14 INF Charlie continuum 2 (§ 8 à 11) 2015_01_13

Les compléments au premier message représentaient initialement 28.000 caractères. Ce qui est excessif. Ma règle c’est de ne pas dépasser 15.000 caractères par article. D’où l’idée d’un continuum fractionné qui nous permet d’échanger sans limitation de temps ni d’espace. « Je suis Charlie » (auquel j’adhère totalement) ou plus simplement « Charlie » est le nom de code qui nous servira de  référence. C’est toujours la section 14 INF qui est concernée pour des raisons évidentes. Colette (9 jan) : merci Roger ! on se pose et on réfléchit. Ceci dit ce qu’il se passe ce jour ne va pas amener la sérénité! ni la réflexion ni la mesure…. Roger (11 jan) : On va essayer… Bernard me communique cet enregistrement de Boris Cyrulnick qui va au cœur du sujet c’est-à-dire la rhétorique et le langage dévoyé : 

http://www.tv7.com/point-de-vue-de-boris-cyrulnik-neuropsychiatre_3979593465001.php

8. Marie-Françoise (9 jan) : voici mon vrai message

… Ma petite fille est musulmane et est rentrée terrorisée de son école ce midi où sa maîtresse a expliqué aux enfants de sa classe (CP) que des musulmans (comme elle) ont tué des gens parce qu’ils ont fait des dessins. Or cette enfant qui est donc métisse (arabo européenne) a déjà du mal avec cette double appartenance et en classe sa maîtresse lui explique cela et ajoute : attention à vous les enfants qui allez à l’école arabe ! Comme elle vient chez moi à la sortie de l’école chaque jeudi, je lui ai demandé comment cela s’était passé à l’école. Elle m’ a raconté ce que je viens de vous écrire. J’ai donc dû lui expliquer que les imans avaient dit que ces personnes qui avaient tué n’étaient pas des musulmans car on ne peut tuer au nom du prophète et ses parents et moi l’avons rassurée car elle pleurait encore le soir en y pensant et avait peur d’être elle aussi attaquée car elle adore dessiner. Alors voyez vous il faut faire très attention à ce qu’on dit aux adultes comme aux enfants dans cette période où la folie a envahi nos sociétés. Roger (10 jan) : Merci pour ce complément vraiment utile et si éclairant.

Daniel (9 jan) : Faut pas être con, quand même. « « Petite anecdote d’un ami enseignant à ce sujet : ce matin un cm1 est arrivé, l’air grave des jours maudits, et il m’a annoncé : « Yves, tu sais qu’ils viennent de tuer Charlie et ses copains ? » Nous en avons du coup parlé en classe et ils étaient contents de savoir dorénavant faire la différence entre un musulman (il y en a 4 dans cette classe) et un islamiste. »

9. Régis (9 jan) : Quelques réflexions dans le désordre :

– « Je suis Charlie », très bien , mais au-delà de la solidarité compassionnelle que je respecte et l’affirmation d’une forme édulcorée de résistance très tendance , très new age, que mettons-nous derrière ces mots ? Quelles valeurs, quels idéaux, qu’y a t-il de partagé ?

– les médias et la plupart des politiques invoquent en boucle la volonté d’éviter l’amalgame musulmans  = terroristes. L’islamophobie est-elle vraiment le sujet alors que le fondamentalisme musulman vient de décimer une rédaction ?  L’évocation de l’islamophobie comme un mantra légitime le fondamentalisme, elle conforte la radicalisation islamique dans une vision du monde ou les musulmans seraient les victimes, les occidentaux non musulmans les méchants. Je rappelle que l’accusation suprême d’islamophobie a  frappé Charlie Hebdo, et qu’aujourd’hui les mêmes abrutis pathétiques qui condamnaient ce journal (dont je ne partage pas les idées, étant un libéral)  et qui veulent bruler Houellebecq défilent en scandant « Je suis Charlie »

Tous les musulmans sont ils des terroristes en puissance ? Non, mais ça n’interdit pas de réfléchir sur ce qui dans cette religion permet aujourd’hui des dérives aussi massives. Au moins des dizaines de millions de musulmans partagent la vision fondamentaliste, de type salafiste ou wahhabite. Des yéménites aux pachtouns d’Afghanistan, ; de nos amis (…) qataris aux fanatiques qui tiennent les madrasas Pakistan, des esclavagistes du Nigéria aux radicaux d’Indonésie, de l’apartheid (anti femmes) d’Arabie au Hezbollah, le terrorisme islamique s’appuie sur un terreau puissant, immense, riche, qui l’alimente à  flux continu. Il ne s’agit en aucun cas de fous isolés. En France, il y a au moins un millier de fanatiques qui sont allés combattre avec Daesh (les spécialistes du renseignement disent en fait certainement beaucoup plus) . S’il y en a autant qui passent à l’acte, ça signifie qu’il y en a au moins des dizaines de milliers (des centaines de milliers ?) qui partagent l’idéologie de haine de l’infidèle, particulièrement présente dans les banlieues perdues de la République. Le sujet, c’est une pratique de l’Islam de plus en plus rigoriste en France et dans le monde (il n’y a qu’à voir le nombre croissant de femmes voilées) , une interprétation du Coran de plus en plus littérale, qui sont le terreau de la radicalisation.

– ceux qui défilent sont-ils prêts à défendre coûte que couûe la liberté d’expression ? « Etre Charlie », c’est soutenir coûte que coûte  l’expression du FN comme de l’extrême gauche (l’exclusion du FN du défilé de dimanche est stupéfiante, comment peut-on exclure un quart des français de la communauté nationale tout en prêchant l’union nationale ?) , c’est défendre les critiques les plus dures de l’Islam comme celles du judaïsme ou du christianisme, c’est penser que toute critique est légitime, que toute « phobie » à l’égard d’une idéologie ou d’une religion est légitime tans qu’elle n’appelle pas à la violence, ou au meurtre, c’est défendre la parole des mouvements LGBT comme celle de la manif pour tous, être Charlie, c’est aimer passionnément la liberté des autres d’écrire, de penser, de dire, de dessiner,  c’est tout simplement  être républicain.

– les medias, l’Etat, par leur passivité, leur refus de considérer le problème fondamentaliste dans sa globalité  sont    largement responsables de l’horreur qui vient d’arriver.

Il est urgent de réfléchir à une politique globale, institutionnelle, éducative, sécuritaire, judicaire, extérieure pour lutter contre ce nouveau nazisme qui nous menace. Le FN a-t-il les solutions ? Je ne le crois pas, même si sur certains point Marine Le Pen n’a pas tort, notamment parce qu’il combat une mondialisation qui est un fait sur lequel il ne peut y avoir de retour en arrière, au lieu de l’intégrer dans une réflexion positive. Mais je me désole qu’on laisse à ce seul parti le discours sur la radicalité islamique. Olivier (9 jan) complète Régis  : Je suis tellement d’accord avec toi que je vais reprendre certains de tes arguments pour répondre à L. (…)  . Mon ancien éditeur m’a transmis hier un poème de Desnos, « No pasaran », qui évoque la notion de « vengeance » à propos de ceux qui nous confisquent la liberté de penser et de s’exprimer. C’est cela que je voulais dire. Comme toi, je ne lisais pas non plus Charlie Hebdo, mais outre le combat politique, militaire et économique, je crois utile d’acheter ce canard désormais, uniquement par devoir citoyen. Je suis révolté. Et je pense qu’effectivement, quel que soit son idéologie nauséabonde, le FN avait sa place dans la manif de dimanche.

10. Bernard (9 jan) : Merci d’avoir publié ces témoignages qui permettent de remettre les pendules,à l’heure. Nous vivons un drame, c’est vrai. Mais dans toutes les réactions diffusées, le compassionnel l’emporte sur le rationnel, au risque de reporter sine die les bonnes questions. On ne peut oublier notamment que les interventions occidentales en Lybie comme en Syrie ont eu pour résultat d’ouvrir un vaste champ à « Daech ». Khadafi et Assad ne sont certes pas recommandables mais nous avions de gros intérêts économiques en jeu et au nom de ces intérêts nous avons ouvert de grandes portes à l’Islamisme le plus dangereux, ne fut-ce qu’en s’engageant sur le sentier de la guerre sans avoir de solutions de rechange à proposer. Passée la période compassionnelle que nous vivons, saurons nous alors nous poser les bonnes questions ?

Jean-Michel (10 jan) : Un sujet fort sensible. Oui, la liberté d’expression est spoliée. Les interventions du recteur de la Grande Mosquée de Paris et de l’Imam de Drancy ne m’ont absolument pas convaincu. Localement, à la Réunion, Mohammad Patel, le responsable du culte musulman, n’a jamais regardé en face son interlocuteur. L’hypocrisie reste de mise. Ceci ne suffit pas pour écrire que les musulmans en général approuvent les actes odieux que la France vient de connaître, néanmoins une interrogation est soulevée. Les banderilles d’une probable (inévitable) guerre civile à connotation religieuse ne viennent-elles pas d’être plantées ? Roger : Oui, hélas.

11. Daniel (9 jan) : Roger, excuse-moi de t’en faire la remarque, mais ce que tu dis dans le 3 n’est pas vraiment acceptable ni recevable. Roger : Tu n’as pas à t’en excuser. Ton objection est parfaitement fondée. Je vais essayer de la creuser. Rappel du § 3 « Wikipédia a publié une chronologie de l’affaire des caricatures de Mahomet. On y voit clairement que l’équipe de Charlie-Hebdo voyait remonter ses ventes à chaque relance de ses attaques contre les islamistes. Je n’ai rien contre et ce n’est pas insulter les morts que de le remarquer. »  Michel (9 jan)   Comme toi, je pense que Charlie-Hebdo était plus dans l’anticléricalisme lourdaud que dans la laïcité. Je le lisais rarement, mais j’ai eu l’occasion d’être choqué par cette lourdeur ; ce qui n’empêche que je ne vais pas « comprendre » qu’on aille les assassiner… Roger (10 jan) : C’est l’explication que je cherchais.

Daniel (10 jan) : Le principe d’action est le combat pour la vérité, contre les déformations de la Bible ou du Coran imposées par des religieux, contre des aberrations des livres saints, écrits par des hommes et caractéristiques de la pensée d’une époque. Toute religion a imposé à un moment donné, des interprétations discutables. Il s’agit donc ce lutter contre le fanatisme, non contre la religion, ni contre ceux qui la pratiquent. Les exemples dans la littérature sont nombreux. On ne saurait confondre les Européens avec les religions chrétiennes, ni les Arabes avec la religion musulmane. Plus encore, musulman et islamiste ne sont pas synonymes. L’islamisme est une dérive de la religion musulmane, comme l’intégrisme est une dérive de la religion catholique ou des religions chrétiennes (cf. les évangélistes). La satire de l’intégrisme est une dénonciation d’une erreur et d’un fanatisme. Elle ne saurait être condamnée comme dénonciation d’un peuple. Sinon, nous créons un autre fanatisme, si l’on se refuse à dénoncer l’islamisme sous prétexte que l’islam est la religion  des Arabes. (ce qui n’est d’ailleurs plus vrai, cf. la diffusion des religions : islam, bouddhisme etc.)

Roger (10 jan) : Bien. Et je complète. La diffusion du christianisme ne cesse pas, ce qui fait enrager les islamistes.  Je pense au film récent de Cheyenne Carron : L’Apôtre. En voici le synopsis  :  «  Akim est un jeune musulman qui se destine, avec son frère Youssef, à devenir imam. Tandis que la sœur d’un prêtre catholique  de son quartier est assassinée par un voisin, ce prêtre décide de continuer à vivre auprès de la famille de l’assassin, car il sent que cela les aide à vivre. Interpellé par cet acte de charité, Akim s’engage dans un chemin de conversion au christianisme, qui va l’opposer à son frère et à l’ensemble de sa communauté. Le film met en évidence d’une part la déstabilisation de la famille d’Akim suite à sa conversion, d’autre part, les liens familiaux très forts de cette famille qui veut malgré tout conserver des liens avec lui. Le film ne contient aucune insulte ou outrance vis à vis de l’islam et des musulmans. » (Wikipédia)  Daniel (10 jan) : Oui, ajoute sans problème éthique pour moi le prosélytisme et modifie ton article à la lumière de tout cela/ Le scénario du film que tu cites est de la pure connerie. Ajoute que la presse satirique lutte contre la bêtise.

Roger (10 jan) : Non, non…. Je ne modifie rien. J’ajoute simplement. Ce qui permet vraiment le débat. Par « L’observatoire de la christianophobie » j’en apprends de belles sur tous ces problèmes. Le scénario correspond à des situations réelles.  J’ai vu simplement la bande annonce du film en même temps que l’avis de Télérama : «  Deux frères musulmans, l’un doux, l’autre violent, pratiquent assidûment leur foi jusqu’au jour où, lors d’une cérémonie de baptême, le premier entrevoit la lumière du Christ. Commence alors une guerre fratricide, le film opposant l’intolérance du musulman à la sages­se du chrétien. Polémique assurée… Tout n’est pas aussi caricatural dans ce récit qui, s’il frise parfois l’amateurisme, a aussi ses accents de vérité — notamment dans les scènes houleuses de débats familiaux. Mais en ces temps de confusion entretenue entre islam modéré et radical, le choix d’un tel sujet n’a rien d’innocent. Des sites catholiques extrémistes se sont déjà chargés de la promotion de cet Apôtre. Quant à la genèse du film, elle devrait également susciter des fantasmes complotistes : Cheyenne Carron a dû solliciter les plus dix plus grosses fortunes de France pour parvenir à monter son projet. — Mathilde Blottière » (fin de citation) Quant à la bêtise… Je n’ai pas le sentiment que la presse satirique lutte toujours contre elle. Mais je suis un lecteur assidu du Canard enchaîné et très attentif (acheté en double pour le découper). Il suffirait, en guise de programme politique, de redresser concrètement tous les torts qu’il dénonce. Cet hebdomadaire n’est pas que satirique. Heureusement.

Roger et Alii

Retorica

(2.260 mots, 13.600 caractères)

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