13 HIS Shoah Nakba 2004 – 2015

1. Shoah, Nakba, les invasions  Ce fichier est vraiment expérimental car je reprends ce que je crois savoir et que je sais peut-être mal. On ne peut pas, face à des élèves musulmans, évoquer la Shoah sans parler de la Nakba. Et pour deux raisons : pour l’islam, toute terre islamisée doit revenir à l’islam et le sionisme est une invasion. A cela deux réponses : en matière d’invasion l’islam n’a de leçon à recevoir de personne puisqu’il s’est propagé, notamment par la force, en occident (l’Afrique du Nord, l’Espagne) et en orient (l’Inde). Et surtout, à dire vrai les invasions, par la violence ou la séduction, ont été le lot de tous les peuples. La France, de ce point de vue est le cul de sac de l’Europe : tout le monde a voulu s’y précipiter notamment Attila. Les invasions se veulent d’ailleurs pacifiques : c’est poussées par la faim que les Nordiques déferlent sur la Russie ou les envahisseurs de l’Asie centrale vers la Chine et vers l’Europe. Et c’est bien les pogroms russes qui incitent, à la fin du XIX° siècle, les sionistes à venir en Palestine et fonder Israël. Il y a des sionistes humanistes qui veulent s’entendre avec les Palestiniens (alors sujets ottomans) mais devant les résistances armées les sionistes colonialistes prennent  le dessus. Analysons bien la réflexion de Golda Meir, premier ministre d’Israël de 1969 à 1974  : « La paix s’installera ici le jour où les Arabes aimeront leurs enfants plus fort qu’ils ne nous haïssent. » (…) « Nous pouvons pardonner aux arabes de tuer nos enfants mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants.«  C’est la recrudescence des attentats ou leur absence qui transforme un sioniste humaniste en colonialiste, et inversement. Le sionisme humaniste n’a jamais renoncé à la paix. Il est incarné actuellement par le mouvement Shalom Archav (« La Paix maintenant« ).

2. Spécificité de la Shoah Je relève une comparaison très éclairante de Michel Winock. Elle concerne la France.

Sur 76.000 juifs déportés, 2.500 reviennent, soit un taux de rescapés de 3,2 %

Sur 65.000 autres déportés, 37.000 reviennent, soit un taux de rescapés de 69 %.

J’ajoute que sur les 76.000 juifs déportés, 10.000 étaient des enfants.

Ceci me paraît marquer une différence de nature entre les deux séries de faits. Et propre à faire réfléchir les élèves sur la notion de génocide. Songer que la connaissance de la Shoah n’a empêché ni le Cambodge, ni le Rwanda ni des crimes contre l’humanité. Songer aussi que que le conflit israélo-palestinien ne cesse de de se durcir et qu’il faut en tenir compte dans tout enseignement de la Shoah, matrice des génocides qui l’ont suivie.

3.  Sur la pédagogie de la Shoah Je pars des remarques de  Richard Prasquier, président du CRIF : « (…) Soixante ans après la libération d’Auschwitz, la France est un des rares pays où si vous envoyez un de vos fils, casquette sur la tête et livre hébreu dans les mains, dans certains quartiers, il y a de fortes possibilités qu’il revienne vous rapporter un épisode de bousculades ou d’injures. Pas de quoi instruire une plainte, mais assez pour laisser un sentiment de peur et d’humiliation aux conséquences durables. (…)  L’école est aujourd’hui victime d’un découplage éducatif : c’est en dehors d’elle, dans des micro-sociétés aux codes spécifiques ou dans la fraternité anonyme des sites Web, lieux privilégiés de manipulations et de fuites du réel, que des jeunes en mal d’intégration cherchent un sens à leur existence. Si l’école veut reconquérir ces « territoires perdus de la République », l’enseignement de la Shoah, offre malheureusement un outil privilégié. D’abord la connaissance de l’histoire avec ses horreurs et le poids de ses réalités pourrait contribuer à extirper les sirènes dangereuses du monde du virtuel et relativisme moral qui devient le nôtre : le mal est absolu non parce qu’il a frappé les juifs, mais parce qu’il a cherché à anéantir l’autre de nous-mêmes en le décrétant indigne de vivre. » (…) (La Croix 2005_01_27).  Par ailleurs, j’ai retrouvé des réflexions que j’avais rédigées en 1979 «Enseigner l’Holocauste ? » et que Les Amitiés Judéo-Chrétiennes  de France (A.J.C.F) m’avaient fait l’honneur de publier dans la revue Sens (5.1980). Elles m’avaient valu, en 1981, d’être invité  avec deux historiens, Léon Poliakov et François Delpech, à un colloque sur l’antisémitisme organisé à Rennes par les A.J.C.F. C’est à cette occasion que l’historienne Lily Scheer avait imposé le terme de Shoah.  A relire mes réflexions je m’aperçois que rien n’a beaucoup changé. La contestation maghrébine de la Shoah me paraît à tout prendre plus claire et plus franche que la gêne hypocrite qui règnait sur ce problème dans ces années-là. A l’époque j’écrivais que  cette gêne venait de l’ignorance des collègues en matière de culture biblique. Je proposais de réintroduire quelques textes fondateurs dans l’enseignement général (Caïn, le jugement de Salomon etc.). Non au niveau des programmes mais de la pratique individuelle des enseignants, spécialement de français. Cette ignorance s’est encore accrue. Désormais le public cultivé estime ne plus rien devoir aux juifs ni aux chrétiens puisque la Bible serait un tissu de mensonges et d’horreurs. L’amour du prochain, la fraternité, la solidarité ? On n’en à rien à cirer. J’ai entendu sur France-Inter, dans les années 1997 – 2000, un jeune professeur d’histoire-géographie, en formation à l’IUFM, déclarer à Ségolène Royal effarée (elle était alors ministre déléguée à l’Enseignemement scolaire) qu’il ne se sentait pas habilité à enseigner l’éducation civique car la morale ne l’intéressait pas. Il est sûr que des enseignants de cette trempe sont totalement désarmés face à une classe où des élèves refusent un cours sur la Shoah. Ils renoncent et complètent ainsi utilement la tâche des nazis dont le mot d’ordre était silence et oubli. Or on ne peut ni se taire ni oublier.

4. Il me semble que la pédagogie Freinet nous donne des outils pour aborder ce problème.  A condition d’admettre qu’il s’agit d’une pédagogie du conflit surmonté. Que dire à des élèves qui estiment que les transplantations cardiaques sont contraires à l’islam ? que l’évolutionnisme est contraire à la Bible ? etc… etc…On ne fait pas un cours contre des élèves et encore moins contre toute une classe. Je retiens, avec prudence, une règle de la p.n.l « Suivre pour conduire ».

« Suivre » : D’abord écouter, bien écouter et faire transcrire ce qui est dit. Le faire développer, pratiquement dans des textes de 40 à 200 mots. Bien le relire. Le discours choquant présente une double face. Il y a ce qui est dit et ce qui est sous-entendu : « Monsieur, vous me placez dans une situation impossible. Aidez-moi à en sortir. Et d’abord n’attaquez pas ma communauté parce que je vis dans cette communauté, que j’en ai besoin, autant que l’enseignement que vous m’imposez. Ne m’obligez pas à choisir. » On remarque au passage le problème du créationnisme et du dessein intelligent. Il faut admettre que le conflit est classique dans l’histoire des idées et dans toutes les civilisations spécialement dans les trois monothéismes. Le fixime fidéiste est constamment en conflit avec le mouvement. Le prof laïque face à l’élève religieux c’est Spinoza face à sa communauté, le philosophe du XVIII° siècle face à l’Eglise de son temps etc. Donc conflit normal. Ecouter l’autre.

« pour » (dans “Suivre pour conduire”): Cet acte pédagogique d’écoute est un acte orienté. On va surmonter le conflit. Mais le « pour » mal conçu, mal réalisé conduit à ce que signalait déjà François Delpech (aujourd’hui disparu) : « Il y a des manières d’enseigner l’Holocauste qui conduisent à valoriser le génocide. » On a vu des élèves se dire fascistes après un cours sur le fascisme..

«conduire » : En fait le prof ne conduit pas car il ne convainc personne ; l’élève se convainc lui-même. Mieux même : il pense, comme nous tous,  qu’il n’a pas changé d’idée mais qu’il a intégré de nouvelles informations, de nouvelles connaissances. Et ceci demande du temps. Ce qui excède la durée d’un cours ou même d’une année.  Ce qui restera, longtemps après, c’est moins l’information que la coloration affective qui l’aura accompagnée. Oui, le message biblique de la solidarité dans l’amour du prochain est fondamental parce qu’il fonde toute société.

5. Quelques pistes. Discours de l’élève « La Shoah a peut-être existé mais les Juifs l’ont considérablement amplifiée pour mieux justifier la Nakba des Palestiniens. » Approfondir. Approfondir c’est souvent recadrer et comparer. Ainsi :

– Comparer les chiffres respectifs de la Shoah et de la Nakba palestinienne. Voici les chiffres donnés par l’association France Palestine solidarité (2007) : 3.700.000  personnes vivent dans 59 camps de réfugiés au Liban, à Gaza, en Syrie, en Jordanie et en Cisjordanie. Ces camps sont devenus de véritables villes mais connaissent un taux d’analphabétisme croissant : 17,6  % dans les camps de Jordanie, 19 % dans les camps de Syrie et 33,9 % dans les camps du Liban (d’après les chiffres du Bureau Centre des Statistiques Palestinien)

 – Comparer les transferts de populations au moment de la guerre de 1948. Ils sont équivalents, environ 900.000 : Palestiniens expulsés de Palestine et jamais  réinstallés pour des raisons politiques, Juifs expulsés des pays arabes et réinstallés en Israël.

 – Un bon ouvrage est « Histoire de l’autre » (vue par des professeurs israéliens et palestiniens) (éd. Liana Lévi, 2003, 96 p, 10 €) car il invite aux comparaisons dépassionnées. (voir § 7) Il éclaire aussi le phénomène du sionisme . On ne va pas traiter de la Shoah en soi mais en la resituant constamment dans un ensemble de données dans l’espace (situation géo-politique du conflit israélo-palestinien) et dans le temps (enchaînement des génocides). Dans cette démarche, même si on parle finalement peu de la Shoah, il suffit à mon sens qu’on en parle bien. Ceci ne se fait pas par image, vidéo, dvd ou autre moyen audio-visuel mais par la réflexion personnelle et collective, le stylo à la main.)

6. Trois noms clés (ajout 2009_03_22). Ces noms-clés risquent d’être évoqués en cours de débat :

Sabra et Chatila : ce massacre dans deux camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth-Ouest a été perprétré les 16 et 17 septembre 1982 par la milice chrétienne libanaise dirigée par Elie Hobeika, dans un secteur sécurisé par l’armée israélienne. Selon les sources il y eut entre 700 et 3.500 victimes. L’inaction  d’Ariel Sharon fut alors dénoncée par le gouvernement israélien lui-même. Ce massacre provoqua une grande émotion.

Jenine. En avril 2002, une opération de l’armée israélienne contre la ville de Jénine et le camp de réfugiés voisin aurait fait des milliers de morts palestiniens aux dires des journalistes. Après l’opération la Direction palestinienne parlait de 500 civils tués et de milliers de blessés. On a établi, plus tard, que 56 Palestiniens, en armes pour la plupart, ont été tués ainsi que 23 soldats israéliens. Le documentaire “Jénine, Jénine” de Mohamed Bakri est un faux financé par l’Autorité palestinienne et poursuivi en justice pour diffamation.

guerre de Gaza (nov 2008 – fév 2009, 1300 morts palestiniens). L’objectif de cette guerre était de faire cesser les tirs de roquettes,  la contrebande d’armes et d’anéantir le Hamas. Aucun de ces trois objectifs n’a été atteint. Par contre certaines unités israélienne ont commis des crimes de guerre. Une enquête est en cours. Voici des témoignages de soldats :

« Avant même que nous ne rentrions [dans Gaza] le commandant du bataillon a été très clair : une leçon importante de la guerre du Liban a été tirée sur la manière dont Tsahal entre, avec beaucoup de feu. L’intention était de protéger les soldats par la puissance de feu. Dans l’opération, les pertes de Tsahal ont été vraiment minimes, et le prix a été que beaucoup de Palestiniens ont été tués. » (…)

« Je suis sergent dans un peloton de parachutistes. Nous étions dans une maison et avons découvert une famille à l’intérieur qui n’était pas censée se trouver là. Nous les avons rassemblés dans le sous-sol, posté deux gardes et nous sommes assurés qu’ils ne causeraient pas d’ennuis. Au fur et à mesure, la distance émotionnelle entre nous s’est estompée : nous avons fumé des cigarettes ensemble, bu du café avec eux, parlé du sens de la vie et des combats à Gaza. Après de nombreuses conversations, le propriétaire de la maison, un homme âgé de plus de 70 ans, disait qu’il était bon que nous soyons à Gaza et qu’il était bon que Tsahal y fasse ce qu’il faisait. Le lendemain, nous avons fait interroger l’homme et son fils. Le jour d’après, nous avons reçu une réponse : tous les deux étaient des militants politiques du Hamas. C’était assez troublant, ils te disent combien c’est bien que tu sois là, bla bla bla, et tu découvres qu’ils t’ont menti pendant tout ce temps. Ce qui m’a ennuyé le plus a été qu’à la fin, après que nous avions compris que les membres de cette famille n’étaient pas exactement des amis et qu’ils méritaient pas mal d’être fichus dehors, le commandant du peloton nous a suggéré, quand nous quitterions la maison, de nettoyer, ramasser toutes les ordures dans des sacs, balayer et nettoyer le sol, plier les couvertures que nous avions utiliées, mettre en piles les matelas et les remettre sur les lits. » (…)

Après la guerre de 1967, quand les gens sont revenus du combat, ils se sont réunis en cercles et ont décrit ce par quoi ils étaient passés. Pendant des années, ceux qui ont fait ça ont été décrits sous l’expression « On tire et on pleure ». En 1983, quand nous sommes revenus de la guerre du Liban, on a dit les mêmes choses sur nous. Nous devons réfléchir à ce qui nous est arrivé. Nous devons nous colleter avec ça, pour établir des normes nouvelles, ou différentes. Il est très possible que le Hamas ou l’armée syrienne auraient eu un comportement différent du mien. Mais le point essentiel est que nous ne sommes ni le Hamas, ni l’armée syrienne ni égyptienne.

(d’après http://www.lapaixmaintenant.org/article1939

7. 13 HIS Histoire de l’autre 2004

« Histoire de l’autre » est un manuel d’histoire israélo-palestinien commandé par l’ONG anglo-saxonne PRIME (Peace Research Institute in the Middle East). Rédigée par six professeurs d’histoire israéliens et six professeurs d’histoire palestiniens, supervisée par six délégués internationaux et un observateur israélien, cette histoire présente sur chaque page, au fil des événements, les versions israélienne et palestinienne. Cette lecture parallèle offre quelques surprises. Ainsi les Israéliens reconnaissent 250 morts pour le massacre de Deir Yassin alors que les Palestiniens comptent « 100 martyrs ». Même chose pour le massacre de Sabra et Chatila, œuvre de “fractions extrémistes chrétiennes”, dénoncé par les Israéliens pour la « complicité passive » de leur armée. Il est passé sous silence par les Palestiniens.

La vision du sionisme est évidemment différente. Pour les Palestiniens, elle commence avec Napoléon et la création d’Israël devient le point de jonction entre la volonté de domination occidentale et le mouvement sioniste. Pour les Israéliens, la déclaration Balfour est le premier acquis d’une reconnaissance juridique internationale. Les optiques et les cadres sont donc différents et les dates-clés ne suivent pas les mêmes chronologies.

Dans sa préface, Pierre Vidal-Naquet note une omission importante des deux côtés. Rien n’est dit de la rencontre entre Golda Meïr et le roi Abdallah de Transjordanie (17 novembre 1947) où les deux parties s’entendent pour qu’il n’y ait pas d’Etat palestinien. L’ouvrage a été publié en 2004 par les éditions Liana Levi. Le manuel est bref (96 pages), il était alors utilisé par 800 élèves dans douze lycées.

8. Note du 2015-11-30 La situation s’est dégradée… et pourtant l’espoir demeure :

10 GEO Israël Yehoshua 2015-10-31

« En Israël, un Etat d’urgence ? Face à l’impossibilité croissante d’une solution à deux Etats au Proche-Orient, l’écrivain israélien Avraham Yehoshua prône désormais le cheminement vers un Etat unique binational. » (V.R) Depuis 1967 il plaide en faveur de deux Etats mais devant la nouvelle flambée de violence dans les Territoires occupés et la poursuite de la colonisation qui mêle inextricablement les deux populations il ne voit que le cheminement transitoire ou définitif vers un Etat unique bi-national. « Aujourd’hui, l’ennemi est à l’intérieur, un ennemi arabe et un ennemi juif : pas seulement les Palestiniens des Territoires occupés, mais les Israéliens qui pensent qu’il faut entrer encore davantage dans ces territoires, et les occuper pour l’éternité. » (A.Y) Les agressions au couteau sont « des suicides parce que ces jeunes sont immédiatement tués ». Il n’est plus possible d’évacuer les 500.000 colons de Cisjordanie sans guerre civile. « Par la colonisaion, Israël a détruit la solution à deux Etats. Mélanger deux populations totalement différentes ne pouvait aboutir qu’à une catastrophe. C’était une terrible erreur » (A.Y) « Dans les zones B et C qui ne dépendent pas de l’autorité palestinienne, et où les colonies s’étendent, les Palestiniens vivent une occupation brutale, sans fin, puisque personne ne parle d’une annexion, qui leur donnerait de facto la citoyenneté israélienne. Personne ne leur a proposé ce que Ben Gourion a donné aux cent quarante mille Arabes d’Israël juste après la guerre de 1948. Ils venaient de se battre contre Israël, et le Premier ministre leur a dit : vous êtes citoyens. Et les Arabes israéliens, qui sont une minorité de 1,6 million, sont des citoyens loyaux d’Israël. » (A.Y) Ils sont solidaires du peuple palestinien mais en Israël il y a des juges, des consuls et des ambassadeurs qui sont arabes mais aussi des « cinéastes, des écrivains, des musiciens. Officiellement, il ne leur manque pas de droits. Il y a évidemment de la discrimination, mais les juifs marocains s’en plaignent aussi . » (A.Y) Un Etat binational serait pour eux un soulagement. Certains extrémistes veulent jeter les juifs à la mer mais il y a des fous partout. « Mais beaucoup d’Arabes des Territoires veulent une citoyenneté. La zone C qui représente 62 % de la Cisjordanie, entièrement sous contrôle israélien, où les colonies se développent, ne compte que cent cinquante mille Palestiniens. On pourrait commencer par leur donner la citoyenneté israélienne, donc des droits et la Sécurité sociale. » (A.Y) Cette idée d’Etat binational n’est pas neuve et elle dépasse les clivages politiques. « Bien sûr, elle comporte des dangers. Mais toutes les solutions en comportent. » (A.Y) Si un Etat palestinien existait il serait déjà envahi par les réfugiés syriens et irakiens qui parviennent en Europe. Les Américains sont les responsables de cet exode « avec leur guerre stupide de 2003.  Pas les Européens, qui ne peuvent pas faire grand-chose. En revanche, vous avez une responsabilité historique et morale envers les Juifs et les Palestiniens. Car il y a eu la Shoah en Europe, et les Palestiniens ont payé le prix de la création de l’Etat d’Israël. Vous avez le devoir et le pouvoir d’imposer une solution.» Le président israélien Reuven Rivlin, de droite et partisan du Grand Israël, veut accorder tous les droits civiques et la nationalité israélienne aux Palestiniens. « C’est un grand ami, on a été boy-scouts ensemble, un vrai démocrate. Je me suis longtemps opposé à lui. Mais il est honnête dans sa proposition. Il veut donner la citoyenneté à tous les Palestiniens de Cisjordanie. Pas à ceux de Gaza, car Gaza a été libéré de la présence israélienne. On a évacué les colonies et les postes militaires, mais le Hamas a continué ces tirs imbéciles au lieu de faire de Gaza un modèle de petit Etat palestinien. Tout le monde était prêt à subventionner cet Etat pour qu’il devienne un nouveau Singapour ! Aujourd’hui beaucoup d’Israéliens se disent que si on créé un Etat palestinien en Jordanie, ce sera un Gaza bis. » Les pères de Rivlin et de Yehoshua étaient orientalistes et amis. Leurs familles ont vécu pendant plusieurs générations à Jérusalem. « Nous avons tous deux le sentiment qu’on peut vivre avec les Arabes » (A.Y) « …70 % des Israéliens sont nés en Israël. On ne peut pas associer origine et opinions politiques. Il y a des Juifs russes de gauche et des Israéliens de cinquième génération de droite. La montée de la religion aggrave le conflit territorial. C’est un facteur très négatif dans la quête de la solution. (…) Evidemment, beaucoup de gens ont peur. Les Arabes israéliens aussi ont maintenant peur de venir travailler avec les Juifs. Si on abîme notre relation avec eux, ce sera une catastrophe (…) Un Etat binational, vu comme une étape vers deux Etats, permettrait de sortir de cette impasse. » (A.Y). (d’après des propos recueillis par Vincent Rémy, Télérama, 21/10/15)

Roger et Alii

Retorica

(3 450 mots, 20 900 caractères)

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