09 FRA salafistes rapport Conesa 2015 02

Je vous ai envoyé 14 INF Charlie continuum 7/7 Piero 2015_02. Piero y traite deux sujets : le terrorisme, les civilisations.  Je l’ai mis sur site. Je vous propose de faire plus ou moins régulièrement des visites du site car j’alimente ses 34 sections d’une manière aléatoire.  Aujourd’hui voici une information qui me semble très importante concernant le rapport Conesa. Le choix des termes « salafistes jihadistes » plutôt que « islamistes » est expliqué un peu plus loin par une citation venue du rapport.

Note de février 2016. Le titre primitif était « 23 POL djihad salafistes rapport Conesa » Je transforme l’objet en « 09 FRA salafistes rapport Conesa » car c’est une affaire essentiellement française. J’ai enlevé le mot « djihad » qui a au moins deux sens : le grand djihad (effort de nature pieuse) et le petit djihad (de nature guerrière). Il existe aussi un djihad juridique (effort pour rendre le mieux possible la justice). Daesh relève, dans Retorica, de la section 12 GUErre, même si on le rencontre en 31 SOC utopie :

http://www.retorica.fr/Retorica/31-soc-utopie-daesh-2015-11/

Roger

1. Roger (21 fév 2015) Je relève sur le site « Europe-Israël news » du 20 février 2015 l’information suivante : « Selon le rapport Conesa « La France doit assumer qu’elle est un pays musulman et doit revendiquer un siège à l’Organisation de la Conférence Islamique.» Selon un rapport intitulé « Quelle politique de contre-radicalisation en France ? » remis fin décembre à la Fondation d’aide aux victimes du terrorisme, Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire au ministère de la défense, préconise que « La France doit assumer qu’elle est un pays musulman et doit revendiquer un siège à l’Organisation de la Conférence Islamique.» La France doit par ailleurs assumer qu’elle est un pays musulman et participer à la modernisation de la pensée coranique, à travers la création d’un institut de théologie islamique.

Elle est légitime dans la revendication d’un siège à l’Organisation de la coopération islamique pour faire valoir ses droits : « Avec six millions de musulmans, elle peut se considérer comme le porte-parole d’une communauté plus significative qu’un tiers des Etats membres. » On notera une nouvelle fois le faux chiffre « officiel » de 6 millions de musulmans alors que Martine Aubry déclarait déjà en 2010 le chiffre de 12 millions de musulmans en France… Le rapport continue ainsi : La dernière vague d’attentats en est une illustration tragique. La lutte antiterroriste à la française, appuyée sur la législation la plus intrusive d’Europe et l’efficacité des services de renseignement, n’a fait que retarder l’inévitable. Faute d’avoir traité politiquement la montée du fondamentalisme islamiste, les gouvernements successifs ont opposé une réponse exclusivement sécuritaire à sa manifestation terroriste. […]

Toute politique doit reposer sur une définition sans ambiguïté de son objet. Le rapport préconise donc de bannir l’expression « terrorisme international », formule creuse au regard de la diversité de ces mouvements. Il rejette également le terme d’« islamisme », afin de casser le sentiment de stigmatisation des musulmans. […] »

Reproduction autorisée avec la mention suivante:

© Christian De Lablatinière pour Europe Israël

2. Remarque : «Le nombre de Français ayant un lien direct avec l’Algérie avoisine les sept millions», a déclaré l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Emié, hier, qui était en visite dans la wilaya de Tlemcen. «Ce qui montre que les liens d’amitié sont très forts et primordiaux eu égard à une histoire commune, à une proximité géographique et au partage de la langue française», a-t-il précisé. (Europe-israël.org 7 fév 2015). Ce chiffre est donc officiel. Au total, si l’on s’en tient au chiffre de Martine Aubry (sources ?) de 2008 ou 2010, les musulmans seraient 12 millions en France, soit 5 millions de non-Algériens.

3. Roger : J’ai évidemment eu la curiosité de lire ce rapport disponible par le lien suivant :

https://www.yumpu.com/fr/…/rapportfavtdecembre2014-12-14def

ou plus simplement  par Google : « rapport Conesa ». Il comporte 109 pages et ses analyses sont, à mon avis, remarquables.  Je livre ici  des citations qui m’ont paru importantes. J’ai souligné quelques passages

– Le rapport parle de « salafisme jihadiste » et il explique : « Le Salafisme n’est pas une pratique religieuse mais la revendication d’une identité politico-religieuse totalitaire qui se concrétise dans deux domaines :

–  Sa prétention à représenter l’ensemble des musulmans de la planète (l’Oumma). Il rejette toutes les autres pratiques de l’Islam, se donne un droit d’excommunication (taqfir) et ses principales victimes sont d’abord les autres musulmans (Chiites, soufis ou autres écoles sunnites). Le terrorisme salafiste tue aujourd’hui 10 fois plus de musulmans que de non musulmans sur la planète. 

–  La ghettoïsation qu’il souhaite imposer à la communauté française musulmane par la formulation des revendications clivantes sans cesse renouvelées (alimentaire, vestimentaire, comportementales, scolaires…) » (…)  « Il s’agit donc d’une pratique totalitaire de l’Islam qui cherche à imposer ses règles, à rejeter les formes républicaines et légitime au moins intellectuellement l’usage de la violence qu’il présente comme vengeresse. »

– « (…) la France qui accueille plus de 6 millions de Musulmans peut légitimement revendiquer un siège à l’Organisation de la Conférence Islamique. Assumer son statut de pays musulman est une bonne manière de plaider soi-même sa propre cause plutôt que de s’entendre morigéner par des pays qui ne savent même pas ce qu’est la tolérance religieuse. Une initiative de cette nature stériliserait le discours victimaire sur « l’islamophobie de la société française » autour duquel s’agitent des « entrepreneurs politiques » qui prétendent parler au nom de la communauté (…) »

– « Quelle définition donner de la radicalisation ? Selon Farhad Khosrokavar, c’est « la conjonction d’une idéologie extrémiste et d’un passage à l’acte », en tant que tel, c’est un phénomène social et politique qui interpelle les démocraties. Selon Allen c’est « le processus d’adoption d’une croyance extrémiste incluant la volonté d’utiliser, de soutenir ou de faciliter la violence comme méthode de changement de société ». Vision plus large qui doit permettre d’inclure des groupes de soutiens ou idéologiquement proches des acteurs de la violence, voire du terrorisme. Le passage à l’acte est une démarche progressive. La radicalisation « politique » ne conduit pas toujours à la radicalisation violente, mais tout radical violent est d’abord passé par une conversion politique première.(…) »

– « Le Salafisme a donné naissance à deux formes qui rendent parfois incertaine la délimitation du radicalisme: les Salafistes « quiétistes » disent se préserver de toute action politique et terroriste, et les Salafistes « Jihadistes » qui légitiment l’emploi de la violence, mais leur porosité est assez impressionnante. »

– « Il faut remarquer que les Jihadistes qu’ils soient membres d’Al Qaida ou individuels comme Merah ne revendiquent publiquement leurs actes que lorsqu’ils y sont contraints : pas de conférences de presse clandestines comme le FNLC, pas de vitrine légale comme Iparretarak, pas de communiqué envoyé à l’AFP comme les mouvements tiers-mondistes. Cette politique de communication assez nouvelle, entretient le mystère et le sentiment d’omniprésence du Jihadisme dans l’opinion mondiale. »

– « Les cas d’abus de faiblesse punissables par la Loi de janvier 1996 sur les dérives sectaires, paraissent rares. Les ressorts des conversions et reconversions (retour à la religion) des Salafistes interviewés paraissent être de trois ordres. Généralement jeunes au moment de leur conversion à l’islam (entre 13 ans pour la plus jeune et 17-20 ans pour les autres), ils traversent des crises multiples : crise d’identité ; crise du sens ; sentiment d’inutilité sociale, et parfois familiale. C’est à travers leur histoire personnelle que se révèlent leur rapport à la France, leur sentiment par rapport à ce qui se passe dans le monde arabo-musulman et enfin sur la création de l’EIIL. »

– « L’Idéalisme de l’homme révolté par l’injustice du monde, semble prédominer chez les convertis. L’individu se marque en rupture à travers la formidable séduction que constitue le modèle narcissique du « rebelle » dans nos sociétés. Max Weber avait déjà insisté sur la déperdition du sens des sociétés modernes incapables de donner à l’expérience collective un sens ultime. Elles ne disposent d’aucun système explicatif relativement aux paradoxes de la souffrance, de l’inégalité et de l’injustice. Le nouveau croyant se restructure autour d’un contre système de valeurs supposées traditionnelles qui le différencient du monde environnant : il oppose la frugalité à l’opulence du monde; la pudeur et la décence à la sexualité agressive commerciale des pays occidentaux : la spiritualité au matérialisme ; la solidarité à l’individualisme. « Pour moi, l’Islam est la religion qui ne consomme pas » dit un jeune converti. »

– « Les termes sont importants. La polysémie des termes guerriers qui opposent monde occidental et monde arabo-musulman mérite qu’on s’y attarde : l’islamisme est un mot générique qui a recouvert plusieurs sens et conceptions politiques qui vont depuis la révolution iranienne, jusqu’à la démocratie turque d’Erdogan, en passant par les assassins de la guerre civile algérienne. Il ressort dans son pire sens aujourd’hui avec les horreurs de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (qui ressemble étrangement aux pratiques de l’Arabie saoudite wahhabite). Il choque les musulmans toutes catégories confondues qui considèrent non sans raison qu’ils n’y reconnaissent pas « leur Islam ». De la même façon, le terme de Laïcité renvoie pour beaucoup de Musulmans aux heures sombres des répressions antireligieuses d’Ataturk abolissant le Califat, de Nasser emprisonnant les Frères musulmans, de Hafez el Assad les massacrant en Syrie ou de Saddam Hussein. Pour la France, la laïcité est le principe légal de la tolérance religieuse. Le terme de Croisade, si malencontreusement employé par G W Bush, pris dans une signification morale est valorisant pour les Occidentaux, il est par tradition historique, structurellement agressif et négatif pour le monde arabo-musulman. N’en est-il pas de même du terme Jihad, vu par les décideurs du monde occidental mais pas par les théologiens musulmans qui y voit l’effort individuel de rectitude morale et religieuse ? Il est donc essentiel de pondérer les termes et de désigner la cible de la politique contre-radicale. »

– « « La république doit être sereine et pas médiatique dans l’application de la loi » remarque un journaliste, entendant par-là, que la médiatisation de quelques rares cas ne doit pas faire sur-réagir. Les lois de 2004 et de 2011 existent : « il faut les appliquer de manière sereine et apaisée contre des situations qui restent extrêmement minoritaires ». Le rapport d’étape de l’Observatoire de la Laïcité de Juin 2013, rappelle qu’en 2004- 2005, 639 cas d’élèves en infraction étaient constatés, ils n’étaient plus que 3 (dont un Sikh) l’année suivante. Depuis 2008; les recours contre les décisions d’exclusion ont quasi-disparus. (…) ».

– « Il est suffisamment évident que les actions violentes des Jihadistes qui en tirent l’essentiel de leur légitimité, doivent obliger les élites de la communauté à tracer une claire ligne de démarcation. Aucun responsable ne peut se décharger de la question en se contentant d’opposer les « bons musulmans » et les autres, ou en se bornant à déclarer que cela n’a rien à voir avec l’Islam. « Si l’Islam ne doit pas être diabolisé, il reste qu’il est largement responsable de son propre procès par la passivité de ses élites » constate Abdennour Bidar dans « l’Islam face à la mort de Dieu ». Nombre d’intellectuels rappellent que les accusations d’Islamophobie ne suffiront pas à se défaire de cette lancinante question. Le Salafisme n’est qu’une des multiples versions vaguement islamisée des sectes de l’Apocalypse, une sorte de « No-future » des punks d’autres temps, une nouvelle mode qui succèdent aux Grunge et autres Gothiques en offrant une perspective transcendante. »

4.  Brusquement des journalistes du Monde semblent se réveiller mais en jetant le bébé avec l’eau du bain. Rhétorique : emploi de l’anaphore + métonymie généralisante qu’il faut rectifier. Il n’y a pas un islam mais des islamS et surtout des musulmans et surtout dans le cas qui nous intéresse des salafistes Voir ici :

http://www.israel-flash.com/2015/02/sans-lislam-nous-naurions-pas-commentaire-dun-journaliste-du-monde-et-de-sa-redaction/

5. André (23 fév 2015) : Merci Roger pour ces informations. Quelque chose me gêne cependant dans le rapport Conesa. Qualifier de « pays musulman » la France m’est aussi insupportable que d’en faire un pays catholique ou juif ou bouddhiste etc.. La Nation ne se sépare pas en communautés. Elle est une et indivisible . Juif, Musulman ,Chrétien, Athée ( relapse tel que moi), chacun est libre de son choix et n’existe à mes yeux qu’en qualité de CITOYEN de la République. Je ne suis pas « frère en Jésus-christ » mais mu par un sentiment de FRATERNITE, laïque et républicain.

Roger (26 fév 2015) : C’est, à mon avis,  confondre deux choses : le juridique (la Nation, le droit) et le sociologique (les communautés). La notion de citoyen ne recouvre pas tout. Il y a en particulier une communauté des incroyants. Elle refuse de s’organiser pour promouvoir ses valeurs (comme la fraternité). Ces valeurs recoupent largement celles des autres communautés. Mais comment le savoir si elles ne sont pas dites d’une manière intelligible pour tous ?

6. Roger (5 fév 2016) La prise d’Alger (1830) s’explique, mais on ne le dit pas souvent, par la volonté française et aussi européenne de mettre un point final à la piraterie des Barbaresques. Ensuite la France n’a pas su trop quoi faire de l’Algérie pendant 130 ans. Ni quoi faire avec elle après. L’opposition nationaliste était en réalité de nature religieuse. Les Français l’ont découvrent très tardivement sans vraiment l’admettre. D’où de tragiques malentendus. Ainsi en Algérie tout candidat ou candidate au bac pouvait s’y présenter avec deux langues vivantes : arabe littéral (littéraire) et arabe dialectal. Après 1962 ce n’est plus possible en France. C’est ainsi qu’on ostracise de jeunes Français dont on méprise les langues et la culture. L’arabe devient pour l’Education Nationale une « langue rare ». On croit rêver. La France s’est ainsi privée de multiples talents qui auraient fait merveille à l’exportation vers les pays arabes. On sait ce que sont devenus les plus révoltés d’entre eux au fil des générations : trafics en tout genres puis retour vers le salafisme djihadiste. Il est plus que temps, pour nous, de retrouver la raison.

Roger et Alii

Retorica

(2 660 mots, 15 000 caractères)

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