14 INF déontologie journalistique 1994_02

 

Corrigé s.g.d.g (sans garantie du gouvernement) d’un sujet donné le 5 février 1994 à une classe de BTS. Il n’est pas nécessaire de recourir aux textes originaux pour tirer profit de cette analyse.

Code de correction : 0 = introductions et 9 = conclusions

Roger mai 2015

0. Introduction. Cinq textes s’étendant sur un quart de siècle traitent de la déontologie journalistique. Trois d’entre eux dénoncent divers abus propres aux journalistes (J. Dutourd 1958, texte 2 ; G. Pérec 1973, texte 3 ; A. Rémond 1983, texte 4) ; les deux autres, moins pessimistes, proposent des remèdes (J. Daniel 1979, texte 1 ; L.Porcher 1976, texte 5). Après avoir relevé les manquements les plus graves à la morale professionnelle, nous étudierons les médias comme système avant de situer les responsabilités.

1.0 La plupart des textes dénoncent des manquements graves à la déontologie de la presse.

1.1 Pour Dutourd la maladie de l’information est la vitesse, chercher à arriver le premier ; selon Pérec la vie n’est révélée qu’à travers le spectaculaire, l’anormal. L’affaire des faux carnets d’Hitler, ajoute Rémond, traduit l’absence de scrupules dans la recherche du « scoop ».

1.2 Pérec se lamente : les journaux n’apprennent rien, ne parlent pas du journalier, ne savent pas décrire l’ordinaire, l’habituel. Mais, note Rémond, quand il leur arrive de le faire c’est pour interroger le père d’un rappeur et se comporter plus en flics qu’en journalistes. Fallait-il encore faire souffrir ce père? Dutourd remarque que la souffrance humaine perd ainsi sa substance, son âme. Ce qui compte, selon Pérec, c’est la manchette consacrée à l’évènement, accidents ou morts.

1.3 Daniel explique qu’écrire signifie rentrer en soi par la solitude et la distance mais Dutourd pense que l’éloignement rend l’information abstraite. De son côté Rémond note que le journaliste truque, recompose, réinterprète : le réel devient style.

1.4 Daniel plaide pour une race de journalistes – écrivains comme Camus, Cournot, Clavel. Mais pour Dutourd les journalistes ne peuvent être que futiles ou désespérés alors que Rémond décrit le journaliste comme un passant, un voyeur et un voleur.

1.9 La recherche du sensationnel, l’indifférence à la souffrance, le goût de la formule, une mentalité de voyeur : tels seraient les manquements les plus graves des journalistes.

2.0 En fait les médias représentent un système complexe.

2.1 Daniel est le seul à refuser le sentiment de puissance. Pour lui écrire représente une servitude. Les réactions des lecteurs l’incitent à la modestie. Ce ne sont pas ses articles qui l’ont fait connaître mais la radio et la télévision. Sa vraie satisfaction c’est de trouver des harmoniques qui se prolongent chez les lecteurs.

2.2 Mais Daniel est bien le seul à nier la puissance du journalisme. Pour Rémond la presse est un organisme en soi qui a sa finalité propre, ses lois, ses mécanismes. Quand Daniel parle non de pouvoir mais de responsabilité et de défense des droits de l’homme, Dutourd rétorque que le journaliste modèle l’opinion pour servir le pouvoir. Pour Rémond la machine s’alimente d’informations et se suffit à elle- même.

2.3 Daniel plaide la bonne foi : des omissions humaines sont volontiers qualifiées de machinations. Mais pour Rémond, les escrocs sont simplement les extrêmes d’un système exigé par le public dans une sorte d’autovampirisation.

2.9 Pour la plupart des auteurs les médias sont devenus une machine folle exerçant du pouvoir pour leur propre compte.

3.0 Ceci mène à tenter de situer les responsabilités.

3.1 D’abord que faut-il dénoncer ? tout conflit ou cas de torture, dit Daniel. Dutourd se plaint que l’on donne trop d’écho à la moindre bêtise internationale. Pérec relève que le scandale ce n’est pas le coup de grisou mais les conditions de vie faites aux mineurs. Rémond note que l’imposture démasquée et le pouvoir inquiet relèvent du mythe.

3.2 Et le public ? « Le public a le droit de savoir » n’est qu’un slogan remarque Dutourd. Le goût des catastrophes s’explique, selon Pérec, par le sentiment d’être rassuré : la vie existe ! Et c’est le goût du public pour les petits détails qui mène un journaliste à interroger le père d’un criminel note Rémond.

3.3 Mais, s’interroge Pérec, où est notre vie ? notre corps ? Pourquoi cette anesthésie ? C’est que, explique Porcher, on préfère l’image au réel et la photo au paysage : on préfère médiatiser et dans une société de l’apparence la réalité devient une image de réalité. Et c’est ainsi, conclut Rémond, que le monde devient les ombres d’un théâtre de papier.

3.4 Le mal n’est cependant pas sans remèdes : ne pas ajouter à la violence et ne pas dire n’importe quoi supplie Daniel. A quoi Porcher fait écho : il faut prendre conscience du mal et s’adapter pour lutter contre ce monde.

3.9 Les responsabilités viennent donc autant du public que des journalistes, les uns et les autres se laissant envahir par la médiatisation qui dissout toute réalité.

9. Conclusion. L’autovampirisme n’est peut être pas inéluctable. Des protestations s’élèvent contre le reportage-fiction que sont les « reportages scénarisés » : pendant son enquête le journaliste construit un scénario qu’il va faire jouer aux personnes qu’il interroge pour faire plus vrai, plus authentique, plus fort, plus émouvant…. C’est ainsi qu’en 1990 TF1 a passé un faux reportage sur les catacombes, qu’une équipe de la 5 a fait blesser grièvement un noir par des skin-heads pour les besoins d’un reportage (jamais diffusé car trop compromettant), qu’une émission de TF1 a organisé des épousailles entre un Français et une Thaïlandaise, venue aux frais de la chaîne et repartie en larmes… Les journalistes eux-mêmes ont fini par s’inquiéter de ces abus révélés par « Le Canard Enchaîné » ou « Télérama ». Il est clair qu’un public s’organisant en puissantes associations de lecteurs ou de téléspectateurs et travaillant avec des journalistes intègres inciterait les médias à respecter une déontologie plus exigeante.

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