11 GRA orthographe patrimoine national 2014-06

1. Michel (7 juin) Ta remarque finale 27 RET tremplin n°31) sur la correction orthographique me rappelle que depuis un bout de temps j’ai constaté ce qu’on peut, à mon avis , appeler la baisse du niveau en ce domaine: de bons élèves font des tas de fautes. Et je me suis demandé s’il fallait se résigner à cette constatation, la déplorer, ou proposer de faire quelque chose mais quoi ? ? ? Je vois mal une simplification ; alors, une révolution, par exemple en venir à une orthographe purement phonétique ? mais tout le monde ne prononce pas tous les mots de la même façon… Quelqu’un aurait-il des idées (réalistes, si possible)?

2. Roger (25 juin) Voici ce que j’ai trouvé à travers des expériences récentes.

I. L’orthographe est un monument intellectuel national. Ce patrimoine évolue lentement. Personne ne le possède entièrement

II. Chacun s’emploie, donc dans la mesure de ses moyens, à entretenir, donc à respecter ce monument. La vision purement fonctionnelle de l’orthographe phonétique n’est pas pertinente à l’usage.

III. C’est pourquoi les correcteurs orthographiques abondent ; les entreprises veillent dans leur communication à respecter l’orthographe d’usage et font de plus en plus appel à des correcteurs. Ceux-ci sont les conservateurs de ce patrimoine.

IV. Tout le monde s’en éprouve dépositaire. D’où le succès de la dictée de Bernard Pivot ou du scrabble. Le respect de l’orthographe s’impose ainsi un peu partout, même là où on ne l’attend pas.

V. D’où le drame silencieux des «  nuls en orthographe  ». Mais dès qu’on leur demande simplement d’y prêter attention, ils réduisent leurs incorrections dans des proportions considérables.

VI. Nous avons tous accès à ce patrimoine parce que nous baignons quotidiennement dans la langue française et que nous cherchons à la respecter pour être simplement compris

VII. C’est une question de solidarité. On demande l’aide du voisin quand on veut rédiger un texte qui a de l’importance pour soi. Les outils ne manquent pas pour aller plus loin.

(208 mots, deux heures, 2014_06)

3. Les Chinois et les Japonais considèrent leur langue respective comme un patrimoine national. Il convient d’y ajouter la calligraphie e tmême l’écriture cursive pour les Occidentaux.

René Thimonnier est l’auteur d’un « Code Orthographique et grammatical » (1970 Hatier puis 1978 Marabout) qui fait toujours autorité. Il a eu l’idée de repérer toutes les séries orthographiques et grammaticales du français. Certaines sont complètes, d’autres sont irrégulières ou tronquées pour des raisons qui tiennent à l’usage. Il proposait de normaliser les séries les plus aberrantes. Mais ses préconisations n’ont pas été suivies. Ce n’est pas très grave : l’usage se chargera de cette besogne à condition de ne pas le contrarier. J’ai déjà entendu un cheval / des chevals sans que cela m’irrite mais mon correcteur orthographique me propose un cheval / des chevaux plus conforme à la tradition.

Le Bled reste une ressource intéressante pour se rafraîchir la mémoire. Le Bled Orthographe-Grammaire chez Hachette, auteur Daniel Berlion, 8,10 €, offre 400 exercice auto-correctifs. On peut progresser avec cet ouvrage à condition d’en avoir envie.

4. Ceci dit, je corrige volontiers des textes incorrects sans m’en émouvoir, à condition qu’ils soient brefs ! Voici un exemple lié à 26 REL ramadan tapage nocturne :

http://www.yabiladi.com/forum/tapage-nocturne-70-2693799.html.

Voici le texte original : Mariama 72, 5 sept 2008 :

salam a tous

encore une fois le voisin d’en bas fait du tapage nocturne , il mets du RAI a minuit

j’en pouvais plus , je suis descendu j’ai menacé sa femme j’ai pas pu gardé mon calme

ça fait deux fois je vais les voir

La prochaine fois je pense sérieusement à appeler les flics

du coup mon sommeil est partie

je leurs ai dit y’a des gens qui travaillent et qui font le ramadan ils sont fatigué eteigné toute suite votre musique

elle m’a répondu nous aussi on fait le ramadan

aviez vous deja eu ce genre de probleme ??

Et voici la correction que je propose :

Mariama 72 (2008_09_05) : « Salam à tous. Encore une fois le voisin d’en bas fait du tapage nocturne, il mets du RAI a minuit. Je n’en pouvais plus , je suis descendu, j’ai menacé sa femme je n’ai pas pu garder mon calme. Ça fait deux fois que je vais les voir. La prochaine fois je pense sérieusement à appeler les flics. Du coup mon sommeil est parti. Je leur ai dit : « Y’a des gens qui travaillent et qui font le ramadan. Ils sont fatigués. Eteignez tout de suite votre musique. » Elle m’a répondu : « Nous aussi on fait le ramadan. » Avez – vous déjà eu ce genre de problème ?? »

5. Que peut-on en conclure ? Je vais à ce qui me semble l’essentiel. La dictée est un exercice très intéressant à condition de ne pas dépasser quarante mots. Car il faut pouvoir expliquer très rapidement les erreurs les plus évidentes et qui ne relèvent pas de l’inattention. L’élaboration d’un texte en quarante mots soulève beaucoup de questions qu’il ne m’est pas possible d’aborder ici. Voir 11 GRA dictée en quarante mots

6. Lien avec Retorica. L’orthographe et la grammaire sont un problème récurrent et presque insoluble si nous oublions que nous les portons en nous-même, d’une manière quasiment inconsciente, dans une sorte de « grammaire générative » pour reprendre une expression de Chomsky. A partir de là on peut avancer calmement sans traumatiser personne !

Roger et Alii

Retorica

(5.500 caractères)

7. Annie (28 août) : J’utilise les correcteurs orthographiques.

Ce qui m’ennuie, c’est qu’ils figent – normalisent – la langue écrite (une certaine langue écrite). Peut-on dans ces conditions espérer que le français écrit poursuivra normalement ses aventures ?

Je travaille en ce moment très souvent sur des textes manuscrits savoyards du 16e siècle :  belle langue française, vocabulaire riche.  Mais des surprises au déchiffrage, liées aux différences (pour l’orthographe « d’usage ») avec nos graphies : mieux vaut rester sur le qui-vive, et ne pas se laisser aller à son intuition! 

De quel droit figeons-nous ainsi l’écrit aujourd’hui? Et combien de temps cette brutalité pourra-t-elle résister ?

Roger (1er sept 2014) : A mon avis l’évolution continue quoique ralentie…

Parce que derrière le correcteur, il y a une femme ou un homme qui règle la machine.

11 GRA dictée en quarante mots 2014_09

1. Le « quarante mots » est un élément de la méthode Mellerio-Sanglier (voir 27 RET méthode Mellerio-Sanglier 2014-04 in www. retorica.fr). Il consiste à écrire un texte en quarante mots qui peut être un récit, un essai, plus rarement un dialogue ou un poème. Ce texte doit être assez bien rédigé du point de vue de la correction du style mais sans plus. Sa finition relève de la « part aidante du maître ». Il est important que le prof définisse bien le genre : le récit raconte, l’essai analyse ; le dialogue et le poème sont facilement identifiables. Le texte final (récit ou essai de préférence ) va constituer le texte de la dictée.

2. Pourquoi se limiter à 40 mots ? Parce que c’est l’unité minimale qui offre un sens complet. Beaucoup de choses peuvent s’écrire en quarante mots. On pourrait penser à un texte d’auteur. Mais il est important de partir des intérêts du ou des élèves en leur donnant immédiatement la parole. Ceci est en lien avec la méthode naturelle de lecture et d’écriture (MNLE) chère au mouvement Freinet. Le texte de la dictée est ainsi profondément lié à la personnalité du ou des élèves.

3. La correction peut se faire en deux temps. Je prends l’exemple d’un élève seul avec le prof. Celui-ci se borne à entourer en rouge les erreurs. Il les montre à l’élève qui corrige. A 80 % les erreurs relèvent de l’inattention car la pratique quotidienne du français à inscrit dans le mental de tout le monde les structures fondamentales de la langue. Restent 20 % qu’il faut expliquer et c’est le deuxième temps. L’explication est rapide, succincte, facilement assimilée. Cela relève de la « grammaire en quatre pages » de Célestin Freinet.

4. La dictée négociée. J’emprunte le reste de cette réflexion à la notion de « dictée négociée » (Véronique, 5 sept 2009, liste Freinet second degré). Muriel pose une question assez pointue : «L’interrogation raisonnée de l’orthographe à travers une phrase de la composition des élèves : rapidement, c’est quoi ?  » Voici la réponse de Véronique : « Ah, c’est ce que d’autres appellent la * »phrase du jour ». L’enseignant dicte une phrase sur un point qu’il veut aborder dont il a repéré la récurrence dans les copies d’élèves,(l’idéal serait de prendre une phrase de ces écrits à mon avis). Il la dicte à l’ensemble de la classe qui l’écrit sur son cahier de brouillon. Il passe un peu au hasard, repère les erreurs, envoie un élève l’écrire au tableau. On regarde. Les élèves comparent et on liste toutes les graphies différentes sous la première proposition.

« Et puis on cause, on questionne : on trouve des « ils les regardes » fréquemment par exemple. Il faut questionner le premier qui a écrit un* S.* Et inévitablement, il répond qu’il a mis un S parce qu’il y a un les devant. Et il faut le féliciter pour la logique de cette réponse et lui dire que toutefois, il s’est trompé. Mais ce n’est pas toi, qui va le lui expliquer, c’est un autre enfant qui lui, a mis « Ent » et qui va proposer une autre explication, timidement, parce que du coup il n’est plus sûr de rien…

« Ce que j’aime bien, justement, c’est le raisonnement, le cheminement de l’enfant, sa capacité à expliquer ce qu’il fait, de donner du sens ou de voir qu’il faisait au « pif » et que ça marche mieux avec la logique.

« Pour le lexique on prend tout bonnement un dictionnaire. Je pense que cette méthode pourrait être améliorée et je prends les propositions qui viendraient.

« Dans le même genre, la dictée négociée *est une dictée faite à toute la classe. Puis temps de correction individuelle (flèches pour les accords, mots dont on n’est pas sûr, entourés, etc. ) Ensuite, les élèves sont mis par groupe de niveau (3 ou 4 élèves). Les excellents ensemble, les niveaux moyens, les plus faibles (qui peuvent avoir la même dictée mais à trous par exemple. Et là, ils comparent. *Et ils doivent ne me rendre qu’une seule copie.* Parfois, ils se plantent royalement et ne rendent pas la meilleure (je prends les autres pour voir…) alors ensuite, on discute. « Pourquoi avez-vous choisi celle-ci ? »

« Ces dictées ont été des moments de joie pour moi. J’étais là, je ne faisais rien, et j’entendais « mais non, là, tu mets *er* parce qu’on peut dire « prendre ».

« Ils ont le droit de venir consulter le dictionnaire pour deux mots, le dictionnaire est sur mon bureau, ils doivent « emporter le mot dans leur tête pour le mémoriser. »

« Je ne fais pas de distinction, pour répondre à une de tes questions en privé, entre erreur et faute. J’essaie plutôt de remplacer le mot « faute » par « erreur » parce que je trouve faute un peu culpabilisant pour l’enfant, mais chassez le naturel… car ma vieille terminologie est bien ancrée.

Roger et Alii

Retorica

(4.700 caractères)

Total : 11.000 caractères

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