13 HIS Israël destructions renaissances 2016 03

(1) Pour y voir clair, je commence par un 200mots :

Israël, destructions et renaissances

La déportation à Babylone connaît un premier exil en – 597 puis un second en – 586. Entre-temps le royaume, très affaibli, connaît une certaine prospérité grâce à Guedalia, nommé gouverneur de la Judée par Nabuchodosor.

Guédalia est massacré par des ultranationalistes. Le « jeûne de Guédalia » marque peut-être un repentir collectif pour cet assassinat.

Le salut vient de Cyrus qui s’étant emparé de Babylone restitue, en 538, à tous les peuples spoliés, dont le peuple juif, leurs dieux et leurs trésors. L’exil a duré 59 ans.

La destruction suivante a lieu en 70 de notre ère lors de la Grande Révolte contre les Romains. Beaucoup de juifs veulent s’entendre avec les envahisseurs. Les tueurs (sicaires) des ultranationalistes les massacrent sans pitié. Les sicaires se réfugient dans la citadelle de Massada pour se suicider. Les Romains détruisent le royaume juif en 135.

Mais ils ont accepté en 135 la fondation d’une académie à Yavné. Ses membres jettent les bases du Talmud (« étude »).

Ces fondements intellectuels combinés aux apports modernes du socialisme (premier kibboutz 1910), permettront, deux mille ans plus tard, en 1948, la création de l’Etat d’Israël.

Cette renaissance est aujourd’hui mise en péril par les ultra-nationalistes. Infidèles aux valeurs fondamentales du judaïsme, ils s’obstinent à nier les droits légitimes des Palestiniens.

Roger (213 mots, deux heures, 2016-03-30)

(2) L’exil à Babylone. Le nom Guédalia signifie “Grand est l’Eternel”. Son histoire tragique est racontée dans 2 Rois 22 – 26 et surtout dans Jérémie 40,5 à 41,3. Elle donne lieu à un jeûne mineur observé le 3 du mois de Tichri, le lendemain de Roch ha-chana, le nouvel an juif. Godolias ou Guedalia était issu d’une famille de hauts fonctionnaires à la cour des rois de Juda et son père avait accordé sa protection personnelle au prophète Jérémie sous le règne de Joïaqim. En 597 avant notre ère, Jérusalem tombe pour la première fois entre les mains de Nabuchodonosor, roi de Babylone et de la Chaldée. Il destitue Joïaqim et le remplace par son oncle Sédécias. En outre il prend en otage l’élite administrative, sacerdotale et artisanale du pays (prêtres, hauts scribes, famille royale, artisans métallurgistes). Mal conseillé, Sédécias se révolte contre Nabuchodonosor. En 586 Nabuchodonosor détruit le Temple de Jérusalem, met à sac la ville et déporte à Babylone une grande partie de la population après avoir exécuté Sédécias. Il nomme Guédalia gouverneur du pays conquis. Esprit réaliste et respecté, celui-ci prend des mesures utiles. En outre, il est chargé par les officiers de Nabuchodonosor sur ordre de leur maître lui même, de protéger le prophète Jérémie.

(3). Mais un mois après sa nomination il est assassiné à Miçpa, sa capitale, avec son entourage fait de notables judéens et de gardes chaldéens. Baalis, roi des Ammonites, craignant une renaissance rapide du prospère royaume de Juda, avait engagé un officier de lignée royale, Ichmaël, pour tuer Godolias. Cet Ichmaël était à la tête de nationalistes judéens qui semblaient s’être ralliés à Godolias. Bien qu’averti du complot mais n’y croyant pas, Godolias invite Ichmaël et ses hommes à Miçpa et meurt sous leurs coups. Malgré les mises en garde de Jérémie qui les suit tout de même, les amis de Gololias s’enfuient en Egypte, pensant que Nabuchodonosor les tiendra pour complices d’un acte de rébellion. C’est en effet ainsi que le roi des Chaldéens interprète cette fuite et il déporte davantage encore de Judéens vers la Babylonie. Ce deuxième exil aggrave le premier et il ôte aux Juifs tout espoir de relever Juda.

(4). Mais Cyrus, roi des Perses, s’empare de Babylone en 539 et tue le roi Balthazar, qui avait lu lors d’un festin impie une inscription mystérieuse déchiffrée par Daniel (Mené, Teqei, Pèreç “compté”, “pesé”, “divisé”). Cyrus restitue en 538 à tous les peuples spoliés ; dont le peuple juif, leurs dieux et leurs trésors. C’est ainsi qu’il autorise les Juifs à rentrer dans leur pays et donne même l’ordre formel de rebâtir le Temple. L’exil aura duré 59 ans de 597 à 538. Mais certains commentateurs le font durer 70 ou 71 ans à partir de la défaite du roi Josias à Meguiddo (609) où des Judéens avaient été déportés sur les bords du Nil ou de l’Euphrate.

(5) Les sicaires avaient pour habitude de poignarder leurs ennemis dans la foule et de crier aussitôt « A l’assassin ». « Avant le déclenchement de la Grande révolte juive (66), ils se distinguent par la pratique d’assassinats contre les Juifs qui collaborent avec les Romains. Une forme classique du terrorisme politique. (…) Les Sicaires poursuivaient leur objectif au moyen de tactiques furtives, dissimulant sous leur manteau de petits poignards, souvent des sicae, d’où leur nom. Les grands rassemblements populaires, en particulier le pèlerinage au Mont du Temple constituaient leur terrain de prédilection. Ils poignardaient discrètement leurs ennemis (Romains ou sympathisants, Hérodiens et riches Juifs tirant parti de la domination romaine), puis, faisant semblant de découvrir le meurtre en le déplorant à grand renfort de cris et de lamentations, ils se fondaient dans la foule avant de pouvoir être repérés et confondus. (…) (article « Sicaires » Wikipédia)

Eliminant systématiquement les juifs collaborateurs des Romains, les sicaires provoquèrent la chute définitive du royaume de Judée. Manifestement ils n’avaient rien compris au jeûne de Guédalia, jeûne de repentir à visée politique.

(6). Massada « En 66, au début de la Grande Révolte contre les Romains, un groupe de rebelles juifs, les Sicaires du parti nommé zélotes, prirent Massada à la garnison romaine qui y était stationnée. En 70, ils furent rejoints par d’autres Juifs et leurs familles expulsés de Jérusalem lorsque la ville fut prise par les Romains. (…)Flavius Josèphe décrit les Sicaires comme des fanatiques violents et ne fait pas un portrait flatteur de ces hommes. Il reconstruit le discours du chef, Elazar ben Ya’Ir (dont un sur l’immortalité de l’âme) expliquant les motivations de ce suicide collectif, mais, en tant que Juif, il reste perplexe devant un tel acte. Néanmoins, le siège de Massada est devenu un récit populaire illustrant l’héroïsme face à l’oppression, et les détails les plus douteux du comportement des Sicaires sont désormais souvent relativisés. La religion juive interdisant catégoriquement le suicide mais autorisant le meurtre dans des conditions très strictes, les Sicaires se sont vraisemblablement entretués : chaque père dut supprimer sa famille puis un tirage au sort désigna les hommes qui devraient exécuter les survivants. Des tuiles servant au tirage au sort ont été retrouvées à Massada et attestent de la véracité de cette histoire. De nombreux historiens la considèrent aujourd’hui exacte dans ses grandes lignes. » (« Massada », article Wikipédia que je juge bien fait).

7. La survie du judaïsme. Elle a été assurée par Rabban Yohanan ben Zakkaï et son académie de Yavné : « La destruction de Jérusalem, en 70 de l’ère commune signifie la fin abrupte des disputes théologiques et politiques qui divisaient les Juifs avant la victoire romaine. C’est alors qu’un disciple de Hillel, le vénérable Yohanan ben Zakkaï donne un nouveau siège aux docteurs de la loi juifs, à Yavné en Judée et suscite ainsi une nouvelle vie intellectuelle sur les ruines des dernières institutions juives. L’académie de Yavné, qui s’érige immédiatement en Sanhédrin en faisant respecter autant que possible les ordonnances de cette institution, attire tous les plus brillants et les plus savants de ceux qui ont échappé à la catastrophe nationale. De plus, il échoit à une nouvelle génération de sages de surmonter les effets dévastateurs de l’échec de la révolte de Bar Kokhba (135). C’est ainsi qu’entre ces deux désastres, de 70 à 135, l’académie de Yavné rassemble les traditions pour en faire les fondements du judaïsme rabbinique. Elle adapte la Loi aux nouvelles conditions liées à la destruction du Temple et de toutes les autres institutions juives, jetant ainsi les fondations sur lesquelles pourront être développés le Talmud et la Halakha. L’académie de Yavné doit son succès et sa suprématie, non seulement à son fondateur Yohanan ben Zakkaï mais aussi à son énergique successeur Gamaliel II, un arrière-petit-fils de Hillel. Avec Eleazar ben Azariah1 puis Rabbi Yehoshoua ben Hanania2 et leurs nombreux disciples dont surtout Rabbi Akiva dont l’école était située à Bnei Brak, aujourd’hui un faubourg de Tel Aviv, ils jouent un rôle prépondérant dans l’élaboration de la Mishnah et du Talmud dit de Jérusalem. » (« Académies talmudiques en terre d’Israël » Wikipédia)

« Quand Vespasien, général romain, bientôt empereur, lui accorde trois souhaits, il ne demande ni le salut de la ville ni celui de son temple ; il s’était rendu compte que les Romains seraient décidés à les détruire et que, par conséquent, il ne pourrait les sauver. Il demande cependant que la ville libre de Yavné devienne la nouvelle demeure du Sanhédrin, la cour suprême juive, et des Sages de la Torah. Il fonde alors ce que l’on appelle l’Académie de Yabneh (ou l’Assemblée de Yabneh) (…) Il est convaincu que l’étude de la Torah et l’observance de ses commandements, permettront au peuple juif de continuer à exister partout où il sera exilé dans le monde et de maintenir la mémoire du temple dans son cœur, de sorte qu’on ne l’oublie jamais. Quand Dieu aura pitié de son peuple, et lui permettra de retourner sur sa terre et de reconstruire le temple, ils seront prêts. » (article « Yohanan ben Zakkaï » Wikipédia).

(8) Tandis que la Bible poursuit sa diffusion mondiale grâce au christianisme, les juifs eux-mêmes s’interrogent sur la puissance des mots qu’elle véhicule et grâce auxquels le peuple juif a pu perdurer pendant tant de siècles.

02 BIB Juifs par les mots Oz 2016-03-30

« Juifs par les mots » d’Amos Oz et Fania Oz-Salzberger (Gallimard, 270 p, 2014)

Beaucoup de Juifs, notamment les laïcs israéliens (comme les auteurs) pensent que la continuité juive n’est ni ethnique, ni politique : « Notre histoire comporte certes des lignages de cette nature, mais ils n’en forment pas les principales artères. A la place, la généalogie nationale et culturelle des Juifs a de tout temps reposé sur la transmission générationnelle d’un contenu verbal. » (A.0) Maurice Blanchot l’écrivait déjà zn 1981 à propos de Kafka : « S’il y a un monde où cherchant la vérité et des règles de vie, ce que l’on rencontre ce n’est pas le monde, c’est un livre, le mystère et le commandement d’un livre, c’est bien le judaïsme, là où s’affirme au commencement de tout, la puissance de la Parole et de l’Exégèse , où tout part d’un texte et tout y revient, livre unique dans lequel s’enroule une suite prodigieuse de livres, Bibliothèque non seulement universelle, mais qui tient lieu de l’univers et plus vaste, plus profonde, plus énigmatique que lui. » (Maurice Blanchot). De son côté Armand Abécassis ne définit pas le peuple juif comme « le peuple du livre » mais comme « le peuple de l’interprétation du livre. » (« Le livre des passeurs. De la Bible à Philip Roth, trois mille ans de littérature juive », 2007). Les deux auteurs ne sont pas maître-élève mais père – fille. Ils ont donc en commun une filiation évidente : « Le « locus classicus » mishnaïque s’énonce ainsi : « Moïse reçut la Torah du Sinaï. Ensuit il la transmit à Josué, et Josué aux Anciens ; les Anciens aux Prophètes, et les Prophètes l’ont transmise aux hommes de la Grande Assemblée » » (A.O) . Le débat père – fille suppose quelques divergences. Dans l’histoire juive « les enfants devaient hériter non seulement d’une croyance religieuse, d’un sort collectif, de la marque irréversible de la circoncision, mais aussi de l’empreinte formatrice d’une bibliothèque. » (A.O) La Bible n’est pas un texte sacré, mais révéré. « La Bible, donc, survit à son statut de texte sacré. Sa splendeur littéraire transcende la dissection scientifique et la lecture dévote. Elle émeut et électrise son lecteur comme le font les grandes œuvres de la littérature, comparable tantôt à Homère, tantôt à Shakespeare, tantôt à Dostoïevski. (…) C’est aussi, bien sûr, un livre qui a donné naissance à d’innombrables autres livres. Comme si la Bible elle-même écoutait et appliquait l’injonction qu’elle attribue à Dieu, « Croissez et multipliez » (…) De Moïse et Isaïe à Samuel Joseph Agnon et Philip Roth, les Juifs n’ont pas hésité à mettre en mots leurs insuffisances, intellectuelles ou collectives, avec la verve d’un auto-analyste brillant et déchaîné. » (A.O) (d’après A.O Amos Oz et sa fille et un compte-rendu de Sabine Adrerie, la Croix, 30 janvier 2014)

(9) 02 BIB Temple à reconstruire 2016-03-30

Ce Temple à reconstruire est une entreprise folle et dénuée de signification théologique. Charles Enderlin consacre une enquête au sionisme religieux. « Colons du Bloc de la foi, annexionnistes, rabbins qui affirment : « Un seul peuple doit régner. » Et qui professent cette politique comme une évidence, sans colère ni passion, jurant que le salut d’Israël ne peut être que divin. Comme la multiplication des colonies – véritable « réalisation de la vision des prophètes » – qui fait partie d’un « plan messianique destiné à accélérer le processus de rédemption pour précipiter la venue du Messie ». (S.C) Le mouvement « La Paix maintenant » reconnaît la puissance d’un courant qu’il n’a pas vu venir. Celui-ci a décidé de reconstruire le Temple de Salomon malgré la présence religieuse musulmane. « … en attendant de jouer de la truelle, les futurs « bâtisseurs » rôdent, inspectent, occupent font paisiblement le tour du propriétaire. Nous les regardons déambuler entre la mosquée Al-Aqsa et le Dôme du Rocher, sous le regard inquiet des musulmans. La police israélienne leur interdit de prier ici à voix haute, alors ils le font les lèvres closes. Et s’emploient à dessiner les plans du troisième Temple une fois rentrés à la maison. » (S.C) Ils pensent que les musulmans s’en iront « dans la paix et le calme » mais s’ils refusent de quitter « le sanctuaire du Dieu d’Israël ? Ce sera la guerre. » (d’après S.C : Sorj Chalandon, commentant l’émission de Charles Enderlin « Au nom du Temple » le 31 mars 2015, sur France 2).

10. Ainsi pendant 2 000 ans le peuple juif put survivre et grâce à sa tradition nourrie des apports modernes du socialisme (premier kibboutz 1910) (re)fonder l’Etat d’Israël. Mais celui-ci est en grand danger de disparaître s’il poursuit les spoliations qu’il impose aux Palestiniens et trahit ainsi les valeurs les plus profondes du judaïsme. Le respect de la Torah n’exige nullement la reconstruction d’un Temple. Si l’on accepte l’analyse des croyants Dieu n’a pas protégé les juifs en exil pour qu’ils lui construisent un Temple mais pour qu’ils travaillent avec les chrétiens et les musulmans au respect de la Torah et singulièrement des Dix Commandements. C’est le sens de l’Election multiple :

http://www.retorica.fr/Retorica/02-bib-election-multiple-2010-02/

La reconstruction du Temple serait dès lors une œuvre maudite qui replongerait les Juifs dans un nouvel exil et le monde dans une nouvelle guerre mondiale.

Roger et Alii

Retorica

2 500 mots, 15 300 caractères, 2016-03-30

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