17 LIT Franz Kafka Procès – Loi  – Elucidations 2018-06

 

 

Dans cette étude je distingue deux moments : 1993 et après. Aux environs de 1993 j’étudie Kafka avec une classe de première à l’aide des quatre  documents suivants

  1. Biographie
  2. Le Procès (résumé)
  3. La Loi (extrait du Procès)
  4. Notes de 1993 je-nous-dicte.

 

J’ai développé très récemment ces données de 1993 avec les cinq documents suivants :

 

  1. La lettre au père
  2. Zohar Les amants de la Torah
  3. Rabbi Nahman de Bratzlav précurseur de Kafka
  4. Singer Les mystère de la Kabbale
  5. Perceval et la quête du Graal

 

et la conclusion de l’ensemble :

 

  1. Elucidations

 

Roger

 

  1. 17 LIT Franz Kafka 1883 – 1924 biographie

 

  1. Prague. Bourgeoise commerçante juive de milieu tchèque sous domination austro-hongroise. Père réaliste, autoritaire, fier de sa réussite. L’enfant le vénère, le craint, vivant dans un sentiment de culpabilité permanente. (« Lettre au père » 1919, interceptée par la mère). Rejette les traditions puis après 1910 découvre la littérature yiddish, la Bible , les textes hassidiques, l’hébreu et sera même séduit par l’idéal communautaire du sionisme. Héritage slave (notamment par la lecture de Dostoievski). Etudes en allemand. Donc triple culture et sentiment aigu d’être différent, de ne pas pouvoir s’intégrer.

Après études de droit, employé dans des maisons d’assurances (1908-1922), travail de bureaucrate, connaît la paperasserie et cela lui pèse ; sa seule passion, sa seule justification sera la littérature.

1910 rapprochement du judaïsme

1912 rencontre Félice qu’il voudrait épouser. Mais se marier ce serait se disperser, d’où longue période d’incertitude (5 ans) et de création intensive : « La métamorphose », « Le Procès » (1914, publié en 1925). La guerre le marque profondément. 1917 : atteint par la tuberculose .

1917 (34 ans), veut se réconcilier avec son père, avec son peuple, songe à s’établir en Palestine, approfondit le hassidisme ( les hassids « pieux », manifestent une grande compréhension de l’homme, enseignement une morale de joie humaine, cf Martin Buder), hébreu, jardinage. Commence « Le Château » (inachevé).

1920 (37 ans) sanatorium, liaison passionnée, désespérée et heureuse avec Milena, sa traductrice, échec.

1923 rencontre  Dora qui a fui l’étroitesse d’esprit de sa famille polonaise, hébraïsante remarquable : communion de pensée, admiration réciproque, amour. Mais l’inflation, l’hiver, la maladie tuent Kafka au moment où il veut le plus vivre (1924). Max Brod publiera son œuvre (malgré sa volonté).

Son « Journal » (1910 à 1920), ses « Lettres » à Felice et à Milena permettent de comprendre ses angoisses, ses conflits ; son œuvre tente d’éclairer la vie quotidienne, de traduire le sentiment d’une culpabilité étouffante.

 

(320 mots, 2 100 caractères)

 

2.17 LIT Franz Kafka (1883 – 1924) Le Procès (1925) Résumé

 

Les pages à lire correspondent à l’édition Folio

 

Joseph K. fondé de pouvoir dans une grande banque et célibataire vit sans histoires quand au matin de son trentième anniversaire deux personnages en uniforme viennent pour le mettre en état d’arrestation (pp 43 à 46).

 

Il croit d’abord à une plaisanterie de ses collègues mais un vague sentiment de culpabilité et son respect inné de l’autorité le convainquent bientôt de la réalité des faits. Prévenu mais libre il va de lui-même à des audiences de justice logées bizarrement dans des combles sordides. Il n’y voit que des subalternes devant qui il tente de démontrer, en vain, son innocence en particulier et celle de tous les accusés en général.

 

Son entourage le sait victime d’un procès. La banque même devient une annexe de cette justice et l’on y fustige dans un débarras les deux gardes qui ont arrêté k. Il consulte un avocat, maître Huld. Celui-ci confirme que la Loi est inaccessible et que la justice corrompue, méprise la défense (p 186). Mais Leni, la servante de Me Huld offre à K. son aide et son amour.

 

  1. envisage d’assumer lui-même sa défense mais ce serait au détriment de sa vie professionnelle. On lui conseille de rencontre Titorelli, portraitiste de juges, qui vit dans un taudis. K. poursuivi par des gamines corrompues et auxiliaires de la justice apprend qu’il ne peut choisir qu’entre un acquittement apparent et l’atermoiement illimité, une vie apparemment paisible mais où la justice peut faire subitement irruption et une vie perpétuellement gâchée par des démarches et des tracas. En sortant il découvre que l’atelier du peintre jouxte des bureaux de la justice. Chez Me Huld, il rencontre un négociant, M. Block, en procès depuis cinq ans et parvenu à un degré d’humiliation insupportable pour K.

 

K est chargé d’escorter un client italien à la cathédrale. Là, il est interpellé par un prêtre, aumônier qui lui raconte la parabole de la Loi (pp 308-309) : ainsi, d’une manière incompréhensible l’homme n’a jamais pu entrer dans la Loi alors qu’elle était faite pour lui ! Mais cette parabole peut être diversement interprétée (pp 310 à 316). K. indécis, hésite à sortir (pp 317-318).

 

Mais l’avant-veille de son trente-et-unième anniversaire, deux hommes en noir viennent chercher K. C’est lui qui les entraîne hors de la ville. Puis les deux hommes s’arrêtent dans un terrain vague et là ils le poignardent « comme un chien ». (pp 324-325)

 

(410 mots, 2 500 caractères)

Au total 18 pages à lire, soit au total une quarantaine de minutes suivie d’un débat de même longueur.

 

  1. 17 LIT Kafka Le Procès parabole de la Loi.

(Dans l’avant dernier chapitre du Procès, de Franz Kafka, figure une histoire que raconte l’abbé de la cathédrale au héros, K.)

– C’est sur la justice que tu te méprends, lui dit l’abbé, et il est dit de cette erreur dans les écrits qui précèdent la Loi : « Une sentinelle se tient postée devant la Loi ; un homme vient un jour la trouver et lui demande la permission de pénétrer. Mais la sentinelle lui dit qu’elle ne peut pas le laisser entrer en ce moment. L’homme réfléchit et demande alors s’il pourra entrer plus tard. “ C’est possible, dit la sentinelle, mais pas maintenant. ” La sentinelle s’efface devant la porte, ouverte comme toujours, et l’homme se penche pour regarder à l’intérieur. La sentinelle, le voyant faire, rit et dit : “ Si tu en as tant envie essaie donc d’entrer malgré ma défense. Mais dis-toi bien que je suis puissant. Et je ne suis que la dernière des sentinelles. Tu trouveras à l’entrée de chaque salle des sentinelles, de plus en plus puissantes ; dès la troisième, même moi, je ne peux plus supporter leur vue. ” L’homme ne s’était pas attendu à de telles difficultés, il avait pensé que la Loi devait être accessible à tout le monde et en tout temps, mais maintenant, en observant mieux la sentinelle, son manteau de fourrure, son grand nez pointu et sa longue barbe rare et noire à la tartare, il se décide à attendre quand même jusqu’à ce qu’on lui permette d’entrer. La sentinelle lui donne un escabeau et le fait asseoir à côté de la porte. Il reste là de longues années. Il multiplie les tentatives pour qu’on lui permette d’entrer et fatigue la sentinelle de ses prières. La sentinelle lui fait subir parfois de petits interrogatoires, l’interroge sur son village et sur beaucoup d’autres sujets, mais ce ne sont que des questions indifférentes comme les posent les grands seigneurs et pour finir elle dit toujours qu’elle ne peut pas le laisser entrer. L’homme, qui s’est abondamment pourvu pour son voyage de toutes sortes de provisions, emploie tout, si précieux que ce soit, pour soudoyer la sentinelle. Et la sentinelle prend bien tout, mais en disant : “ Je n’accepte que pour que tu ne puisses pas penser que tu as négligé quelque chose. ” Pendant ses longues années d’attente, l’homme ne cesse presque jamais d’observer la sentinelle. Il en oublie les autres gardiens, il lui semble que le premier est le seul qui l’empêche d’entrer dans la Loi. Et il maudit bruyamment la cruauté du hasard pendant les premières années ; plus tard, en devenant vieux, il ne fait plus que grommeler. Il retombe en enfance, et comme, au cours des longues années où il a étudié la sentinelle, il a fini par connaître jusqu’aux puces de son col de fourrure, il prie les puces elles-mêmes de l’aider à fléchir le gardien. Finalement, sa vue s’affaiblit et il ne sait si la nuit se fait vraiment autour de lui ou s’il est trompé par ses yeux. Mais maintenant il discerne dans l’ombre l’éclat d’une lumière qui brille à travers les portes de la Loi. Il n’a plus pour longtemps à vivre désormais. Avant sa mort, tous ses souvenirs viennent se presser dans son cerveau pour lui imposer une question qu’il n’a pas encore adressée. Et, ne pouvant redresser son corps raidi, il fait signe au gardien de venir. Le gardien se voit obligé de se pencher très bas sur lui, car la différence de leurs tailles s’est extrêmement modifiée. “ Que veux-tu donc encore savoir ? demande-t-il, tu es insatiable. – Si tout le monde cherche à connaître la Loi, dit l’homme, comment se fait-il que depuis si longtemps personne que moi ne t’ait demandé d’entrer ? ” Le gardien voit que l’homme est sur sa fin et, pour atteindre son tympan mort, il lui rugit à l’oreille : “ Personne que toi n’avait le droit d’entrer ici, car cette entrée n’était faite que pour toi, maintenant je pars, et je ferme. ”

 

(Ensuite vient une longue discussion entre l’abbé et K. K estime que la sentinelle a menti tandis que l’abbé défend la sentinelle. L’un et l’autre ont tort car il suffisait à l’homme de vouloir franchir la porte ouverte pour découvrir la Loi. La solution de l’énigme se trouve dans le Zohar « Les amants de la Torah »)

 

  1. Notes de 1993 Je nous dicte

 

La formule « je nous dicte » part des réflexions des élèves pour les mettre en forme  d’une manière compréhensible. 

 

Kafka est en procès avec beaucoup de monde :

 

– avec son père d’abord. Il ne peut pas s’expliquer avec lui. Il finit par le faire dans une lettre de vingt pages que la mère n’a pas osé remettre au père et que le père n’a donc pas lue.

– avec ses concitoyens : il est tchèque, il vit à Prague près du Château mais il s’exprime dans son œuvre en allemande la langue des envahisseurs.

– avec les chrétiens parce qu’il est juif.

– avec les juifs parce qu’il se pose trop de questions sur le formalisme juif.

– avec la société parce qu’il est agent d’assurance et qu’il souffre de la paperasserie.

– avec lui-même parce qu’il ne se comprend pas lui-même, qu’il n’arrive pas à être heureux avec Miléna et qu’il écrit justement pour surmonter ses difficultés.

Il meurt absolument inconnu. Il faut la tourmente nazie pour qu’on découvre à quel point son œuvre était essentielle pour analyser les côtés négatifs du monde moderne. Il parle d’ailleurs d’un problème « kafkaïen » pour désigner une situation impossible. Un problème cornélien, on en sort toujours. Il suffit de se sacrifier mais on ne sort pas d’un problème kafkaïen car même ce sacrifice ne sert à rien. D’où la fascination-répulsion exercée par cette œuvre.

 

– Apparemment la LOI est INACCESSIBLE.

 

– Apparemment il s’agirait d’une critique sociale : la société se protège à l’aide d’une loi incompréhensible protégée par des gardiens.

– C’est un texte sur l’impuissance de l’homme qui n’a pas su trouver ce moyen d’accéder à la Loi mais le moyen existait.

 

– L’homme est analphabète à sa manière. Il ne sait pas lire la Loi. Il a besoin d’un intermédiaire mais il ne sait pas le choisir.

 

– L’homme subit la vieillesse mais pas le gardien. Celui-ci est immortel par rapport à l’homme. La Loi vient peut-être de Dieu et représenterait Dieu.

– L’homme est constamment en attente, il attend l’élucidation de son destin.

 

– La fin du texte donne l’impression d’un éclair, d’une illumination mais elle ne vient ici qu’au moment de la mort. Pourquoi pas avant ? (« éclat d’une lumière qui brille à travers les portes de la Loi. »)

 

– La révélation est faite mais elle ne sert à rien à l’homme qui est mort : on oscille constamment entre une explication optimiste (on pouvait faire quelque chose) et désespérée (il n’y avait rien à faire).

 

– L’homme est tellement respectueux de l’autorité qu’il n’ose pas s’affronter à la sentinelle. Or s’il le faisait que se passerait-il ?

 

– La sentinelle représente la Loi. Pour entrer il suffirait de VOULOIR pousser la sentinelle car elle n’est qu’une illusion mais l’homme se fait peur à lui-même.

 

– Il n’y a qu’une sentinelle : c’est un corps à corps. C’est la lutte de Jacob et de l’Ange.

 

– Difficulté d’accéder à la Loi parce que dans le judaïsme il y a 613 commandements (développement des dix commandements) et qu’on ne peut pas tout respecter.

 

– La sentinelle elle-même a tenté modestement d’entrer mais elle n’y est pas parvenue.

 

– Le texte appelle la généralité : de l’expérience juive à l’expérience humaine.

 

 

 

  1. 17 LIT Kafka Lettre au père (extraits)

Très cher père,

Tu m’as demandé récemment pourquoi je prétends avoir peur de toi. Comme d’habitude, je n’ai rien su te répondre, en partie justement à cause de la peur que tu m’inspires, en partie parce que la motivation de cette peur comporte trop de détails pour pouvoir être exposée oralement avec une certaine cohérence. Et si j’essaie maintenant de te répondre par écrit, ce ne sera encore que de façon très incomplète, parce que, même en écrivant, la peur et ses conséquences gênent mes rapports avec toi et parce que la grandeur du sujet outrepasse de beaucoup ma mémoire et ma compréhension. ( …)

Cette description dont tu uses communément, je ne la tiens pour exacte que dans la mesure où je te crois, moi aussi, absolument innocent de l’éloignement survenu entre nous. Mais absolument innocent, je le suis aussi. Si je pouvais t’amener à le reconnaître, il nous serait possible d’avoir, je ne dis pas une nouvelle vie, nous sommes tous deux beaucoup trop vieux pour cela, mais une espèce de paix, ― d’arriver non pas à une suspension, mais à un adoucissement de tes éternels reproches.

(…)

[la piscine]

Autrefois, j’aurais eu besoin d’encouragement en toutes circonstances. Car j’étais déjà écrasé par la simple existence de ton corps. Il me souvient, par exemple, que nous nous déshabillions souvent ensemble dans une cabine. Moi, maigre, chétif, étroit ; toi, fort grand, large. Déjà dans la cabine je me trouvais lamentable, et non seulement en face de toi, mais en face du monde entier, car tu étais pour moi la mesure de toutes choses. Mais quand nous sortions de la cabine et nous trouvions devant les gens, moi te tenant la main, petite carcasse pieds nus vacillant sur les planches, ayant peur de l’eau, incapable de répéter les mouvements de natation que, dans une bonne intention, certes, mais à ma grande honte, tu ne cessais littéralement pas de me montrer, j’étais très désespéré et, à de tels moments, mes tristes expériences dans tous les domaines s’accordaient de façon grandiose. Là où j’étais encore le plus à l’aise, c’est quand il t’arrivait de te déshabiller le premier et que je pouvais rester seul dans la cabine pour retarder la honte de mon apparition publique, jusqu’au moment où tu venais voir ce que je devenais et où tu me poussais dehors. Je t’étais reconnaissant de ce que tu ne semblais pas remarquer ma détresse, et, d’autre part, j’étais fier du corps de mon père. Il subsiste d’ailleurs aujourd’hui encore une différence de ce genre entre nous.

(…)

[les repas]

… Étant enfant, je te voyais surtout aux repas et la plus grande partie de ton enseignement consistait à m’instruire dans la manière de se conduire convenablement à table. Il fallait manger de tout ce qui était servi, s’abstenir de parler de la qualité des plats ― mais il t’arrivait souvent de trouver le repas immangeable, tu traitais les mets de « boustifaille », ils avaient été gâtés par cette « idiote » (la cuisinière). Comme tu avais un puissant appétit et une propension particulière à manger tout très chaud, rapidement et à grandes bouchées, il fallait que l’enfant se dépêchât ; il régnait à table un silence lugubre entrecoupe de remontrances : « Mange d’abord, tu parleras après », ou bien : « Plus vite, plus vite, plus vite », ou bien : « Tu vois, j’ai fini depuis longtemps. » On n’avait pas le droit de ronger les os, toi, tu l’avais. On n’avait pas le droit de laper le vinaigre, toi, tu l’avais. L’essentiel était de couper le pain droit, mais il était indifférent que tu le fisses avec un couteau dégouttant de sauce. Il fallait veiller à ce qu’aucune miette ne tombât à terre, c’était finalement sous ta place qu’il y en avait le plus. À table, on ne devait s’occuper que de manger, mais toi, tu te curais les ongles, tu te les coupais, tu taillais des crayons, tu te nettoyais les oreilles avec un cure-dent.

Tu renforçais les injures par des menaces qui, elles, me concernaient bel et bien. Terrible était, par exemple, bien que je ne fusse pas sans savoir que rien de grave ne s’ensuivrait (il est vrai qu’étant petit, je ne le savais pas) ce « Je te déchirerai comme un poisson », mais que tu en fusses capable se serait presque accordé à l’image que j’avais de ton pouvoir. (1)

(…)

[le langage]

L’impossibilité d’avoir des relations pacifiques avec toi eut encore une autre conséquence, bien naturelle en vérité : je perdis l’usage de la parole. Sans doute n’aurais-je jamais été un grand orateur, même dans d’autres circonstances, mais j’aurais tout de même parlé couramment le langage humain ordinaire. Très tôt, cependant, tu m’as interdit de prendre la parole : « Pas de réplique ! », cette menace et la main levée qui la soulignait m’ont de tout temps accompagné. Devant toi dès qu’il s’agissait de tes propres affaires, tu l’étais un excellent orateur, je pris une manière de parler saccadée et bégayante, mais ce fut encore trop pour ton goût et je finis par me taire, d’abord par défi peut- être, puis parce que je ne pouvais plus ni penser ni parler en ta présence. Et comme tu étais mon véritable éducateur, les effets s’en sont fait sentir partout dans ma vie.

( …)

 

[le magasin]

Toi, en revanche, je te voyais et t’entendais crier, pester, déchaîner ta rage avec une violence qui, à ce que je croyais alors, devait être sans pareille dans le monde entier. Et ceci valait non seulement pour les injures, mais aussi pour la tyrannie que tu montrais d’autre part. Ainsi tu jetais d’un coup brutal au bas du comptoir les marchandises que tu ne voulais pas voir mêlées à d’autres, seul le caractère irréfléchi de ta fureur te donnait quelque excuse, ce qui obligeait le commis à les ramasser. Ou bien, invariablement, tu disais en parlant d’un commis tuberculeux: « Qu’il crève donc, ce chien malade ! » Tu appelais tes employés des « ennemis payés » c’est bien du reste ce qu’ils étaient, mais avant même qu’ils le fussent devenus, tu m’avais semblé être leur «ennemi payant», C’est là aussi qu’une grande leçon me fut donnée : j’appris que tu pouvais être injuste ; en ce qui me concernait, je ne l’aurais pas remarqué de sitôt, trop de culpabilité s’était amassée en moi, qui te donnait raison. Mais selon mon opinion enfantine, opinion qui fut un peu, mais point tellement, corrigée plus tard, les gens du magasin étaient des étrangers qui travaillaient pour nous et qui, en échange, étaient réduits à vivre dans la peur perpétuelle que tu leur inspirais.

(…)

[l’activité littéraire]

Tu as touché plus juste en concevant de l’aversion pour mon activité littéraire, ainsi que pour tout ce qui s’y rattachait et dont tu ne savais rien. Là, je m’étais effectivement éloigné de toi tout seul sur un bout de chemin, encore que ce fût un peu à la manière du ver qui, le derrière écrasé par un pied, s’aide du devant de son corps pour se dégager et se traîner à l’écart. J’étais en quelque façon hors d’atteinte, je recommençais à respirer.

(…)

Dans mes livres, il s’agissait de toi, je ne faisais que m’y plaindre de ce dont je ne pouvais me plaindre sur ta poitrine. C’était un adieu que je te disais, un adieu intentionnellement traîné en longueur, mais qui, s’il m’était imposé par toi, avait lieu dans un sens déterminé par moi.

(1)Le père menace son fils « Je vais te déchirer comme un poisson ». Il ne sait peut-être pas que cette menace vient du Talmud : « L’ignorant, tu peux le déchirer comme un poisson » en tout cas le fils prend cette menace très au sérieux. (d’après une remarque d’Arnold Mendel, le Monde, sans date)

 

 

  1. 26 REL Zohar Les amants de la Torah

 

(…) (La Torah)  peut se comparer à une jeune fille belle et de haute naissance, enfermée dans une chambre isolée du palais. Elle a un amant dont elle seule connaît l’existence. Par amour pour elle, il passe et repasse sans cesse devant le palais, et regarde de tous côtés, espérant l’apercevoir. Elle sait qu’il ne s’éloigne jamais du palais ; alors, que fait-elle ? Elle perce une petite ouverture dans sa chambre secrète, révèle un instant son visage à l’amant, puis aussitôt, derechef, le cache. Lui seul, et nul autre, a aperçu son visage, et il sait que c’est par amour de lui qu’elle s’est, à lui seul, révélée l’espace d’un instant ; et son amour et son âme, tout en lui est attiré par elle.

 

Ainsi en est-il de la Torah : elle ne révèle ses plus profonds secrets qu’à ceux qui l’aiment. Elle sait que celui qui est sage de cœur erre jour après jour devant les portes de sa demeure.

 

Que fait-elle ? De son palais, elle lui montrer son visage, lui accorde un signe d’amour, et se retire aussitôt dans le secret de son lieu. Lui seul reçoit son message, et il est attiré vers elle de tout son cœur, de toute son âme et de tout son être. C’est ainsi que la Torah, pour un instant, se dévoile par amour à ses amants, et suscite en eux un amour renouvelé.

 

Voici comment agit la Torah : au début, lorsqu’elle se révèle à un homme pour la première fois, elle lui fait un signe. S’il comprend ce signe, c’est bien ; mais s’il ne le comprend pas, elle l’exhorte, et l’appelant « faible d’esprit » dit à ses messagers : Allez dire à ce faible d’esprit qu’il vienne vers moi et nous parlerons – ainsi qu’il est écrit : « Quiconque a l’esprit faible, qu’il approche. » (Proverbes (IX, 4) Et lorsqu’il arrive, elle commence à lui parler, d’abord à travers le voile qu’elle a suspendu devant ses paroles, afin qu’elles correspondent à sa façon à lui de comprendre et qu’il puisse avancer petit à petit. C’est ce qu’on appelle DERASHA [méthode homilétique de commentaire biblique]. Puis elle lui parle à travers un voile ténu de fin tissage ; elle lui parle par allusions et devinettes – et c’est ce qu’on appelle HAGGADA [commentaires rabbiniques procédant par paraboles, légendes, adages, apologues].

 

Lorsqu’il s’est familiarisé avec elle, elle se dévoile à lui face à face, et s’entretient avec lui de tous ses mystères cachés et de toutes  les voies secrètes qui sont restées dissimulées en son cœur depuis les temps premiers. Cet homme est alors véritablement initié à la Torah, il est un « maître de la maison », car elle lui a révélé tous ses mystères, ne lui en taisant  ni dissimulant aucun. Elle lui dit : Distingues-tu l’indication, le signe que je t’ai donné au commencement, combien de mystères il renferme ? C’est alors qu’il en vient à comprendre que rien ne peut être ajouté ni retranché aux paroles de la Torah, pas un signe, pas une lettre.

 

C’et pourquoi les hommes devraient aspirer de toutes les forces de leur être à suivre la Torah afin de devenir ses amants, comme nous l’avons dit. (…)

 

(Le Zohar ou Livre de la splendeur II 94b) « Le Sepher ha-Zohar (Livre de la Splendeur), aussi appelé Zohar est l’œuvre maîtresse de la Kabbale, rédigée en araméen. La paternité en est discutée : il est traditionnellement attribué à Rabbi Shimon bar Yohaï, Tana du iie siècle, mais la recherche académique considère aujourd’hui qu’il fut rédigé par Moïse de León ou par son entourage entre 1270 et 1280.

Il s’agit d’une exégèse ésotérique de la Torah ou Pentateuque. » (Wikipédia)

 

 

  1. Rabbi Nahman de Bratzlav précurseur de Kafka

 

Dans « Célébrations hassidiques. Portraits et légendes » (Seuil 1972) Elie Wiesel évoque la figure singulière de Rabbi Nahman de Bratzlav (1872 – 1810). Celui-ci s’exprimait volontiers, comme Kafka plus tard, par des apologues paradoxaux comme l’histoire du prince qui se prenait pour un dindon (p. 178 – 179). « Dans un pays lointain, le prince perdit la raison et se prit pour un dindon. Il vivait sous la table, tout nu, et refusait les plats royaux que l’on servait aux convives dans la vaisselle dorée du palais ; il ne se nourrissait que de la graine réservée aux dindons. » Le roi consulte en vain les meilleurs médecins, les magiciens et autres guérisseurs. Un Sage inconnu se présente et le roi accepte de le laisser faire. « … le Sage, à la surprise générale, ôta ses vêtements, alla rejoindre le prince sous la table et se mit à glousser comme un dindon. » Entre dindons on se comprend facilement et ils devinent amis. « Et alors le Sage entreprend la réadaptation du prince par l’exemple. Il commence par mettre une chemise. Le prince s’étonne. Et le Sage lui explique : « … ne crois surtout pas qu’un dindon qui s’habille comme un homme cesse d’être dindon. » Ensuite le Sage fait venir quelques mets  de la cuisine royale. Le prince s’indigne : « Tu vas manger comme eux maintenant ? » Le Sage le rassure : « « … ne crois surtout pas qu’il suffit pour un dindon de se comporter en homme pour devenir humain ; tu peux tout faire avec les hommes, dans leur monde à eux, même pour eux, et demeurer pourtant le dindon que tu es. » Et le prince, convaincu, reprit sa vie de prince. » Cet apologue fait songer à certaines données de la programmation neuro-linguistique (voir Wikipédia).

 

Elie Wiesel remarque (p.179) que la vie de Kafka ressemble à celle de Rabbi Nahman : «… les deux hommes semblent avoir en commun thèmes et obsessions qui font que leur écriture tient à la fois du style réaliste et du délire. Leurs héros vivent leur vie en l’imaginant, et leur mort en la racontant ;

Coïncidence frappante : le Tzaddik d’Ukraine et le romancier de Prague subirent des destins similaires ; Tous deux moururent jeunes : le Rabbi à trente-huit ans, l’écrivain à quarante et un. Emportés par le même mal : cancer du poumon. Tous deux avaient exigé qu’on brûle leurs écrits. » L’ami du Rabbi lui obéit tandis que Max Brod désobéit pieusement à Kafka.

 

8.I.B Singer Mystères de la Kabbale

 

Comme mon frère Joshua avait quitté la voie de la vérité et niait tout à la fois Dieu et le diable, mes parents parlaient souvent de ces deux forces pour venir à bout de ses arguments. S’il y avait des démons, il devait y avoir un Dieu. J’entendais d’innombrables histoires de dybbuks (1), de cadavres qui quittaient  leurs tombes la nuit et partaient  à l’aventure visiter des faiseurs de miracles ou assister à des foires lointaines. Quelques-uns d’entre eux oubliaient qu’ils étaient morts et se lançaient dans toutes sortes d’entreprises commerciales ou même se mariaient. A Bilgoray, la ville natale de ma mère, il y avait un sacrificateur qui s’appelait Avromele : un esprit mauvais frappait à sa fenêtre depuis des semaines. Chaque soir, toute la population de la ville se rassemblait dans la maison pour écouter la force invisible frapper au carreau. On pouvait converser avec elle. On lui posait des questions et elle fournissait la réponse par des coups –  la plupart du temps “oui” ou “non”, mais parfois des mots entiers selon un code convenu. Le “natchalnick” de la ville, un Russe, était apparemment un homme éclairé, qui ne croyait pas aux esprits mauvais. Il envoya la police et les soldats fouiller la maison – le grenier, la cave, – tous les coins et recoins – pour découvrir la source des bruits, Mais on ne trouva rien. Bon, et qu’en était-il de la fille , à Krasnik, qui était possédée par l’âme d’un pécheur ? Elle racontait en détail, d’une voix d’homme les péchés et abominations qu’il avait commis pendant sa vie. La fille était d’une famille ordinaire et ne connaissait même pas l’alphabet. Pourtant le dybbuk savait des passages entiers de la Guemara, du Midrash et des autres livres saints ; souvent, en bon farceur qu’il était, il transposait  les paroles sacrées de sorte qu’elles en devenaient obscènes mais seulement pour ceux qui étaient instruits. Je rencontrais de tels démons dans les livres de contes. Ils étaient même mentionnés dans la Guémara, qui parlait de démons  “juifs” et de démons “chrétiens”.

 

Il y avait des volumes de la kabbale dans la bibliothèque de mon père et ils m’intriguaient terriblement. J’avais interdiction d’y toucher. Mon père me rappelait constamment qu’on ne peut se mettre à étudier la kabbale avant d’avoir quarante ans. Il disait que pour des gens plus jeunes , la kabbale représentait un danger. On pouvait se laisser aller à l’hérésie et même devenir fou, que Dieu nous en protège ! (2) Quand mon père n’était pas à la maison ou qu’il faisait son petit somme de shabbat, je me nourrissais de ces livres.

(…)

… chaque âme, grande ou petite, à partir du moment où elle avait terminé son processus de purification dans les feux de l’enfer, trouvait sa place au paradis – chacune selon son origine et ses actions. Tous les cieux, tous les mondes d’en haut, toutes les sphères, tous les anges et les âmes ne s’occupaient que d’une chose : apprendre les secrets de la Torah, puisque Dieu, la Torah et ceux qui croyaient dans la Torah, les Juifs, étaient une seule et même chose… Chaque mot, chaque lettre, chaque trait contenait des traces de la sagesse divine  qui ne pourrait jamais être épuisée, aussi souvent qu’on les étudiât, puisque comme Dieu, la Torah était infinie. Dieu lui-même étudiait la Torah : c’est-à-dire qu’il étudiait ses propres profondeurs (3). Tous les cieux, l’éternité entière était une grande yeshiva. (…)

 

Feuilletant les livres de la kabbale, je découvrais que, si au ciel on étudiait la Torah, on s’y adonnait aussi à des amours enflammées. En fait, au ciel, Torah et amour étaient les deux faces d’une même pièce. Dieu s’unissait avec la Présence divine, qui était réellement l’épouse de Dieu, et le peuple d’Israël était leur enfant. Quand les Juifs péchaient et que Dieu se mettait en colère contre eux et voulait les punir, la Présence divine intercédait pour eux, comme n’importe quelle mère juive quand le père est en colère. Les auteurs des livres de la kabbale avertissaient constamment le lecteur de ne pas prendre leurs écrits à la lettre. Ils avaient toujours peur de l’anthropomorphisme. Pourtant, ils présentaient bien un concept humain. Non seulement Dieu et la Présence divine, mais aussi tous les saints mâles et femelles dans les cieux s’aimaient les uns les autres et s’accouplaient.

 

J’étais encore jeune quand j’ai commencé à me plonger dans les livres de la kabbale, et je réalisais déjà que les détails y importaient moins que la conception d’après laquelle tout est Dieu et Dieu est tout ; la pierre dans la rue, la souris dans le grenier, la mouche sur le mur et les chaussures à mes pieds étaient toutes formées de la divinité. La pierre, me disais-je à moi-même, pouvait bien apparaître morte, muette, froide, indifférente au bien et au mal, mais quelque part en elle, très profond, elle était vivante, intelligente, du côté de la justice, unie à Dieu, pétrie de sa substance. La matière était un masque posé sur l’esprit.

 

Isaac Bashevis Singer (1902 – 1991) “Un petit garçon à la recherche de Dieu” (1976)  (dans “Un jeune homme à la recherche de l’amour”).

 

(1) Le dybbuk est l’âme d’une personne morte qui s’empare d’une personne vivante et la conduit ses actions jusqu’à obtenir satisfaction. Elle cesse alors de la tourmenter.

 

(2) Ceci est presque littéralement un midrash (commentaire, récit, parabole) qu’on trouve sous diverses formes. Voici le midrash en question :

“Quatre sont entrés dans le Paradis (Pardès) : Ben Azai, Ben Zoma, Aher et Rabbi Akiva. Rabbi Akiva s’adressant à eux leur dit :

– Quand vous arriverez près des marbres de pierre brillant ne dites pas : “Eau, eau”, car il est écrit : “Celui qui profère des mensonges ne demeurera pas en ma présence.”

Le premier regarda et mourut.

`          Le second regarda et devint fou.

Le troisième coupa les racines et devint hérétique.

Le quatrième entra en paix et sortit en paix.” (Talmud, traité Haguiga)

 

(3) Un autre midrash dit que Dieu, après la création du monde, fait des mariages, travail très délicat. Il lui arrive de se tromper.

 

(4) Gérard de NERVAL (1808-1855). MYSTICISME (1854)

 

VERS DORES

 

Eh quoi ! tout est sensible. (Pythagore)

 

Homme ! libre penseur – te crois-tu seul pensant

Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :

Des forces que tu tiens ta liberté dispose,

Mais de tous tes conseils l’Univers est absent.

 

Respecte dans la bête un esprit agissant…

Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;

Un mystère d’amour dans le métal repose :

Tout est sensible ; – et tout sur ton être est puissant.

 

Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie :

A la matière même un verbe est attaché…

Ne la fais point servir à quelque usage impie.

 

Souvent dans l’être obscur habite un Dieu caché ;

Et, comme un œil naissant couvert par ses paupières

Un pur esprit s’accroît sous l’écorce des pierres.

 

  1. 22 POE Chrétien de Troyes conte du Graal Perceval le roi Pêcheur 1180

Après maintes péripéties, un soir qu’il cherchait un gîte, Perceval est reçu par le « Roi Pescheor » (Roi Pêcheur). Des valets l’habillent d’écarlate et l’introduisent dans une vaste salle carrée au milieu de laquelle gît, à demi couché sur un lit, un homme vêtu de zibeline.

Pendant que Perceval s’entretient avec lui, il est témoin d’un spectacle étrange : un valet qui tient une lance resplendissante de blancheur s’avance. « À la pointe du fer de la lance perlait une goutte de sang et jusqu’à la main du valet coulait cette goutte vermeille ». Deux autres valets suivent avec des chandeliers en or. Puis vient une belle jeune fille richement parée. Elle porte un Graal d’or pur orné de pierres précieuses. Chrétien de Troyes souligne : « Il vint alors une si grande clarté que les chandelles perdirent la leur, comme les étoiles quand le soleil ou la lune se lève ». Une autre jeune fille porte un tailloir ou plateau en argent. L’étrange cortège va d’une pièce à l’autre tandis qu’on prépare un splendide souper. À chaque plat, le cortège réapparaît avec le Graal, sans que les assistants semblent y faire attention. Par contre bouleversé et intrigué, Perceval, se demande « À qui s’adresse le service du Graal ». Mais, prisonnier de l’éducation reçue, il n’ose le demander car il se souvient des conseils de Gurnemanz qui lui a recommandé de réfléchir avant de parler et de ne pas poser de questions indiscrètes. Après le repas, le châtelain, qu’un mal mystérieux semble ronger, se fait porter dans sa chambre par quatre serviteurs. Perceval s’endort à son tour. À l’aube, en se réveillant, il trouve le château vide. Actionné par des mains invisibles, le pont-levis s’abaisse devant lui. Perceval reprend la route, mais il est bien décidé à élucider le mystère et surtout à retrouver un jour le Graal.

Peu de temps après, une dame d’aspect horrible, telle qu’on en voit dans les légendes celtiques, arrive à la cour et reproche à Perceval de ne pas avoir interrogé son hôte à propos du Graal, car la question aurait eu le pouvoir de guérir le roi blessé et en même temps de lever la malédiction qui pesait sur ses terres.

 

(« Perceval ou le conte du Graal » Wikipédia)

 

10 Elucidations

 

Il y a bien longtemps, en 1959, je suivais à Rennes un cours de littérature comparée. Au programme nous avions « le Procès » de Kafka et la professeur avait vigoureusement refusé l’idée que je tentais de développer, à savoir l’importance du hassidisme chez Kafka. Ce refus m’étonnait car j’étais sûr de mes sources. Ce qu’elle aimait c’était au contraire un Kafka incompréhensible, donc moderne.

 

En 1993 j’ai tenté l’expérience de cette étude avec une classe de première. Ce fut un demi-succès ou un demi-échec. Je n’avais pas pu aller au terme de ma démarche. J’en disais trop ou pas assez. Les élèves ne pouvaient pas suivre.

 

J’ai repris cette étude, il y a peu. J’ai conservé le noyau de 1993 (documents 1 à 4). J’y ai joint la « lettre au père » (doc 5). Elle éclaire en partie le problème posé mais sans plus. Par contre « Les amants de la Torah » (doc 6) tiré du Zohar me paraît un texte fondamental. Il était très certainement connu de Kafka et c’est l’antidote au texte pervers qu’est la parabole de la Loi dans « le Procès ». La Loi est faite pour l’homme mais pour la découvrir il faut vouloir l’aimer. Les amants de la Torah y parviennent mais il faut être patient. Je n’ai pas le temps de développer la comparaison entre les deux textes mais elle me paraît fondamentale.

 

Le texte suivant évoque un maître du hassidisme, rabbi Nahman de Bratzlav (doc 7). Ce rabbin se plaisait aux apologues paradoxaux comme Kafka. Né en 1772 et mort en 1810, il a connu un destin similaire à celui de Kafka et ceci suffit pour qu’il figure dans cette étude.

 

Pour mieux comprendre le hassidisme et donc Kafka  j’ai recueilli un texte de Singer qui concerne des croyances courantes de la Kabbale (doc 8). Kafka avait fini par s’en imprégner. Il y avait probablement trouvé la joie et la sérénité qui lui manquaient.

 

Perceval dans sa quête du Graal (doc 9) connaît une mésaventure qui rappelle l’apologue de la Loi. Il devait poser la question qui libèrerait le roi Pêcheur mais il ne le fait pas car il n’ose pas transgresser l’éducation courtoise qu’il a reçue. Il a manqué d’audace et d’amour. Beau sujet de réflexion.

 

Pour conclure il faut, à mon avis, en venir à l’essence du judaïsme à travers la notion de mitzvah : « Mitzvahsignifie prescription (de tzavah, « commander »). Il s’agit d’une occurrence particulière au judaïsme pour désigner soit les prescriptions ou commandements contenus dans la Torah, dont la tradition rabbinique estime le nombre à 613, soit la Loi juive elle-même.

Ces prescriptions étant essentiellement (mais pas seulement) d’ordre éthique ou moral, le terme mitzvah en est venu à désigner un acte de bonté humaine, comme la tsedaka, la visite aux malades ou l’enterrement d’une personne inconnue. Selon les enseignements du judaïsme, toute loi morale est issue ou dérivée des commandements divins. (…) » (Wikipédia)  Plus simplement, je préfère la définition suivante dont je n’ai pas l’origine : mitzvah signifie « être debout devant Dieu » et dans la vie courante c’est « ressembler à Dieu. »

 

Roger et Alii – Retorica – 6 650 mots – 38 200 caractères – 2018-06-17

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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