11 GRA participes passés 2009_05

Catherine (2009_05_22)  met l’accent sur le problème essentiel : ne pas être assez convaincu de l’utilité de telle ou telle pratique grammaticale  Roger : Il faut traiter l’orthographe et la grammaire comme des trésors nationaux. Le croire et prendre les moyens adéquats pour y parvenir. Par ailleurs je lis chez Marc Le Bris qu’il fait répéter quatre fois la même chose pour que ses élèves l’assimilent. Nous aussi ! D’ailleurs on dit bien à quelqu’un « Cela fait quatre fois que je le répète », preuve que c’est une règle de bon sens… Tout le monde sait que la pédagogie c’est l’art de la répétition mais à intervalles assez longs et sous des formes différentes.  Enfin il faut une culture historique de base en matière de grammaire. (…) Pour mon propre usage, mais cela peut servir, j’ai refait ma fiche participes passés. La voici.

1. Le français se lit et s’écrit de gauche à droite au contraire de l’hébreu et de l’arabe qui se lisent et s’écrivent de droite à gauche. Par contre, d’une manière universelle, les nombres se calculent de droite (la plus petite unité) à gauche (la plus grande). Ceci dit pour les élèves qui se demandent où est l’avant et l’après dans la phrase.

Dans la phrase suivante :

Les fraises que j’ai mangées étaient succulentes” on peut ôter les trois mots “que j’ai” et on obtient “Les fraises mangées étaient succulentes”. On voit bien que “mangées” est un participe passé qui fonctionne comme un adjectif. Dans la lecture le nom “fraises” vient immédiatement avant “mangées” qu’il s’agisse du cas “Les fraises mangées” ou de “Les fraises que j’ai mangées”. Donc accord

2. La règle du participe passé nous vient de Clément Marot (1496 – 1544) valet de chambre de Marguerite de Navarre, puis de François 1er, c’est-à-dire, en réalité secrétaire et poète officiel. Dans ses “Epigrammes” il écrit :

Enfants, oyez une leçon :

Notre langue a cette façon

Que le terme qui va devant

Volontiers régit le suivant.

Les vieux exemples je suivrai

Pour le mieux : car, à dire vrai,

La chanson fut bien ordonnée

Qui dit “L’amour vous ai donnée”,

Et du bateau est étonné

Qui dit “M’amour vous ai donné”.

Voilà la force que possède

Le féminin quand il précède.

Or prouverai par bons témoins

Que tous pluriels n’en font pas moins.

Il faut dire en termes parfaits :

“Dieu en ce monde nous a faits” ;

“Dieu en ce monde les a faites”

Et ne faut point dire en effet :

“Dieu en ce monde les a fait”,

Ne “nous a fait” pareillement

Mais “nous a faits” tout rondement.

Ainsi la règle s’explique par 1.  l’emploi du féminin : au XVI° “amour” était du féminin 2. parce qu’on traînait sur la dernière syllabe : on disait donc /donné-e/ et 3. parce qu’on a étendu la règle au pluriel à l’imitation de l’Italie. Le fond du problème est simple : il y a accord quand le participe passé est senti comme adjectif. Au XVII° siècle sous l’influence des Précieux les grammairiens, comme Vaugelas, vont examiner les cas particuliers qui mènent à des débats d’ordre psycho-sociologique. Des professeurs en font, au XIX° siècle, la règle rigide que l’on connaît. Mais dans la pratique on tend à laisser invariable le participe passé quand il n’est pas senti comme adjectif. Ex : “Quelle idée a eu le patron” (G. Duhamel).

Pour aller plus loin voir les sites suivants et consulter le Dictionnaire des difficultés de la langue française par Adolphe V. Thomas, chef correcteur des Dictionnaires Larousse (1956, constamment réédité, très clair, très concret).

3. http://pagesperso-orange.fr/j-marc.muller/Marot.htm. Je résume :

En ancien français, il y a d’abord eu un premier stade où l’accord du participe passé se faisait assez systématiquement en genre et en nombre avec le COD, placé derrière, dès lors que le verbe conjugué était avoir.

  On disait, et on écrivait : « J’ai letres escrites ». Le verbe “avoir” y avait le sens  originel de “posséder” . La phrase  signifie : « Je possède des lettres écrites par moi » ou « Je possède des lettres écrites par quelqu’un d’autre ». Plus tard le verbe n’exprime plus un rapport de possession, mais une action passée : « J’ai terminé, mes lettres sont écrites ». On est déjà entré dans l’usage moderne. Et en même temps commence à émerger  la règle de l’accord du verbe avec son sujet, et non avec son COD. Vers le XVI° siècle on rencontre :« J’ai éscrit letres », et « escrit j’ai letres », mais on continue de trouver « J’ai letres escrites ».

  Dans La pensée et la langue (1922) le  grammairien français Ferdinand Brunot, écrit : « Au XVI° siècle, un incident se produisit, qui devait avoir une portée immense, étant donné qu’on commençait à imprimer du français, et que la langue allait devenir une langue lue en même temps que parlée. Le roi François 1°, ayant eu la fantaisie d’être informé sur la variation du participe, s’adressa à Marot. Celui-ci, s’appuyant de façon naturelle, mais malencontreuse sur l’italien, donna la formule M’amour vous ay donnée.

Voilà la force que possede

Le feminin quand il precede.

…tous pluriers n’en font pas moins ;

Il fault dire en termes parfaictz :

Dieu en ce monde nous a faictz,

Fault dire en parolles parfaictes :

Dieu en ce monde les a faictes (H.L[1]., II, 468-470)

Le meilleur des grammairiens du temps, Meigret, eut beau protester contre ces « lourdes incongruités », la commodité d’avoir une règle l’emporta. On apprit par cœur ces vers dans les ateliers d’imprimerie, et le mal fut fait. Le développement normal de la langue était arrêté. Malherbe d’abord, Vaugelas ensuite complétèrent l’œuvre. Le dernier, en proclamant qu’il n’y avait rien dans la grammaire française de plus important, a établi le préjugé moderne. Et cependant, en avouant en même temps qu’il n’y avait « rien de plus ignoré », il reconnaissait qu’il n’y avait pas d’usage établi qui s’imposât (H.L, III, 601)

Il posa deux règles fondamentales :

1. J’ai reçu les lettres ;

2. Les lettres que j’ai reçues.

C’était la doctrine de Marot, fondée sur l’ordre des mots. »

Brunot ajoute qu’au XVII° siècle le « e » final de « rendue », ou de « chantée » s’entendait, par l’allongement de la voyelle finale, mais uniquement avant une pause. Ce qui a favorisé l’accord du participe passé avec le COD en fin de phrase. Mais dès que le participe passé était suivi d’autres mots, l’effet d’allongement disparaissait. On rencontre chez Mme de Sévigné : « Mandez-moi bien quelle réception vous aura fait cette belle reine » (Mme de Sévigné). Chacun fait comme il veut.

Et aujourd’hui ? Il en est de même mais à l’écrit la règle est mieux respectée. Cependant on rencontre des expressions comme :

–  Imaginez les sommes que ça m’a coûté

–  Elle n’a rien trouvé d’utile dans les deux ans que la formation a duré

 C’est l’usage qui s’impose. Et il est autorisé par une loi du 28 décembre 1976 pour introduire une certaine tolérance.

  [1] Brunot renvoie à son Histoire de la Langue Française.

4. Le participe passé des verbes pronominaux. D’après

http://www.zcorrecteurs.fr/blog/billet-163-le-participe-passe-des-verbes-pronominaux.html. Je résume.

C’est François de Malherbe (1555-1628), considéré comme l’un des Réformateurs de la langue française (épurer et discipliner la langue française a été l’œuvre de sa vie), qui instaura cette règle de l’accord du participe passé des verbes pronominaux.

D’abord un rappel. Les verbes pronominaux sont reconnaissables à la présence d’un pronom réfléchi (me, te, se, nous, vous) devant le verbe. Exemples : Ils se battent contre les injustices de la société ou Tu te crois plus fort mais tu te trompes lourdement.

Certains verbes sont essentiellement pronominaux et on ne les rencontre que sous cette forme. Exemples : Il se méfie beaucoup de son voisin. ou Le bébé se blottit dans les bras de sa maman. D’autres verbes sont accidentellement pronominaux :

a) Les verbes pronominaux réfléchis  Le sujet fait l’action et agit sur lui-même. Exemple : Elle se maquille puis se coiffe.

b) Les verbes pronominaux réciproques Plusieurs protagonistes font l’action qui rejaillit sur chacun des acteurs. Exemples : Ils se disputeront le titre de champion de France en finale. ou

Ils s’échangent des courriers électroniques tous les jours.

c) Les verbes pronominaux passifs Ici, le sujet subit l’action. Exemple :

Il s’est fait battre par le champion du monde en titre.

5. Le participe passé des verbes pronominaux se construit avec l’auxiliaire être qui est placé entre le pronom réfléchi et le verbe.

Les verbes essentiellement pronominaux La règle est très simple : le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le sujet. Exemples : Les chiots se sont blottis contre le flanc de leur mère. ou Les petites filles s’étaient toujours méfiées des petits garçons.

Les verbes accidentellement pronominaux

a) et b) Les verbes pronominaux réfléchis et réciproques Ici, l’accord du participe passé dépend de la place du COD (complément d’objet direct) dans la proposition. Ainsi, on accordera le participe avec le COD si celui-ci est placé avant l’auxiliaire. Dans le cas contraire, ou s’il n’y a pas de COD l’accord n’aura pas lieu. C’est donc la règle du participe employé avec « avoir » qui doit être respectée même si le participe est construit avec « être ». Exemples : Elles se sont lavées (elles ont lavé qui/quoi ? « se » mis pour « elles »-> accord avec le cod placé avant l’auxiliaire). Elles se sont lavé les pieds (elles ont lavé qui/quoi ? « les pieds » -> pas d’accord car le cod est placé après l’auxiliaire). Ils se sont parlé (ils ont parlé… à qui ? Pas d’accord car pas de cod).

c) Les verbes passifs Le participe s’accorde en genre et en nombre avec le sujet. Exemples : Ces livres se sont vendus comme des petits pains. ou Les maisons se sont construites à une vitesse phénoménale.

d) Les verbes au participe invariable Il s’agit des verbes qui ne peuvent pas avoir de COD et dont le pronom réfléchi fait office de COI (complément d’objet indirect). Vous trouverez ci-dessous une liste non exhaustive de ces verbes. S’appartenir, se complaire, se convenir, se déplaire, s’entre-nuire, se mentir, se nuire, se parler, se permettre, se plaire, se rendre compte, se ressembler, se rire, se sourire, se succéder, se suffire, se survivre, se téléphoner, s’en vouloir, s’imaginer, etc.

e) Les verbes pronominaux suivis d’un infinitif On accorde le participe passé si le sujet fait l’action exprimée par l’infinitif. Exemples : Les jeunes se sont vu refuser l’accès à la discothèque par le videur (pas d’accord car ce ne sont pas les jeunes qui refusent l’accès mais le videur). ou Les passagers se sont vus mourir lors de l’incident durant l’atterrissage.

Le blog promet l’étude du participe passé des verbes suivis d’un infinitif.

6. Pédagogie. On peut présenter uniquement les exemples et les faire discuter en groupes. Ensuite on en dégage une règle simplifiée. Inutile de se prendre la tête.

Maïthé (22 mai 2009) Merci Roger. Je trouve très intéressant de remonter à l’histoire de la langue pour comprendre les règles et d’urgence accepter de les simplifier parce que tout ça est un peu, bien compliqué à une époque qui vise l’action efficace…  

Roger et Aii

Retorica

(1880 mots, 11.000 caractères)

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