14 INF fait-divers – sémiologie 2017-10

 

Le fait-divers relève de l’information mais aussi du récit . D’où le lien :

http://www.retorica.fr/Retorica/25-rec-faits-divers-harmoniques-2017-08/

 

«  Sémiologie du fait-divers » est le corrigé d’une synthèse donnée en BTS vers 1990.

Code : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

 

  1. Introduction. Vingt-trois et vingt-sept ans séparent respectivement « Le rôle d’accusé » de R. Grenier (1947) de « Le Mana quotidien » de G. Auclair (1971) et de « La société de consommation » de J. Baudrillard (1974). C’est dire que globalement, ces deux derniers auteurs s’opposent au premier sur l’analyse du fait-divers. Nous étudierons d’abord les motivations du public avant de pénétrer la signification du fait-divers puis sa mythisation.
  2. Les motivations du public sont complexes, voire même contradictoires.
  3. Le goût du sang signalé par Grenier rejoint la fascination du malheur (Auclair) ou même sa conjuration (Baudrillard) bien que sa répétition endurcisse (Grenier)
  4. Le moteur de l’intérêt serait l’identification (Grenier), thèse confirmée par Auclair (les lecteurs se sentant exposés aux mêmes dangers) et par Baudrillard (puisqu’il faut s’en protéger).
  5. Grenier y voit surtout l’occasion de se comprendre, de se situer dans le monde et en soi-même alors que les autres auteurs y discernent soit un désir de répression propre aux groupes défavorisés, soit un vertige de la réalité ou une réalité sans vertige qui procurent la quiétude (Baudrillard)
  6. Les motivations du public peuvent devenir plus intellectuelles, plus nobles chez Grenier que chez Auclair ou Baudrillard. Se connaître s’oppose ainsi à punir ou se protéger.

 

  1. Aussi la signification du fait-divers change-t-elle d’un auteur à l’autre.
  2. Grenier le charge d’une riche matière humaine avec les exemples de l’affaire Petiot ou du Malentendu traité littérairement par Camus. Au contraire les autres auteurs le réduisent à des signes, signes informant sur le public (Auclair), signes consommés en tant que signes (Baudrillard).
  3. Dès lors le classement des faits-divers change du tout au tout. A l’opposition faits-divers de situation / psychologiques (Grenier) répond l’opposition entre satisfaits et insatisfaits (Auclair) tandis que toute classification paraît dérisoire pour Baudrillard.
  4. En 1947 Grenier songe surtout à l’écrit ; en 1970 Auclair ajoute l’écran ; en 1974 Baudrillard ne pense que télévision. Ceci a des conséquences sur le contenu : fortement présent et interprétable chez Grenier, il disparaît progressivement chez Auclair pour se réduire chez Baudrillard à un signe abstrait auquel le réel sert tout juste de caution.
  5. Un fait-divers qui disparaît de la sorte perd sa signification. La connaissance du monde se réduit aux frustrations sociales puis à un simple signe magique.

 

  1. Ceci a évidemment des conséquences sur la mythisation du fait-divers.
  2. Chez Grenier il est créateur de héros (tragiques ou comiques), de mythes même à condition ne ne pas le réduire à l’anecdote. Chez Auclair il s’appauvrit au point de ne fournir au roman ou à l’écran que des fantasmes stéréotypés tandis que pour Baudrillard tout ceci se réduit à un contenu indifférent.
  3. L’impact très fort du fait-divers (Grenier) se réduit à un spectacle d’autant plus fascinant qu’on reste seul ; replié sur soi, avec un sens aigu de la fatalité (Auclair) mais à la limite il ne se passe plus rien : à l’abri des signes toute mythisation disparaît (Baudrillard).
  4. Grenier ne peut évoquer les raisons de la disparition éventuelle de cette mythisation mais Auclair désigne déjà les stéréotypes des mass-média, clairement nommés chez Baudrillard et dont l’effet est de réduire toute réalité au fait-divers puis tout fait-divers à un signe insignifiant mais magique.
  5. La mythisation du fait-divers s’affaiblit donc d’un auteur à l’autre au point de sombrer dans l’absence totale de signification.
  6. Conclusion. L’analyse la plus récente, celle de Baudrillard, traduit la situation que nous vivons où, aux yeux des médias, tout ayant de l’importance, plus rien n’a vraiment d’importance. A l’insignifiance du fait-divers répond le vide des personnalités qui ne savent plus, qui ne peuvent plus l’analyser pour se situer et se comprendre. Car un fait-divers ne vaut que par ses tenants et ses aboutissants, ses causes et ses conséquences, l’environnement culturel, social, politique qui l’explique et le relativise mais pour mieux en dégager les perspectives. Pour Zola « L’Assommoir » n’est pas réductible au naufrage d’un couple dans l’alcoolisme mais c’est un dossier qui doit mener à une prise de conscience et une action collective et responsable.

Il faut donc réagir contre la situation actuelle en refaisant le chemin inverse, en redonnant d’abord au fait-divers la valeur sociologique que lui reconnaît encore Auclair avant de retrouver sa valeur d’outil dans la connaissance de soi et du monde comme le souhaitait Grenier.

(726 mots, 4 660 caractères)

 

  1. Autre conclusion possible. Le public aime les faits-divers pour des motifs qui vont d’une curiosité quelquefois malsaine au désir de mieux se connaître ou de mieux connaître le monde. Certains faits-divers deviennent ainsi des sujets de romans, de pièces ou de films. Mais sous l’effet des médias – et en ce sens le texte de Baudrillard garde toute son actualité – le fait-divers s’est réduit simplement aux frustrations sociales qui a un simple signe magique finalement dépourvu de toute signification.

C’est ce qui se passe pour les crimes perpétrés sur des enfants. Les médias insistent sur l’horreur du fait, la douleur des familles et s’interrogent rarement sur les troubles motivations du meurtrier.

Il en résulte une émotion morbide rarement dominée et qui débouche sur un désir irraisonné de vengeance. Or si l’on veut que cessent ces séries infernales il faut s’interroger sur leur raison profonde, connaître notamment le rôle de la fascination médiatique, comprendre enfin les mécanismes de la perversité humaine pour la soigner au lieu de la punir.

On voit donc que le fait-divers pose implicitement de redoutables problèmes que notre société ne sait pas encore affronter. Il est plus facile d’avancer dans la technologie que dans l’éthique.

Roger et Alii – Retorica – 970 mots – 6 300 caractères – 2017-10-29

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