14 INF désinformation Irak 2009 – 2016

J’ai pour principe de reprendre des fichiers antérieurs pour les compléter sans les supprimer, l’écart chronologique étant en lui-même très significatif. Ce fichier est le prolongement de :

« 13 HIS Irak (2009_04_11) armes de destruction massive » information elle-même détachée de 28 RHE dialectique (2009_04_11) repères I, item 7, qu’on peut lire sur site.

Roger

 

  1. L’argument des “armes de destruction massive”. Dans “D’où viennent les idées fausses ?” (le Monde, 2005_04_13) Daniel Vernet, s’appuie sur une analyse de Carne Ross, diplomate britannique qui a suivi l’affaire irakienne à ce moment décisif où Bush a utilisé cet argument en mars 2003. La CIA l’a reconnu : elle s’était trompé. A cette époque Saddam Hussein ne possédait pas – ou ne possédait plus ? – d’armes de destruction massive. Carne Ross estime que l’exemple irakien n’est pas une exception. Il illustre les faiblesses d’un mode de fonctionnement administratif. Pendant des années, au Conseil de Sécurité, deux thèses se sont affrontées : les Anglo-Saxons jugeaient que Saddam Hussein détournait le programme “Pétrole contre nourriture” pour se réarmer. Les Russes et les Français estimaient que Saddam Hussein avait désarmé et que les inspections comme les sanctions étaient “futiles”. Le travail de Carne Ross consistait “à faire la synthèse des innombrables statistiques, rapports, témoignages pour servir de base aux interventions au Conseil de Sécurité.”  Et il ajoute : “De l’autre côté de la table, Français et Russes soutenaient le contraire avec force statistiques, rapports et témoignages provenant des mêmes sources.” Le mode de fonctionnement administratif privilégie les faits et les jugements qui confortent l’opinion dominante de l’autorité supérieure. Les informations “qui renforçaient notre discours apparaissaient lumineuses et seraient utilisées par moi, mon ambassadeur ou mon ministre comme autant de grenades dans la guerre de tranchée diplomatique.” Il faudrait être un fonctionnaire “courageux ou fou” pour nager à contre-courant.  Il y eut un expert britannique pour le faire. Il se suicida.

 

  1. Carne Ross explique qu’il ne s’agit pas de dossiers montés de toute pièces mais d’éléments répétés, reformulés, peaufinés, “jusqu’à ce qu’ils paraissent clairs, cohérents et convaincants, jusqu’à ce que ceux qui les présentent y croient pleinement eux-mêmes.” Et le sceau “confidentiel – à diffusion restreinte” ajoute à la crédibilité.  Dans les grands Etats, la priorité est souvent donnée par les administrations à la volonté de plaire au prince. Les vérités dérangeantes sont écartées.

 

  1. Roger (11 avril 2009) Dans l’affaire irakienne, il n’y avait pas d’armes de destruction massive mais une volonté farouche de s’en procurer : Saddam Hussein avait contacté six cents entreprises notamment occidentales pour le faire. Et son comportement laissait penser qu’il pouvait en avoir. Illustration de la conclusion de “L’exception et la règle” de Bertold Brecht : le coolie avait de bonnes raisons d’en vouloir au marchand et il est normal que celui-ci se soit cru menacé et l’ait abattu. Il a donc agi en état de légitime défense. Ajoutons que l’Iran compare les situations de l’Irak, de la Corée du Nord et du Pakistan. Seuls les deux derniers sont respectés, épargnées parce qu’ils ont construit en secret l’arme nucléaire. Saddam Hussein a disparu parce qu’il menaçait sans faire alors qu’il faut faire sans menacer.

 

  1. Roger (25 août 2016): Je fais une mise au point de mémoire. Les armes de destruction massive existaient bien. C’était des armes chimiques vendues par des entreprises occidentales, notamment allemandes, à Saddam Hussein. Quand son régime comprit qu’il était perdu, ces armes furent transférées en Syrie. Ce qui était logique puisque les deux pays étaient conduits par le même parti Baas. Il en restait quelques stocks quand les Américains débarquèrent en Irak et l’armée américaine en fut la victime car ces armes furent désamorcées sans les précautions qu’exigeait leur maniement délicat. Je crois, comme Pascal Bruckner et bien d’autres que cette guerre était nécessaire mais qu’elle fut atrocement mal conduite.

Les Etats-Unis voulaient la chute de Saddam Hussein mais étaient divisés sur la suite à donner. Un clan voulait établir une démocratie à l’occidentale, comprendre à la manière américaine ; un autre estimait que cette optique était irréaliste : mieux valait tirer le maximum de cette prise de guerre. C’était l’option du lobby militaro-économique : on détruit des armes déjà livrées et payées ; on en commande d’autres ensuite. C’est ce lobby qui l’emporta.

 

L’armé irakienne était la plus forte de la région et elle attaqua l’Iran dans le conflit Iran-Irak (1980 – 1988) Voir Wikipédia. Mais l’Irak, que soutenait l’Occident et singulièrement la France, finit par perdre cette guerre qui fit entre 500 000 et 1 200 000 victimes. Les troupes irakiennes (sous-officiers et officiers) étaient aguerries. Lors de la chute de Saddam Hussein l’erreur tragique des Etats-Unis fut de tenir pour quantité négligeable ces soldats d’élite dont ils ne savaient que faire. Livrés à eux-mêmes ceux-ci survécurent comme ils purent et finirent par devenir les cadres militaires de Daesh. C’est ainsi que Daesh est le produit de l’impéritie des Etats-Unis mais Daesh aurait fini par émerger d’une manière ou d’une autre.

 

  1. Conclusion : La parole est à Colin Powell :

 

http://tempsreel.nouvelobs.com/debat/20130301.OBS0470/exclusif-colin-powell-comment-la-cia-m-a-trompe.html

 

En 2003, le secrétaire d’Etat américain prononçait à l’ONU son discours sur les armes de destruction massive en Irak. « Une tache dans ma carrière », dit-il aujourd’hui, en 2013.

Il y a dix ans, le secrétaire d’Etat américain prononçait à l’ONU son discours sur les armes de destruction massive en Irak. Les « preuves qu’il avançait se sont révélées fausses pour la plupart. A l’occasion de la publication de son livre « J’ai eu de la chance » aux Editions Odile Jacob, il revient sur cet épisode et sur la politique étrangère de son pays.

 Le 5 février 2003, vous avez prononcé à l’ONU votre « célèbre » discours sur les armes de destruction massive en Irak, dans lequel vous énonciez des « preuves » qui, pour la plupart, se sont révélées inexactes. Dix ans plus tard, vous écrivez dans votre nouveau livre que ce discours restera une « tache » dans votre carrière et que vous vous souvenez de ce 5 février aussi « profondément » que du jour de votre naissance. Pourquoi ?

– Il est très dur d’oublier un tel moment surtout quand on vous en parle chaque jour pendant dix ans ! Depuis que j’ai découvert qu’un grand nombre d’informations que l’on m’avait fournies étaient inexactes, je ne cesse de me demander : qu’aurais-je dû faire pour éviter cela ? Pour ma défense, je dirais que je n’ai eu que trois jours pour préparer cette présentation et que nous avions un très grand nombre de documents à analyser.

Pourquoi seulement trois jours ?

-Le problème était le suivant : le président Bush m’a demandé de présenter nos preuves à l’ONU à partir d’un texte rédigé par un conseiller du vice-président Cheney. Or, quand j’ai demandé aux services de renseignement des éléments concrets pour étayer certaines parties de ce document, ils m’ont répondu qu’ils n’avaient jamais vu ces informations-là ! Il fallait donc repartir de zéro et écrire un autre discours. J’ai dit au président que j’avais besoin de plus de trois jours, mais il m’a répondu qu’il avait déjà annoncé au monde la date de ce discours à l’ONU, qu’il ne pouvait pas la reculer.

Le fait que le texte écrit par le bureau du vice-président était si étrange ne vous a-t-il pas alerté ? Ne vous êtes-vous pas dit : on essaie de me manipuler ?

-Non, pas vraiment. J’étais déçu mais je ne paniquais pas : la CIA allait m’aider. Je suis allé au siège de l’Agence, et grâce aux informations fournies par son patron, George Tenet, j’ai pu bâtir le discours. Remarquez que j’y ai mis moins d’éléments controversés que le président, Condi Rice ou Rumsfeld avaient déjà utilisés publiquement et à plusieurs reprises. Le bureau de Cheney, par exemple, insistait pour que je parle des liens supposés entre Saddam Hussein et Al-Qaida, que le vice-président avait souvent évoqués. Mais, comme les éléments n’étaient pas probants, je ne l’ai pas fait. J’ai également très peu parlé du programme nucléaire.

Mais sur le reste aussi, le chimique et le biologique, les « preuves » étaient fausses.

-Oui, mais ce n’était pas un mensonge délibéré de ma part. Je croyais à ce que je disais. Tout le monde, le président, les membres du gouvernement et le Congrès y croyaient. Le président m’a choisi parce que j’étais le plus crédible vis-à-vis de la communauté internationale, mais, encore une fois, je ne faisais que transmettre ce que les seize agences de renseignement disaient. Et je pense que si vous aviez été à ma place et que vous aviez vu les documents que l’on m’a présentés vous auriez cru à tout cela, vous aussi.

Evidemment je pensais que la CIA avait vérifié ses informations. Aussi, quand, quelques semaines plus tard, l’Agence nous a dit que l' »information » sur les laboratoires biologiques ambulants venait d’Allemagne et qu’aucun agent américain n’avait interrogé la source principale de ce canular, j’ai été stupéfait.

George Tenet, le patron de la CIA, vous avait-il dit que les Allemands l’avaient prévenu du manque de fiabilité de cette source ?

-Non et je ne sais toujours pas ce qu’il savait en réalité. Plus tard, il est apparu qu’un certain nombre de personnes dans les services de renseignement étaient au courant de cette alerte des Allemands et d’autres mises en garde. Ils ont dit : « Nous sommes allés voir Tenet mais il ne voulait pas nous écouter. » Est-ce vrai ? Je ne sais pas. En tout cas, lors de ma présentation à l’ONU, je voulais qu’il soit à mes côtés, que la présence du patron de la CIA signifie au monde que ce que je disais reflétait ses conclusions. Dix ans plus tard, Tenet n’a toujours pas reconnu que celles-ci étaient fausses ! Pas une fois, il a expliqué pourquoi ses services avaient écrit, par exemple, que Saddam Hussein avait des centaines de tonnes d’armes chimiques, « dont la plupart avaient été fabriquées l’année passée » alors qu’il n’en possédait pas un gramme !

Il y a quelques années, vous avez dit qu’une commission du Congrès devrait enquêter sur tout cela.

-Passons à un autre sujet, voulez-vous ? (…)

Roger (27 août 2016) : Les armes de destructives existaient mais elles n’étaient plus en Irak. Elles étaient en Syrie et servent actuellement au pouvoir en place et à Daesh.

 

Roger et Alii, Retorica, 1 710 mots, 10 600 caractères, 2016-08-26

 

 

 

 

 

 

 

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