13 HIS Commune de Paris Hugo

 

A/ La Commune de Paris

Le peuple de Paris refuse la défaite de 1870 et de donner au gouvernement Thiers, installé à Versailles, les canons payés par souscription populaire. L’insurrection éclate le 18 mars 1871 et la Commune est proclamée le 28 mars. C’est une république socialiste, enthousiaste, généreuse et brouillonne. Ses dirigeants hésitent entre la dictature et l’anarchie. Ils commettent des erreurs : refus des nationalisations et de toucher à l’or de la Banque de France. « Aucun d’eux ne connaissait le mécanisme politique  et administratif de cette bourgeoisie dont ils sortaient presque tous. » (Lissagaray « Histoire de la Commune » 1876).

La Commune s’écroule lors de la Semaine sanglante du 23 au 28 mai où les Versaillais (l’armée au service du gouvernement Thiers) massacrent méthodiquement les « fédérés », les insurgés à chaque barricade détruite : 20.000 personnes sont ainsi fusillées. Lire Hugo « L’année terrible » : « Sur une barricade ». C’est à ce moment que furent massacrés les otages que gardait la Commune. 50.000 arrestations, 28.000 déportations. « Les méprises furent innombrables. Les femmes du beau monde qui allaient, les narines dilatées, contempler les cadavres des fédérés furent englobées dans des razzias, et emmenées à Satory où, les vêtements en lambeaux, rongées de vermine, elles figurèrent très convenablement les pétroleuses imaginées par leurs journaux. » (Lissagaray)

Prennent parti pour la Commune Rimbaud « Les mains de Jeanne Marie », Verlaine, Louise Michel, Vallès « L’insurgé » . Sans approuver les « communeux », Hugo s’élève contre la répression. Prennent parti contre elle, Théophile Gautier, Daudet, Renan, Zola, les Goncourt, Anatole France (« Les désirs de Jean Servien » 1882) et Flaubert. Celui-ci regrettait l’oubli des inconséquences de 1848 : « Ah ! si on avait compris mon « Education sentimentale » » ! La chanson témoigne du choc profond. F. Dupont « Le chant des ouvriers », J.B Clément « Le Temps des Cerises », E. Pottier « Elle n’est pas mort », « L’Internationale » juin 1871. Karl Marx méditera cet échec et Lénine évitera les erreurs de la Commune lors de la Révolution de 1917.

 

(352 mots, 1970)

 

B/ V. Hugo (1802-1885) L’année terrible (1871)

 

Sur une barricade

 

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.
– Es-tu de ceux-là, toi ? – L’enfant dit : Nous en sommes.
– C’est bon, dit l’officier, on va te fusiller.
Attends ton tour. – L’enfant voit des éclairs briller,
Et tous ses compagnons tomber sous la muraille.
Il dit à l’officier : Permettez-vous que j’aille
Rapporter cette montre à ma mère chez nous ?
– Tu veux t’enfuir ? – Je vais revenir. – Ces voyous
Ont peur ! où loges-tu ? – Là, près de la fontaine.
Et je vais revenir, monsieur le capitaine.
– Va-t’en, drôle ! – L’enfant s’en va. – Piège grossier !
Et les soldats riaient avec leur officier,
Et les mourants mêlaient à ce rire leur râle ;
Mais le rire cessa, car soudain l’enfant pâle,
Brusquement reparu, fier comme Viala, (1)
Vint s’adosser au mur et leur dit : Me voilà.

La mort stupide eut honte et l’officier fit grâce.

Enfant, je ne sais point, dans l’ouragan qui passe
Et confond tout,  le bien, le mal, héros, bandits,
Ce qui dans ce combat te poussait, mais je dis
Que ton âme ignorante est une âme sublime.
Doux et brave, tu fais dans le fond de l’abîme,
Deux pas, l’un vers ta mère et l’autre vers la mort ;
L’enfant a la candeur et l’homme a le remords,
Et tu ne réponds pas de ce qu’on te fit faire ;
Mais l’enfant est superbe et vaillant qui préfère
A la fuite, à la vie, à l’aube, aux jeux permis,
Au printemps, le mur sombre où sont morts ses amis.

 

(1) Viala (1780 – 1793) : entré dans la garde nationale, ce garçon de treize ans combattit les royalistes sur la Durance et mourut percé de coups de baïonnette. Le même héroïsme est attribué au petit tambour Bara, mort à quatorze ans, sous les coups des Vendéens mais il s’agirait cette fois d’une légende républicaine. (Bara ou Barra Josoph 1779 – 1793)

 

 

C/ Roger (6 juillet 2015) :

  1. Cette fiche manuscrite tenait dans une double page A/ et B/ d’un format  a5. Je l’avais rédigée pour le centenaire de la Commune de Paris dont on parlait beaucoup cette année-là  Elle servait d’introduction au poème de Victor Hugo « Sur une barricade…». Un dossier de trois chansons l’accompagnait. On y trouvait « Le tombeau des fusillés » de Jules Jouy, « L’insurgé »  et « Elle n’est pas morte » d’Eugène Pottier (1816 -1887),  C’était suffisant, à mon avis, pour sensibiliser les élèves (seconde, première) à  cette question.
  2. J’étais et je reste très marqué par le terrible jugement de Lissagaray  sur les dirigeants de la Commune qu’il connaissait bien :  « Aucun d’eux ne connaissait le mécanisme politique  et administratif de cette bourgeoisie dont ils sortaient presque tous. » La fiche Wikipédia est historiquement plus complète mais la mienne, dans sa brièveté, me semble mieux dégager les enjeux. « Seule la vérité est révolutionnaire » disait à juste titre Lénine qui par ailleurs faisait bon marché de la vérité elle-même, d’où l’échec du communisme qu’on n’osait pas prédire après 1968. On était  alors en pleine guerre Froide. La chute de l’URSS a entraîné celle des forces anti capitalistes. Elles ont peine à se reconstruire d’une manière cohérente. De ce point de vue tout reste à faire mais, optimiste impénitent, je pense que c’est possible, mieux même, que cette reconstruction est en marche.
  3. Je n’ai gardé aucun souvenir de la manière dont nous avons traité ce dossier mais je crois savoir un peu comment procéder. D’abord donner aux élèves les deux fiches A/ Commune et B/  Hugo « Sur une barricade ». On lit les deux fiches et on entame un débat silencieux sur leur  contenu. Je recueille les avis et les mets en une forme correcte pour un je-nous-dicte qui peut durer le temps qu’il faut. Tout cela est numéroté pour figurer dans le classeur de français. Ensuite je demande à la classe de choisir un 40mots possible dans le texte de Hugo. On peut retenir les quatre premier vers  du poème :

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.
– Es-tu de ceux-là, toi ? – L’enfant dit : Nous en sommes.
(38 mots)

 

La discussion en  débat silencieux et son je-nous-dicte s’est centré l’émotion dans le premier débat. Le second débat sur les quarante mots va pouvoir se centrer sur le style. Le je-nous-dicte comprendra 200mots.  Voici ma propre tentative.

 

D/ 40mots > 200mots

Sur une barricade, au milieu des pavés
Souillés d’un sang coupable et d’un sang pur lavés,
Un enfant de douze ans est pris avec des hommes.
Es-tu de ceux-là, toi ? – L’enfant dit : Nous en sommes.
(38 mots)

Le lieu est présenté simplement  et centré sur les « pavés » qui ont servi à construire la « barricade ». Le rejet de « Souillés » met en valeur l’âpreté du combat.

Le narrateur, Hugo, intervient avec un alexandrin oratoire : le premier hémistiche (6 syllabes) s’oppose au second : « sang coupable » contre « sang pur », avec l’encadrement savant de « Souillés » et « lavés ».

Ces pavés sont couverts du sang des « fédérés » mais on ne sait qui est « coupable » ou qui est  « pur ».  Hugo ne veut pas trancher.

Le regard se tourne vers l’enfant. On ne sait rien de lui sinon qu’il a « douze ans »  et qu’il fait partie des insurgés arrêtés qui vont être exécutés. Le récit est présenté très simplement .

De même l’économie des moyens ne permet pas de dire qui parle. On le sait plus tard : c’est l’officier qui va commander la tuerie. Il s’exprime avec un mélange d’étonnement (« es-tu… toi ? ») et de mépris (« ceux-là »).

La simplicité de « L’enfant dit : »  met en valeur la noblesse et la fierté de la réponse avec emploi d’un pluriel de majesté : « Nous en sommes ».

 

(215 mots, 2 heures)

 

Roger et Alii
Retorica
(1.420 mots, 7.900 caractères)

 

 

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