23 POL socialisme excellence 2011 – 2016-02

Jean-Marc Daniel est l’auteur de trois ouvrages :

– 2011. « Le socialisme de l’excellence. Combattre les rentes et promouvoir les talents » Ed François Bourin 2011. Nous l’avions évoqué lors d’un débat sur Retorica. Voir plus loin.

– 2014. « L’Etat de connivence. En finir avec les rentes » (Odile Jacob 2014)

http://www.xerficanal-economie.com/emission/Jean-Marc-Daniel-En-finir-avec-l-Etat-de-connivence_1979.html

– 2016 « Valls, Macron : le socialisme de l’excellence à la française » (Ed Françoise Bourin)

Quoi de nouveau en 2016 ? En l’écoutant sur France-Inter le jeudi 11 février 2016 j’ai relevé quelques points forts. Je les reprends en fin de fichier grâce à la transcription de ses propos.

Mais revenons d’abord aux thèmes majeurs de 2011 et au débat qui s’ensuivit

Roger.

23 POL socialisme de l’excellence 2011_05_17

« Le socialisme de l’excellence », par Jean-Marc Daniel

La voie du social libéralisme

(par Samuel-Frédéric Servière, 2011_05_17, ifrap

(1) Dans un ouvrage décapant qui vient de paraître [1], Jean-Marc Daniel, ancien élève de l’École Polytechnique, de l’ENSAE et de l’IEP de Paris, actuellement professeur à ESCP-Europe et à l’École des mines de Paris, nous livre sa vision du socialisme du futur. Selon lui, le socialisme doit résolument quitter les vulgates marxistes et keynésienne qui formaient ce qu’il appelle les « socialismes archaïques » pour se tourner vers une approche théorique et économique libérale, afin de parvenir à lutter efficacement contre les rentes et de promouvoir les talents, ce qu’il choisit de définir comme le « socialisme d’excellence ». Il part en effet de la constatation suivante : « jusqu’à présent, le socialisme a surtout trahi ses promesses et a fondamentalement toujours échoué. » Pourquoi ? Parce que « ses tenants ont peu à peu oublié le but pour se concentrer sur les moyens. Ils ont abandonné l’idée de l’amélioration objective des conditions de vie des plus pauvres pour défendre des programmes de revanche sociale dont l’État serait l’instrument exclusif. »

(2) Afin de rétablir le socialisme sur ses pieds et afin de lutter efficacement contre la pauvreté et l’exclusion il est donc essentiel de permettre au marché « d’assumer pleinement son rôle de mécanisme créateur de croissance économique ». Il faut pour cela, selon l’auteur, accepter que « l’erreur fondamentale des socialismes d’après 1948 a été d’entretenir les envieux dans leur volonté de multiplier les mesures punitives contre la richesse, ce qui a conduit à des programmes et des pratiques identifiant le socialisme à une croissance sans fin de la sphère étatique.  » Pour l’auteur l’erreur des socialistes classiques est triple :

  Les affrontements structurants ne sont pas entre les riches et les pauvres, mais entre les rentiers et les talentueux

  Ainsi le niveau des revenus est indépendant de leur légitimité : de petits revenus peuvent être illégitimes et de très importants parfaitement justifiés

  Enfin ce n’est pas l’État mais la concurrence qui est l’outil privilégié de la réforme sociale. Il faut ainsi passer d’une logique du Welfare (État-providence) au Workfare (État social reposant sur le travail).

(3) A cette fin, il s’agit de refuser « la facilité qui consiste à accumuler les actions publiques et à faire de l’État le but et non le moyen de la politique. » pour lui préférer un socialisme libéral efficace susceptible de promouvoir les talents en laissant « l’esprit d’entreprise s’exprimer ». Ceci suppose d’une part, d’engager une lutte sans merci contre les rentes publiques ou privées par une « généralisation de la concurrence » et une politique résolue de « privatisation des monopoles », et d’autre part, d’entamer une redéfinition du rôle de l’État qui devra résolument se dégager de la tentation de gestion de l’économie et de redistribution égalitariste de la richesse.

(4) 1) Lutter efficacement contre les rentes : entre concurrence et privatisation

D’une façon ou d’une autre, toute position de rente publique ou privée s’abrite en réalité sur l’activisme de la puissance publique et se retourne toujours contre ses bénéficiaires apparents, les citoyens-consommateurs et significativement les plus pauvres d’entre eux. Il importe donc de supprimer ce soutien objectif ou subjectif de façon à créer les conditions d’une saine concurrence.

Tout part, selon l’auteur, d’un contre-sens fondamental chez les socialistes « archaïques » sur le sens et la portée donnés de la propriété privée [2]. Au lieu de la concevoir comme un point d’appui sur lequel va pouvoir s’appuyer l’investissement et l’émergence des capitalistes comme concurrents et challengers des rentiers (talents contre rentes), les socialistes « de la médiocrité » ont choisi de privilégier l’action de l’État afin que celui-ci abolisse la propriété privée elle-même. De cette erreur d’analyse, les titulaires de rentes et les monopoles historiques sont sortis les grands vainqueurs :

  (5) Sur les plans des monopoles industriels, c’est l’image vertueuse à gauche comme à droite des « champions nationaux », aux conditions d’emploi hors normes et aux marges importantes, mais qui érodent dans le même temps le pouvoir d’achat des plus faibles et qui perdent des parts de marché à l’export.

  Sur le plan de l’emploi, il s’agit de ce que l’auteur appelle « la rente de l’imposture », à savoir « la capacité à obtenir un revenu non justifié (…) en fournissant aux autres des informations ou des services surévalués » par l’État ou un expert extérieur en dehors de toute valeur authentique de marché.

Dans ces conditions, lutter contre la rente et promouvoir les talents consiste à s’attaquer de front aux monopoles et aux « rentes de l’imposture ». Cela conduit concrètement à :

(6) Lutter contre l’oisiveté de personnes rentières de l’État : détenteurs d’emprunts publics (au sens premier) mais aussi fonctionnaires, enseignants-chercheurs, artistes et intermittents du spectacle, dont les rémunérations sont issues directement ou indirectement du développement de l’action de l’État et de sa « bureaucratie » et déconnectés de la concurrence sur le marché du travail. « Ces rentes bureaucratiques sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont souvent petites et que leurs détenteurs avancent masqués. » La solution consiste dans une restitution du « service public » à lui-même, c’est-à-dire à raison de ses missions et indépendamment du statut juridique de son opérateur, ce qui suppose de développer le contrat de travail unique et de supprimer le statut de la fonction publique ; de supprimer le mécanisme des numérus clausus : (taxis, pharmaciens, notaires etc…) et de développer les fondations privées en matière culturelle et artistique (musées, conservatoires, opéra, théâtres)

Lutter contre les monopoles : pour cela généraliser la concurrence en liaison avec Bruxelles. Il s’agit d’une part de « privatiser » les entreprises publiques restantes (SNCF, RATP, RTM, Transports Marseillais, la Poste), mais aussi l’Enseignement supérieur ainsi que la Sécurité sociale. D’autre part, combattre l’apparition de toute forme de monopole, intrinsèquement défavorable aux plus modestes.

(7) 2) Refuser les politiques keynésiennes :

Plus largement l’ensemble des politiques économiques de l’État doivent être dirigées contre l’apparition et l’entretien de rentes et favoriser la rétribution des talents. A- Ceci est visible tout d’abord sur le plan de la fiscalité. Comme le relève l’auteur, « malheureusement dans la réalisation effective des politiques keynésiennes, l’État keynésien social-démocrate s’est montré incapable d’orienter la fiscalité selon un partage entre les rentes et les talents. Il a assez vite choisi la voie de la facilité et assimilé son action à un transfert des riches vers les pauvres, sans se demander quelle était la légitimité de la richesse en question.  » Or cette question est centrale au plan fiscal dans la perspective de favoriser la création de richesse et d’emplois (la new money) au détriment de la richesse passive, héritée (old money) assise sur une logique « rentière ». Ceci nécessite que la fiscalité soit puissamment orientée vers la création d’entreprises. Pour cela deux conditions doivent être réunies :

o D’une part que l’on puisse facilement disposer de fonds propres, ce qui suppose de ne pas « surfiscaliser » le patrimoine et de bien orienter l’épargne.

o D’autre part que l’entrepreneur ne se sente pas spolié par des prélèvements trop lourds sur ses revenus ce qui suppose « qu’une politique fiscale ne s’abatte pas sur les hauts revenus au prétexte de justice sociale. »

Il faut donc que les impôts s’orientent vers une pénalisation des rentiers et une exonération des créateurs de richesse. Il importe donc que la fiscalité ne stigmatise pas « une accumulation de gains liés à un fort dynamisme économique. » Mieux, que la fiscalité des ménages ne soit pas « considérée comme un élément de modification de la structure sociale et de réduction des inégalités. ».

(8) A cette fin, Jean-Marc Daniel en tire trois propositions :

  D’une part envisager de supprimer l’IR, dont la pertinence en termes de redistribution et de justice sociale repose selon lui sur trois erreurs : une erreur dogmatique puisque l’IR est pensé dans le but d’appauvrir les riches plutôt que de réduire la pauvreté, une erreur conceptuelle car il s’agit avant tout d’un impôt pesant sur le travail et les entreprises plus qu’un impôt frappant le patrimoine, une erreur méthodologique enfin car selon lui la politique fiscale n’a pas à être un outil de justice sociale [3].

  D’autre part augmenter la CSG de 5 points. L’auteur fait en effet le constat analogue à celui du CPO (Conseil des prélèvements obligatoires) [4] selon lequel l’IR bien que progressif n’est que très faiblement redistributif au contraire de la CSG, qui très peu progressive, est fortement redistributrice [5].

  Enfin développer la fiscalisation des externalités : augmentation de la TIPP, élaboration d’une fiscalité vraiment verte (et non d’un verdissement de la fiscalité actuelle) et conserver un ISF orienté uniquement en direction du patrimoine oisif [6].

(9) B- Concernant l’approche des « stabilisateurs automatiques » chers à la politique économique keynésienne, l’auteur conseille en reprenant Keynes et la Théorie générale elle-même de ne pas commettre les deux erreurs que sont la relance par la consommation et la réduction du temps de travail, autant de solutions qui ont pourtant été prônées par le « socialisme archaïque ». Tout au contraire, il faut traiter l’investissement « fiscalement parlant, dans des conditions telles qu’il joue le rôle clé du stabilisateur automatique. » En haut de cycle, un IS fort doit être engrangé et celui-ci doit diminuer en bas de cycle. Cela suppose un taux modeste corrigé de 20% et sans niches fiscales de façon à ne pas encourager « l’optimisation » des entreprises.

C- Enfin concernant la politique européenne, l’auteur propose de réécrire le Pacte de stabilité de façon à faire en sorte de tenir compte des cycles économiques afin d’ajuster les politiques budgétaires des états partenaires dans la perspective d’une élimination du déficit structurel [7] ; assigner à la BCE un rôle clair de prêteur en dernier ressort ; enfin accélérer la convergence économique de l’Eurozone, ce qui doit pouvoir se réaliser vertueusement par un accroissement de la concurrence fiscale et non par l’intermédiaire d’une augmentation des transferts publics.

(10) 3) Développer les PPP plus que la culture de l’évaluation :

Ce qui peut sembler étonnant à première vue au lecteur, c’est que Jean-Marc Daniel ne recherche pas à développer plus avant la politique d’évaluation. Pour lui, l’important est moins d’évaluer, que de s’assurer « de la dynamique de travail » de l’organisme en question. Afin de l’optimiser il convient d’une part de privatiser pour que les « salariés » soient directement intéressés à la performance réalisée, d’autre part de développer la pression de l’autorité. C’est à cette dernière que la décentralisation aurait dû donner lieu, afin justement de rapprocher le décideur des conséquences concrètes de ses décisions. A la place, ce sont de nouvelles rentes qui ont été instituées, assises sur la recomposition de « féodalités » politiques dans le cadre de la mise en place des intercommunalités. Il faut donc que les Collectivités locales se gardent de tout activisme économique et réalisent qu’elles « n’ont pas en charge la création d’emplois [mais que] ce sont les entreprises […] moins elles auront de moyens et plus il y aura d’emplois. »

Mieux, afin de pouvoir se passer d’une logique coûteuse d’évaluations, il faut que les collectivités recourent massivement à la concurrence, c’est-à-dire, selon l’auteur, aux PPP (Partenariats publics privés). Par avance, celui-ci fait le lit des arguments dubitatifs généralement avancés, car l’usage des PPP repose nécessairement sur un processus d’apprentissages des logiques privées par les décideurs publics. Si les PPP peuvent donner lieu dans un premier temps à quelques dérives, ils forment cependant sur le long terme la meilleure garantie car ils reposent exclusivement sur une logique concurrentielle. Ainsi en matière de politique immobilière, « aucun bâtiment ne devrait être géré par l’État », de même s’agissant du train de vie de l’État et de ses dépenses de fonctionnement (au sens large)… et devrait aboutir à une privatisation (externalisation) de l’assurance-maladie.

Bref, devant l’accumulation des déficits, Jean-Marc Daniel nous propose de recourir à un régime de choc pour sortir la France de ses langueurs rentières et l’orienter vers l’émulation des talents… il offre surtout une thérapie de groupe afin de rendre le « socialisme à lui-même », en tant qu’humanisme qui s’attaque d’abord à la pauvreté par la création de richesses avant de se préoccuper du partage de celles-ci par une puissance publique débarrassée de ses tendances statolâtres (qui idolâtre l’État). Encore fallait-il avoir le courage de proposer concurrence et privatisation, suppression du statut de la fonction publique et développement de fonds de pensions pour réformer notre système de retraite et financer notre économie, le tout au service de l’emploi et de la réduction de la pauvreté…

(11) ———–

[1] Jean Marc Daniel, « Le socialisme de l’excellence, combattre les rentes et promouvoir les talents », François Bourin Éditeur, Paris, 180p., 2011

[2] En particulier, p.45 : « En assimilant rente foncière et droit de propriété, les socialismes marxistes ont cru résoudre le problème en supprimant le second. […] Loin de résoudre le problème, les nationalisations ont généralisé les rentes en en créant de nouvelles, notamment les rentes bureaucratiques. »

[3] Très important développement, car cela permet de distinguer la politique fiscale utile en matière d’incitations purement économiques (orientation des investissements) propre aux niches fiscales actives, et les niches fiscales nuisibles qui sont en réalité des niches fiscales passives : qui s’apparentent à des transferts sociaux. Pour lui la justice sociale repose sur les dépenses publiques, c’est-à-dire les dépenses budgétaires d’intervention.

[4] Voir le dernier rapport du Conseil des Prélèvements obligatoires (CPO) de mai 2011 Prélèvements obligatoires sur les ménages : progressivité et effets redistributifs, ainsi que le discours de Didier Migaud p.7 : « Du fait de sa proportionnalité la CSG ne poursuit pas, à première vue, un objectif de redistribution. Elle comporte pourtant des effets redistributifs induits… » Et ceci en complète opposition par rapport à l’IR. En effet bien que «  l’impôt sur le revenu (…) [soit] historiquement l’impôt à qui l’objectif de progressivité et de redistribution a été clairement assigné », « son faible produit affecte d’autant sa capacité redistributive. »

[5] Ibidem, p.4 « La CSG a joué un rôle essentiel dans l’augmentation de la progressivité, puisqu’elle contribue pour 30% aujourd’hui dans le financement de la protection sociale. »

[6] Vieille thèse reposant sur une lecture uniquement économique de la propriété, que l’on retrouve chez les premiers rédacteurs du Code civil, mais aussi chez des auteurs comme Démolombe, voire, Mickhaïl Xifaras, La propriété, étude de philosophie du droit, PUF, Paris, 2004.

[7] Structurel voulant dire hors déficit « conjoncturel » c’est-à-dire lié à la position de l’économie du pays au sein du cycle économique.

(12) Pierre 2011_05_23 : Je constate que les thèses de Jean-Marc Daniel sur les revenus, la fiscalité et le travail sont extrêmement proches de celles du Front National  (Jean-Marie Le Pen proposait dès 1981 de supprimer l’impôt sur le revenu).   Intéressant, sinon novateur….. Roger 2011_05_31 : OK. Remplacer progressivement l’IR par la CSG est une idée courante : c’était le projet de Rocard, l’initiateur de la CSG.

Laurent 2011_05_22 : Bonsoir,  Bien intéressant mais ce “nouveau socialisme” existait déjà; on l’appelle “ultralibéralisme”. Il consiste à faire passer pour du talent personnel, les avantages des riches..

Maïthé 2011_05_22 : Merci Roger. Vive la croissance économique, la concurrence, la saine émulation et que le meilleur gagne !  Roger : Merci pour cette réponse aussi brève qu’éclairante. Je la prolongerai dans le prochain Tremplins. Maïthé :2011_05_23 : De ma part, c’était pour rire ! Je n’ai pas d’attirance particulière pour la compétition. Question de tempérament, sans doute. Roger : Je l’ai bien compris comme cela. Sur ce problème de la compétition voir l’article que j’ai remanié

05 ECO concurrence coopération 2011

(13) Casimir 2011_05_23 Ces idées brillantes ont déjà été pensées par un grand homme Henri de St Simon qui, mû par des idéaux généreux a voulu confier le pouvoir aux nouveaux prêtres pour un nouveau christianisme (1821). Les hommes les plus capables ont remplacé les prêtres parasites  et cela a donné la révolution industrielle, l’impérialisme et le colonialisme ! dommage… Mais cela est repris sur une échelle informatique. Partout on dépossède les paysans (incultes et inefficaces, c’est vrai) pour vendre ou louer leurs terres aux consortiums (terme non garanti) venu de l’extérieur.  Personnellement, je ne verrai rien à redire au capitalisme quand chaque citoyen du monde jouira des 13 BEC (besoins essentiels du citoyen), dans une économie raisonnée et raisonnable, dans une société mondiale  reposant sur des valeurs de partage et de solidarité sur une planète dont les équilibres biologiques auront été sauvegardés…  Jusque là, tout est poudre aux yeux et  nuages de fumée…  // bien à tous.

Bernard 2011_05_27 : “J’ai commencé à analyser ce texte. Je n’ai, pas encore d’opinion éclairée à son sujet mais j’ai été, d’entrée de jeu, frappé par ce premier alinéa où l’on divise les hommes en deux groupes, « les riches et les pauvres, les talentueux et les rentiers ». Si l’on considère « les riches et les pauvres », on retrouve toute l’humanité. Je ne pense pas que ce soit la même chose si l’on regroupe « les rentiers et les talentueux ». Le compte n’y est pas. La première approche de ce texte  prend le lecteur à contre-pied. Si l’on va plus loin, on peut penser que l’on peut-être à la fois, riche, rentier et talentueux, pourquoi pas ? Pauvre, rentier et talentueux, plutôt rare.

Quand à penser, aujourd’hui, que la concurrence puisse être le moteur ? Je renverrai volontiers à Joseph Stiglitz et à ses travaux sur « les dissymétrie de l’information » comme cause permanente de l’impossibilité des marchés à conduire aux équilibres supposés. Affaire à suivre.

(14) Roger 2011_05_30 : J’ai eu quelques réactions orales très positives vis-à-vis d’un texte qui pose plus de problèmes qu’il n’en résoud. Tout d’abord je n’aime pas le terme de concurrence. Je préfère émulation.  Ensuite on peut être “rentier” et “talentueux” :  c’était le cas de Lavoisier qui a pu faire ses découvertes en chimie parce qu’il était fermier général.   Enfin la concurrence ne débouche sur un “socialisme de l’excellence” que s’il existe un arbitre, une autorité de régulation, c’est-à-dire l’Etat aux trois niveaux local, régional et national, Etat dûment contrôlé par les citoyens. Que le libéralisme (et ici l’ultra-libéralisme) puisse se transmuter en socialisme me paraît, à moi aussi, un peu étonnant. C’est pourquoi, pour y voir un peu plus clair, j’ai ajouté deux articles

05 ECO concurrence coopération 2011

23 POL oligarchie France 2011

(…)

Le problème fondamental me semble ici les PPP : comment les contrôler pour empêcher la privatisation des gains et la collectivisation des pertes. A suivre.

(15) Roger (2016-02-14) :

23 POL Socialisme de l’excellence Jean-Marc Daniel France-Inter 2016-02-14

Quoi de nouveau en 2016 chez Jean-Marc Daniel ? Il suffit de lire la transcription des propos qu’il a tenus au micro de Patrick Cohen, sur France-Inter, le jeudi 11 février 2016. Il est question notamment de la flat tax :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Impôt_à_taux_unique

et du club des Feuillants :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Club_des_Feuillants

L’économiste Jean-Marc Daniel publie Valls, Macron : le socialisme de l’excellence à la française (François Bourin), il est l’invité de Patrick Cohen sur France-Inter le jeudi 11 février 2016

(16) Dans plusieurs livres vous célébrez la concurrence. Dans ce nouvel ouvrage vous appelez le chef du Gouvernement à renouer avec les origines de la gauche, celui des Feuillants, avec des réformateurs. Ils incarnent la gauche moderniste, vous citez Barnave, le Chapelier. Pourquoi ils ne sont pas passés Ils ont été au pouvoir peu de temps. Ils ont été éliminés intellectuellement et physiquement par l’extrême gauche. Les gens qui ont marqué le pays sont Michel Rocard, Pierre Mendès-France.

 

Leurs héritiers seraient Valls et Macron ? Puisque vous êtes sur cette ligne, je dis : allez jusqu’au bout. Pour la première fois, il n’y a pas d’extrême gauche en face, […] il y a un boulevard pour les Feuillants.

 

C’est ce que vous appelez le syndrome Blum : le double discours, le décalage entre les paroles et les actes. On focalise cela sur François Hollande mais je rappelle que François Mitterrand  était pour la rupture avec le capitalisme et ça s’est terminé par une fuite en avant qui a failli nous mettre en les mains du FMI. En pratique le militant est toujours déçu.

 

Vous citiez Mendès-France et Rocard mais ils pensaient et pensent qu’il faut corriger les effets inégalitaires du libéralisme ? Je pense qu’il faut se donner des égalités non pas en termes de places mais en termes de chances. Je suis sur une ligne Kennedy : les communistes ont un objectif : abaisser les riches, j’ai un objectif rehausser les pauvres. On n’a pas à se venger des riches.

 

(17) Dans ma question il y avait l’idée que le capitalisme libéral encourage le développement des inégalités. Il faut voir les inégalités qu’il faut corriger : les places, le revenu. On a un outil simple : la fiscalité. Le véritable enjeu c’est la correction de  l’inégalité des chances, il faut donner à chacun la possibilité d’exprimer ses talents.

Je vais donner des exemples de mesure : un contrat de travail unique où l’on peut licencier par simple notification, y compris par SMS, un marché du travail libre avec un niveau de salaire très bas, revenir sur le salaire minimum, un impôt proportionnel, la flat tax à l’anglaise. La flat tax est un impôt sur le revenu mais pas progressif. Je suis pour la disparition du salaire minimum mais pas du revenu minimum. Une société a les moyens de donner un revenu minimum pour vivre décemment mais quand c’est associé à un salaire minimum ça crée du chômage. Le SMIC actuel est source de chômage. Il faut une assurance chômage très développée. Il faut aussi redéfinir le contrat de travail

 

Dans quels pays ces recettes là ont-elles été mises en œuvre ? Historiquement, la gauche porteuse d’avenir n’avait pas de modèle. La gauche de 1789 inventait un pays. Je propose d’inventer un pays. Sur le revenu universel, la Finlande est en train de réfléchir à cela. Sur l’essentiel de ce programme, des pays l’ont annoncé : Blair et Schröder.

(18) (Auditeur) quels seraient les effets positifs et négatifs d’un salaire universel ? Le revenu universel équivaut environ à 800 euros par mois et par habitant. Il y a trois effets positifs : garantir à tout individu un minimum de revenu qui permet d’échapper à la misère. Le deuxième élément est : que va-t-il en faire ? Je m’inscris dans une logique où l’on dessaisit la sécurité sociale de son monopole de la solidarité pour permettre à des assurances de prendre la partie concurrentielle. Les compagnies vont assurer un service de meilleure qualité sous la pression de la concurrence. Il y a aussi une forme de responsabilité de chacun. Avec le revenu universel on est responsable du rapport à son avenir, à son quotidien. Des gens disent : certains vont s’installer dans une forme de paresse.  Je pense qu’on n’est pas chômeur volontairement.

 

C’est un filet de sécurité ? La France a déjà des filets de sécurité. Je constate qu’ils ne réduisent pas la pauvreté. La gauche a des objectifs de solidarité. L’outil utilisé c’est l’Etat ; or il a échoué dans la forme communiste et travailliste. Je dis : il y a des filets mais ils ne marchent pas il faut les réformer. L’outil qui leur permet d’être au meilleur de leur efficacité c’est la concurrence. Les nouvelles technologies permettent d’arriver à cette concurrence. On dit les compagnies d’assurance privées vont vous arnaquer mais des comparateurs vont vous aiguiller. Les gens critiquent : la population n’est pas capable de comprendre ; je fais le pari que la population est capable de comprendre.

 

(19) (Auditeur) Tous les Etats riches se sont construits sur des Etats forts. Qui dit concurrence dit compétition, nous avons vu ce que ça a donné : une crise mondiale de 2008, des inégalités monstrueuses, cette concurrence se base sur des tricheries. Dans cette économie de concurrence que faites-vous des perdants ? Elle génère des inégalités car il n’y a pas vraiment de concurrences. Se sont constitués des monopoles qui sont en connivences avec les Etats. Je défends la vraie concurrence, pas la connivence.

(Patrick Cohen) quels sont les monopoles en Europe ? La plupart ont été brisés par la commission européenne. Pourquoi est-ce que les agriculteurs n’arrivent pas à vendre leur lait alors que les entreprises de pétrole sont recapitalisées par l’Etat ? Ce n’est pas normal. Je pense que les nouvelles technologies vont faire apparaitre encore plus de concurrence dans la diffusion du savoir. L’Etat a commencé avec France université numérique. L’Etat devrait se diriger de plus en plus vers l’autonomie de gestion des universités, vers un allégement de sa présence dans certains secteurs.

(20) (Auditeur) La première référence au concept d’égalité des chances est dans un discours de Pétain lorsqu’il s’agissait de renouveler les élites jugées défaillantes. Le mécanisme de renouvellement des élites est aujourd’hui principalement l’héritage. Que pensez-vous de l’héritage ? Deux remarques : sur la notion d’égalité des chances, je pense que peu de monde pense à Philippe Pétain. L’idée est en débat depuis très longtemps, même pendant les débats révolutionnaire de 1789. Je pense que l’égalité des chances est de permettre à chacun de partir dans des conditions semblables. Je suis contre un IR confiscatoire, contre l’ISF […] en revanche je pense qu’il faut un impôt sur l’héritage relativement élevé pour redonner à chaque génération l’égalité des chances et permettre à chacun d’exprimer leur talent. Nettement plus élevé que maintenant.

(21) (Twitter) Le libéralisme ne marche pas car il en faut plus ? Les communistes disaient la même chose. Ce que je dis c’est que les alternatives au libéralisme ont été des échecs sanglants.

 

(Twitter) Le salaire se détermine en fonction du revenu. Le salaire se détermine en fonction de la productivité. Les gens ont l’impression que dans la concurrence ce sont les salariés qui sont amoindris. Les entreprises sont en situation de difficulté à embaucher du coup elles augmentent les salaires.

 

(Thomas Legrand) Comment on promeut une agriculture raisonnée qui aurait du mal à vivre dans une concurrence déraisonnée ? Je rappelle qu’un économiste a eu le prix Nobel en s’intéressant à l’agriculture. L’agriculteur avait des fonctions autres que la production de produits alimentaires. Il faut s’orienter vers […] des versements aux agriculteurs pour les missions qu’ils remplissent. [..] Le véritable enjeu est de réfléchir sur la nature des subventions. L’agriculteur est la personne la plus immédiatement au contact de la nature. Ça mérite rémunération.

(Fin de l’entretien)

(22) Roger (2016-02-15) : Patrick Cohen prétend que la plupart des monopoles européens ont été brisés par la Commission. Je suis surpris qu’il ne parle pas du lobbying intense qui sévit à Bruxelles. Pourtant deux lignes plus haut Jean-Marc Daniel dit ceci : « Se sont constitués des monopoles qui sont en connivences avec les Etats. Je défends la vraie concurrence, pas la connivence. » L’essentiel est dit : comment empêcher les connivences ? Autre chose : nous avons déjà évoqué le revenu universel d’activité. Jean-Marc Daniel l’évalue à 800 euros. On a la tentation de proposer un budget type dont le poste principal sera celui du logement qui ne devrait pas dépasser le ¼ du revenu, soit 200 €. Mais comment garantir un logement aussi bon marché ? que pourra la concurrence en ce sens ? Autant de questions… J’en reviens à des considérations antérieures :

(23) 09 FRA revenu universel 2016-01-20

1. Perspectives du revenu universel

1. Certains disent : « On ne verra plus de sdf faire la manche » Eh bien, si… Car chacune et chacun sera libre d’occuper son temps selon ses désirs… Vivre dans la rue peut être une option.

2. Une allocation simplifiera la bureaucratie. Non, la multiplicité des aides correspond à la multiplicité des besoins, notamment pour protéger les plus faibles : enfants et mères de famille monoparentales.

3. On va encourager les paresseux. Pas du tout. Les expériences en cours montrent qu’il n’existe que 5 % de vrais paresseux. 95 % des titulaires  s’occupent… et même s’occupent très bien.

4. Car cette allocation égalitaire n’empêchera pas les plus malins, les plus inventifs, les plus dégourdis de construire de petites ou de grandes fortunes comme par le passé. Les inégalités vont demeurer : il y aura toujours des riches et des pauvres.

5. Le problème n’est pas de réduire les inégalités mais de les supporter, d’éliminer la rancœur des pauvres et la bonne conscience des riches. Cela suppose un gros travail d’éducation morale et civique.

6. L’autre problème est d’inciter tout le monde à s’occuper, à trouver une voie qui lui convienne. Le champ d’action est vaste.

(Roger, 199 mots, 1 200 caractères,  2 heures, 2016-01-20)

Prolongements

(24) 2. La robotisation pénètre tous les domaines. Quand elle aura atteint ses limites, pense Jean Claude Michéa, elle donnera du travail à 20 % de la population. On aura alors 80 % de chômeurs d’où la nécessité du revenu universel. Une autre perspective, celle de Bernard Stiegler ne voit de solution que dans la généralisation du statut des intermittents. Tous deux sont philosophes, non économistes mais ils semblent voir juste.

(25) 3. « Le travail est ce qui tient les individus ensemble » déclare Dominique Méda, sociologue, à la Croix, 28 août 2014. A quoi répond ironiquement un dessin de Xavier Gorce (le Monde, 20 jan 2016). Voici le texte :

« – Allez ! Formons massivement les chômeurs…

– Un plan vaste et ambitieux !

– Nous aurons les chômeurs les mieux formés au monde. »

Ce n’est pas le travail qui tient les individus ensemble mais l’activité.

(26) 4 « Celui qui ne travaille pas ne mange pas. Vingt siècles de répression des pauvres. » de Régis Burnet (Cerf, 224 p.) « Celui qui ne travaille pas, ne mange pas » (Saint Paul 2 Thessaloniciens, 3 : 11). La règle des Pères de l’Eglise c’est « ora et labora » : « prie et travaille ». Après le XII°s puis  saint Thomas d’Aquin le précepte se sécularise progressivement et à partir du XVI° s sert à stigmatiser les pauvres. C’est ce que font Luther, puis la Révolution française et enfin les défenseurs de l’ordre bourgeois au XIX° siècle. Régis Burnet écrit : « Aujourd’hui encore, ce sont bien les pauvres qu’on vise en réclamant qu’on coupe les allocations  à ceux qui ne cherchent pas à s’insérer sur le marché de l’emploi. »  (d’après David Roure, la Croix, 14 jan 2016)

(27) 5. « Pourquoi l ‘égalité est meilleure pour tous » de Richard  Wilkinson et Kate Pickett (Ed Les Petits matins, Institut Veblen, 502 p, 2013) « En créant mésestime de soi et stress, les inégalités entravent le développement. Deux épidémiologistes britanniques, Richard Wilkinson et Kate Pickett, explorent les conséquences physiologiques et psychologiques des différences de statut social. » L’ouvrage a connu  un grand succès de librairie. Il a été traduit en 15 langues.  « … le livre montre que les sociétés démocratiques les plus égalitaires sont aussi celles qui sont les plus humainement développées. »  Wilkinson explique : « Regardez la vie sociale des animaux. Une forte hiérarchie sociale conduit à des conflits entre les mâles dominants qui ont un accès prioritaire aux femelles et à la nourriture. Ces relations sont en partie fondées sur la peur. Après des milliers d’années d’évolution, le fait de vivre dans de telles relations de subordination est très dommageable. » En effet « la physiologie du stress et les sources sociales du stress ont beaucoup à voir avec la domination. L’inégalité affecte donc la santé et les problèmes sociaux » poursuit-il. Pour lui « les différences de revenus dans une société forment la structure matérielle des différences culturelles et sociales. » Et non l’inverse : les riches fréquentent les riches et les pauvres fréquentent les pauvres.  L’évaluation sociale menace l’image que nous avons de nous-mêmes dans une société très hiérarchisée comme la nôtre.  Wilkinson déclare : « Si l’on est attaqué par un supérieur, on constate que la coagulation du sang est rapide. Médicalement, la mise en cause du statut social est une profonde source de stress. Plus d’égalité serait bénéfique pour tous, y compris au plus haut niveau, car cette insécurité atteint aussi le top management. » L’écart des rémunérations peut atteindre un gap de 1 à 300, voire plus.  « Cela crée un sentiment très fort de supériorité ou d’infériorité, et c’est un puissant moyen de dire à un très grand nombre de gens qu’ils valent très peu, à peine quelques centièmes de vous-mêmes, ce qui est le pire des moyens de diriger. (…) Une partie importante  des maladies mentales provient de la recherche de progression dans l’échelle hiérarchique, qui produit des comportements antisociaux, psychopathes ou sociopathes avec une composante manipulatrice. » remarque-t-il. Il propose des entreprises coopératives, une meilleure représentation des salariés, une redistribution par l’impôt « mais c’est une approche superficielle : il faut aussi réduire les inégalités avant impôt. »  Car les sociétés inégalitaires sont celles où les ménages travaillent le plus, dépensent et s’endettent le plus. Un développement durable exige plus d’égalité. (d’après Adrien de Tricornot, Le Monde, 25 oct 2013)

Roger et Alii

Retorica

5 660 mots, 35 300 caractères, 2016-02-15)

Laisser un commentaire ?