15 JUS animaux en procès – 2007-09 – 2017-05

Les procès faits aux animaux étaient la preuve qu’on leur reconnaissait autrefois une personnalité.

   

  1. Pendant des millénaires les animaux ont été des compagnons avec qui les hommes se sentaient en symbiose. Ils les considéraient comme des personnes qu’il fallait craindre, respecter… et juger quand ils agissaient mal. La loi juive (Bible et Talmud) sont de bons témoignages de pratiques généralisées qu’on retrouve dans d’autres civilisations. D’où la fréquence des procès d’animaux. Spécialement au Moyen Age. On pense que les animaux ont une volonté élémentaire et qu’ils peuvent être habités par les forces du mal. Le scénario est partout le même : un jeune pourceau entre dans une maison laissée sans surveillance, étrangle et défigure un enfant au berceau qui en meurt. Le procès le condamne à mort (on ne dit rien du manque de surveillance !) et il est pendu. (D’après “Les Animaux et des hommes” de Luc Ferry et Claudine Germé Livre de poche . Biblio . Essai . 1994)

 

  1. En cas de zoophilie, les accusés, bêtes et gens, étaient mis en prison pendant des mois pour pratiquer les exorcismes indispensables. Lors de l’exécution par le feu l’animal était sacrifié en premier et le coupable (homme ou femme) périssait ensuite. Le bourreau mettait des gants à chaque exécution et les jetait dans le feu ensuite. “Un procureur du roi, Simopn Gueulette, a copié toutes les affaires instruites entre 1540 et 1692. La sentence était toujours la mort, l’exécution de l’animal précédant celle de l’être humain et se déroulant sous ses yeux. Les rapports entre chrétiens et juifs étaient également assimilés à la bestialité et condamnés de même ! : le parisien Jean Allard, qui vivait avec une juive qui lui donna 7 enfants, subit avec elle le sort réservé aux zoophiles”. (D’après www.myspace.com/histoiredeparis)

 

  1. Les loups étaient liés au Diable. Un procès équitable exigeait un avocat pour la défense mais celui-ci ne devait pas prendre son office trop à cœur sous peine de passer pour complice. Ses plaidoiries en “irresponsabilité” étaient donc rejetées.

Mulots et chenilles sont excommuniés en 1585 par l’évêque de Laon. En 1690, en Auvergne, un juge de canton statuant sur le cas de chenilles obtient du plaignant qu’il leur laisse une parcelle de son terrain. Noter que dans la communauté de Findhorn (Ecosse) un accord à l’amiable avait été passé avec le roi des taupes, moyennant quoi cette communauté   “new age” peut se passer de produits anti-taupes.

http://www.retorica.fr/Retorica/20-nat-gaia-main-verte-2013-06/

 

 

  1. Au XIII° siècle, un procès fut mené dans certains cantons de Mayence contre des mouches cantharides. On leur assigna un terrain où elles purent se retirer et vivre convenablement. Même procès et même conclusion à l’égard d’un charançon qui désolait en 1587 les vignobles de Saint-Julien, près Saint-Julien de Maurienne. On offrit un terrain aux insectes. Les exemples abondent aux XV° et XVI° siècles. Et ceci s’explique car on ne disposait pas des produits phytosanitaires d’aujourd’hui. On n’imaginait même pas qu’ils pussent exister. Il faudrait savoir de quand date la bouillie bordelaise, peut-être du XVIII° siècle.

 

  1. On rend ainsi fréquemment des sentences contre les limaces et si elles n’obtempèrent pas elles seront excommuniées. En même temps, on demande aux habitants de bien se conduire et de payer, sans faute, les dîmes habituelles. Procès identique contre une invasion de chenilles, en 1585, dans le diocèse de Valence. Elles ne partirent pas, signe du courroux de Dieu à l’égard des hommes. Au bout de quelques mois elles disparurent suite aux prières et aux aspersions d’eau bénite. “En Espagne un évêque excommunia du haut d’un promontoire les rats, les souris, les mouches et autres animaux semblables qui dévastaient les blés et autres fruits de la terre , leur commandant de sortir du pays dans trois heures pour tout délai, et qu’au même instant la plupart de ces animaux s’enfuirent à la nage dans une île qui leur avait été désignée, se faisant un devoir d’obéir au commandement de l’évêque.” Mêmes procédures dans le Nouveau-Monde, Canada, Pérou etc. (d’après le site Citadelle 1999 – 2007, Elisabeth & François-Xavier Féghali).

 

  1. Les animaux étaient donc considérés comme des êtres moraux, perfectibles et responsables de leurs actes. L’abondance des procès entre le XV° et le XVI° semble liée à la montée de la sorcellerie et de la croyance aux loups-garous. Ceci reste vrai au XVII° siècle qui voir condamner une vache en 1609 et une jument en 1647. En novembre 1793, le tribunal révolutionnaire condamna à mort pour « manœuvres contre-révolutionnaires » un invalide et son chien qu’il avait dressé à aboyer contre les habits bleus républicains. En janvier 1962, devant le tribunal d’instance du 17° arrondissement, un jeune singe fut convoqué pour un vol dont il s’était rendu responsable dans un appartement voisin.

 

  1. La peine de mort existe toujours pour le chien dangereux que son maître a rendu agressif et qu’il faudrait juger également. L’abattage industriel est une autre forme de peine de mort. En cas de fièvre aviaire ou de vache folle, par précaution, on exécute des millions d’animaux, au grand scandale des hindouistes. Pour eux le génocide des animaux autorise mentalement tous les autres. Pour l’islam, comme pour le judaïsme dont il est issu, abattre puis manger de la viande exige des procédures spéciales (hallal, cacher) qui respectent l’animal et ne le font pas souffrir.

 

  1. Liliane BODSON [dir.], Le statut éthique de l’animal : conceptions anciennes et nouvelles, Liège, Université de Liège / Institut de zoologie, 1996, 130 p. L’ouvrage rassemble sept communications présentées à la journée d’étude du 18 mars. Depuis les années 1960, une réflexion anglo-saxonne portée par la biotechnologie redéfinit les rapports entre l’animal et l’homme. Sujet trop vaste et traité d’une manière fragmentaire. Marcel Otte rappelle comment les témoignages matériels de la préhistoire montrent une  » tentative obstinée d’instituer une distinction entre l’homme et l’animal « , qui s’accompagne cependant d’une persistance d’analogies comportementales. André Finet évoque le récit mésopotamien d’Enkidu, véritable mythe de la distinction homme-bête. Stéphane Boulc’h essaie de discerner le statut de l’animal carnivore à travers les prescriptions alimentaires du Haut Moyen Âge chrétien. Le végétarisme est valorisé parce qu’il maintient dans la voie mystique, le régime carnivore est conçu comme un acte négatif qui renvoie son auteur au niveau de la bête jugée sanguinaire et violente. Lucienne Strivay aborde l’éthique des Lumières : synthétisant les apports antérieurs, les Lumières ont insisté sur la proximité de l’homme et de l’animal et se sont interrogés sur le droit de manger des bêtes puisqu’un lien fort unit tous les vivants. Bernard Denis montre comment les zootechniciens français des XIXe-XXe siècles, dans leur désir d’améliorer la productivité de l’élevage ont traité l’animal en machine, passé sous silence la sensibilité et l’intelligence des bêtes tout en développant un discours utilitaire sur leur bien-être et, après 1945, sur les inconvénients du stress qui nuit à la production. (D’après un compte-rendu, auteur non identifié).

 

  1. Bêtes – France culture 18 déc 97. Notes éparses.

On sourit quatre fois plus à un handicapé accompagné d’un animal qu’à un handicapé sans animal.

Un spécialiste de l’autisme avait un chien qu’il ne laissait jamais pénétrer dans son cabinet pendant les visites. Mais une fois il oublia cette précaution et reçut des parents avec un enfant autiste. Pendant qu’il s’entretenait avec les parents, il s’aperçut que l’enfant et l’animal communiquaient par mimiques. Etonné il le fit remarquer aux parents et plus tard il en fit une méthode de traitement, appelée zoothérapie.

On a découvert que les poissons dans les aquariums avaient une influence positive sur le stress.

En somme le vivant communique avec le vivant, l’homme se sent rassuré par le vivant d’un ordre inférieur alors qu’il est inquiet par un autre homme. Il entretient alors une relation de parfaite confiance car il sait que l’animal ne trompe pas, ne ment pas

Tous les combats qui étendent les droits des êtres vivants sont des combats démocratiques.

 

  1. Jusqu’au christianisme les animaux avaient une âme, ce qui expliquait la facilité des transformations animaux – hommes – dieux (Actéon, Zeus etc.). Avec le christianisme l’âme devient l’apanage de l’homme. Les animaux en sont dépouillés et dès lors ils ne sont plus protégés par le divin. Désacralisés, exclus de la rédemption, ils sont instrumentalisés. La légende de saint François d’Assise montre que son amour des bêtes ne s’étend pas au cochon qu’il accepte paisiblement de voir privé d’un de ses membres.
 La loi de 1976 sanctionne les mauvais traitements. Notons qu’il y a 10 ou 15 ans on opérait les bébés sans anesthésie (A vérifier). Les patients en état de coma dépassé sur lesquels on prélève des organes, est-on sûr qu’ils ne sentent rien ?

Il faut privilégier la “continuité du vivant” dont parlait Platon entre homme – homme et homme – animaux.

d’après Elisabeth de Fontenoy, oct 1999

 

  1. Le bouddhisme tibétain évoque des convents abandonnés aux rats par les moines parce qu’ils ne pouvaient ni les tuer, ni les chasser.

 

  1. Un chien médaillé à la Chambre des lords”. Obi, berger allemand a tenu en respect pendant plusieurs heures une foule de 400 manifestants pendant les émeutes de Londres en août 2011 et ce malgré une grave blessure à la tête. Son maître a pu ensuite lui porter secours. Cet acte de courage a valu à Obi une distinction à la Chambre des lords. Rétabli, il manifestait d’après son maître un vif désir de reprendre du service. (d’après Florentin Collomb Le Figaro 2011_10_20).

 

  1. Roger (2017-05-31) : Je reprends cet article dix ans après. On pourra le compléter avec « Procès d’animaux » (Wikipédia) et d’autres liens éventuels : faire « animaux en procès » sur un moteur de recherches. Pour une extension sur les droits des animaux voir :

http://www.retorica.fr/Retorica/20-nat-vegetarisme-vegans-zoopolis-2017-05/

et sur l’irresponsabilité humaine :

http://www.retorica.fr/Retorica/15-jus-irresponsabilite-problemes-2012/

 

 

Roger et Alii – Retorica – 1 630 mots – 10 300 caractères – 2017-05-31

 

 

 

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