17 LIT Malraux La Condition Humaine livret 2011

Livret programmé

Le terme de “livret programmé” est assurément un abus de langage mais je n’en ai pas d’autre à ma disposition. Au départ il y a, en 1964 – 1965, les boîtes et bandes enseignantes de Freinet qui proposent, comme les fichiers auto- correctifs, une programmation linéaire en demandes / réponses. Le succès est très vif : les demandes en jaune et les réponses en blanc se succèdent derrière un écran transparent et cela suffit à créer une petite magie pédagogique. Mais les bandes sont malcommodes à éditer et à manipuler. Après la mort de Freinet (1966) l’aventure se poursuit sous forme de livrets. Freinet m’avait associé à cette recherche car je cherchais, par cette programmation élémentaire, à libérer mes élèves du carcan collectif de la lecture dirigée. Quelques réussites significatives m’avaient encouragé en ce sens. En quelques années je rédigeai une vingtaine de livrets programmés. D’autres camarades de l’Ecole Moderne en firent de même mais nous arrêtâmes la recherche en découvrant que cette formule créait une sorte d’addiction chez nos élèves. Avec le recul je distingue le plus intéressant de la formule : un dialogue écrit entre un professeur et un élève. Et c’est bien sous cet angle que je propose désormais ces recherches.

Roger Retorica 2011_04_18

D0 – R0 L’édition retenue importe peu. Etablir 12 fiches a5 portant les titres suivants.

  1. LA SITUATION POLITIQUE CHINOISE EN 1927
  2. TCHEN OU LE TERRORISME
  3. KYO OU L’ACTION REVOLUTIONNAIRE
  4. LA CONDITION HUMAINE : LA SOLITUDE
  5. LE MILIEU DES REVOLUTIONNAIRES CHINOIS
  6. CLAPPIQUE OU LE ROYAUME FARFELU
  7. L’INTRIGUE, MECANISME DE L’INSURRECTION
  8. GISORS OU LA TENTATION DE L’OPIUM
  9. MAY COMPAGNE DE KYO
  10. FERRAL ET V ALÉRIE, DEUX CONQUÉRANTS
  11. KATOW, LE DÉVOUEMENT
  12. LES PROBLÈMES STYLISTIQUES D’UN ROMAN MODERNE

Chaque réponse doit trouver place dans la fiche qui lui correspond.

D1 – Lire les premières pages… Vous vous sentez un peu perdu… F12 – F1. – Le début du roman a pu vous surprendre. Précisez par quels détails. Pourtant nous avons l’essentiel de l’action… – Au début du siècle existent plusieurs forces en Chine : la dynastie mandchoue, les généraux seigneurs de la guerre puissants aventuriers qui se partagent le pays, les puissances occidentales qui, depuis le dernier tiers du XIX° siècle colonisent subtilement la Chine, le Kuo-min- tang (parti populaire national) de Sun Yat Sen qui lutte contre la dynastie mandchoue et l’Occident. L’Occident soutient les seigneurs

de la guerre. La dynastie mandchoue tombe en 1912. – Désignons par “=” les rapports d’alliance et par “/” les rapports d’hostilité. Représentons ces rapports sous forme de schéma.

R1 – dynastie mandchoue (finit en 1912) / Kuo min tang de Sun Yat Sen / seigneurs de la guerre = puissances occidentales

D2 – F1. Sun-Yat-Sen doit chercher des alliances : 1921 création du parti communiste chinois, 1923 Borodine arrive de Moscou pour organiser l’armée du Kuo min tang avec un adjoint de Sun Yat Sen : Chang Kaï Shek. 1925 : mort de Sun Yat Sen et Chang Kaï Shek devient maître du Kuo Min Tang. Complétons notre schéma… – Il y a des divergences entre la ligne générale du Kuo Min Tang et celle du P.C qui y est entré. Vous voyez lesquelles… – Chang Kaï Shek voudrait se débarrasser du PC : février 1927. Les éléments communistes de Shangaï se soulèvent contre les “gouvernementaux” (appuyés par l’Occident). T Chang-Kaï-Shek devrait leur porter secours mais il laisse aux “gouvernementaux”, avec qui il prépare une alliance secrète, le soin d’écraser l’émeute. Le P.C chinois et l’Internationale (représentée par Borodine) ne sont pas dupes mais “se jugeant trop faibles pour engager la lutte (ils) décident d’interdire toute action révolutionnaire et de laisser la voie libre à Tchang-Kaï-Shek dans l’espoir que cette attitude timorée incitera celui-ci à estimer la répression inutile et à différer le

renversement des alliances.” (L. Goldmannn “Pour une sociologie du roman” Idées). Mais Tchang- Ka ̈-Shek profite de l’occasion et fait écraser l’émeute. Noter ces éléments dans un second schéma.

R2 – Russie (Borodine) = PC chinois + Kuo min tang de Chan Kaï Shek mais Kuo min tang = puissances occidentales – PC chinois / seigneurs de la guerre – seigneurs de la guerre = puissances occidentales

D3 – F1. Les militants de Shangaï, engagés dans l’action, savent qu’ils sont perdus. Mais ils ne peuvent agir isolément et en opposition avec la direction du parti : “Le roman raconte leur action à la veille de l’entrée du Kuo min tang à Shangaï, leur réaction au moment où ils apprennent les décisions de la direction du parti, leur défaite après l’entrée de Chang Kaï Shek, et, enfin, la torture et le massacre de communistes par celui-ci, massacre dans lequel seront tués, parmi beaucoup d’autres, deux des trois héros du roman : Kyo et Katow.” (L. Goldmannn). Le P .C installé à Han-Kéou doit rentrer dans la clandestinité, se réfugier dans les montagnes en 1934 puis opérer une gigantesque retraite vers le centre et le nord, LA LONGUE MARCHE. Ell va durer plusieurs mois, couvrir des milliers de kilomètres, faire endurer aux troupes communistes d’indicibles souffrances (milieu naturel hostile, montagnes, neiges, torrents…) au prix de fortes pertes (30.000 hommes sur 130.000). Elle est conduite par Mao Tse Toung qui,

avec ses hommes, connaîtra le vrai visage de la paysannerie chinoise et sympathisera profondément avec elle. Installé au Shensi, Mao procède à la collectivisation des terres et cette expérience de gestion socialiste menée à moyenne échelle (au début 30 millions d’habitants…) sera précieuse pour la conquête de 1948 – 1949. Celle-ci contraindra Tchang Kaï Shek à se réfugier à Formose (T aïwan) avec la Chine nationaliste alors que Mao et le PC ont créé la Chine communiste.

R3 – Noter les éléments-clés.

D4 – Relire p. 7-8 F2 – Tchen semble fasciné par des détails… – En même temps il est sensible aux bruits de l’extérieur… Notons-les… – Que mettent-ils en relief, ces bruits ? – Enfin Tchen découvre en lui quelque chose qui l’étonne… il croyait le monde simple alors qu’en fait…

R4 – Tchen angoissé, fasciné : “le tas de mousseline blanche” – quatre ou cinq klaxons – vague de vacarme – sentiment de la ville – aussi solitude et peur en Tchen. – Problème : frapper un homme sans qu’il se défende ou crie – Tchen croyait être un combattant et découvre en lui un sacrificateur – “sous son sacrifice à la révolution grouillait un monde de profondeurs” : le monde, surtout le monde intérieur, est complexe ; constatation importante pour Malraux : le marxisme va lui sembler une doctrine simplifiant trop les choses.

D5-Relirep.8-9-F2-Tchen renonce au rasoir… on aimerait peut-être savoir pourquoi. Malraux n’insiste pas et ceci mérite peut- être une explication… Par contre nous sommes entraînés dans des considérations techniques… – On peut se demander quel effet elles produisent sur le lecteur et si celui- ci n’a pas rencontré des remarques similaires dans d’autres types de romans… – Enfin T chen va frapper mais pour une raison peut-être extérieure à l’action révolutionnaire… méprise à la fois grotesque et tragique…

R5 – Répugnance de Tchen pour le rasoir : il faudrait une analyse psychologique longue et inefficace ; ce sont des choses qui se sentent sans s’expliquer. Le problème pour Malraux n’est pas de créer des personnages : “Je ne crois pas vrai que le romancier doive créer des personnages ; il doit créer un monde cohérent et particulier comme tout autre artiste.” (in G. Picon “Malraux par lui-même”). – Nombreuses considérations techniques : comment frapper etc… on ne vit pas toujours dans la peur. Il y a l’action. D’où ses aspects techniques. Songer aux romans “noirs” américains, violence à l’état pur. Idée d’agonie : “un râle s’éleva” – Tchen le voit déjà mort. En fait le “râle” est un ronflement – sentiment d’être bafoué par la situation : il était dans le tragique et entend y rester. Il frappe.

D6-Lirep.9-10-F2-Tchena frappé… quelles impressions s’emparent de lui ? – Et un autre personnage apparaît alors… –

apparition fugitive mais qui impressionne Tchen,en quel sens ?

R6 – Impressions de T chen : silence, ivresse écrasante – une présence : “il était seul avec la mort, seul dans un lieu sans hommes…” – Autre personnage : le chat que Tchen veut tuer pour l’empêcher de parler (!) : motif qui touche aux régions profondes de l’âme – chambre qui est un “farouche espace” – chat : animal ambigü, mystérieux, séduit un Baudelaire et un Malraux (nombreux dessins de Malraux sur les chats).

D7-Lirep.10à12-F2-Tchen voit Shangaï… Nous sommes sensibles à la vision qu’il a de la ville… – En même temps la sirène va déclencher en lui le raisonnement… – Nous apprenons alors la place du meurtre dans la situation générale… – Pourtant “depuis dix minutes Tchen n’y avait pas pensé une seule fois”… Il y a sans doute une explication à cette absence intérieure… – T chen encore ébranlé a des réactions contradictoires…

R7 – Tchen, sensible aux millions de vies, les met en balance avec son meurtre, “la mort qui se retirait de lui” – Situation générale – contradiction qui veut que les ouvriers fabriquent les armes qui vont tuer ceux qui les défendent – contradiction d’une ville “possédée comme un champ par son dictateur militaire, louée à mort” – signification politique du geste : grâce à Tchen la révolution aura ses pistolets. – Tchen n’y a pas pensé : ce n’est

pas un tueur professionnel (comparer avec le personnage de Hugo dans “Les mains sales” de Sartre) : il est obsédé par la mort, le néant : interrogation au cœur de la vie humaine. – Envie de gifler et d’étreindre le Siamois : il n’a retrouvé son calme qu’extérieurement.

D8 – Lire p. 12 – 22 (“… Black Cat”) F2 – F12 – Une vision fugitive et prenante de Shangaï p. 12… – Tchen retourne avec difficulté dans le monde des hommes – p. 13 une phrase significative – Il pénètre dans le magasin de phonos et c’est une vision étonnante de l’arrière- boutique… – vision qui nous fait songer à un autre art que la littérature…

R8 – Shangaï : “Les rails déserts et les flaques des averses de l’après- midi luisaient faiblement. Le ciel lumineux s’y reflétait”… – Tchen : “Ici, rien ne restait du monde, qu’une nuit à laquelle T chen s’accordait d’instinct comme à une amitié soudaine : ce monde nocturne inquiet, ne s’opposait pas au meurtre.” – Vision : lampe qui oscille en faisant apparaître, disparaître, en transformant les visages. – Songer au cinéma à qui ces métamorphoses sont familières.

D9 – Même passage F3 – F5 – F2 Mais la lampe qui se balance révèle le double personnage de Kyo… Un passage important à noter et à commenter… – Tchen a retrouvé ses camarades… Le rôle de ceux-ci est expliqué par une belle image p.

  1. – Deux personnages pourraient peut-être le comprendre… Kyo ?… Katow ?… mais leur réaction est symptômatique… Tchen va avoir recours à un troisième…

R9 – “Kyo Gisors ; en passant au- dessus de sa tête la lampe marqua fortement les coins tombants de sa bouche d’estampe japonaise ; en s’éloignant elle déplaça les ombres et ce visage parut presque européen. Les oscillations de la lampe devinrent de plus en plus courtes : les deux visages de Kyo reparurent tour à tour, de moins en moins différents l’un de l’autre” – deux Kyo en fait : l’asiatique et l’européen d’éducation, formé à l’action révolutionnaire. Et c’est une lampe en oscillation qui révèle cela ! – Image : “Leur présence arrachait Tchen… retiennent encore” : souffrance et nécessité de l’arrachement – vision du monde totalement transformée par le meurtre. – Kyo peut le comprendre (organisateur qui ne tue pas sauf au combat) – Katow : profonde sympathie : “Ça n’a pas dû aller t’t seul”. Tchen aura recours à Gisors.

D10-MêmepassageF4-F5-F7- L’épisode des disques et la remarque de Kyo à leur propos sont fondamentaux… car grâce à eux nous voyons de quoi est faite au départ la condition humaine… Militer parmi les révolutionnaires… cela pose bien des problèmes… Nous le voyons à travers le personnage d’Hemmerlich, personnage que nous retrouverons constamment (lui réserver une partie de la F5). – Le plan d’action est fixé dans ses grandes lignes (p.

18)… Nous les notons. Cette fois nous comprenons le rôle exact de Tchen…

R10 – Kyo ne reconnaît pas sa voix enregistrée : la vision que nous avons de nous même diffère de celle que les autres ont de nous. “J’ai conté jadis l’aventure d’un homme qui ne reconnaît pas sa voix qu’on vient d’enregistrer, parce qu’il l’entend pour la première fois à travers ses oreilles et non plus à travers sa gorge ; et, parce que notre gorge seule nous transmet notre voix intérieure, j’ai appelé ce livre LA CONDITION HUMAINE.” (Malraux, “Les Voix du silence” 1951). L’isolement est notre destin – un remède ? la fraternité. “Il est facile de mourir quand on n’est pas seul”. (La Condition humaine). D’autres remèdes ? peut-être… – Hemmelrich : vouloir lutter contre la misère alors qu’on est soi-même dans la misère avec une femme et un enfant malades. – Plan : armes payables au bateau à la livraison – faire changer l’ancrage pour gagner du temps – amener un spécialiste du trafic d’armes pour gagner la confiance du capitaine – prévoir une commission pour ce spécialiste – se débrouiller à bord. Tchen a ramené le précieux papier mais celui-ci ne suffit pas…

D11 – Lire p.22 à 30 (“…rendez- vous à Katow). F6 – Atmosphère étrange du cabaret… En noter quelques éléments… – Personnage encore plus étrange peut-être, Clappique (“talapoints” : nom donné aux prêtres bouddhistes de Siam par les Européens). Clappique doit vous surprendre par certains côtés

(explication bas p. 23) – Il semble toujours jouer surtout dans les affaires sérieuses… Nous en avons quelques témoignages (notamment p. 29)

R11 – cabaret : vieillard qui n’ose plus rentrer chez lui et depuis huit mois vit dans les boîtes, comment ? mystère, la plonge peut-être. – Clappique : a toujours “l’air déguisé”, à la fois bouffon et désespéré, peut se montrer grand seigneur et sensible (p. 28) – vit une comédie : “Un véritable traître… très sec”, donne tout son argent à la Russe;.. et doit de son côté emprunter…

Comment le caractériser ? – On vient à Gisors pour se confier mais cela ne repose-t-il pas sur une méprise ? (bas p. 36) – Ce qui ne l’empêche pas de donner une explication très intéressante du comportement de Clappique (p.36) … et p. 38 Gisors aborde le thème de la solitude (remarque qui appartient à F8 ou F4).

R13 – Gisors : intellectuel qui a formé les cadres révolutionnaires, n’est pas un homme d’action, opiomane. On se confie à lui : fraternité incomplètement authentique : “Depuis vingt ans… c’était celle des intoxiqués.” – Il explique Clappique : nier la vie sans l’oublier, se persuader que la richesse, la pauvreté n’existent pas… L’opium ressemble au disque : “monde que nous n’entendons pas avec les oreilles”… La solitude serait-elle irrémédiable ?

D14 – Lire p. 39 à 46 – F3 – F9 – Malraux dira avoir rencontré en Asie dans les mouvements révolutionnaires “un type de héros en qui s’unissent l’aptitude à l’action, la culture et la lucidité”… Peut-être est-ce l’impression que vous fait ici Kyo ? – Le personnage de May est intéressant… Essayez de bien préciser vos impressions à son sujet… – May fait un aveu à Kyo… cela marque chez elle une certaine attitude d’esprit qu’il faut préciser… – La réaction de Kyo est comme condensée dans une très belle remarque p. 41… et il découvre la jalousie… s’en croyait-il capable ?

D12 – Lire p. 30 à 38
F3 – Avec Katow nous pénétrons dans un groupe de combat… nous participons à l’inquiétude des révolutionnaires… – Katow sait dissiper celle-ci au moins en partie… comment le fait-il ? – Kyo veut participer au coup de main contre le bateau avec Katow… Nous voyons qu’il n’est pas indispensable… pourtant il décide de l’accompagner pour un motif simple à comprendre…

R12 – Peur non du combat mais des tanks. – Katow dissipe en partie l’angoisse par l’action : comment attacher les grenades. – Kyo accompagne Katow par amitié alors que la prudence lui commanderait de s’en abstenir puisqu’il est plus utile ailleurs… mais sans la fraternité la révolution serait peu de chose.

D13-Lirep.35à38 F8-F6- Curieux homme que Gisors…

– F5 – F 11 –

R14 – Kyo : aptitude à l’action devinée dans l’étude lucide des forces contraires, culture historique transformée en action, devine le risque couru : le Kuomintang va écraser ses alliés communistes… – May : dévouement d’un médecin révolutionnaire ayant un hôpital clandestin – synthèse vie publique et vie privée. “L’érotisme est, comme l’individu, intégré et dépassé dans une communauté authentique et supérieure : celle de l’amour.” (L. Goldmann, “Pour une sociologie du roman.”)

D15-Mêmepassage -F3-F9- F4 – May s’explique sur ses motifs p. 43 mais ses explications restent à la fois franches et confuses. – Chez Kyo : haine ? jalousie ? mais un sentiment plus fort le domine p. 43 – 44… sentiment qui nous ramène à la F4 – L’amour n’est peut-être pas, lui non plus, un remède à la condition humaine.

R15 – May a trompé Kyo. Vague soudaine d’érotisme dans une ambiance survoltée : “Il y a des appels etc… avec l’amour”. – Kyo : immense amour : “il était sûr que si elle mourait, etc… comme un mort lui-même.” Intellectuellement il juge May libre mais il souffre, jalousie : “un sentiment sans nom, aussi destructeur que le temps ou la mort : il ne la retrouvait pas.” En sortir ? paradoxalement : “coucher avec elle, se réfugier”, “ils n’avaient pas à se connaître quand ils employaient toutes leurs forces à serrer leurs bras contre leurs corps” : amour, acte désespéré où l’on ne se connaît pas quand précisément on voudrait mieux se connaître…

Encore une solution douteuse de la condition humaine.

D16-Lirep.44à47 -F6-F3- F1 – Déroutant Clappique… aux réflexions paradoxales mais qui portent loin… – Kyo part avec Katow et s’absorbe dans ses pensées… toujours le même problème… ses réflexions sur la condition humaine. -Qu’est-ilpourMay?etp.46ila une réflexion assez curieuse sur ses semblables. Au fond ses pensées figureraient aussi bien en F4 – Le vieux Gisors raccompagne un visiteur représentant de la vieille Chine… cette vieille Chine qu’il nous faut connaître pour mieux comprendre la nouvelle…

R16 – Clappique : “En ces affaires, jeunom, la confiance est d’autant plus grande qu’elle a moins lieu de l’être” – vous m’avez trompé”, je n’en ai que faire : j’ai ma commission – au moins saurez-vous que je ne suis pas un naïf… – Kyo : qui suis-je ? un organisateur. “Pour May seule, il n’était pas ce qu’il avait fait ; pour lui seul, elle était tout autre chose que sa biographie”, “ma plus étroite complicité”. “Les hommes ne sont pas… contre la déchéance”, non le “bonheur” mais “quelque chose de primitif qui s’accordait aux ténèbres”. – vieux Chinois colonisé (parle anglais) : partisan de la soumission absolue de la femme – concubinage – les courtisanes – indifférent à la misère des coolies – au suicide des fiancées.

D17 – Lire p. 48 – F12 – F2 – Nous apprenons enfin le nom de la victime de Tchen et Malraux

amorce un portrait de Tchen lui- même… Ceci correspond peut-être à une entention… – Tchen recourt à Gisors pour une raison qu’il faut préciser… Nous sentons bien la complexité du personnage… mais Gisors peut-il l’aider ?

R17 – T chen ressemble épervier. Le nom de la victime était indifférent au lecteur, l’important était la méditation angoissée de Tchen dont rien ne devait nous détourner. – Gisors est le maître de Tchen “au sens chinois du mot – un peu moins que son père, plus que sa mère”. Gisors peut approuver mais Tchen vient chercher de l’aide. Vincent Berger, héros des “Noyers de l’Altenburg” déclare : “L’homme n’est pas ce qu’il cache, il est ce qu’il fait” mais Malraux complète : “si l’homme n’est pas ce qu’il cache, il n’est pas seulement ce qu’il fait” : songeons à Tchen ! qui “s’insère dans la lutte collective mais ne s’identifie pas avec elle.” (L. Goldmann)

la mort. Tchen détestait la chasse et le sang ! véritabe intoxication “aussi terrible que (l’opium) l’était peu.”

D19 – Même passage – F2 – F3 – F8 – Il importe de savoir comment un jeune intellectuel chinois comme Tchen a pu en arriver à cette attitude : définissons son itinéraire spirituel ( p.53 – 54). – Mais par là même nous connaissons le passé de Kyo… – Nous comprenons aussi pourquoi Gisors s’est intéressé à la révolution… – Tout cela nous est donné en une seule méditation qui s’achève sur une image saisissante p.56:elleunitlepèreetlefilsà travers la révolution…

R19 – Un pasteur mystique convertit T chen – puis l’influence chinoise chasse le Christ – il reste le vide pour cette âme éprise d’idéal – conversion à une autre mystique : le marxisme dévoyé en terrorisme. – Kyo : formation japonaise “Le sens héroïque lui avait été donné comme une discipline, non comme une justification de la vie” – sa vie a un sens : “donner à chacun de ces hommes… la possession de sa propre dignité”, métis, hors classe, a les mêmes ennemis que les ouvriers. – Dans tout jeune révolutionnaire Gisors voit son fils : “Au moins savait-il que ces mains… besoin d’elles” (image des camélias)

D20-Lirep.56à63 -F8-F11- F7 – Gisors est lui aussi oppressé par la solitude… Il a trouvé un moyen pour y échapper… d’où p.58 l’occasion d’un souvenir magnifique où paysage et état d’âme dû à

à un

D18 – Lire p. 48 à 56
est loin de Gisors et pourtant celui- ci touche un point sensible (p. 49 – 50)… – Le vrai drame de Tchen : est-il encore chinois ?… on peut se le demander. En tout cas une conséquence dramatique en découle p. 50… et une tentation terrible le saisit… avec une seule solution…

R18 – Question sur la prostituée. Tchen se sent séparé de ceux qui n’ont jamais tué. – Tchen n’est plus chinois culturellement : “Une liberté totale… aux idées”… “le terrorisme devenait pour lui une fascination” :

– F2 – Tchen

l’opium se mêlent… – Nous retrouvons Kyo et Katow… Un souvenir revient à ce dernier et c’est comme si nous le connaissions mieux… – Le coup de main contre le bateau réussit : certains facteurs expliquent cette réussite.

R20 – refuge dans l’opium – image d’un après-midi de septembre – gris du ciel – eau d’un lac – cornues vermoulues – bonze – paysan – plis d’eaux du gouvernail : on songe aux gravures chinoises. Image non gratuite : plis d’eau qui expriment l’âme de Gisors “sillage de sérénité etc.” – Katow : a échappé à la mort en 1918 en Lituanie, pris et mitraillé avec son bataillon par les Blancs. – Stupéfaction du capitaine : les “généraux” enlèvent les armes sans payer… et Katow est blanc… actions confuses des temps troublés…

D21-Lirep.65à74 -F1-F10- Nous faisons la connaissance d’un nouveau personnage : Ferral… Voyons d’abord où en est la situation vue du côté de la police… – p. 70 nous avons la preuve que “le torchon brûle” entre les communistes et Chang Kaï Shek… – p. 67 Quel est l’intérêt de Ferral dans toute cette histoire ? … – p. 72 nous voyons les ramifications des affaires de Ferral. – On peut se demander en quoi Ferral appartient au type des “conquérants”…

R21 – La police a tenté sans succès de désorganiser les syndicats – deux mille hommes de police et une brigade contre quelques centaines de

révolutionnaires – il faut des milliers d’hommes pour garder la voie ferrée – côté concession et gouvernementaux on compte sur le train blindé – Chang-Kaï-Shek est déterminé à ramener les communistes au rang d’auxiliaires alors que les communistes voudraient que ce soit un des leurs qui prenne Shangaï. –

Shangaï va être prise par le Kuomintang : s’il choisit la démocratie, le commerce continue ; s’il choisit le communisme, le Consortium s’écroule et Ferral avec. Il représente : Société d’Energie électrique et d’Appareils, transformation du port de Buenos- Aires, 400 millions de travaux publics en Indochine et son industrialisation. Le marché chinois est vital pour lui. – Ferral : amour du pouvoir – goût du risque – intellectuel à carrière politique – autorité intérieure – solides inimitiés aussi : sa manière de réduire ses interlocuteurs à l’état de machine : c’est un conquérant (cf “Les conquérants” de Malraux).

D22-Lirep.74à87 -F2-F7- Tchen est avec les hommes de son groupe mais nous sentons une profonde différence entre eux… – L’attaque du poste : on devine pourquoi le sous-officier ne résiste pas… et dans cette attaque nous distinguons un certain humour…

R22 – Les hommes de T chen luttent pour leur pain et leur dignité, Tchen pour autre chose. – Soldats mal payés, sans idéal ; le poste cède après une réplique théâtrale du sous-officier : “Vous tous qui m’écoutez”… et il n’y a personne !

D23 – Lire p.77 à 87 – F2 – F7 – La pitié ne semble pas devoir atteindre Tchen… Il a pourtant un reste d’humanité dont il faut comprendre le sens profond comme il faut comprendre l’attitude du blessé à l’égard de Tchen… – p. 80 à 87. Les secours arrivent avec un ancien cadet de Wampoo (école militaire chinoise, l’équivalent de Saint-Cyr ou de West-Point, réorganisée par Chang Kaï Shek). Il y a des différences importantes entre cet officier et Tchen… – Mais il y en a peut-être plus encore entre T chen et Ma l’ouvrier typographe…

R23 – Tchen délie un prisonnier gravement blessé au moment où il est lui-même exposé : il se reconnaît dans ce prisonnier, voit dans cette situation physique sa situation morale. Le prisonnier pense que Tchen vient l’achever, incompréhension des êtres… – L’officier : bourgeois et démocrate – goût du commandement – l’action pour lui est un sport – reste raisonnable même quand il s’expose. Tchen : soumet son action à sa passion, mais c’est l’homme de l’action désespérée (la grenade). – Différences entre T chen et Ma : “Le monde qu’ils préparaient… qui veut le faire sauter.”

D24-Lirep.87à94 F1- Définissons la situation au début de ces pages… Liou-Ti-Yu est un personnage important aux yeux de Ferral : nous comprenons pourquoi… – p. 93 – 94 : conversation étrange sur cinquante millions de dollars, précisons les données du problème.

R24 – Liou-Ti-Yu “énergique vieille grenouille”, chef des banquiers, peut négocier avec Chang-Kaï- Shek pour déciser celui-ci à se débarrasser immédiatement des communistes : Ferral doit le convaincre de le faire. – Persuader les banquiers du danger communiste : nationalisation des terres, annulation des créances usuraires (fléau social de la Chine d’avant Mao), les crédits étrangers se tariront. Il s’agit aussi de faire payer aux banquiers 50 millions de dollars pour aider Chang-Kaï-Shek à se passer des communistes (achats d’armes, payement des soldats).

D25-Lirep.95à99 -F10-La contradiction fondamentale entre Ferral et Valérie est exprimée p. 95. – En fait ils ne peuvent que s’opposer. On peut comparer utilement ce couple à Kyo et à May.

R25 – Valérie attend d’être aimée de Ferral alors que celui-ci ne connaît que l’érotisme : “elle était sa maîtresse… Elle ignorait… non dans l’amour” – liaison qui est un combat : “Il sentait en elle” etc…” Opposition avec l’accord profond entre Kyo et May.

D26-Lirep.99à107 -F7 -En quelques pages la situation des révolutionnaires qui semblait bien se présenter… se dégrade rapidement… pour devenir franchement mauvaise… – Kyo est lucide et voit une solution… T chen en envisage une autre…

R26 – Sections révolutionnaires armées – les gouvernementaux

fuient – le Kuomintang avance – mais le P.C perd la majorité au comité exécutif du Kuomintang – les tanks repartent – le préfet élu de Shangaï est de droite – seul espoir désormais : Han Kéou. Deux solutions : Kyo comprend que le Kuomintang va interdire les communistes après les avoir désarmés : le P.C doit donc quitter le Kuomintang et prendre le pouvoir ; pour Tchen tout peut se résoudre par le meurtre : tuer Chang Kaï Shek.

D27-Relirep.103à107 -F7- F12 – Les craintes de Kyo étaient justifiées et il voit de mieux en mieux le jeu que mène Chang Kaï Shek (p. 104 – 105) – p. 106 – 107 : la fin du train blindée est exprimée stylistiquement d’une manière dramatique…

R27 – Un officier du Kuomintang vient demander les armes : l’étau se resserrre. Jeu de Chang-Kaï- Shek : “Il ne peut se maintenir… sa monnaie en commmunistes zigouillés” : la mort, seul destin pour Kyo et ses compagnons. – Fin du train blindé : personnification – “Le train même… se débattait elle aussi.”

– Comment mobiliser les masses ? au moyen de quels mots d’ordre ?… Vologuine a une vision de la situation (peut-être trop influencée par la situation russe…) et Kyo en a une autre…

R28 – Le P.C ne tient pas Han- Kéou : pas de navire de commerce (activité non reprise) – persistance des “métiers lunaires” – banques non occupées – manufacture en grève. – “Han-Kéou n’est pas la capitale des travailleurs, c’est la capitale des sans-travail”. – Thèse de Moscou : P.C et syndicats sont à l’intérieur du Kuomintang ; Chang- Kaï-Shek n’osera rien faire contre eux ; s’ils sortent, Chang-Kaï-Shek s’allie aux généraux et les écrase. – Kyo pense que le P.C peut sortir du Kuomintang à condition de trouver les mots d’ordre qui mobiliseront les masses. Position de Vologuine : le paysannat suivra le prolétariat comme en Russie avec le partage des terres. Kyo : en Chine paysannat et prolétariat marchent ensemble ; le paysan a déjà la terre mais elle aliénée par les dettes, d’où le mot d’ordre : “supprimer les créances” pour mobiliser les masses.

D29-Lirep.115à120 F7-Kyo voudrait garder les armes… il a ses raisons mais Moscou en a d’autres… – Tchen est là lui aussi… Vologuine n’aime pas les terroristes… pourtant il ne désapprouve pas son projet… il a ses raisons… – De toute manière Vologuine est “mal à l’aise”… et l’explication de son attitude tient en une phrase : “La discipline du parti sortait furieusement renforcée de la

lutte contre les trotskistes”, phrase qui mérite un petit commentaire… petit commentaire qui permet de compléter ce que nous avions trouvé sur le sujet du livre…

R29 – Moscou : rendez les armes ! Kyo voit la désorganisation de l’insurrection… et le massacre au bout ! – Vologuine n’aime pas les terroristes “dépourvus de sens politique” : il n’encourage pas Tchen mais cette solution l’arrangerait. Il est mal à l’aise : “La discipline du Parti sortait furieusement renforcée de la lutte contre les trotskistes”. Trotsky partisan de la “révolution permanente” a une vision optimiste et internationaliste. Au contraire l’Internationale Communiste, pessimiste, craint que l’extension de la révolution mène à une coalition internationale antisoviétique qui mettrait en danger l’existence même de l’URSS. Ce sera la position stalinienne : politique défensive absolue (conduit au pacte de non- agression avec l’Allemagne hitlérienne en 1939), éviter d’approfondir les mouvements révolutionnaires par crainte de cette coalition (cf L. Goldmann, op. cit). – D’où le sujet de “La Condition Humaine” selon Goldmann : “la révolution chinoise et, à l’intérieur de celle-ci, le conflit entre d’une part, le groupe des révolutionnaires de Shangaï et, d’autre part, la direction du Parti et de l’Internationale qui leur demande de ne pas résister à Chang-Kaï-Shek, et entre les deux valeurs incarnées par ces forces : la valeur trotskysante de la communauté

révolutionnaire immédiate et la valeur stalinienne de la discipline.”

D30-Lirep.120à130 F7-F2- Nous sommes en pleine tragédie si la tragédie c’est proposer une situation sans issue. Nous avons l’impression que c’est le cas ici… – D’autant que la position de Possoz montre à Kyo à quel point Han- Kéou ne peut pas comprendre le problème de Shangaï. – En même temps Kyo éprouve une sorte de fascination devant Tchen… – Tchen que Vologuine n’a pas retenu… nous devinons pourquoi.

R30 – “Peut-être la Révolution eût- elle pu être conduite autrement ; mais c’était trop tard.” “La propagande communiste… la seule certitude.” Ainsi, dès le début du livre, avant même qu’ils le sachent, Kyo et ses compagnons sont condamnés, comme les héros raciniens le sont par une mécanique implacable montée avant le commencement de la tragédie et qui se met en mouvement dès le premier vers. – Possoz partage l’avis de Vologuine : “Si le Komintern réussit etc….” c’est donc une opinion générale à Han-Kéou : même la base désavoue ici Kyo. – Kyo rencontre en Tchen la fascination de la mort : “Cette forme humaine… la présence de l’inhumain”. Tchen n’est pas arrêté : le Komintern ne veut pas prendre la responsabilité de l’attentat mais en recueillerait éventuellement les fruits avec satisfaction, quitte à désavouer le meurtrier…

D28 – Lire p. 109 à 115
Kéou vue de Shangaï était aux mains des révolutionnaires. Or divers indices montrent que ceux-ci ne contrôlent pas la ville… – Vologuine met Kyo au courant de la situation par une formule lapidaire… – Nous connaissons maintenant par ces pages la position officielle de Moscou et des responsables chinois…

– F7 Han-

D31 – Lire p. 131 à 137 F7 – F2 – La conversation entre Clappique et Chpilowski est importante sur le plan de l’action… – T chen rencontre le pasteur Smithson : dans une atmosphère tendue le pasteur se rend compte à quel point Tchen a changé et il souffre… Précisons…

R31 – Histoire du bateau connue, Clappique doit partir, Kyo menacé. Au delà : on devine un réseau de complicités : la bourgeoisie prépare sa jonction avec Chang-Kaï-Shek… – Tchen élève préféré du pasteur : Smithson s’attend au scepticisme de son élève. Or il rencontre une foi “la souffrance, j’aime mieux la diminuer que d’en rendre compte” – Tchen blesse le pasteur au plus profond de lui-même : “Dans deux heures, je tuerai.”

D32-Lirep.137à144 F2 -Nous remarquons ici l’emploi d’un procédé cinématographique que Hitchcock en particulier a rendu célèbre… Il convient de l’expliquer… – Une action secondaire (Tchen et le marchand) est très fouillée… certains détails sont révélateurs… et dans cette action la bombe joue un rôle dramatique… mais non gratuit ! car nous connaissons mieux l’état d’esprit de T chen… – L’attentat échoue… Nous y attendions-nous ?… quel est l’état d’esprit du lecteur ?

R32 – L’intérêt en suspens (“suspense” : cf Hitchcock) : construit sur deux actions parallèles (attentat – marchandage) dont la moins importante est très fouillée : pour le marchand, client curieux, énigmatique, d’où les hypothèses et

la plus invraisemblable pour nous : un jeune homme séduit par une geisha. – Mais les deux séries se recoupent : le commis va faire tomber la bombe : sommet dans l’émotion. Etat étrange de T chen : “tout sembla extraordinairement facile… nous pouvons aussi bien nier.” – Echec de l’attentat : un marchand trop curieux, un pousse, un chauffeur : série de hasards – nerfs brisés pour Tchen et pour le lecteur.

D33-Lirep.144à147 F5-F2- Nous retrouvons Hemmelrich…. pour lui tout est souffrance… (détails révélateurs) sauf… – T chen a pris sa décision… Elle n’est peut- être pas invraisemblable venant de lui… – Mais Suen a bien vu ce qu’elle signifiait au fond… – Seul Peï est prêt à suivre Tchen… mais celui-ci ne veut pas… il lui assigne une autre mission dont il faut découvrir le sens.

R33 – Hemmelrich : abruti de souffrance, celle de sa femme qui l’aime d’un amour “de chien aveugle et martyrisé”, de son gosse (mastoÏdite), celle du chat, souffrance que rien ne justifie (problème du mal et de Dieu) – solution dans la fraternité révolutionnaire, mais demi- satisfaction puisqu’il ne peut agir… – Décision vraisemblable de Tchen, dans la logique de son caractère, de ses options. Suen voit qu’il tue pour lui. Est-ce une solution ? peut- être : Peï sera le témoin, disciple du terrorisme qui écrira plus tard…

D34 – Lire p. 153 à 159 (“…il sortit”) F4 F5 – Le peintre Kama nous offre

le meilleur de sa pensée sur la création en se référant à l’art occidental… – Ses réflexions entrent dans la F4 car la condition humaine se termine par la mort et l’art a peut-être ici son mot à dire… – mais alors l’art sert-il à divertir ? – Nous voyons par ailleurs que, même si l’insurrection réussisait, bien des problèmes resteraient en suspens…

R34 Kama : le peintre occidental parle trop de lui. “La peinture, chez nous, ce serait chez vous la charité.” “Le monde est… vers Dieu”. L’art sert à comprendre le monde, donne un sens à la vie et domine la mort (idée de Malraux). – Problème des femmes : les révolutionnaires sont hostiles à leur émancipation ; ils restent imprégnés des idées de la vieille Chine.

D35-Lirep.159à165 F7-F9- p. 159 : une nouvelle dramatique est présentée dans un contexte bouffon, farfelu… qu’en pensez- vous ? – La réponse de Han-Kéou parachève la désillusion… – La scène des adieux de Kyo et May se passe en deux temps… on sent la profonde sympathie de l’auteur pour ses personnages… et les gestes… que veulent dire les gestes… ? n’arrivent-ils pas à dire le contraire de ce qu’ils sont censés signifier ? (p. 165)

R35 – Intervention de Clappique (il n’existe pas !). La seule division communiste est partie après que son général ait proposé d’arrêter Chang-Kaï-Shek : le comité central a refusé. Han-Kéou : enterrer les armes. – Kyo-May : en deux temps :

  1. liquidation du différent : problème de la liberté entre époux : faire ce qui plaît ? échanger une liberté contre une autre ? l’abandon ? 2. souffrance de May (son masque) – réconciliation. Il part seul. Les gestes changent de signification : “elle lui montra la porte du visage” espérant qu’il l’emmènera… Là aussi incompréhension, solitude…

D36-Lirep.165à171 F9-F5- F11 – Kyo revient… il a compris ce que signifiait son départ pour May… C’est aussi que cet amour s’alimente à bien d’autres sources que l’érotisme… – Et pendant ce temps la crise de conscience d’Hemmelrich s’exaspère… – tandis que Katow sait être attentif à tous…

R36 – Kyo revient : la quitter ainsi n’est-ce pas se venger, lui ôter sa liberté. Surtout : “Il comprenait… être dépassé.” Ainsi dans la condition humaine, dans l’amour, est-il possible de se comprendre, mais alors c’est dans la mort. Amour alimenté à la fraternité humaine. – Hemmelrich : ne voit que souffrance et impossibilité d’aide (Tchen) : veut se déchirer. – Katow : recherche Tchen pour le sauver d’un attentat inutile mais n’oublie pas Hemmelrich; Figure admirable de dévouement.

D37 – Lire p. 171 à 174 F7 – F10 – Le destin de Kyo et de ses camarades est désormais scellé… – Et nous voyons comment l’écrasement du communisme va profiter à Ferral… – Les rapports de Ferral et du monde sont exprimés en termes de dépendance… ainsi

du reste que les rapports de Ferral et de Valérie, mais cette fois la situation est inversée…

R37 – Le comité central s’est trompé : Chang-Kaï-Shek va prendre les devants et faire fusiller les communistes. – Ferral : les crédits américains refusés le mettent en difficulté, faire appel au gouvernement français mais il lui faut garder intact le marché chinois. Son rôle déterminant : les banquiers ont pris contact avec Chang-Kaï-Shek qui sait jouer la bonne carte. – Ferral se sent dépendant des forces du monde mais Valérie dépend de lui : il est capable de dominer mais non d’aimer (au contraire de Kyo ou de Katow).

D38-Lirep.174à181 F10-On appréciera l’attitude de Valérie et son humour… – Ferral veut se venger… relevons ses fantasmes et interrogeons-nous sur leur signification… – Précisons les modalités de la vengeance de Ferral et son but… mais est-il réellement soulagé ? il lui faut autre chose pour rompre la solitude…

R38 – Valérie : même orgueil que Ferral, humilier par une vengeance savante, subtile et publique (Ferral et la cage !) “Vous savez beaucoup… est aussi un être humain”. – Les fantasmes de Ferral tournent autour de la domination : histoire du chef afghan, vision de Valérie ligotée, désir de tuer. – Ridiculiser par les mêmes moyens mais vengeance plus coûteuse, plus violente, moins convaincante. But : échapper au ridicule. –

Solutions : l’érotisme ou la conversation avec Gisors.

D39 – Lire p. 181 à 188 F10 – F8 – Les liens de Ferral et de l’opium sont curieux… – comme l’est la définition qu’il donne de l’intelligence (p. 183). – Il y a, semble-t-il, un gouffre entre la conception de la vie selon Ferral et celle de Gisors (p. 185)… – Mais Gisors lui-même est désabusé… Il a des mots rudes sur l’intoxication de la Chine, de l’Islam, de l’Occident… – Ferral pensait trouver près de Gisors une aide mais (p. 185 – 186) en un court échange de réflexions Gisors dégonfle la baudruche de la vision du monde du conquérant…

R39 – L ’opinion publique croit Ferral opiomane mais la réalité est plus complexe : – par l’opium il a des femmes sans peine – il aime le scandale – ne pouvant combler le fossé avec les “grandes familles” le conquérant se plaît à l’agrandir – y aident les points de vue étranges empruntés à Gisors. – Nos définitions nous jugent : intelligence selon Ferral (“la possession”) – ne conçoit pas qu’on puisse perdre la vie pour une idée. Gisors : “Il est très rare…” accepter de perdre la vie pour une idée donne un sens à la vie. Gisors : “Il faut toujours… sa condition d’homme.” L’univers de Ferral est habilement détruit par Gisors : “Je suis mes routes” – “Il fallait que les routes fussent faites” : Ferral se croit unique mais il ne l’est pas au regard du monde. Le conquérant veut échapper à la condition humaine, devenir un héros, il se dupe : sa solution est fausse.

D40-Lirep.186à188 F10- Ainsi cette conversation rejette Ferral à sa solitude. Reste la courtisane mais l’idée qu’il se fait de la femme est désespérante… – Et cette fois, paradoxalement, Ferral nous apparaît comme menant une existence inauthentique… Il ne peut pas exister seul… Il y a quelques formules frappantes à noter… Et nous pouvons nous poser la question : peut-on résoudre les problèmes de la condition humaine en étant un conquérant ?

R40 – Echec de la conversation. Reste la courtisane, la femme “un repos, un voyage, un ennemi”. Ferral perd toute personnalité : “En somme il ne couchait… pour se sentir.” Le conquérant ne vit qu’en fonction des autres. Est-ce jouable ?

D41 – Lire p. 185 à 192
les arguments qui viennent à l’esprit de Tchen le conduisent comme irrésistiblement à la justification du terrorisme… – mais cette mystique repose sur une conception de l’homme aux antipodes de celle de Kyo… – mais l’homme est-il sauvé ? Notons ce que dit Malraux dans “Les voix du silence” : “L’humanisme, ce n’est pas dire : ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait, c’est dire : nous avons refusé ce que voulait en nous la bête, et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase.” Qu’en pensez-vous ? – La mort de Tchen a quelque chose d’extatique… Certains détails ont dû vous frapper.

R41 En faveur du terrorisme : la solitude, garantie de la réussite de l’action – loa répression ne sera pas plus violente – Peï témoignant fera des disciples. Kyo : délivrer les hommes de l’écrasement. T chen : donner un sens à l’écrasement : chacun juge de la vie d’un maître. – L’homme n’est pas sauvé quand il s’anéantit avec un autre. Cf “Les Voix du silence” : “L’humanisme ce n’est pas dire : Ce que j’ai fait aucun animal ne l’aurait fait (critique de Saint Ex), c’est dire : Nous avons refusé ce que voulait en nous la Bête et nous voulons retrouver l’homme partout où nous avons trouvé ce qui l’écrase.” Tchen fait ce que nulle bête au monde etc. mais en est-il plus humain ? peut-être s’il retrouve ainsi l’homme. Mais qui en décidera ? Peï précisément qui, avec le recul, va décider si de sang-froid, cette solution est possible. – “Tchen serra la bombe”- – “il courut vers elle…” Quand il meurt il est déjà dans ub monde de souffrance et de paix : “Il tira sans s’en apercevoir.”

D42-Lirep.194à202 F6-Les renseignements que porte Clappique sont importants pour Kyo et pour Clappique lui-même…nous le voyons bien. – Pourtant Clappique pénètre dans la maison de jeu… Comment expliquer son comportement ? – et la partie de roulette prend un tour étrange… – Clappique erre et réfléchit…

R42 Clappique doit informer Kyo de ne passer à aucun Comité et Kyo peut lui donner de l’argent. Il va perdre le temps et l’argent au jeu. Clappique vient du “royaume

F2 – Tous

farfelu” de Malraux : irrationnel, goût de se perdre. Au jeu : don de prescience : sait quand il gagne et perd, ne peut s’arrêter, fatalité ? le jeu est un opium, autre manière de nier la vie. Oublier Kyo lui est difficile car il l’estime et le mène à la mort sans excuse : le pitre achève la tragédie.

D43 – Lire p. 202 à 205 F12 – F7 – Nous notons l’heure : “onze heures et demi”… et nous pouvons en tirer des conclusions pour la conduite du roman… – Deux événements frappent Kyo au “Black Cat”. La tragédie accentue son emprise… Nous sentons comment…

R43 – 11.30 h : retour en arrière – permet de présenter des situations simultanées (cf simultanéisme du roman américain : Dos Passos “42° parallèle”). Kyo au “Black Cat” : l’absence de Clappique l’étonne à demi. L ’attentat échoué de T chen justifie tout de même la répression. Il faudrait deux mois pour organiser la résistance : la tragédie est jouée.

D44-Lirep.205à209 F7-F5- La répression s’abat sauvagement sur les militants… – Une seule inquiétude prime les autres pour Hemmelrich et les camarades mariés… – Mais une scène atroce l’attend… – Pour Hemmelrich une seule solution reste…

R44 – Résistance impossible : exemple des Filatures de Chapeï : on fusille. Pour les camarades mariés : faire fuir femme et enfants. Hemmerich arrive trop tard : boutique “nettoyée” : sang, monde où les enfants n’ont pas de place.

Hemmerich délivré. Partir ? seul geste de pitié possible : fermer la porte. Sa solution : la Permanence qui est déjà sur le pied de guerre : les hommes aux postes de combat.

D45-Lirep.209à214 F6- Clappique a échappé à presque tout… sauf à un sentiment… Noter la citation et réfléchir… – Réfléchir aussi à la scène curieuse devant la glace… Elle a un sens… – Il voudrait échapper à l’idée qu’il a trahi Kyo mais tout l’y ramène au contraire… Gisors mais aussi les objets… – Gisors est inquiet mais il semble avoir bien jugé son interlocuteur…

R45 – Clappique : “Il était parvenu… non à la peur” : par là il rejoint la condition humaine. Scène devant la glace : qui est-il ? où se réfugier ? dans la folie peut-être. – Visite de Gisors. Tout le ramène à Kyo : sa montre, les peintures et objets disparus (p. 131 à 134 Chpilewski). Gisors juge : Clappique n’a pas de réalité, au fond de lui il n’y a que la sensation, il ne peut veillir, tout au plus s’intoxiquer davantage.

communiste !!! (affaire des pistolets) ; König n’épargnera pas Kyo : il a perdu sa dignité une fois pour toutes en pleurant quand les Rouges l’on torturé (dominer la torture : thème qui hante Malraux, cf son discours pour Jean Moulin). Son opium : faire perdre leur dignité aux autres. Plus de remords pour Clappique puisque Kyo l’avait sacrifié…

D47-Lirep.219à225 F7-F5- F12 – La Permanence va tomber et nous savons exactement quand elle tombera… – Hemmelrich veut absolument servir la mitrailleuse… il doit y renoncer… et soudain c’est le salut… Dans toute cette série d’actions d’où dépend sa vie il est conduit par une idée… – Et il semble que (p.222) le rythme du livre se ralentisse… Essayez de bien vous représenter la scène : le soldat Kuomintang, les images qui soutiennent la description… Ici encore on peut songer à un art très moderne…

R47 – La Permanence tombera quand les canons de petit calibre pourront tirer : ils le feront quand la mitrailleuse communiste se taira. Désir d’action d’Hemmelrich mais il ne sait pas servir la mitrailleuse. – Le rythme se ralentit : description du cadre qui va permettre l’évasion d’Hemmelrich – lenteur des gestes du soldat “monstrueux insecte” comme venu d’un autre monde, lumière du levant “une ligne de lumière marquait l’arête de son pistolet” – pour Hemmelrich il représente sa souffrance car cet homme n’est pas un mercenaire, il a une foi aussi – la baïonnette : rend

fou Hemmelrich. Comprend soudain qu’il peut échapper à la mort. Il suffit de se déguiser, prendre l’uniforme. En se déguisant il n’est plus communiste. Thème qui va réapparaître.

D48-Lirep.227à236 F3-Kyo en entrant dans la prison est frappé par plusieurs éléments… – Et dans cette situation il a déjà sa règle de conduite… – Cela tient au fait qu’il est “maître de sa mort” nous savons comment… – Ce qui ne signifie pas indifférence car il est des choses qu’il ne peut supporter…

R48 – horreur : lieu (cages) – prisonniers (fou, vieux mandarin) – le gardien – essentiel : survivre – mais Kyo ne peut supporter l’attitude du gardien, l’injustice. D’où son intervention et le coup de fouet : “Il lui sembla… dans sa poche.”

D49 – Relire le même passage F3 – Kyo éprouve des sentiments étranges qu’il lui faut dominer… Et en même temps il lui faut dominer une situation concrète où les détenus jouent un rôle presque aussi important que celui du gardien qui frappe… – Malraux prend bien soin de nuancer le portrait de ce gardien… nous devinons pourquoi… – Kyo propose cinquante dollars au gardien pour épargner le fou… Puis il lui tend la main… Dans quel but ? définir la réaction du gardien.

R49 – “C’était la même horreur… sa propre dépendance.” Kyo ne veut pas être dominé par l’horreur :

D46 – Lire p. 214 à 219
König pourrait aider Clappique dans l’affaire Gisors mais il ne le fera pas pour de multiples raisons… les unes trè simples, les autres beaucoup plus profondes, beaucoup plus personnelles… il y a un mot qu’il ne supporte plus… – Quant à Clappique, il n’a plus aucun remords… nous voyons pourquoi…

R46 – König est quitte de sa dette de sang envers Clappique qui d’ailleurs risque sa vie… comme

F4 – F6 –

appeler le gardien, l’affronter : “son visage… anonymes” : la prison l’a abêti, joie sans dignité à exercer son pouvoir. Kyo promet 50 dollars et tend la main : dominer le gardien, peut-être éveiller en lui une dignité enfouie : “Le gardien hésita… sa table.”

D50-Lirep.232à236 F3-La conversation de König avec Kyo ne se comprend que par rapport à la conversation de König et Clappique… Vous voyez pourquoi… Un mot-clé dans cette conversation… – König menace Kyo d’un supplice qu’il a de bonnes raisons de juger original. Mais Kyo lui échappe…

R50 – But apparent de König : les armes – mais à travers lui : humilier Kyo, il envie sa dignité. Et Kyo l’abaisse à ses propres yeux en croyant que l’appel téléphonique est truqué. Menace : au secret avec dix innocents dont la liberté dépendra de ses aveux. Kyo lui échappe par sa jeunesse et le cyanure (légère invraisemblance : n’a-t-on pas fouillé Kyo ?) – quelques heures au préau : “Peut- être viendrais-je…” Il viendra, on en est sûr.

D51-Lirep.236à240 F6-La situation de Clappique semble désespérée pour diverses raisons… – Tout le passage est écrit sous le signe du déguisement… songeons à la scène du bistrot… – Clappique est devenu marin… mais alors que devient l’homme à ses yeux… voilà qui est intéressant à étudier… – Destination l’Europe. Est-ce la fin de Clappique ? qu’en penser ?

R51 – Clappique sans passeport, sans argent, sans recommandation (signalé comme communiste) – couple d’européens pauvres : l’enfant ne peut passer que s’il est déguisé en paquet de linge sale… association d’idées : Clappique devient marin : “Depuis qu’il avait changé… devenu foule.”… “Il rencontrait… les yeux des autres”. Les autres n’existent pas, c’est le comble dans le domaine du farfelu, accentué par l’extraordinaire conversation qui suit : faire quoi de la vie ? “Il faut introduire les moyens de l’’art dans la vie, mon b’bon non pour en faire de l’art, ah ! bon Dieu non ! mais pour en faire davantage de la vie.” – Europe : une prison. Avait trouvé en Chine le dépaysement, le royaume farfelu, l’aventure. L’Europe ? la clochardisation. Une aide de Ferral qui monte ? peu probable… Ferral a-t-il triomphé ? et que pourrait apporter Clappique à un homme qui ne connaît que les rapports de force brutaux : Clappique n’a rien à offrir.

D52 – Lire p. 240 à 243 (“sauf la douleur”) puis 243 à 246 F5 – F11 – L’atmosphère tragique est faite de plusieurs éléments convergents que nous relevons. – Nous savons maintenant ce que signifiait la section A dont parlait König… Kyo et Katow se retrouvent : nous voyons de quoi est faite leur amitié, mais cette amitié fait partie d’un sentiment plus large… qui donne à la révolution son sens… Le mot-clé du passage explique aussi la mort dramatique et héroïque de Lou- You-Shuen.

R52 – Atmosphère tragique : préau d’école dans le soir et dans la brume – deux cents blessés attendent la mort – même plus la peur mais l’épouvante – le mur, espace vide de trois mêtres – gémissements – odeur – le sifflet : “ils les foutent vivants dans la chaudière de la locomotive”. – Section A : ceux qui sont destinés à la chaudière. “Katow était couché… qui pût être la sienne.” – saisir la grandeur : c’est cela la condition humaine, c’est cela aussi l’art : “On peut aimer que l’on des sens du mot art soit : tenter de donner conscience à des hommes de la grandeur qu’ils ignorent en eux.” (Malraux, préface “Le Temps du mépris”). – Associé d’Hemmelrich : – difficile de mourir ayant une femme et un fils – même attitude digne, comme détachée, que ses compagnons – la vieille culture chinoise peut le soutenir mais elle ne dit plus rien aux autres : personne ne soutient son récit – une chance : il n’est pas le dernier à mourir. Le dernier à mourir meurt seul.

D53-Lirep.246à252 F3-La mort de Kyo est, elle aussi, empreinte d’une grandeur particulière… Nous le voyons à des détails significatifs. – Et sa mort devient non seulement un acte volontaire mais aussi un acte politique… aux conséquences importantes quand on songe au projet de König… – Pourtant tout n’est pas triomphe dans cette mort… il reste sensible à une douleur.

R53 – Kyo : mort sereine, volontaire, japonaise. “Il est beau de mourir de SA mort… un acte”. “Il mourait parmi… on n’est pas seul” – mortdanslefildesavie: “connaissant la sauvage indifférence… sans retour.” – mort qui est un acte politique : “Il écrasa…” Kyo n’est pas destiné à la chaudière mais à la torture, l’humlliation des aveux éventuels car nul ne peut dire qu’il ne parlera pas : ne pas parler ne se conjugue qu’au passé. Il n’oublie pas May : “Il ne reverrait pas… eût été une faute.”

D54 – Lire le même passage F11 – Il y a quelque chose de plus éprouvant dans la situation de Katow après la mort de Kyo… – Mais il est possible peut-être de dominer cette situation… – Et c’est une phrase révélatrice : “Il avait renoncé à tout sauf à dire qu’il n’y en avait que pour deux.”

R54 – avec R55

D55 – Lire le même passage F5 – F11 – Le cyanure est tombé entre les corps… colère de Katow… mais c’est l’occasion de sentir profondément cette fraternité humaine… Nous voyons où et comment… Ainsi la mort n’est plus ce dénouement tragique et sans significationqui attend les hommes… – Et Katow a son triomphe… Nous en précisons la mort et la signification…

R54 – R55 – Katow : rejeté à sa solitude aggravée par les réflexions de Souen… Echapper à cette peur : toujours la dignité mais dignité

partagée cette fois. Il donne son cyanure. Pour que deux camarades meurent dignement il prend le risque d’affronter le supplice en toute lucidité. Orgueil légitime : “Il avait renoncé à tout sauf à dire qu’il n’y en avait que pour deux.” – “Même si nous ne trouvons rien” : expression d’une fraternité qui va au-delà de la reconnaissance : “Katow, lui aussi… sans visage.” – Ainsi la mort a un sens : dépassement définitif de la solitude. Mais Katow triomphe déjà : découverte des cadavres, joie de dire à un ennemi de classe ce qu’il a fait, tout le préau le sait et par là sauve sa dignité. Katow va au supplice : “Toute l’obscurité…avec amour, avec effroi, avec résignation.” Mais ce n’est plus la résignation du mouton qu’on abat.

D56-Lirep.252à255 F8-F9- Nous retrouvons May faisant la toilette funèbre de Kyo… Elle se prend à envier les croyants… Relevons ses réflexions. – Gisors, lui, a un moyen de sortir de sa souffrance… pourtant que fait-il ?

R56 – “Cette mort attendait… entrer en communion.” Gisors sait enfin la fierté qu’éprouvait son fils à son égard – jette l’opium (pour rester digne ?) – aborde de front la souffrance qu’il pourrait éviter si facilement : “comme si cette souffrance…”

D57-Lirep.257à268 F10- Dans le groupe des représentants bancaires Ferral détonne pour toute une série de raisons qu’il nous faut préciser… – D’un autre côté il nous faut préciser l’enjeu… – Précisons-

le davantage en nous demandant ce qu’il y a en Chine derrière le Consortium… – Et nous devinons ce qu’il adviendra du Consortium et de Ferral…

R57 – Ferral : – arrive le dernier – s’évente avec le journal qui l’attaque – pas de décoration – refuse les caramels mous – sent envers lui une hostilité profonde mais feutrée : les femmes, l’opium. C’est un individualiste comme en faisait la Renaissance : “Ferral veut toujours qu’une banque soit une maison de jeu.” – Consortium en perte de vitesse : 250 millions – le gouvernement veut le sauver pour éviter des remous : marché potentiel extraordinaire (les communistes étant écrasés). Le Consortium est sauvé mais Ferral a tout perdu, abattu par son propre système : “Mais il était battu… tout ce qu’il pensait était vain.” : la solution du conquérant n’est pas authentique ; elle est une duperie puisque l’échec laisse désarmé.

D58 – Lire p. 268 à 275. Nous sommes à Kobé (Japon). Sous la répression les principaux héros survivants de cette histoire ont dû fuir… Que sont-ils devenus… ? – F2 : Tchen pensait se survivre par son témoin Peï… s’est-il trompé ? sa solution était-elle possible pour d’autres ? – F5 : Précison le destin d’Hemmelrich…

R58 – Peï n’a pas écrit l’histoire de Tchen : il n’a pas témoigné. Depuis Tchen il y a eu deux morts terroristes et Peï va repartir en Chine comme agitateur. Le terrorisme comme solution de la

condition humaine n’est possible que pour quelques individualités mais non pour l’immense majorité des hommes. – Ajout de 2011. Depuis “La Condition Humaine” (1933) que de bouleversements : Seconde Guerre Mondiale, Révolution Chinoise, guerres de Corée, du Vietnam, conflit israélo- palestinien, émergence d’un terrorisme islamiste avec les attentats du 11 septembre 2001. Tchen a donc eu des successeurs aux motivations radicalement différentes. Ils n’ont plus le cerveau vide de Tchen. Leur nihilisme se construit à partir d’un islamisme dévoyé. – Hemmelrich : dignité dans le travail de tourneur ; sa vie prend un nouveau sens.

D59 – Lire le même passage. F8 : Gisors pourrait venger son fils. Nous voyons comment. – Pourtant il refuse bien qu’il n’oublie pas les souffrances des coolies… Nous relevons ses raisons… – Mais outre cela il y a son retour au Japon et sa conception de l’amour…

R59 – Gisors : aller à Moscou à l’institut Sun-Yat-Sen mais “Gisors est lié à la révolution par attachement pour son fils mais non pour des raisons idéologiques”. (L. Goldmann) – sa solution : professeur de l’art occidental : dépaysement, musique, opium. Pour lui tout est mort. Il reste au plan individuel – démission : “Tous souffrent… mais avec l’opium.” – Le Japon pour lui c’est l’amour, valeur profonde de Gisors. En Kyo il aimait encore sa femme. Amour qui rejoint celui de Kyo pour May. “Lui avait aimé… une poignante douceur”.

D60 – Lire le même passage. – F9 : May a trouvé sa solution. Définissons-la. Pourtant Gisors lui laisse entrevoir un autre avenir… – L’adieu de Gisors, si exactement semblable à celui de Kyo, remue en elle des souvenirs… – Ce bref passage mérite que nous nous y arrêtions…

R60 – May : agitatrice ou médecin en Sibérie. “Il faut aimer les vivants et non les morts” dit Gisors – elle refera sa vie. Kyo l’avait voulu mais “ce n’est pas une raison pour appeler” la vie, dit May. – adieu de Gisors si exactement semblable à celui de Kyo… “Je ne pleure plus guère, maintenant” mais un grand vide. – L’action révolutionnaire comblera en partie ce vide en attendant qu’elle retrouve son équilibre personnel plus tard, bien plus tard… La solution ici encore est l’action et la fraternité révolutionnaire.

Roger et alii Retorica
(60.000 caractères)

 

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