17 LIT Prévost Abbé Manon Lescault 1990

 

Ce dossier sur « Manon Lescaut » de l’abbé Prévost appartient à la section 17 LITtérature même s’il lui arrive de la déborder. On en fait ce qu’on veut. Roger. 31 août 2015

Plan du dossier :

  1. Préliminaires oral bac
  2. Prévost Biographie
  3. Résumé montage
  4. Etude je-nous-dicte
  5. Rencontre
  6. Désillusion
  7. Serment
  8. Colère
  9. Mort
  10. Jansénisme
  11. Argent Famille
  12. Mythe Montesquieu
  13. Femme et littérature

 

  1. Préliminaires oral bac

Préliminaires

« Vous lisez « Manon Lescaut » la plume à la main. Ce qui signifie :

– noter au crayon des croix dans les marges

– souligner des passages

– noter des citations dans le cahier-répertoire

– préparer des interventions sur des feuilles volantes (a6)

 

Pendant trois heures nous ferons la synthèse de cette lecture. C’est-à-dire que vous serez interrogés et que vous devrez trouver quelque chose à dire.

Vous serez interrogé quatre fois. Chacune de vos interventions sera notée sur 5. Si vous ne dites rien vous aurez 0.

Les directions d’interventions seront les suivantes :

LMM : lieux, milieux (sociaux), mentalités

CCC : comportements, caractères, conflits

ENL : écrivain, narrateur, lecteur.

Nous prendrons ensemble des notes sur les interventions et nous ordonnerons ensuite ces remarques en synthèse.

L’édition recommandée est Folio Gallimard ou Garnier Flammarion.

L’amener en classe à chacune des séances

Roger (12 juillet 2015) :  La brutalité de ces consignes peut étonner  qui les lit, moi le premier qui les relit.  Il faut rappeler le contexte. J’ai étudié le roman « Manon Lescaut »  pendant plusieurs années dans une classe de 1ère F 3 avec un horaire réduit (3 heures par semaine), des élèves pas forcément motivés et la nécessité de réserver une part significative à  l’expression personnelle. Il fallait donc faire vite, sans pertes de temps, ni tâtonnements inutiles. D’où ces multiples traces avec plusieurs classes.  Cette méthode plaisait aux élèves et ils le disaient dans les a6 remis au conseil de français. Je n’en ai pas gardé trace et c’est bien dommage.   D’après mes souvenirs –  sur une échelle tf, fa, med, ab, bi, tb – les appréciations tournaient autour de ab.  L’œuvre n’était pas forcément bouclée dans ses lectures méthodiques et ses questions d’ensemble (voir plus bas). Peu importait du reste.  Une harmonisation entre correcteurs n’était guère possible et il n’y a jamais eu de réflexion collective sur ce que pouvait être un enseignement cohérent du français. Moi-même je n’y suis arrivé qu’une vingtaine d’année après ma retraite et je ne prétends pas avoir raison. Dans le feu de l’action, je faisais comme les copains, j’essayais de survivre et de me « sortir du caca ». Je réservais alors le 40mots et le 200mots à l’expression personnelle. Je les étends désormais à d’autres travaux :

la lecture méthodique sur des textes littéraires de 50 mots m’a paru trop lourde à manier. Je la pratique désormais sur 40 mots et je la réduis pour la longueur à 200 mots : nom de code 40 mots > 200 mots.

la question d’ensemble m’a paru elle même trop longue dans ses aspirations. Je la réduisais déjà à une question simple à traiter en 200 mots.  Je l’appelle pp3 (prise de parole en 3 mn) ou 180 sec.

Le problème de fond c’est le « plaisir à la lecture ». Je n’y crois guère pour des œuvres inscrites au programme de la classe et donc prises – qu’on le veuille ou non – dans un carcan méthodologique étroit. Ce plaisir est destiné à venir plus tard, bien plus tard, quand la vie d’adulte a fait son œuvre : la « culture, c’est ce qui reste quand on a tout oublié » selon la formule d’Edouard Herriot.

Oral bac

 

  1. A) Lecture méthodique.

 

Choisissez une de ces séquences.

Dans cette séquence choisissez 10 lignes.

Expliquez-les.

 

  1. (1.1-,1.2,1.3) Depuis “Je suis obligé de faire remonter mon lecteur…” jusqu’à “…vers le fond de l’abîme.” (L de P, p. 5-40, 35 pages)___
  2. (1.4) Depuis “J’avais passé près d’un an à Paris…” jusqu’à “…la plus rigoureusement punie.” (L de P p. 40 à 77)___
  3. (1.5) Depuis “M. de G… M… ne tarda pas…” jusqu’à “…Fin de la première partie”. (L de P, p.77-120)___
  4. (2.1) Depuis “Ma présence et les politesses…” jusqu’à “….je serai libre” (L de P, p. 120-168)__
  5. (2.2) Depuis “Nous arrivâmes à la prison…” jusqu’à “… pour un ami malheureux” (L de P p.168-195)__
  6. (2.3) Depuis “Nous mîmes à la voile…” jusqu’à “…Fin de la deuxième partie” (L de P p. 195- 217)__

 

  1. B) Question d’ensemble.

 

Choisissez une prise de parole. Traitez-la oralement, au magnétophone ou  par écrit.

Pour préparer la question d’ensemble relevez dans « Manon Lescaut » une vingtaine de citations intelligentes d’environ quatre lignes chacune. Apprenez ces citations.

 

  1. Des Grieux est-il un personnage naïf ou un honnête homme lucide ?___
  2. Dégagez les grands traits de la vie quotidienne sous la Régence___
  3. Comment Manon aime-t-elle des Grieux ?___
  4. Comment se manifeste le libertinage dans « Manon Lescaut » ?___

5 Analysez le rôle de l’argent dans « Manon Lescaut »___

  1. En quoi « Manon Lescaut » est-il une œuvre janséniste ?__
  2. En quoi « Manon Lescaut » annonce-t-il le romantisme ? __
  3. Analysez le conflit entre la nature et la société dans « Manon Lescaut ».___
  4. En quoi le personnage de Tiberge est-il   intéressant ? ___

 

Roger (12 juillet 2015) : J’ai gardé quelques notes venues d’une 1°F3, vers 1990,  pas spécialement littéraire, c’est le moins qu’on puisse dire.

Lecture méthodique : 11/20, 10/20, 8/20, 7/20, 10/20

Question d’ensemble : 7/20, 10/20, 12/20

En général seul 1/3 de la classe atteignait 10/20 et au-delà dans ces types d’exercices. Le jour du bac ils obtenaient 1 ou 2 points de plus, ce qui suffisait à leur bonheur et donc au mien.

 

Roger et Alii
Retorica
(900 mots, 5.400 caractères)

 

  1. Biographie

 

Abbé PREVOST (1697-1763) Biographie

 

Antoine-François Prévost d’Exiles, dit l’abbé Prévost est le troisième fils d’un conseiller et procureur du roi à Hesdin en Artois. C’est un père « tendre et rigide« . Une fille et deux autres garçons naissent après lui. Les deux frères aînés embrassent la carrière ecclésiastique. En 1711, à 14 ans, il éprouve un double choc affectif : la mort de sa mère et celle de sa soeur,  âgée de 13 ans, qu’il adorait.

 

Elève chez les Jésuites. S’engage à 16 ans dans l’armée. Querelle avec son père au sujet d’une maîtresse. Jusqu’à 23 ans (1720) tantôt les armes, tantôt l’étude… et une désertion en Hollande. Il parle d’un « engagement trop tendre » et d’une « malheureuse fin ». 1721. Il entre chez les Bénédictins mais « Ce coeur si vif était encore brñlant sous la cendre ». Ordonné prêtre. Il médite sur le cœur humain, fait des sermons pathétiques,c ommence à écrire son roman-fleuve: « Mémoires et aventures d’un homme de qualité qui s’est retiré du monde« . Graves démêlés avec les autorités religieuses.

 

  1. Il fuit son ordre, se réfugie en Angleterre, y mène une vie aisée et digne comme précepteur du fils d’un aristocrate anglais… dont il épouserait bien la fille ! Mariage impossible. Il repasse en Hollande, travaille à plusieurs romans à la fois et publie au printemps 1731 « Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut« (fragment de 200 pages du tome VII des « Mémoires d’un homme de qualité »). Liaison avec une aventurière, démêlés avec des librairies, ruine. Repasse en Angleterre. Faux en écriture, Echappe à la potence. « Manon Lescaut » condamnée au feu à Paris. Lance un périodique à Paris « Pour et Contre« .

 

  1. Revient à Paris, se cache, pardonné par le pape Clément XII. Fréquente les salons parisiens de pensée libre. « Manon Lescaut » de nouveau saisie. 1736 protégé par le prince de Conti dont il est devenu l’aumônier. 1740 « Cleveland »: gros soccès. Thèmes récurrents : pourquoi l’amour est-il maudit ? Pourquoi le ciel punit-il les bonnes intentions ?

 

1740 « Histoire d’une Grecque moderne », 1746 à 1759 « Histoire des voyages » en 15 volumes. Période stable, sans souci d’argent grâce à la protection du prince de Conti dont il est l’aumonier depuis 1736. Il rencontre souvent J.J. Rousseau fervent lecteur de « Cleveland« .

 

  1. Arrêt de sa production car son protecteur lui demande d’écrire l’histoire de la maison de Condé et de Conti. Il est de nouveau aux prises avec les soucis d’argent et de l’écriture forcée.

 

En 1763, à 66 ans, il meurt d’apoplexie en forêt de Chantilly, au retour d’une visite aux Bénédictins ses voisins. Ceux-ci achètent au curé de son village le droit de l’enterrer dans l’église de leur prieuré.

Amoureux et théologien il pense que sous l’effet du péché originel les passions nous entraînent dans l’erreur d’adorer la créature au lieu du créateur. Mystère que ses romans fleuves essaient de percer.

(471 mots)

 

Roger (19 juillet 2015) :  Je rédigeais avec beaucoup de soin les biographies qui introduisaient l’étude d’une œuvre.  Je les donnais en polycopiés numérotés pour le classeur de français. J’avais un classeur identique à celui des élèves. Donc lecture commune et même relecture de cette fiche. Débat oral et silencieux (a6) avec un « je-nous-dicte » immédiat.

 

Roger et Alii
Retorica
(540 mots, 3.300 caractères)

 

  1. Résumé Montage

 

PREVOST « MANON LESCAUT » (1731) résumé -montage

 

Le titre exact est « Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut« . Le titre complet centre donc l’histoire sur le couple et non sur le seul personnage de Manon .Environ 200 pages. Repérages à adapter selon les éditions : ici Livre de Poche n¯460. « Avis de l’auteur » (p.1 à 4)

« Il verra, dans la conduite de M. des Grieux, un exemple terrible de la force des passions. J’ai à peindre un jeune aveugle, qui refuse d’être heureux, pour se précipiter volontairement dans les dernières infortunes ; qui, avec toutes les qualités dont se forme le plus brillant mérite, préfère, par choix, une vie obscure et vagabonde, à tous les avantages de la fortune et de la nature ; qui prévoit ses malheurs, sans vouloir les éviter ; qui les sent et qui en est accablé, sans profiter des remèdes qu’on lui offre sans cesse et qui peuvent à tous moments les finir ; enfin un caractère ambigu, un mélange de vertus et de vices, un contraste perpétuel de bons sentiments et d’actions mauvaises. Tel est le fond du tableau que je présente. »

 

PREMIERE PARTIE

 

1.1 « Je suis obligé de faire remonter mon lecteur… » Le narrateur, l’homme de qualité rencontre en 1718 à Pacy-sur-Eure un convoi de filles de joie que l’on déporte en Louisiane (ceci se fait depuis 1717). Le jeune chevalier des Grieux suit, affligé, ce convoi dans lequel se trouve sa maîtresse, manifestement une personne de qualité. Emu de compassion le narrateur donne quatre puis deux louis d’or  pour aider le jeune homme (1 louis d’or = 24-34 livres ou francs, un ouvrier gagne une livre par jour, un écu = 3 livres, une pistole = 10 livres). (p.5 à 10)

1.2 « Etant retourné à ma solitude… » Deux ans plus tard, en 1720, l' »homme de qualité rencontre de nouveau des Grieux à Calais. Il revient d’Amérique seul et en mauvais état. Des Grieux lui raconte son histoire. L’homme de qualité la retranscrit presque aussitôt (p.10 à 12)

1.3 « J’avais dix-sept ans… » Changement de narrateur : c’est des Grieux qui parle. Alors qu’il se dirige vers Amiens pour terminer ses études et devenir prêtre, des Grieux rencontre Manon dans une auberge le 28 juillet (?) 1715. Sa famille l’envoie dans un couvent d’Amiens pour arrêter « son penchant au plaisir ». Coup de foudre. Les deux jeunes gens passent douze jours passionnés dans le Paris de la Régence. Puis Manon le trompe avec un fermier général, M. de B…, car elle a besoin d’argent. Elle livre le chevalier à sa famille. Il reste enfermé six mois. Son ami Tiberge l’aide à retrouver le droit chemin. Il reprend ses études à Paris cette fois, le cœur apparemment calmé (p.9-40)

1.4 « J’avais passé près d’un an à Paris« . Lors d’un exercice public il revoit Manon  deux ans après (1717) ! Elle lui explique pourquoi elle a cédé au fermier général. Elle l’enlève. Elle a 18 ans et 60.000 livres (francs) soutirés à M. de B… Avec cela ils pourraient tenir 10 ans en vivant à Chaillot d’une manière simple. Mais en 1717, Lescaut, frère de Manon et militaire louche, débarque chez eux. Les 20.000 écus disparaissent lors d’un incendie. Tiberge prête 100 pistoles à des Grieux. Nouveau vol.  Lescaut apprend à des Grieux à tricher aux cartes. Au printemps 1718, le frère encourage Manon, sa sœur, à se laisser entretenir par M. de G… M… Manon disparaît laissant une lettre : « Je travaille pour rendre mon Chevalier riche et heureux ». Lescaut lui promet ainsi 400 livres par mois ! Honte de des Grieux mais il reverra Manon en se faisant passer pour son frère ! Ils dupent M. de G… M… et s’enfuient (p.40 à 77).

1.5 « M. de G… M… ne tarda pas longtemps… » Mais M. de G… M… a des relations. Des Grieux se retrouve enfermé à Saint-Lazare à Pâques 1718. Il y joue les hypocrites, feint de se repentir près de M. de G… M…, reçoit la visite de Tiberge puis de Lescaut qui lui laisse un pistolet. Manon est à l’Hôpital Général. Il s’échappe de Saint-Lazare et tue un homme. Il manœuvre habilement grâce à un M. de T…qu’il a su attendrir. Il délivre Manon. Lescaut meurt, abattu par un inconnu. Les amants se réfugient à Chaillot. Tiberge et M. de T… aident des Grieux. Le récit a duré plus d’une heure et des Grieux doit le poursuivre après le souper. Des Grieux a 20 ans et Manon 19. (p.77 à 120)

 

DEUXIEME PARTIE

 

2.1 « Ma présence et les politesses de M. de T… » Le couple semble se stabiliser malgré la cour qu’un étranger fait à Manon mais le fils de M. de G… M… (dont M. de T… est un ami) descend à l’auberge de Chaillot et s’éprend de Manon avec qui il est prêt à partager 40.000 livres de rente. Manon feint de mettre au point un stratagème pour le dépouiller mais en fait elle éloigne son chevalier et lui offre une courtisane pour le distraire. Tant de cynisme le révolte. Avec l’aide de M. de T. il la retrouve, s’emporte contre elle ; elle s’explique : « la fidélité que je souhaite de vous est celle du cœur ». Des Grieux enlève le jeune G… M… mais le père de ce dernier fait intervenir le guet. Les amants se retrouvent en prison,  été 1718 (p.120 à 168).

 

2.2 « Nous arrivâmes à la prison… » Le père vient visiter son fils. Celui-ci lui avoue toutes ses erreurs et les minimise en les comparant avec des exemples célèbres. Le père négocie la liberté de son fils contre le départ de Manon en Louisiane. Tiberge et M. de T… ne peuvent l’aider,  G… M… pourrait le faire mais craint son père. Un garde, ami de Lescaut aide des Grieux à organiser une attaque du guet sur le chemin de la déportation de Manon : elle échoue. Les archers le laissent en compagnie de sa maîtresse mais se font  de plus en plus exigeants. Heureusement qu’à Passy l’homme de qualité lui fournit du secours. Des Grieux embarque au Havre avec le convoi. (p.168 à 195).

2.3 « Nous mîmes à la voile… »Arrivée à la Nouvelle-Orléans. Des Grieux fait passer Manon pour sa femme, ce qui lui évite d’être donnée à un colon. Le Gouverneur les protège. Ils mènent dix mois de vie heureuse et décident de se marier. Catastrophe ! Synnelet, le neveu du Gouverneur, veut épouser Manon. Ils se battent. Des Grieux pense l’avoir tué. Lui-même est blessé. Les amants fuient dans le désert. Elle meurt d’épuisement. Des Grieux a encore la force de l’enterrer. (p.196 à 214)

2.4 « Après ce que vous venez d’entendre… » Synnelet est vivant. Lors du procès de des Grieux il intervient en faveur de son rival. Des Grieux libre attend le bateau qui passe tous les ans. Six semaines plus tard, il voit débarquer Tiberge, passé par bien des aventures. Deux mois après ils rentrent en France. Débarqué au Havre des Grieux apprend la mort de son père et s’en juge responsable. (p.214 à  217).

 

Roger (19 juillet 2015) : Je donnai aux élèves ce résumé-montage de lecture pour études personnelle et collective Les phrases en italique correspondent aux débuts des paragraphes, ce qui permet des repérages rapides quelles que soient les éditions.

 

Roger et Alii
Retorica
(1210 mots)

 

 

  1. Etude je-nous-dicte

 

PRÉVOST MANON étude je-nous-dicte

 

C’est une œuvre de MORALE. L’abbé Prévost écrit : « Il verra,  dans la conduite de M. des Grieux, un exemple terrible de la force des passions. »

Attirance de « l’homme de qualité » pour Manon Lescaut, pour le chevalier des Grieux et pour leur amour. Le désir de sortir une prostituée de son milieu est un thème nouveau dans la littérature mais appelé à un grand développement : « La dame aux camélias » d’Alexandre Dumas fils (La Traviata), « Pretty Woman ». Ce thème est éminemment tragique et romantique. En principe il se termine par la mort de la jeune femme.

On commence par la fin du livre ou presque et c’est le premier narrateur qui parle. Jeu triangulaire complexe autour de l’argent. Des Grieux donne de l’argent aux archers et l’homme de qualité donne 4 louis à des Grieux.

Des Grieux est décidé à aller jusqu’aux Amériques  pour satisfaire sa passion. Tout cela est vraiment scandaleux pour le XVIII° siècle.

Deux ans après, tout-à-fait par hasard, l’homme de qualité revient le chevalier des Grieux, retour des Amériques et fort mal en point. Pour l’instant, il y a donc une ellipse du récit. Puis le chevalier va raconter son aventure en la commençant par le début. Le 1er narrateur cède donc sa place au 2ieme narrateur. Pourquoi 2 narrateurs ?
– pour accentuer la véracité de l’histoire ;
– le 1er narrateur fait le portrait physique et moral du 2ième  narrateur que celui-ci ne pourrait faire lui-même.
Cette technique est indispensable quand le romancier travaille en focalisation interne.

La rencontre avec Manon :

–       son penchant au plaisir

–       sa passivité

–       son appel à l’aide mais non dit,  sous-entendu

–       le coup de foudre

–       le chevalier incrimine sa destinée

Ils vont fuir ensemble : il a 50 écus, elle en a le double (100 écus). 50 + 100 louis = 150 x 30 = 4.500 livres pour quelques (4 semaines) = 150 fr par jour ! Par jour chacun consomme 50 fois le salaire journalier d’un ouvrier.

Le chevalier ne juge pas Manon et pourtant il dit qu’elle avait du penchant au plaisir.

Le narrateur juge sa conduite d’il y a deux ans et il la raconte avec du recul tout en la revivant. Il se projette constamment dans le passé quand il le raconte mais en même temps il en tire les leçons et se juge sévèrement.

Manon ne veut pas épouser le chevalier alors que par le mariage elle changerait de condition sociale : de bourgeoise elle deviendrait une aristocrate. Elle refuse donc le jeu de la promotion sociale peut-être parce qu’elle n’a que 16 ans. Elle esr soucieuse de sa liberté.

Elle le trompe avec M. de B. et avec tant d’intelligence qu’il ne s’en aperçoit pas. Série de mystères sur le comportement de Manon :  amour ou compassion ?  Son père à lui le fait enlever par trois hommes. Sur le chemin du retour, il se retrouve dans la même auberge, les gens le reconnaissent et commentent l’événement. L’opinion publique  leur est favorable : « Les pauvres enfants, comme ils se caressaient ! Pardi, c’est dommage qu’on les ait séparés. » (p. 28) Son père lui prouve qu’elle l’a aimé 12 jours ! Le chevalier pleure beaucoup et veut tuer B.

Le père qui est profondément bon propose à son fils de le marier à une fille  qui ressemblera à Manon mais qui sera plus fidèle.

Le chevalier enfermé pendant six mois.

Tiberge lui explique qu’il est vertueux grâce à la réflexion et il fait un retour en arrière pour raconter son inquiétude après la disparition du chevalier. Des Grieux se réconstruit une idée du bonheur faite d’étude, de lectures, d’amis. Bref il reprend goût à une vie tranquille.

Plusieurs moins plus tard, il doit faire un exercice public en théologie. Or Manon demande à le voir. Elle l’a vu à l’exercice public. Elle est toujours amoureuse de lui. Il lui reproche sa perfidie. Elle pleure à chaudes larmes, la reconnaît. Il décide de fuir à nouveau avec elle.

  1. est un fermier général c’est-à-dire un collecteur d’impôts très important et très riche.  Il fuit avec elle : elle emporte 60.000 fr obtenus en deux ans du fermier général. 60.000 fr peuvent permettre de vivre pendant 10 ans.Le chevalier spécule sur la mort de son père non parce qu’il ne l’aime pas mais parce que l’amour pour Manon lui fait oublier tous ses devoirs. A l’approche de l’hiver Manon s’ennuie à Chaillot et veut revenir à Paris, d’où des dépenses.

Rencontre du frère de Manon. Le frère vit à leurs crochets. La maison de Chaillot brûle et la caisse disparaît. Ils sont totalement ruinés. Le chevalier se console vite. Il suffit de savoir profiter de l’argent des grands.  Il va consulter Lescaut : « Une fille comme elle devrait nous entretenir vous, elle et moi. » Le chevalier refuse. Lescaut lui propose de devenir gigolo.  Nouveau refus car le chevalier  veut rester fidèle à Manon. Seule solution : tricher au jeu et Lescaut va le former.

Dans l’immédiat le chevalier a besoin d’argent. Il fait appel à Tiberge. Tiberge hésite à l’aider car il se fait ainsi le complice de la mauvaise conduite de son ami.  Mais il juge que le chevalier est momentanément un malade mental qu’il faut aider et non accabler. Il lui prête 100 pistoles, c’est-à-dire 1000 fr qu’il est lui-même obligé d’emprunter.

Manon   n’aime pas l’argent mais les plaisirs qu’il procure. Si on pouvait se divertir sans argent, Manon le ferait volontiers. Le chevalier devient rapidement un excellent joueur professionnel. Il gagne beaucoup  d’argent.

Le chevalier revoir Tiberge et l’invite à n’être pas plus scrupuleux  que beaucoup d’évêques et de prêtres qui ont des maîtresses : critique sociale du clergé. Tiberge a été remboursé mais il prédit les pires malheurs à son ami.

La servante et le valet des jeunes amants les dévalisent. Ils sont ruinés.

Le frère Lescaut leur conseille de recourir à M. de G.M : Manon accepte ; elle laisse une lettre à son chevalier :

1/ elle ne le trompe pas mais elle a peur de mourir de faim.

2/ « je travaille pour rendre mon chevalier riche et heureux »

Lescaut apprend à d.G qu’il passera près de G.M pour le petit frère de Manon. Donc on entre dans une scène de comédie. Ainsi des Grieux ne sera pas séparé de Manon mais il sera obligé de supporter la vue des assiduités de G.M.  Situation intolérable !

Gêne de d.G qui se fait l’effet  de passer pour un maquereau et qui regrette bien de n’avoir pas épousé Manon en faisant la paix avec son père. En fait il rêve : d’une part Manon ne veut pas épouser le chevalier, d’autre part son père ne voudrait pas de cette union.

A cette époque ce sont les parents qui marient les enfants. Les mariages conclus contre le consentement des parents sont  l’objet  d’une réprobation quasi-générale. Après la Révolution et le Romantisme tout va changer et on va vanter les mariages d’amour.

Des Grieux passe dont aux yeux des lecteurs du XVIII° siècle pour un imbécile sympathique. A l’époque on se méfie de la passion ; on pense que l’accord des caractères et des conditions est bien plus important.  La passion se termine mal.

Ils trompent M de G.M : à la fin du souper Manon se sauve avec les bijoux et les trois complices parlent en carrosse.

Comme M. de G.M a le bras long  comme fermier général, il   ne tarde pas à les faire arrêter non comme criminels mais comme de fieffés LIBERTINS (p. 77 L de P)

Les libertins c’étaient des gens qui prenaient des libertés avec la religion et les mœurs. C’était une accusation grave qui pouvait mener en prison et même à l’échafaud. Manon est enfermée à l’Hôpital. Des Grieux est enfermé, lui, à Saint Lazare.

« Je me mis à verser un ruisseau de larmes, avec toutes les marques d’un affreux désespoir. Je ne pouvais me consoler d’une humiliation qui allait me rendre la fable de toutes les personnes de ma connaissance, et la honte de ma famille. »

– don des larmes et pré-romantisme

– mais ce qui domine c’est le sentiment de l’honneur : des Grieux n’existe que par les autres. Il ne pleure pas ses malheurs mais la perte de considération.

– il se sent au-dessus du vulgaire

Un peu hypocritement le chevalier se remet à l’étude. Le supérieur en est ému et en informe M. de G.M lequel souhaite le rencontrer. Le chevalier est prêt à étrangler M. de G.M mais le supérieur prend sa défense sans y insister puisque c’est le narrateur, le chevalier qui souligne la séduction qu’il exerce sur le supérieur… et d’autres personnes. Or cette séduction c’est aussi celle de Manon…

Tiberge vient visiter son ami et nous avons une belle discussion théologique sur les mérites comparés de l’amour charnel et de l’amour divin. Le chevalier explique à Tiberge qu’il ne peut résister à l’amour de Manon et celui-ci juge que c’est une idée janséniste : Dieu sait par avance qui sera sauvé et qui sera damné car c’est lui qui envoie les passions. Les Jansénistes de Port-Royal avaient été les maîtres de Racine. Pascal les avait défendu dans les « Provinciales ». Ils s’étaient opposés au pouvoir royal et aux Jésuites.  Tiberge est ému de pitié pour cette passion fatale et il accepte de porter la lettre à Lescaut.

Des Grieux se retrouve avec un mort sur les bras. Avec Lescaut ils vont délivrer Manon d’une manière rocambolesque. Mais pour l’enlever il faut des complicités et des Grieux lie amitié avec M. de J. fils d’un des administrateurs de l’Hôpital général.

  1. de J. facilite la rencontre à l’hôpital de d.G et de Manon : il met au dessus de tout la passion : « Il n’y a point de sort glorieux auquel je ne préférasse une maîtresse si belle et si passionnée ».

D.G libère Manon mais il a des ennuis avec un cocher auquel il a promis imprudemment un louis d’or, c’est-à-dire 24 livres ou un mois de salaire. Lescaut refuse de payer la course, bat le cocher, lequel promet de se venger.

Le drame arrive : Lescaut se fait tuer par un compagnon de jeu qu’il avait trop facilement dépouillé. Situation dramatique pour les amants : ils ont plusieurs affaires sur les bras et pas d’argent.

Comportement de Manon expliqué par des Grieux : « …elle était encore plus volage, ou plutôt ELLE N’ETAIT PLUS RIEN, ET ELLE NE SE RECONNAISSAIT PLUS ELLE-MEME, lorsque, ayant devant les yeux des femmes qui vivaient dans l’abondance elle se trouvait dans la pauvreté et le besoin. » Donc Manon n’existe que par le désir d’être comme les autres femmes. Or c’est un comportement général, nous fonctionnons avec la comparaison, l’envie, la jalousie, le désir d’être au moins comme les autres et peut-être plus qu’eux. Or Manon n’a pas conscience d’être ainsi. C’est pourquoi c’est une personnalité vide qui perd la tête et ne se reconnaît plus elle-même. Dans son état de manque, elle est comme folle, pas folle de son corps mais folle de désir de paraître. Elle est alors aliénée, étrangère à elle-même. Ce n’est pas de sa faute. Il faudrait qu’elle change de contexte. Manon est malade et ils manquent d’argent. Il n’ose pas demander du secours à M. de J. Il se tourne vers Tiberge. Celui-ci lui apprend qu’il n’est pas recherché. M. de T. lui apprend les circonstances de la mort de Lescaut et l’aide financièrement dans ses achats.

Fin de la première partie. Le récit aurait duré une heure,  ce qui correspond  à 120 pages sur 240.

 

Notes additionnelles A et B

  1. Le triangle Jansénistes – Jésuites – libertins. Les deux premiers veulent convertir les 3°.

Jansénistes : rigoristes mais compatissants, amour passion fatale et que Dieu punit s’il veut.

Libertins : Dieu n’existe peut-être pas, s’adonner à la passion avec modération ( ?) Jésuites : L’homme doit pouvoir dominer l’amour et s’il le fait il sauve son âme. L’essentiel est la bonne intention.

  1. Les jeunes sont très vulnérables de ce point de vue (du contexte). Manon, personnage jeune et fascinant car très marquée par les travers sociaux qui la frappent de plein fouet. Cf jeunes de banlieues : certains apparemment sans morale mais rongés de désirs artificiellement créés par la société.

 

2° partie.

Ils sont à Chaillot. Il rejoue dans des cercles moins décriés. La vie est tranquille. Manon aime jouer avec les cheveux du chevalier. Un prince italien veut la courtiser.  Déclaration tout-à-fait étonnante.

Malheureusement le jeune G.M s’éprend d’elle. Elle accepte ses avances. Et pire, elle envoie à des Grieux une fille accompagnée d’un mot. Donc cynisme de Manon. Il réfléchit et conclut que c’est de la compassion et il décide d’aller la voir. Scène à la fois violente et attendrissante. Tous les deux mettent au point un stratagème pour tromper le jeune G.M et obtenir une rançon du vieux G.M. Mais celui-ci a prévenu le guet. Et ils se retrouvent en prison. Manon arrêtée deux fois et considérée comme prostituée va partir en Louisiane.

De Grieux perd tout son argent en essayant de libérer Manon. Mais il réussit à s’embarquer avec elle.

L’erreur de des Grieux c’est de vouloir régulariser sa situation. Il y a une très forte critique sociale y compris contre l’Eglise puisque l’aumônier  de la colonie vient lui-même lui porter la mauvaise nouvelle. L’aumônier se soumet au gouverneur qui a tous les pouvoirs et qui lui-même n’ose rien refuser à son neveu.

Chaque fois qu’ils font une bêtise c’est poussés par la passion qu’ils ont l’un pour l’autre, d’où le pré-romantisme.

Manon a-t-elle mûri ? peut-être pas mais elle retrouve son équilibre dans la nature.

Leur retour vers la religion s’explique par le fait que dans la nature on est spontanément croyant, d’où le désir du chevalier de régulariser leur situation.

Manon meurt d’une manière douce,  naturelle, presque en dormant. Elle meurt d’épuisement.

 

Difficultés du style (débat je-nous-dicte)

Le début commence par la fin. Nous avons deux narrateurs et un système de récits emboîtés.

Pourquoi  commencer la 2° partie à ce moment-là ? La mort violente du frère de Manon marque la fin de la 1° partie. Avec lui les amants perdent un parent encombrant mais plein de ressources. Cette fois ils sont vraiment seuls dans un monde hostile. Mais c’est le moment où survient T de T.

Pourquoi faire 2 parties ? Parce que le récit n’est pas divisé en  chapitres. Il se présente comme une confidence rapportée. Et il faut donner à l’homme de qualité le temps de se désaltérer. On suppose que le récit dure une heure + une heure, soit 120 p + 120 p = 200 pages dans les éditions courantes

 

Remarques diverses (hors le je-nous-dicte)

 

Qui parle ? l’abbé Prévost ou des Grieux :

« J’ai remarqué, dans toute ma vie, que le ciel a toujours choisi, pour me frapper de ses plus rudes châtiments,  le temps où ma fortune me semblait la mieux établie. »

 

Rôle fondamental de l’argent.

 

Nouvelle-Orléans : « C’est ici qu’on s’aime sans intérêt, sans jalousie, sans inconstance. Nos compatriotes y viennent chercher de l’or ; ils ne s’imaginent pas  que nous y avons trouvé des trésors bien plus estimables. »  Vision fausse : Synnelet attiré par Manon, apprend qu’elle est juridiquement libre et en revendique la possession.  Voir René Girard : « Mensonge romantique et  vérité romanesque » ( Grasset 1961 Livre de Poche) : L’hommes est incapable de désirer par lui-même. Il faut que l’objet de son désir lui soit indiqué par un autre.

 

Le quatuor et son jeu d’oppositions :

Manon et son frère : signe négatif

Tiberge : signe positif

Des Grieux : indécis, ni positif ni négatif

 

Le rôle du déguisement

Le chevalier feint la guérison devant son père

Il se fait passer pour le frère cadet de Manon chez M. de G.M.

Il joue l’hypocrite devant le supérieur de Saint-Lazare.

Evasion de Manon déguisée en homme

 

Alternance des moments d’amour et de désespoir ou pair (1, 3, 5…) et impair (2, 4, 6…)

  1. Amour à Paris
  2. Aventure avec M. de B
  3. Ils se retrouvent
  4. Manon chez M. de G.M puis à l’Hôpital tandis que le chevalier est à Saint-Lazare. Evasion
  5. Amour
  6. Fils de M. de G.M exil en Amérique
  7. Amour à la Nouvelle-Orléans
  8. Synnelet veut épouser Manon
  9. Mort de Manon au désert

Progression de l’angoisse et de la mort

 

Arrêt de la narration au souper

Sentiment que le récit est raconté, donc effet de réel.

Fin du livre : les pensées sont celles du narrateur et non celles de l’auteur.

 

Conflit estime/amour : « Il est certain que je ne l’estimais plus » (…) « C’était un mouvement involontaire qui me faisait prendre le parti de mon infidèle » cf Madame de Sévigné : « J’aime M. de Sévigné mais je ne l’estime pas. Il m’estime mais ne m’aime pas. »

 

Les classes sociales  Les fermiers généraux / noblesse de robe  / noblesse d’épée / bourgeoisie / petite bourgeoisie /  gens du peuple (valets, cochers) / aventuriers et déclassés vivant du jeu. Le narrateur (l’homme de qualité) sympathise avec le chevalier car celui-ci issu de la petite noblesse reste lui aussi un homme de qualité.

 

Climat d’insécurité dont le sommet est la mort de Lescaut.

 

L’Eglise éduque les jeunes genscomme Tiberge et le chevalier. Echec pour ce dernier ? Trop vite dit. Sitôt morte Manon, il retrouve la raison… et son éducation !

 

L’amitié : seule valeur à être sauve et sauvée par Tiberge. De l’amour fou au libertinage puis à l’amour fraternel.

 

Thème de la femme fatale mais innocente.

 

L’héroïne est une morte qui  n’existe que par  la parole de son amant, lequel ne la décrit jamais physiquement. D’où le mythe ainsi créé. Le récit devient évocation, incantation et résurrection.

 

Récit bien rodé que le chevalier a raconté plusieurs fois notamment au gouverneur et au commandant du bateau. Chaque fois qu’il raconte son histoire, l’amour semble s’épurer… Des Grieux s’en nourrit lui-même. Cf Casanova écrivant ses m »moires et revivant ainsi ses aventures : moments de bonheur.

 

Style concret et transparent puisque c’est un récit oral fait à l’homme de qualité et qu’il répète.

 

Loisirs et joie de vivre sous la Régence

 

En vrac :

Jeux d’argent, l’opéra, la passion comme  jeu,  les jeunes contre les vieux, sortir en campagne (hôtellerie), sermons et leçons publiques de théologie, le carrosse et deux domestiques, riches contre pauvres,  aristocrates et bourgeois.

Le coût des loisirs. perte au jeu : 2 pistoles cad 20 livres par semaine, cad 20 fr. Un ouvrier gagne un franc par jour. Il prévoit une perte au jeun qui représente par semaine 20 jours de travail d’un ouvrier, 1 louis d’or = 24 fr.

La prostitution : entretenir des maîtresses

L’amitié et les plaisirs calmes de Tiberge : discussion théologique

Les rixes : les loisirs qui tournent mal.

Manon : le plaisir, les passe-temps. « Elle n’eût jamais toucher un sou si on pouvait se divertir sans qu’il en coûte ». Toilettes, bijoux, diamants

Hôtel de Transylvanie : : lieu de débauche

Les amies de Manon : promenades, broderie, le jeu mais modéré, prendre l’air au bois de Boulogne, le café de Féré.

 

Question d’ensemble. Amorce de plan :

  1. Répertoire des loisirs
  2. Le coût des loisirs
  3. Effet  des loisirs sur la moralité

 

Question d’ensemble. Autre amorce de plan :

  1. Les loisirs et l’argent
    1.1 les jeux d’argent et les tricheurs
    1.2 on vit d’expédients
  1. Les loisirs et l’amour
    2.1 Les filles entretenues
    2.2 Les messieurs qui les entretiennent (les vieux, les jeunes)
  1. Les loisirs et la vie mondaine
    3.1 Les toilettes, bijoux, carrosses
    3.2 L’opéra pour la musique et se faire voir
  1. Les loisirs honnêtes
    4.1 Les promenades et la lecture
    4.2 Les discussions, conversations au café.

Roger et Alii
Retorica
(3.310 mots)

 

 

  1. Rencontre

 

17 LIT Prévost Manon 1. Rencontre

La passion va transformer le chevalier Des Grieux.  Il a dix-sept ans. La suite du texte révèle que Manon Lescaut en a seize. Il lui déclare sa flamme et lui propose l’enlèvement. Joli début pour un jeune homme qui se destinait à la prêtrise ! La rencontre a lieu dans le brouhaha d’une auberge. Manon a échappé un moment au vieux serviteur chargé de veiller sur elle.

Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître embarrassée. Je lui demandai ce qui l’amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de connaissance. Elle me répondit ingénument qu’elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse. L’amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi. C’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir qui s’était déjà déclaré et qui a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens. Je combattis la cruelle intention de ses parents par toutes les raisons que mon amour naissant et mon éloquence scolastique purent me suggérer. Elle n’affecta ni rigueur ni dédain. Elle me dit, après un moment de silence, qu’elle ne prévoyait que trop qu’elle allait être malheureuse, mais que c’était apparemment la volonté du Ciel, puisqu’il ne lui laissait nul moyen de l’éviter.  La douceur de ses regards, un air charmant de tristesse en prononçant ces paroles, ou, plutôt, l’ascendant de ma destinée qui m’entraînait à ma perte, ne me permirent pas de balancer un moment sur ma réponse. Je l’assurai que, si elle voulait faire quelque fond sur mon honneur et sur la tendresse infinie qu’elle m’inspirait déjà, j’emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie de ses parents, et pour la rendre heureuse. Je me suis étonné mille fois, en y réfléchissant, d’où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m’exprimer ; mais on ne ferait pas une divinité de l’amour, s’il n’opérait souvent des prodiges. J’ajoutai mille choses pressantes.

(298 mots)  / 324 p. Edition Bibliothèque électronique du Québec.

 

Notes :

Ligne 16 : « éloquence scolastique« : éloquence de théologien. La scolastique veut prouver l’existence de Dieu par des preuves rationnelles.  C’était la base de la formation des prêtres.

Ligne 24 :  « balancer » : hésiter.

Ligne 25 « faire quelque fond sur mon honneur » : faire entiè- rement confiance à mon honneur. C’est une litote. Elle consiste à dire moins pour faire comprendre plus.

 

Commentaire composé :

Vous étudierez ce texte sous la forme d’un commentaire composé. Vous pouvez  vous attacher à l’étrangeté de cette rencontre, la naissance d’une passion et le regard que porte le narrateur, cinq ans après l’aventure.

 

  1.  Introduction. La naissance d’une passion improbable à première vue entre deux adolescents que tout paraissait devoir séparer. Cette passion n’a rien d’inexplicable… après coup !

 

1.0       [LMM]  Une rencontre socialement improbable

1.1 Le chevalier des Grieux vient d’une aristocratie pauvre. On le destine aux ordres ; d’où son « éloquence scolastique ». Mais sa famille lui a donné le sens des valeurs comme l’honneur et la protection des malheureux.

1.2 On ne dit rien du milieu d’où vient Manon : probablement bonne bourgeoisie. Sa conduite légère lui vaut, comme c’est l’usage, de devoir devenir religieuse. Mais ce terme est vague : pensionnaire pour quelques années ? novice destinée à prendre le voile ?

1.3 Scène d’auberge : personne ne la surveille et surtout pas le « vieux conducteur » qui ne semble pas avoir d’autorité sur Manon. C’est dans une auberge dont on ne nous dit rien (car les amoureux sont seuls au monde !) que la rencontre se produit.

1.9 Donc importance du milieu pour une rencontre que socialement rien ne laissait présager.

 

2.0       [CCC] Naissance d’une passion

2.1 Une énigme : le chevalier. Un caractère pondéré, un peu timide même ; les clartés de l’amour ; son audace et ses offres d’aide : un peu don Quichotte…

2.2 Une autre énigme : Manon. Rien sur son physique, apparente passivité mais elle dit les mots qu’il faut pour enflammer le jeune homme. Elle répond « ingénuement » et le jeune chevalier ne voit pas qu’elle est « bien plus  expérimentée que (lui) ». Moralité inquiétante.

2.3 L’élan est donné par le chevalier « coup mortel pour mes désirs ». Il parle beaucoup. Après un silence, elle répond brièvement. Nouveau discours du chevalier : « honneur », « tendresse », « tyrannie » après un silence. Manon s’ennuyait, elle est prête à l’aventure.

2.9 Donc passion dont le jeune homme semble le narrateur mais c’est une apparence dénoncée par le narrateur.

 

3.0       [ENL] Ce qui est en jeu dans ce texte

3.1 Un narrateur qui se juge cinq ans après et s’étonne lui-même de son audace. Il ne se reconnaît pas.

3.2 A la fois style parlé (le narrateur s’adresse à l’homme de qualité) mais tous les discours sont au style indirect, comme amortis par le récit. Quand on les passe au style direct on remarque une étonnante vivacité. Tout se joue en quelques minutes, le temps de la lecture du texte !

3.3 Manon évoque « la volonté du ciel » et le chevalier « l’ascendant de sa destinée. » Totalement irresponsables : à la fois innocents et coupables, vision janséniste ?

3.4 En fait le narrateur ne se condamne pas beaucoup et affirme ainsi le droit au bonheur. Manon est morte. Tout cela est du passé mais il le recit intensément et cela lui fait mal tandis que l’homme de qualité le plaint.

3.9 Toutes les ressources du style sont au service de la passion.

 

  1. Conclusion. Reprendre les conclusions partielles.

 

Etude je-nous –dicte :

Tout ceci est une conversation rapportée au style indirect. Le narrateur se confond avec le héros mais comme cinq années se sont écoulées c’est un homme de 23 ans qui juge le jeune homme de 18 ans qu’il était alors. Les malheurs l’on singulièrement mûri et il apprécie lucidement et avec sévérité son comportement d’alors.

Il insiste sur l’extrême jeunesse de Manon qui contraste avec une liberté d’allure qui aurait dû le mettre en éveil. Dès le début elle exerce sur lui un ascendant venu à la fois de l’amour et d’un usage du monde dont on ignore l’origine. Elle a 15 ans. Elle est d’origine modeste. Elle est déjà quelque peu dévergondée, libertine même. D’où vient son aisance ?  Peut-être d’une hypothétique marraine aristocrate qui l’aurait formée aux bonnes manières. En tout cas elle est plus à l’aise que le chevalier des Grieux au naturel timide et même soumis que ses parents destinent à la prêtrise.

Banalité de la conversation : d’où venez-vous ? où allez-vous ? Le destin de Manon est le même que le sien : consacrés à Dieu. Pratique singulière du XVIII°s : quand une fille est un peu trop libre on la met au couvent mais comme le naturel revient au galop il en résulte des scandales dont Diderot se fait l’écho dans son roman « La religieuse ».

Il semble qu’il y ait une certaine ironie dans cet amour qui « l’éclaire » car il est évident qu’il ne la verra plus et la suite du texte montre qu’il est singulièrement aveugle. La conversation réelle n’est pas rapportée mais on comprend que le chevalier déclare son amour par des allusions et que Manon les comprend tout de suite : « elle était bien plus expérimentée que moi ». Donc nouvel éclairage inquiétant sur ce charmant personnage. Elle se contente de lui dire qu’on l’enferme au couvent mais sans lui en donner les raisons. Donc elle se présente en victime et ceci ne peut qu’enflammer le naïf et honnête jeune homme. Ce n’est qu’après coup, cinq ans plus tard, qu’il comprend la raison profonde de cet enfermement projeté : « son penchant au plaisir », mot vague qui inclut : le libertinage des mœurs, le goût du luxe et de la facilité. La rencontre se produit en 1715, année de la mort de Louis XIV et commencement de la Régence du duc d’Orléans,  période particulièrement dissolue. Le narrateur saisit d’un seul coup toute l’aventure et y voit une sorte de FATALITE : Manon, par ses PENCHANTS AUXQUELS ELLE NE PEUT  RESISTER provoque leurs malheurs à tous deux.

La conversation se poursuit, transcrite au style indirect. Elle est belle et le jeune écervelé prend fait et cause pour elle (« je combattis »). Il commence à l’aimer et lui tient des propos à la fois galants et ecclésiastiques (« éloquence scolastique »). Il la plaint, la justifie dans une révolte qui n’a pas encore éclaté mais qui va mener les deux amants à s’enfuir. Ensuite une litote toute classique : « Elle n’affecta ni rigueur ni dédain » : comprendre, elle lui montre de la bienveillance et de l’intérêt mais la tournure traduit surtout la franchise et la passivité de Manon. Manon se laisse faire. Elle ne fait preuve d’activité que quand l’argent manque.

Valeur du « silence » puis de la plainte de Manon qui se soumet à « la volonté du ciel ».  Elle nous semble très croyante, très soumise, résignée à son malheur. Ce jeune homme de 17 ans a le cœur sensible, c’est la première fois qu’il aime et il explique avec précision ce qui s’est passé : « la douceur de ses regards », « un air charmant de tristesse ». Manon est belle et maheureuse donc émouvante pour un jeune homme qui veut la protéger. Or ce ne sont pas ces deux raisons qui expliquent aux yeux du chevalier sa conduite incroyable : c’est sa destinée. Pour la 2ième  fois il évoque la FATALITE  et comme c’est un futur homme d’église ceci ne s’explique que par le JANSENISME. La doctrine courante de l’Eglise dit que Dieu envoie sa grâce à ceux qui la demandent. Mais les Jansénistes (qui vivaient à Port-Royal, qui ont éduqué Racine, près de qui vivait Pascal) enseignaient que Dieu donnait sa grâce à qui il voulait. Donc certains étaient sauvés et d’autres étaient perdus malgré leurs efforts. Ceci était symbolisé par un Christ aux bras presque verticaux pour signifier l’étroitesse du don de Dieu.  Dès lors ceux qui, comme le chevalier, ne résistent pas à leurs passions pensent que leurs fautes viennent de leur destinée. Il reste stupéfait devant la rapidité de sa décision : il n’a même pas hésité et toute sa bonne éducation a volé en éclats. Cet aristocrate sacrifie sa tranquillité, son honneur, sa position sociale pour suivre une jeune personne dont tout indique qu’elle est ou deviendra une prostituée.  Elle n’appartient pas à son milieu et ce renversement de situation est absolument étonnant en 1715.

Les propos qu’il lui tient évoquent l’honneur et la tendresse. Noter qu’il tourne déjà le compliment avec beaucoup de facilité et d’élégance. On reconstitue facilement le style direct. Et la proposition qu’il lui fait suggère la révolte contre les familles. Il évoque son honneur d’aristocrate mais ce qui est important c’est qu’il proclame les droits de la tendresse et surtout du bonheur. Et ceci est tout-à-fait nouveau et déjà très moderne. On est loin de la princesse de Clèves.

Dédoublement de personnalité : cinq ans après le chevalier se demande ce qui l’a saisi car il juge scandaleuse son aventure. Il est vrai que Manon est morte et que donc il a retrouvé sa lucidité. Le narrateur a entièrement retrouvé les valeurs de son siècle et de sa classe sociale. Analyse psychologique sommaire : c’est l’amour qui opère des prodiges. Le narrateur n’insiste pas sur autres orpos tenus : « mille choses pressantes » : c’est lui qui l’enlève. Manon ne le suivrait pas, elle est trop passive pour cela. Mais le chevalier est tellement amoureux et se montre tellement persuasif qu’elle accepte l’enlèvement. Leur destin bascule.

CONCLUSION

  1. La rencontre inopinée de deux personnalités qui se transforme en destin. De ce choc naissent un nouveau chevalier et une nouvelle Manon. L’un et l’autre étaient des individus ordinaires, passifs, soumis. L’un par l’autre ils vont développer des virtualités étonnantes et faire les quatre cents coups.
  2. Tout ceci se passe dans une époque où les classes communiquent peu. Mais ce cadre rigide commence à se lézarder. Bien que la scène soit entièrement centrée sur les deux jeunes amants on devine le poids des contraintes sociales : jeune fille enfermée au couvent, étonnement du narrateur, redevenu lucide.
  3. Ceci est un récit fait à l’homme de qualité par le narrateur : emploi systématique du style indirect mêlé des considérations du chevalier revenu de sa folie. Il l’analyse avec les cadres de pensée du jansénisme.

Roger (9 juillet 2015) :  1990 : Environ un quart de siècle nous séparent de cette étude conduite en débat silencieux et je-nous-dicte.  Le débat silencieux se menait à deux niveaux : interventions orales des élèves, interventions sur a6 que les élèves me passaient. Je notais au passage qui intervenait. Nous notions ces deux types d’intervention grâce au je-nous-dicte que je mettais en bon français. Avec le recul du temps j’ai peine à croire que nous bouclions l’exercice en 55 mn. Surtout on a peine à croire que les élèves pouvaient fournir des amorces intéressantes et intelligentes. Du coup on pourrait assimiler le je-nous-dicte à un cours magistral dicté. Mais ce n’était pas le cas. Je ne préparais jamais ce type d’exercice. Je faisais entièrement confiance aux élèves .

 

Roger et Alii
Retorica
(2.260 mots)

 

 

  1. Désillusion

 

Manon 2. Désillusion

Première trahison. Manon trompe des Grieux avec un voisin, M. de B. fermier général âgé et riche. Un soir des Grieux est enlevé par les laquais de son père qui le ramènent à Amiens.  Son père lui apprend sans ménagement l’étendue de son infortune tout en raillant cruellement sa crédulité.

Je n’eus pas la force de soutenir plus longtemps un discours dont chaque mot m’avait percé le cœur.  Je me levai de table, et je n’avais pas fait quatre pas pour sortir de la salle, que je tombai sur le plancher sans sentiment et sans connaissance. On me les rappela par de prompts secours. J’ouvris les yeux pour verser un torrent de pleurs, et la bouche pour proférer les plaintes les plus tristes et les plus touchantes. Mon père, qui m’a toujours aimé tendrement, s’employa avec toute son affection pour me consoler. Je l’écoutais, mais sans l’entendre. Je me jetai à ses genoux, je le conjurai, en joignant les mains, de me laisser retourner à Paris pour aller poignarder  B. (122  mots)

Non, disais-je, il n’a pas gagné le cœur de Manon, il lui a fait violence ; il l’a séduite par un charme ou par un poison ; il l’a peut-être forcée brutalement. Manon m’aime. Ne le sais-je pas bien ? Il l’aura menacée, le poignard à la main, pour la contraindre de m’abandonner. Que n’aura-t-il pas fait pour me ravir une si charmante maîtresse ! Ô dieux ! dieux ! serait-il possible que Manon m’eût trahi, et qu’elle eût cessé de m’aimer ! »

210 mots (p. 43 / 324 p. Edition Bibliothèque électronique du Québec.)

 

 

Roger (11 juillet 2015) :  Je n’ai pas retrouvé trace du je-nous-dicte de ce texte. Sans doute l’ai-je prêté à un élève qui ne me l’a pas rendu. Cela arrivait quelquefois.  Avec le recul du temps je vois que le texte retenu convenait pour une lecture dirigée mais pas pour une explication de texte ou une lecture méthodique (c’est la même chose).  Alors 100 mots ? 50 ou 40 ? Ma préférence va au 40 mots qui peut être traité en 2 heures. Aujourd’hui je n’ai plus d’élèves : il me faudrait au moins 15 ou 30 élèves pour mener un je-nous-dicte. Le commentaire composé (sur 50 ou 100 mots) ne me tente guère : il faudrait 4 ou 6 heures pour le traiter ; par contre on pourrait en dégager les grandes lignes en 200 mots et en deux heures.  Je vais donc choisir un 40 mots à traiter en 200 mots et en deux heures. Je présente l’exercice ainsi :

 

40 mots> 200 mots.

Je n’eus pas la force de soutenir plus longtemps un discours dont chaque mot m’avait percé le cœur.  Je me levai de table, et je n’avais pas fait quatre pas pour sortir de la salle, que je tombai sur le plancher sans sentiment et sans connaissance (46 mots)

Les reproches ironiques sont d’autant plus insupportables au chevalier qu’ils sont justifiés. S’évanouir reste la seule solution . Elle est présentée en une litote négative (« je n’eus pas la force »). « Soutenir » =  supporter. « Chaque mot m’avait percé le cœur » : on note l’emphase  grandiloquente.

L’action  qui suit est évidente :  se lever de table pour « sortir de la salle » : tout est raconté au passé simple, temps de l’action immédiate, d’où le rythme rapide. « Je n’avais pas fait » : de nouveau la tournure négative. Il s’écroule immédiatement.

Tout est vu négativement (« sans »… « sans ») car le désespoir se traduit par  l’absence  de raison de vivre.  « Sentiment » et « connaissance » sont presque des synonymes, le premier est plus affectif et le second plus sensible.

La « table », la « salle », le « plancher » sont les seuls éléments concrets avec  « quatre pas » car tout est centré sur les sentiments ou plutôt leur  absence, ce qui est paradoxal.

L’effet sur la famille est immédiat : porter secours au malheureux dans cette scène pathétique mais le narrateur semble  quelque peu s’apitoyer sur lui-même.

(202 mots, deux heures au total)

 

Roger et Alii
Retorica
(690 mots)

 

 

  1. Serment

 

PREVOST – Manon 3.  serment

 

  1. SITUATION ET LECTURE EXPRESSIVE DU TEXTE

Des Grieux entretenait Manon grâce au jeu. Mais leurs domestiques leur volent tout, argent et vêtements avant de disparaître. Lescaut conseille au chevalier d’aller se plaindre à la police mais pendant ce temps il convaint Manon de se laisser entretenir par M. de G.M « vieux voluptueux qui payait prodiguement les plaisirs ». A son retour, des Grieux ne trouve qu’une lettre. Et quelle lettre !

 

« Je te jure, mon cher Chevalier que tu es l’idole de mon coeur et qu’il n’y a que toi au monde que je puisse aimer de la façon dont je t’aime ; mais ne vois-tu pas,ma pauvre chère Ame, que, dans l’état où nous sommes réduits, c’est une sotte vertu que la fidélité ? Crois-tu qu’on puisse être bien tendre lorsqu’on manque de pain ? La faim me causerait quelque méprise fatale, je rendrais quelque jour le dernier soupir, en croyant en pousser un d’amour. Je t’adore, compte là-dessus ; mais laisse-moi pour quelque temps, le ménagement de notre fortune. Malheur à qui va tomber dans mes filets. Je travaille pour rendre mon Chevalier riche et heureux. Mon frère t’apprendra des nouvelles de ta Manon, et qu’elle a pleuré de la nécessité de te quitter. » (pp 66-67 éd. Livre de Poche)

(135 mots) 324 p. Edition Bibliothèque électronique du Québec.

 

 

  1. CARACTERE ET CONSTRUCTION DU TEXTE.

Il s’agit d’une lettre ou plutôt d’un billet. Le XVIII°s adore les romans par lettre (ex : Rousseau « La Nouvelle Héloïse, Choderlos de Laclos « Les Liaisons dangereuses ») et naturellement les lettres dans les romans. Celle-ci crée un effet de surprise par son ton à la fois tendre et cynique.

Cette lettre comprend trois parties

  1. Je n’aime que toi mais nous sommes perdus.
  2. La tendresse ne survit pas à la faim et à la mort.
  3. Je vais refaire notre fortune pour notre bonheur.

 

  1. LECTURE METHODIQUE DU TEXTE.

– Elle s’ouvre et se ferme sur une protestation d’amour.

– Deux interrogations un peu oratoires (la réponse sous- entendue et attendue est « non », amorce de dialogue fictif)

– Vocabulaire un peu banal de la passion : »idole de mon coeur », « je t’adore » (idolâtre : blasphème)

– Expressions d’un registre familier: « compte là-dessus », « malheur à qui va tomber dans mes filets ».

– Le cynisme des propos : « c’est une sotte vertu que la fidélité » et une plaisanterie un peu forcée « rendre le dernier soupir / en pousser un d’amour ».Humour qui vient peut- être de Lescaut : il a pu aider sa soeur à rédiger le billet.

– La peur derrière le cynisme : plus d’argent, la faim, la mort donc l’inévitable : trouver un protecteur riche.

– « Ne vois-tu pas ma pauvre chère Ame… » proposition interro-négative qui répond à l’objection qu’elle devine chez son chevalier et qu’elle ne veut pas entendre : c’est immoral, tu fais de moi un proxénète etc… ; un ton à la fois tendre, protecteur et impératif : il n’y a pas à discuter car c’est la seule solution

– Le bon sens : on ne vit pas d’amour et d’eau fraîche.

– L’impératif « laisse-moi » se fait tendre ; l’atténuation de la locution adverbiale « pour quelque temps » et la promesse de devenir riche (« le ménagement de NOTRE fortune » sentiment de couple) sont destinées à faire admettre l’inadmissible. Même atténuation avec la dernière phrase.

– Elle va ruiner son protecteur, image  de la chasse (« filet »), l’hostilité (« Malheur à ») est preuve d’amour !

– « Rendre mon Chevalier riche ET heureux » rythme binaire des adjectifs attributs du c.o.d “chevalier” : le bonheur est inconcevable sans l’argent. L’argent est destiné à l’amant, devenu ainsi proxénète.

 

  1. CONCLUSION – INTERET DU PASSAGE

Cynisme et immoralisme de Manon. Peur panique d’être pauvre et de devoir travailler. Accent de sincérité ? Oui, en Louisiane elle aura le même élan amoureux. Cette lettre est importante car elle prépare la suite. Lescaut justifie la situation et propose d’en profiter à fond : le chevalier se fera passer, près de M. de G.M. pour le jeune frère de Manon. D’où une scène de comédie et une duperie qui se terminera mal pour pour les deux amants.

 

Roger et Alii
(690 mots)

 

  1. Colère

 

Manon Colère

Dans a deuxième partie les deux amants sont installés à l’hôtellerie de Chaillot. Manon se laisse enlever par le jeune G.M et propose une amie au chevalier. Des Grieux fait enlever son rival pour obtenir une rançon du père, le vieux G.M. Il laisse éclater sa colère contre Manon.

 

Elle baisait mes mains sans changer de posture.

Inconstante Manon, repris-je encore, fille ingrate et sans foi, où sont vos promesses et vos serments ? Amante mille fois volage et cruelle, qu’as-tu fait de cet amour que tu me jurais encore aujourd’hui ? Juste Ciel, ajoutai-je, est-ce ainsi qu’une infidèle se rit de vous, après vous avoir attesté si saintement ? C’est donc le parjure qui est récompensé ! Le désespoir et l’abandon sont pour la constance et la fidélité.

Ces paroles furent accompagnées d’une réflexion si amère, que j’en laissai échapper malgré moi quelques larmes. Manon s’en aperçut au changement de ma voix. Elle rompit enfin le silence.

Il faut bien que je sois coupable, me dit-elle tristement, puisque j’ai pu vous causer tant de douleur et d’émotion; mais que le Ciel me punisse si j’ai cru l’être, ou si j’ai eu la pensée de le devenir !

Ce discours me parut si dépourvu de sens et de bonne foi, que je ne pus me défendre d’un vif mouvement de colère.

Horrible dissimulation ! m’écriai-je. Je vois mieux que jamais que tu n’es qu’une coquine et une perfide. C’est à présent que je connais ton misérable caractère. Adieu, lâche créature, continuai-je en me levant ; j’aime mieux mourir mille fois que d’avoir désormais le moindre commerce avec toi. Que le Ciel me punisse moi- même si je t’honore jamais du moindre regard ! Demeure avec ton nouvel amant, aime-le, déteste-moi, renonce à l’honneur au bon sens ; je m’en ris, tout m’est égal.

Elle fut si épouvantée de ce transport, que, demeurant à genoux près de la chaise d’où je m’étais levé, elle me regardait en tremblant et sans oser respirer. Je fis encore quelques pas vers la porte, en tournant la tête, et tenant les yeux fixés sur elle. Mais il aurait fallu que j’eusse perdu tous sentiments d’humanité pour m’endurcir contre tant de charmes.

323 mots, p. 224-225  / 324 p. Edition Bibliothèque électronique du Québec.

 

 

Etude je-nous-dicte.

Le texte est marqué par un retournement de situation. Manon témoigne son amour au chevalier en lui baisant les mains. Mais cette preuve est ambiguë compte tenue de sa conduite parfaitement amorale et que le chevalier juge immorale. Tout le conflit entre les deux amants tient à cette nuance sur la moralité.

Le retournement se produit en deux phases : tout d’abord il y a un changement de voix chez des Grieux qui incite Manon à se déclarer coupable d’une faute qu’elle ne connaît pas dans son immoralité. Elle n’est pas fidèle de corps mais elle est fidèle de cœur. D’où son épouvante quand le chevalier lui signifie  que tout est fini entre eux : elle tremble, elle ne peut plus respirer. D’où la seconde phase du retournement : à son tour le chevalier est profondément ému. Il ne peut résister à « tant de charmes » : le mot est très fort ; il désigne la beauté, la séduction mais ici aussi le sentiment d’être aimé. Le chevalier cède parce qu’il a compris la réelle affection que Manon lui porte malgré sa conduitite.
Le retour de Manon s’explique par le fait qu’elle sait parfaitement que ses amours vénales ne peuvent être que transttoires : elles vont de huit jours à six mois. Mais le chevalier représente pour elle la sécurité affective, le soutien réel qui compte pour elle par dessus tout. Si elle le trompe c’est par besoin de luxe. Sitôt que ce luxe est absent de ses yeux, par exemple en Louisiane, elle lui reste fidèle. Au fond, Manon est la première victime illustre de la société de consommation. Cf Voltaire, poème « Le luxe ».

Les discours de des Grieux sont sur le mode exclamatif car il est furieux, hors de lui-même, d’où son geste de colère quand il se lève. Le premier discours est exclamatif mais triste. Le second est vraiment indigné quand  Manon accepte sa culpabilité en prétendant n’avoir pas voulu lui donner d’émotion. Elle n’a pas le sentiment de l’avoir trompé. Elle ne trompe jamais des Grieux. Simplement dans son amoralisme tranquille elle se procure de l’argent.

Un champ lexical assez subtil se développe autour de la notion de HONTE (honte qu’elle devrait ressentir) : « inconstance », « volage et cruelle », « infidèle », « parjure », « coupable », « me punisse le ciel », « coquine », perfide », « lâche créature », « me punisse le ciel », « tout m’est égal ».

Noter qu’il la juge sur sa conduite morale mais qu’il ramène  toujours cette conduite à lui-même : elle a voulu le blesser et en retour il cherche à créer chez elle un sentiment de culpabilité.

L’accélération du texte vient de la violence du second discours. Mais celui-ci se résoud en une scène de comédie digne de Molière : au moment où il dit que tout lui est égal, il prouve par là-même que tout ne lui est pas égal ! Mais Manon, à la fois naïve et honnête, le croit sur parole d’où son émotion et la scène de dépit amoureux va s’achever en réconciliation, d’où l’attitude un peu théâtrale : « quelques pas vers la ponrte », « en tournant la tête », « tenant les yeux fixés sur elle ». Jusque-là, il ne l’avait pas regardée et ce regard suffit à tout.

Les deux amants ont invoqué le ciel. Il faut aller plus loin qu’une simple exclamation car ils ne mettent pas en question la religion : lui est séminariste et elle une libertine de mœurs mais non d’esprit.  D’où le pathétique de l’appel à la malédiction du ciel pour justifier leur sincérité. Evidemment on peut dire qu’ils le disent comme ils diraient autre chose, que cette évocation faite dans l’émotion ou la colère n’engage à rien…. Les « sentiments d’humanité » évoqués à la fin du texte cherchent à justifier le comportement du chevalier sui est aussi le narrateur.

Conclusion.

  1. La scène se veut très émouvante et surtout très théâtrale. Les personnages sont d’abord immobiles, le chevalier assis et Manon à genoux lui baisant les mains. La dramatisation va se marquer par les discours, les exclamations. Des grieux qui se lève pour la quitter définitivement. De son côté Manon est fortement émue au point de trembler et de ne plus oser respirer. Mais une pointe de comédie apparaît par le jeu de scène du chevalier qui fait quelques pas vers la porte mais sans la quitter des yeux, preuve qu’il lui a déjà pardonné. Nous sommes plutôt dans le drame au sens où le comprend Diderot, drame en prose, l’ancêtre du drame romantique qui alternera tragique et comique.
  2. Le mystère de Manon. Elle l’aime incontestablement mais à sa manière. Elle ne se voit pas coupable. Elle ne se voit pas immorale mais simplement amorale. Mais le système de valeurs appliqué par Manon révolte le chevalier comme il révolte tout  le XVIII° siècle. Mais Manon est séduisante car elle n’aime que son chevalier et son émotion n’est pas feinte.
  3. Le chevalier est profondément révolté par le comportement de sa maîtresse et la sagesse courante lui commanderait de rompre cette liaison. Mais dans le débat cornélien entre l’amour et l’honneur le chevalier a choisi – malgré lui  – l’amour.  Il ressemble à ces héros raciniens qui n’arrivent plus à dominer leurs passions. Sont-ils coupables ? Le narrateur, c’est-à-dire le chevalier lui-même vieilli de 5 ans – veut se condamner mais finalement s’attendrit sur lui-même, s’explique et s’excuse. Son auditeur, l’homme de qualité, l’écoute d’une oreille complaisante. Les lecteurs ont la même attitude. C’est-à-dire que triomphe la complaisance à l’égard des passions.

 

Roger et Alii
(1320 mots)

 

  1. Mort

 

Manon 4 Mort de Manon

 

A la Nouvelle-Orléans le bonheur des amants est de courte durée. Synnelet, le neveu du gouverneur, apprenant que Manon n’est pas mariée, l’obtient de son oncle.  Le chevalier des Grieux le blesse grièvement en duel. Les amants doivent s’enfuir au désert. C’est là que Manon meurt d’épuisement.

Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit. Je croyais ma chère maîtresse endormie et je n’osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeil. Je m’aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu’elle les avait froides et tremblantes. Je les approchai de mon sein, pour les échauffer. Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit, d’une voix faible, qu’elle se croyait à sa dernière heure.

Je ne pris d’abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l’infortune, et je n’y répondis que par les tendres consolations de l’amour. Mais, ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations, le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait.

N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour au moment même qu’elle expirait. C’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement.

Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point, sans doute, assez rigoureusement puni. Il a voulu que j’aie traîné, depuis, une vie languissante et misérable. Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.

(224 mots) p. 316 / 324 p. Edition Bibliothèque électronique du Québec.

 

L’étude prend cette fois la forme d’un commentaire composé.  Je n’en donne que les grandes lignes. Le plan est construit selon une grille qui,  à mon avis, fonctionne bien pour beaucoup de textes :

  1. LMM : lieux, milieux, mentalités
  2. CCC : comportements, caractères, conflits
  3. ENL : écrivain, narrateur, lecteur

Code : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

  1. Introduction. Manon meurt parce que les amants ont voulu régulariser leur situation. Mais sa mort la purifie de ses écarts de conduite comme la douleur du chevalier le purifie des siennes. Donc une fin morale ? ce n’est pas évident.

1.0 [LMM] LA MORT AU POINT DU JOUR

1.1 D’un lieu à l’autre : du désert au lieu de la narration.

1.2 le langage des mains.

1.3 absences (soleil levant) et silences.

1.9 absence significative des éléments extérieurs : tout est centré sur l’amour et la mort.

 

  1. [CCC] MORT ET PASSION

2.1 les réactions du chevalier, de l’illusion au désespoir, jeu des rythmes.

2.2 Manon sauvée par l’amour.

2.3 Le chevalier purifié par la douleur.

2.9 La passion dans la mort ; accord funèbre.

 

  1. [ENL] CE QUE LE TEXTE SEMBLE SIGNIFIER

3.1 Ellipse de la mort elle-même. Le jeu des pronoms centre le texte sur le chevalier.

3.2 Dieu absent, reste la religion de l’amour.

3.3 « N’exigez point de moi… » Ce qui ne peut se dire, justification psychologique de l’ellipse.

3.4 L’homme de qualité, auditeur muet, confident discret. Ton de la confidence.

3.9 Un texte très travaillé où l’ellipse de la mort de Manon pose problème : repentie ou pas ?

 

  1. Conclusion. Un texte d’une très grande émotion : les mains, la rédemption par la mort et l’amour, la retenue de la confidence qui omet l’essentiel : morte sans Dieu ? (question que se posait le public… d’où fin scandaleuse puisque rien n’est dit de son repentir final).

(252 mots)

 

Autre plan :

 

  1. Introduction. Manon va mourir. Annonce du plan.

 

  1. Le pathétique (pathos = émotion, passion, souffrance cf pathologie, maladie)
  2. La réserve classique et la rhétorique de la douleur.
  3. L’excès de souffrance d’où l’ellipse des derniers moments.
  4. Le pathétique du survivant

 

  1. Le narrateur
  2. Le besoin de parler à l’homme de qualité : le ton du récit
  3. La méprise tragique et impuissante
  4. La punition et le refus du bonheur
    29.

 

  1. L’art du récit
  2. Le gros plan et la rhétorique des gestes
  3. Les degrés du récit
  4. Ses dernières expressions : qu’a-t-elle dit ? est-elle morte en chrétienne ? (fin différente dans l’opéra de Puccini)
  5. Jeu entre les deux des Grieux, l’homme de qualité, le narrateur et l’auteur ! la focalisation interne.
    39.

 

  1. Mort

 

Mort de Manon Etude je-nous-dicte

 

Le roman va se terminer tragiquement parce que des Grieux a voulu se mettre en règle avec la loi. Quand il souhaite épouser  Manon, il fournit ainsi la preuve que Manon est libre et donc peut être attribuée à qui la réclamera et notamment à Synnelet, le neveu du gouverneur, qui est fou d’elle. C’est légal mais ce procédé est révoltant. A lui seul, il excuse toutes les escroqueries du couple qui vit décidément dans une société mal faite. Dès lors c’est la valorisation du couple injustement pourchassé et le rachat de Manon qui meurt dans les bras de son chevalier. Le roman se termine sur l’arrivée de Tiberge, l’ami de toujours, qui ramène le chevalier en Europe. Celui-ci va retrouver sa vocation antérieure et devenir prêtre. Ainsi tout rentre apparemment dans l’ordre mais il reste le souvenir et l’exemple d’une passion dévastatrice.

Visuellement toute la scène est centrée sur les mains qui apparaissent en gros plan et qui traduisent d’une manière pathétique les sentiments des amants dans une scène par ailleurs apparemment silencieuse. En effet le chevalier parle mais nous n’avons même pas affaire au style indirect libre : nous ne savons ni ce que sont « les tendres consolations de l’amour » ni « les interrogations » du chevalier.

Cette discrétion, cette pudeur est toute classique. Elle correspond bien sûr à la vive émotion du narrateur qui peut à peine parler mais elle relève aussi d’un choix esthétique assez habile : moins l’on en dit, plus l’émotion traduite est grande.

Ceci est manifeste dans la mort de Manon qui se passe dans une ellipse comme si cette mort même  avait échappé au chevalier éperdu de douleur. Du reste, il n’arrive pas à croire à son agonie. Aussi cette mort va-t-elle marquer pour lui un point de non-retour. Il a voulu mourir et le destin n’a pas voulu de lui et pire même va le frapper une seconde fois puisqu’il sera accusé de la mort de Manon. Il renonce au bonheur pour jamais. C’est à la fois le châtiment de sa légèreté et sa faiblesse mais là non plus il ne conduit pas son destin. On retrouve ici le jansénisme : les hommes sont sauvés ou perdus par un décret du ciel et non par leur volonté.

L’abondance du pronom personnel « je » ramène tout le texte à la souffrance de des Grieux. Mais il y a un jeu subtil entre les pronoms personnels et les possessifs :  je – ma, elle – sa, elle – ma etc. qui font que l’amour qu’ils se portent représente leur seule  protection. Ils sont l’un contre l’autre, statues immobiles et symbole de l’amour. Par ailleurs, d’assez nombreuses négations dans le texte (« je n’osais », « je ne puis », « je n’y répondis », « n’exigez pas », « ne suivit pas », « jamais plus »), variantes de la litote classique vont dans le sens de la pudeur, du respect de la douleur, qu’on ne peut exprimer tant elle est profonde.

Le jeu classique entre le passé simple (action immédiate) et l’imparfait (action qui dure) est respecté dans les deux premiers paragraphes. L’abondance des passés simples traduit la dramatisation d’actions qui vont inéluctablement vers la mort. Le présent au contraire, qui marque les deux derniers paragraphes, traduit l’actualisation du récit.

L’absence de description met donc en valeur le jeu des attitudes et des sentiments. Le texte avance rapidement de l’amour vers la mort. C’est le même mouvement que l’on retrouve dans « Tristan et Iseut » mais il n’y a probablement pas de souvenir du poème du Moyen-Age dans ce texte car le Moyen-Age n’est redécouvert qu’au Romantisme. Par contre la mort de la bien-aimée dans la solitude et la nature est un thème dont Chateaubriand se souviendra dans la mort d’Atala.

Il y a un champ lexical de l’agonie et de la mort sans que jamais ces mots soient prononcés.

Noter la construction par paragraphes de longueur presque égale mais qui vont en se raccourcissant et traduisent l’émotion par leur rythme.

Jeu constant entre le sommeil et la mort, le repos et l’épuisement.

Manon est consciente de son état ; elle subit courageusement la mort grâce à l’amour. Soupirs, silence, serrement de ses mains, trois indices qui ne renvoient pas forcément à la mort. C’est-à-dire que cette fois c’est l’auditeur qui est trompé alors que le narrateur est lucide.

Elle a prononcé quelques mots en mourant mais ceux-ci restent le secret du narrateur pour qu’il puisse surmonter sa douleur.

Conclusion.

  1. une scène pathétique par sa pudeur toute classique.
  2. Manon, héroïne sauvée par l’amour et la mort, valorisation
  3. La douleur du chevalier
  4. Les liens entre le narrateur et l’homme de qualité, les commentaires d’inspiration janséniste.

 

Roger  (11 juillet 2015) : Le je-nous-dicte repose entièrement sur les élèves qui s’expriment directement  (oral) ou indirectement (les a6 qu’ils me font parvenir et que je lis à voix haute). Ces interventions sont quelquefois dans un français approximatif. Mon travail est donc de nous les dicter dans un français correct. Ils découvrent ainsi qu’il en faut peu pour qu’ils s’expriment d’une manière satisfaisante. C’est une prise de notes lente et cette trace écrite facilite les révisions et même la relecture 25 ans après ! Certaines attaques étranges sont le fait des élèves car la règle c’est de ne rien écarter mais de tout rendre admissible. L’allusion à « Tristan et Iseut » vient d’un élève mais l’évocation d’Atala vient du prof. Le tout se faisait en une cinquantaine de minutes. Les cinq dernières minutes étaient réservées à la rédaction de la conclusion.

Le texte comportait 224 mots, ce qui correspondait à  une lecture dirigée. Pour une explication de texte (lecture méthodique) l’expérience montrait qu’il fallait se limiter à dix lignes (environ 100 mots) et même moins (50 mots). Au bout du compte, au terme d’une réflexion de plusieurs dizaines d’années, j’en suis venu à l’idée du 40 mots littéraire commenté en 200 mots. Ce que j’ai traduit par la formule 40mots>200 mots. Il suffit donc de choisir judicieusement le passage à commenter.

 

40mots> 200 mots :

 

N’exigez point de moi que je vous décrive mes sentiments, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d’elle des marques d’amour au moment même qu’elle expirait. C’est tout ce que j’ai la force de vous apprendre de ce fatal et déplorable événement. (49 mots)

 

On note l’impératif négatif (« N’exigez point ») qui marque la pudeur.  Le refus de parler concerne à la fois le chevalier (les « sentiments ») et Manon (« ses dernières expressions » :  les mots prononcés).

« Je la perdis » : elle meurt, nouveau signe d’une pudeur toute classique et centrée sur le chevalier. Beaucoup de « je » dans ce texte.

On ne saura  pas ce qu’elle a dit : peut-être une prière, un repentir mais c’est peu probable car « je reçus d’elle des marques d’amour au moment même qu’elle expirait  ».

On ne saura rien de ces  « marques d’amour » mais on peut les imaginer.   Toujours cette manière classique de s’exprimer par des litotes. « Le classicisme – et par là j’entends : le classicisme français – tend tout entier vers la litote. C’est l’art d’exprimer le plus en disant le moins.André Gide »

— Billets à Angèle, 1921, dans Incidences

Le narrateur se dit épuisé. Il n’en dira pas plus mais il a beaucoup suggéré.  Encore un terme affaibli « événement »  pour « mort » ou « décès » caractérisé par deux adjectifs « fatal » : auquel on ne peut échapper et « déplorable » :  qui arrache des pleurs.

 

(210 mots)

 

Question d’ensemble Manon, régénérée par la nature

  1. Expliquer régénération : retour à l’innocence, nature : c’est la Louisiane décrite dans le roman.
  2. Manon a été perdue par la ville et la Louisiane est l’inverse de cette ville.
  3. Le luxe, les carrosses, les spectacles
  4. Le jeu,  les joueurs professionnels
  5. La passion malsaine et la prostitution.
  6. Critique classique de la nocivité des villes et des vertus de la campagne.

 

  1. Cette nature a des vertus spécifiques qui favorisent la régénération
  2. La forêt vierge présentée comme apaisante
  3. La mer, le ciel, l’ambiance des tropiques et l’isolement
  4. Les travaux champêtres
  5. Ces vertus spécifiques favorisent la régénération

 

  1. Manon change de comportement
  2. Elle a oublié le luxe et les passions. Elle se satisfait de peu, élevage avec ses servantes qu’elle traite correctement.
  3. Elle est étonnée elle-même de ces changements ; elle supporte les difficultés matérielles
  4. Elle devient une femme d’intérieur et surtout trouve la paix de l’âme dans l’amour partagé

39.

  1. Conclusion. Cette analyse proposée par l’abbé Prévost anticipe les thèses de Rousseau sur la bonté de l’homme dans la nature.

 

Roger et Alii
(2.200 mots)

 

  1. Jansénisme

 

Manon Lescaut Jansénisme

Question d’ensemble. En quoi “M.L” est-il une oeuvre janséniste ?

 

  1. Introduction. Jansénistes : au XVII° c’étaient des chrétiens catholiques qui menaient une vie austère à Port-Royal (Pascal était janséniste, Racine a été élevé par eux). Ils avaient eu de graves problèmes : ils s’opposaient au laxisme des jésuites et au pouvoir absolu de Louis XIV. Port-Royal fut détruit en 1711. Ils suivaient l’enseignement de Jansénius, un théologien qui enseignait la predestination : Dieu sait qui sera sauvé et il donne sa grâce à qui il veut. L’homme n’est donc pas libre de son destin quels que soient ses mérites. Lien avec « Manon Lescaut » ?

 

1.0 Apparemment aucun.

1.1 Roman du libertinage et du scandale : comportement des deux amants. Dernières justifications de Des Grieux face à son père : sa conduite a été plutôt moins dissolue que celle de beaucoup de seigneurs et moins scandaleuse que les comportements de M. de B., M. de G.M. ou du jeune G.M. qui sont des libertins endurcis alors que le chevalier n’aime que Manon et veut l’épouser.

1.2 Personne ne les blâme vraiment de s’aimer : ils sont trop « jolis » et ils bénéficient souvent de l’indulgence de ceux qui les rencontrent (aubergistes) voire même de leur aide (Tiberge, M. de T.).

1.3 Ni Grieux ni Tiberge (qui se préparent à la prêtrise !) ne parlent du jansénisme. Pourtant Tiberge soulève le problème de la liberté quand il prête une première fois de l’argent à son ami. Il lui prête 100 pistoles après beaucoup d’hésitations : « c’est peut-être l’état violent où l’indigence vous jette, qui ne vous laisse pas assez de liberté pour choisir le meilleur parti. » (p.58)

1.9 Donc le roman ne baigne pas du tout dans une rigueur janséniste. Il décrit complaisamment des comportements scandaleux que personne ne semble vraiment blâmer.

 

2.0 Où est alors le jansénisme ?

2.1 Il est dans la fatalité de la passion : Des Grieux veut devenir prêtre et dès qu’il voit ou revoit Manon, il cède à la passion. Il se déshonore pour elle.

2.2 Il éprouve des remords notamment devant son père. Rien à voir avec l’insolence de Don Juan en face de Don Luis. Les tourments du chevalier, le sentiment d’avoir contribué à tuer son père, son destin prévisible (il va devenir prêtre), tout fait du chevalier un pécheur repentant. Ceci peut plaire aux jansénistes.

2.3 Au moment où ils semblent sauvés, c’est parce que Des Grieux veut se mettre en règle en faisant célébrer leur mariage que la catastrophe fond sur eux. Les voies de Dieu sont impénétrables : il crée le désir et l’amour fou, incompréhensiblement il les punit. Pourtant le chevalier ne maudit pas Dieu : il souffre et se soumet.

2.4 Le pécheur est durement puni car il perd les deux personnes auxquelles il tenait le plus : Manon et son père. Or il a le sentiment d’avoir tué son père par les chagrins qu’il lui a infligés. Comment racheter cette faute sinon en rejoignant le chemin que lui indique Tiberge, la prêtrise ?. Tiberge est le véritable axe spirituel du roman par son amitié, sa patience, sa générosite.

2.9 En somme le mystère de cet amour incompréhensible renvoie au mystère d’un Dieu dont les desseins sont impénétrables. On ne peut savoir qui est sauvé, qui est perdu  mais les épreuves purifient celui qui les supporte et revient vers Dieu.

 

  1. Conclusion. Chez Racine la passion est exclusive et on ne peut pas y résister. C’était un élève des Jansénistes. Les Jansénistes de Port-Royal étaient célèbres par la sévérité de leurs mœurs mais aussi par leur bonté. Ils se gardaient de condamner le pécheur puisque seul Dieu sait qui sera sauvé. C’est exactement le comportement de Tiberge face aux folies de son ami. Chez l’abbé Prévost, la passion est aussi exclusive, aussi incompréhensible. Le monde est incontestable mauvais, les hommes sont marqués par le péché originel. Les élus seront peu nombreux. La passion peut être le moyen de tremper les âmes. Mais là s’arrête le jansénisme. Car Tiberge ne semble pas avoir grand-peine à pratiquer la vertu et où est alors son mérite ? quant à des Grieux, dans l’état d’accablement où le laisse le roman, on se demande s’il fera un prêtre bien dynamique…

 

Roger et Alii
(710 mots).

 

 

 

  1. argent famille

 

Question d’ensemble. Quel rôle joue l’argent dans  “Manon Lescaut” ?

 

Roger (20 juillet 2015) :  comptes d’apothicaires… que j’assume avec leurs erreurs !

 

  1. Introduction. On ne parle que d’argent dans le roman. Son importance pour Manon : mener une vie confortable avec son chevalier. Mais quel rôle joue-t-il exactement ?

 

1.0 Etablir des points de repère :

1.1 Quand Manon quitte M. de B. elle emporte les bijoux offerts et 60.000 frs. Des Grieux estime qu’ils peuvent vivre modestement avec cette somme pendant dix ans : soit donc 6.000 fr par an et 500 fr par mois. Or un ouvrier gagne 1 livre ou 1 franc par jour, soit 25 frs par mois. Ils vivraient donc « modestement » avec 20 fois le revenu d’un ouvrier ! Donc écart de revenus bien supérieur à ce que nous connaissons aujourd’hui : SMIG à 5.000 frs x 20 = 100.000 frs, revenu global d’un premier ministre ou du PDG de Peugeot).

1.2 Mais ils peuvent vivre pauvrement. Lors de sa première fugue avec Manon, des Grieux calcule qu’il leur reste 15 pistoles (la pistole = 12 livres) pour un appartement meublé et 3 semaines de séjour, soit 180 fr et 240 fr par mois, soit presque 10 fois le salaire d’un ouvrier. Tiberge, l’ami fidèle reçoit un bénéfice ecclésiastique de 1000 écus (3000 livres) donc 250 livres par mois. On vivrait donc « pauvrement » avec l’équivalent de 48.000 frs ! La comparaison n’a plus de sens.

1.3 A 500 livres par mois on peut s’offrir l’entretien d’un carrosse, d’un valet, d’une servante, l’opéra deux fois par semaine et le jeu. Ce jeu qualifié de « modeste » représente 2 pistoles par semaine, soit 2x12x4 sem.= 96 frs par mois, trois mois de travail d’un ouvrier.

1.4  L’homme de qualité, quand Manon est déportée  donne 4 + 6 louis d’or (1 louis = 24 frs) soit 240 livres, 10 mois de salaire, une aumône pour améliorer le sort des amants jusqu’au Havre. Les 15 pistoles du chevalier avaient vite fondu, l’heure d’entretien avec Manon lui coûtant 1 écu (3 frs)

1.9 On voit donc l’écart énorme des conditions : pour vivre décemment mais pauvrement il faut un revenu mensuel équivalent à dix fois le mois d’un ouvrier. A combien revient la grande vie ?

 

  1. Comment obtenir les hauts revenus qu’elle suppose ?

2.1 Pour des aristocrates, la famille des Grieux, les fermages venus de leurs grandes propriétés. Pour les prêtres comme Tiberge, un bénéfice ecclésiastique modeste est de 3000 livres. Ami généreux il en prête 1200 (100 pistoles) à des Grieux. Somme énorme (48 m. de sal.) mais qui va fondre vite : on peut faire confiance à Manon !

2.2 Pour gagner de l’argent, il y a le jeu auquel va rapidement exceller des Grieux (bien qu’il ait honte de tricher). Il y a aussi les « faveurs » de Manon, évaluées par son frère à1000 écus (1 écu = 3 frs) soit 3.000 livres (120 m. de sal.). Quand Manon est enfermée à l’Hôpital et le chevalier à Saint Lazare, elle doit travailler pour gagner sa nourriture ; des Grieux trouve cette punition horrible et imméritée !

2.3 M.de B. fermier général a en charge la ferme des impôts. Cela lui fournit des revenus énormes. M. de G.M. est un peu moins riche. Son fils G.M offre pourtant 10.000 livres de pension à Manon et lui propose même de partager ses 40.000 livres de rente (+ carrosse, hôtel meublé, femme de chambre, 3 laquais et 1 cuisinier). 40.000 livres = 1600 m. de salaire soit 8 millions de nos frs par an ! 66,6 millions de centimes par mois !

2.4  Au moment de s’embarquer, des Grieux consacre 7 pistoles à Manon et en conserve 10 pour s’établir en Louisiane, soit 120 livres (presque 5 mois de salaire). C’est peu mais apparemment suffisant . Or à la Nouvelle-Orléans il n’est plus jamais question d’argent. Des Grieux obtient un petit emploi qui leur permet de prendre un valet et une servante. Et ils vivent heureux.

2.9 Ainsi on vit bien à condition d’avoir un état honorable, de jouer au jeu, d’être une femme entretenue ou fermier général. Le besoin d’argent obsède les amants sauf en Louisiane car dans l’état de nature on n’a (presque) plus besoin d’argent !

 

  1. Conclusion On remarque donc l’énorme écart des conditions : G.M avec ses 40.000 livres de rente par an vit avec 133 fois le salaire d’un ouvrier. Pour vivre modestement, comme Tiberge, il faut 10 fois ce salaire. Pour satisfaire les besoins de Manon (besoins artificiels, créés par la société de consommation de l’époque), il faut bien plus que 20 fois ce salaire, en fait 30 ou 40… D’où des problèmes d’argent obsédants et des mœurs répréhensibles qui disparaissent comme par enchantement en Louisiane où la vie est simple…(20 p./212, le 1/10¯ du roman). C’est la société qui rend l’homme mauvais. Cette vision annonce Rousseau.

Roger (20 juillet 2015) : J’ai laissé tels quels les chiffres établis en 1990 et qui étaient déjà discutables.  L’euro est passé par là et il faut tout refaire ou presque. Par ailleurs il me semble impossible de saisir correctement ce problème. Essayons tout de même en partant d’un travail manuel payé 10 euros de l’heure et 80 euros pour une journée de huit heures.  Je laisse de côté les cotisations sociales qui correspondent à une sécurité élémentaire.

10 € de l’heure 80 € pour une journée d’ouvrier = 1 livre ou 1 fr.

Un mois de salaire = 80 x 25 jours =  2.000 €.  Or le SMIC est grossièrement à presque 1.500 €… Pour éviter des dérives trop fortes  je reprends le calcul à l’envers 1.500 € pour 25 journées ou plutôt 20 jours par commodité et humanité. Nous avons donc 1.600 € mensuels avec toujours 80 € pour la journée d’ouvrier qui est la base de tout le calcul et qui vaut une livre ou un franc.

Dans le roman une « vie décente mais pauvre » est estimée à 10 fois le mois d’un ouvrier, soit 16.000 € mensuels. Dans les calculs courants de l’époque on parle couramment de pistoles  et d’écus :

Une pistole = 12 livres ou 12 fr

Un écu = 3 livres

On mène grand train avec une dépense de 6.000 livres par an, soit 500 livres par mois ceci correspond à 500 x 80  = 4.000.000 €…

Un fermier général a un revenu de 40.000 livres par an. Arrondissons par commodité à 42.000, ceci correspond à un revenu mensuel de 3.500 livres soit 3.500 x 80 = 280.000 €.

Très curieusement ces évaluations actualisées rejoignent nos chiffres contemporains.

 

Question d’ensemble La famille des Grieux

 

  1. Introduction.  Cette famille est très intéressante à étudier par son comportement, ses valeurs et son statut social.

 

1O. Le comportement de la famille envers le chevalier

  1. les frères : ironie mordante envers ses mésaventures
  2. le père : ironie, tendresse, dévouement et compréhension
  3. plus de souplesse  peut-être que la famille de Manon affligée d’un fils truand et d’une fille légère
  4. un comportement à la fois ironique et compréhensif

 

  1. Les valeurs de la famille chez le chevalier
  2. L’honneur. Des Grieux veut éviter de devenir un joueur professionnel
  3. La tendresse qu’éprouve le chevalier pour son père et les siens
  4. La mort de Manon le rend à ces valeurs : il  deviendra prêtre.

29.

 

  1. Statut social et économique de la famille
  2. Statut élevé : en liaison avec les fermiers généraux.
  3. Une fortune moyenne : à l’aise mais par exagérément, patrimoine géré avec soin.
  4. Une orientation classique : l’héritage à l’aîné, les autres seront soldats ou prêtres.
  5. Une aisance raisonnable pour des « gens de qualité »

 

  1. Conclusion : mélange de tradition et d’ouverture d’esprit, de tendresse et d’ironie. Une famille à peine entrevue et qu’on découvre à travers les actions du chevalier. Un des rares pivots moraux avec Tiberge, dans un livre en folie.

 

(220 mots)

 

Roger et Alli
(1330 mots)

 

12 mythe Montesquieu

 

17 LIT Prévost Manon Lescaut,  vers le mythe 1990

 

  1. Au départ il y a peut-être un fait-divers réel si les documents produits par Marion Vandal sont authentiques (« Le Mystère de Manon Lescaut » Ed. France-Empire 1979). Manon Lescaut naît dans un village de Normandie en 1689 (on a son acte de baptême). On a son acte d’arrestation en 1720 et elle a été inhumée à la Nouvelle-Orléans en 1721. Elle fut une des reines de la galanterie dans le Paris de la Régence, passant du lit du banquier Samuel Bernard à celui d’autres personnages tout aussi fortunés. De même Jean Gaston des Grieux, son amant, officier de la marine royale et non séminariste, a pu être identifié.

 

  1. Il est probable que l’abbé Prévost avait réellement eut vent de ces aventures Elles avaient défrayé la chronique et on devait s’en souvenir dix ans après.  Il a pu y voir des ressemblances avec ses propres aventures d’où le changement d’état de son héros.  Mais pourquoi garder les vrais noms des amants ? Mystère. Le roman est habilement construit et rédigé. Il fait rêver : on sait seulement que des Grieux est beau et follement amoureux, que Manon est belle et fidèle à sa manière. Là dessus l’imagination peut broder et s’abandonner au pathétique…

 

  1. D’où l’opinion de Montesquieu : « Je ne suis pas étonné que ce roman dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin qui est menée à la Salpétrière plaise, parce que toutes les mauvaises actions du héros, le chevalier des Grieux, ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse.» (Montesquieu, « Mémoires » VI, I p. 332, 6 avril 1734). Je la commente un peu plus loin.

 

  1.  « Manon Lescaut » est devenu un véritable mythe, notamment par deux opéras, celui de Massenet et surtout celui de Puccini. C’est le mythe de l’amour impossible (par les contraintes sociales). C’est aussi le mythe d’un amour coupable racheté par la mort de Manon et le désespoir de des Grieux.

 

  1.  Montesquieu : « Je ne suis pas étonné que ce roman dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin qui est menée à la Salpétrière plaise, parce que toutes les mauvaises actions du héros, le chevalier des Grieux, ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse. » (Montesquieu, « Mémoires» VI, I p. 332, 6 avril 1734). Commentez et discutez.

 

Code : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

 

  1. Introduction. Opinion de Montesquieu sur un ouvrage paru en juin 1733 et interdit le 5 novembre. Annonce du plan.

 

1.0 Commentaire

  1. Il n’est pas étonné mais déçu : la vertu est bafouée.
  2. L’amour n’est plus une passion mais un « motif noble »
  3. Le centre d’intérêt n’est pas Manon mais son amant, conformément au titre « Histoire du chevalier des Grieux et de Manon Lescaut », un libertin mais pas un honnête homme.
  4. Opinion plus complexe qu’il n’y paraît.

 

2.0 Le roman plaît : c’est une histoire d’amour

  1. Histoire où les amants sont normalement séparés par leur condition et qui se termine tragiquement. (cf Tristan et Iseut)
  2. Les barrière sociales peuvent tomber. Cf Ce qu’en dit Paul Hazard « La crise de la conscience européenne »
  3. Histoire scandaleuse où la passion prend tous les droits (cf Arthur Penn « Bonnie and Clyde »)
  4. Ce roman a tout pour devenir un mythe.

 

3.0 Mais il y a plus

  1. Peinture sociale animée de la Régence.
  2. Une vision janséniste : fatalité – repentir : « la grâce a manqué ».
  3. Un roman picaresque comme Lazarillo de Tormes, « Le Buscon » de Quevedo, « Gil Blas » de Le Sage (1715 à 1735).
  4. Subtilité de la fiction romanesque (« homme de qualité » qui raconte l’histoire)
  5. Une peinture soignée et un grand art.

 

  1. Conclusion : Montesquieu est sensible au scandale mais aussi à une nouvelle valeur : la recherche éperdue du bonheur.

 

Roger et Alii
(670 mots)

 

 

 

13 Femme et littérature

 

Section Retorica 30 SEX : femme et littérature 1990

 

Sujet bac type III. Dans les œuvres poétiques et romanesques une femme est souvent la figure centrale ou de premier plan. Estimez-vous que la place occupée par les femmes dans la littérature correspond à l’idée qu’elles se font d’elles-mêmes ou que la société leur renvoie ? Vous essayerez de répondre à cette question dans un devoir composé en vous référant à des œuvres littéraires que vous avez lues ou étudiées au cours de votre scolarité et spécialement cette année.

Correction sgdg (sans garantie du gouvernement)

 

Code : 0 = introduction(s) et 9 = conclusion(s)

 

  1. Introduction : La place des femmes dans la littérature correspond-elle à l’idée qu’elles se sont d’elles-mêmes ou que la société leur renvoie ?

1.0 On est tenté de répondre par la négative

1.1 Très souvent la femme est vue simplement comme l’objet du désir : Ronsard « Quand vous serez… », Elvire dans « Dom Juan », Corneille « Marquise… » On l’aime et puis on l’abandonne quand elle ne plait plus, quand elle a vieilli.

1.2 On la voit sainte (Elvire), courtisane (Manon) ou follement amoureuse au point d’en paraître idiote (Vanina). Les femmes ne se reconnaissent pas dans de tels portraits.

1.3 Sois belle et tais-toi ! Ne t’occupe pas de politique semble dire la littérature. Le bon sens, la responsabilité reviennent aux hommes (Pietro dans « Vanina Vanini », Des Grieux et Tiberge dans « Manon Lescaut »).

1.9 Objet de désir, sainte ou courtisane, privée de responsabilités réelles, la femme dans la littérature semble être une grande incomprise.

 

2.0 Et pourtant ce jugement est superficiel.

2.1 « Dom Juan » est une exception dans l’œuvre de Molière. Dans ses autres pièces comme « Tartuffe » le problème est différent. Au début de la pièce Orgon a toute l’initiative et fait le malheur de sa famille mais à la fin de la pièce c’est le bon sens féminin qui triomphe.

2.2 Manon est une victime. Elle est belle. Des libertins riches et libidineux la désirent. Elle a besoin d’argent, elle aime le luxe. Elle estime qu’il est normal qu’elle les escroque. Quand elle vit dans une société calme, dans un état proche de la nature, elle devient une femme honnête, aimante et respectée. Cet état heureux ne dure que quelques mois, quelques pages mais il est bien présent dans le roman.

2.3 Vanina est assez riche, audacieuse et intelligente pour jouer un rôle politique qu’une société d’hommes lui refuse. Grâce à elle, Pietro pourrait accéder à de hautes charges. Elle pourrait l’aider puisqu’elle adhère totalement à l’idée de libérer l’Italie du joug autrichien.

2.9 La littérature nous montre des situations où potentiellement l’image de la femme est valorisée socialement. Quelquefois, comme chez Molière, c’est elle qui détient le vrai pouvoir de décision.

  1. Conclusion. L’évolution actuelle de la condition féminine nous rend  sévères devant l’image apparente qu’en donne la littérature Mais les femmes  ont aussi été des écrivains (Marie de France, Louise Labbé, Mme de La Fayette, George Sand etc.) Et, « moitié de l’humanité » elles ont toujours joué un rôle social fondamental.

 

(510 mots)

 

Roger et Alii
Retorica
(au total 16.560 mots, 96.200 caractères)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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