’indicatif « malgré qu’il en a » est donc fautif mais la langue évolue. Et qui décrète le bon usage ? Au XVII° siècle c’étaient les Précieux avec Vaugelas, inventeur de l’expression « le bon usage ». 

11 GRA Projet Voltaire débat 2015_07

suite de 11 GRA Projet Voltaire + subtilités 2015_06

1. Jany (29 juin 2015) : Fiche très intéressante. Je ne sait pas quoi exactement mais quelque chose me chiffonne dent l’exemple de la première règle: j’aurait  écrit sans aucun état d’âme:  « les hommes que j’ ai vus travailler  » en pensant  » j’ai vu qui ? Les hommes.  Aurait-je eux tort  ? Pourquoi?

De plus, je ne dirais pas spontanément « les poissons que j’ai vu pêcher » mais plutôt « les poissons que j’ai vus dans les filets  » ou « les poissons que j’ai vu les pêcheurs rapporter dans leurs filets »

En tous cas, merci.

Roger (1er juillet ) : L’exemple des « poissons que j’ai vu pêcher » proposé par le projet Voltaire n’est pas bon du tout. Tu as raison.

Ensuite les deux exemples que tu proposes posent problème.

– « J’ai vu les hommes travailler » : on comprend bien qu’on a vu deux choses, les hommes et leur travail. C’est une proposition infinitive classique  dont l’exemple canoniquement immortel est : « J’entends siffler le train » D’où la suite « Que c’est triste un train qui siffle dans la nuit ». « siffler le train » = un train qui siffle = un train sifflant… tout cela est équivalent

Mais « les hommes que j’ai vu(s?) travailler » présente la dissociation du sujet « hommes » et son verbe à l’infinitif « travailler » . Du coup il faut se faire violence pour écrire « les hommes que j’ai vu travailler ».  Et le pluriel semble normal. J’ai proposé à Google « les hommes que j’ai vu travailler ». Voir la réponse à : http://www.aidenet.eu/conjugaison37.htm.

2. Véronique (29 juin : J’ai testé le projet Voltaire avec mes élèves. Je vais essayer d’être concise sur les avantages et les inconvénients.

Une petite remarque préliminaire toutefois sur « l’orthographe qui est la science des ânes ».

Cette petite phrase ne me déplaît pas car elle a au moins le mérite de ne pas stigmatiser ceux qui ne sont pas bons en orthographe. En France, l’orthographe a trop d’importance, on juge beaucoup trop sur cette apparence « graphique » pour se gausser de sa propre supériorité. Il faut être vigilant à ce marqueur social qu’est l’orthographe en France, avec de multiples règles (accords des adjectifs de couleurs… pour n’en citer qu’une !) qui contribuent à creuser les écarts entre « ceux qui savent » et « ceux qui ignorent ».

En ce qui concerne le projet Voltaire, son gros point fort à mon avis est qu’il fait travailler les élèves sur leurs lacunes. Après un test, le logiciel les interroge sans arrêt sur les règles grammaticales (pour la plupart) non maîtrisées. Le travail est bien individualisé.

En revanche son point faible, c’est son coût. Difficile dans l’éducation nationale, de le financer pour la totalité d’un collège.

Si tel était le cas, je regrette aussi que les exercices proposés ne se réduisent qu’à un seul : le repérage de l’erreur dans une phrase. Ce n’est pas suffisant et mes élèves n’étaient pas ensuite meilleurs dans l’orthographe de leurs dictées ou de leurs expressions. Le réinvestissement, du moins au collège, n’est pas du tout évident.

Et puis impossible de faire le même type d’exercices sur une année, pire sur plusieurs (dans le cas du financement d’un établissement pour l’ensemble de ses classes), sans lasser les élèves je pense.

J’ai écrit tout cela aux « éditeurs » qui me demandaient un bilan et les raisons pour lesquelles nous n’avions pas renouvelé le contrat,  mais n’ai jamais reçu de réponses constructives, hélas. Je rêve de ce type de logiciel, conçu par un gars du groupe Freinet par exemple, avec quelques profs de lettres dans l’équipe pédagogique. Roger (1er juillet) : Bien. Je retiens tes remarques qui me paraissent toutes judicieuses.

3. Robert (29 juin) : Bonjour Roger et Véronique.

Comme Véronique, je suis très sceptique sur ce « projet Voltaire », pour d’autres raisons qui s’ajoutent aux siennes.

1 – Les premières erreurs que fait une personne apprenant à écrire le français sont des erreurs de segmentation des mots : la pour l’a, je vu pour j’ai vu, ja rive pour j’arrivetou jour pour toujours, la mitier pour l’amitié, etc. Ces erreurs subsistent chez certaines personnes jusqu’à l’âge adulte. Rien ne semble prévu dans le programme Voltaire pour traiter ce type d’erreurs, jugées trop élémentaire, sans doute?

Ce que je pratique personnellement pour les traiter, c’est le comptage sur les doigts (un doigt par mot) ou avec de petits objets tels que des pièces de monnaie ou des réglettes que l’on aligne pour représenter la chaîne des mots. Ce travail nécessite parfois plusieurs minutes de tâtonnement avant qu’on passe à l’écriture de la phrase.

2 – La seconde étape est de choisir le bon graphème pour le phonème qu’on entend, choisir par exemple entre « an », « ant », « en », ent », « emps ». Pour transcrire le phonème [Ԑ] (è) par exemple, il y a  42 possibilités (mais pas, comme le croient à tort certains enseignants, une infinité de possibilités). Affirmer comme le fait le projet Voltaire que cette acquisition  dépend du «temps d’exposition à la langue française », est nettement insuffisant et erroné si on comprend cette « exposition » comme de la lecture. On peut avoir lu un roman de 600 pages dans lequel on a rencontré plus de 100 fois le nom propre étranger d’un personnage et être incapable d’écrire ce nom. C’est par l’écriture que s’acquiert cette compétence, pas par la lecture.

Cette étape nécessite qu’on fasse de la grammaire, qu’on distingue en particulier les différentes catégories de mots, pour marquer par exemple le pluriel d’un nom par « -s » et le pluriel d’un verbe par « -ent », ou pour distinguer « son » possessif de « sont » verbe. Or, le naufragés de l’orthographe ne maîtrisent pas ces concepts, ni la terminologie grammaticale dans laquelle sont exprimées les « règles » dont on leur rebat les oreilles et qu’utilise abondamment le projet Voltaire (…). Pour appliquer la « règle » d’accord du participe passé, il faut d’abord distinguer un participe passé d’un infinitif : la plupart des élèves de 3e de collège en sont incapables. Le remède pédagogique le plus efficace que j’ai rencontré dans ma carrière de prof de français pour faire acquérir les concepts de classes de mots (je ne dis pas la terminologie grammaticale), c’est la Grammaire en Couleurs de Maurice et Christiane Laurent: par pointage dans un tableau muet où des rectangles représentent des classes de mots, les élèves s’entraînent avec des phrases qu’ils comprennent (leurs propres phrases le plus souvent) à places chaque mot dans le rectangle approprié, sans explication de l’enseignant et sans métalangage grammatical. Les termes les termes « nom », verbe », etc. viennent ensuite, bien plus tard, après des heures d’entraînement, quand les concepts sont en place.

Bref, ce projet Voltaire plein de bonnes intentions ne peut aider à mon avis que les personnes ayant acquis les bases de la grammaire et sa terminologie. Pour la majorité, une autre pédagogie est nécessaire qui n’est plus à inventer totalement. Les formateurs d’adultes, les orthophonistes, les enseignants de FLE et les maîtres spécialises du primaire en savent déjà un bout, que continuent à ignorer les enseignants de français langue maternelle. Roger (1er juillet) : Tout-à-fait d’accord avec vos remarques.  Je les retiens. Ajout (9 juillet) : Pour moi, la formule « temps d’exposition à la langue française » concerne toutes les occasions où l’enfant, puis l’adolescent et enfin l’adulte sont pris dans le réseaux du langage parlé qu’ils écoutent et pratiquent. Ils acquièrent sans le savoir les structures fondamentales de la langue. Ensuite il faut les dégager clairement pour les nommer. C’est un travail essentiel, long et quelquefois fastidieux. D’où l’analyse de Robert à laquelle je souscris pleinement.

Roger et Alii

Retorica

(2 250 mots, 13 400 caractères)

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