18 MAI repas – échanges – Jammes 2017-07

 

Le repas et le lieu où il se prend sont des notions fondamentales, à preuve le poème de Francis Jammes « La salle à manger ».

 

(1) « La symbolique du repas dans les communautés. De la Cène au repas monastique. » de Jean-Claude Sagne (Cerf 310 p. 2009) « Base de tous les échanges, le repas le plus quotidien se déroule sous le signe du don ». Le repas est le lieu où l’on refait ses forces mais c’est aussi un espace de convivialité et dans sa version monastique il renvoie à une alliance avec le Christ. L’auteur est dominicain et structure ainsi : 1. La symbolique des aliments ; 2. Les images de la table ; 3. Les récits de repas communautaires ; 4. Les opérations de la table ; 5. Les paroles de la table ; 6. Les paroles de la table ; 7. Le repas de l’Alliance. Il y a une dégradation évidente entre « La Cène » de Léonard de Vinci et « Les Mangeurs de pommes de terre » de Van Gogh. Dans le repas monastique au contraire « l’invisible de l’alliance s’y donne en visibilité » (Marcel Neusch) Même dans des repas solennels comme mariages ou banquets civiques cette dimension métaphysique est absente. « Nos repas actuels, même les plus festifs, expriment au mieux la convivialité. Il leur manque quelque chose d’essentiel, justement ce sens du don. » (Marcel Neusch) (d’après Marcel Neusch, la Croix, 2009-10-29).

 

(2) Roger (2017-07-16) : Il faut remonter au séder juif : « Le séder (hébreu : סדר « ordre ») est un rituel hautement symbolique propre à la fête de Pessa’h, visant à faire revivre à ses participants, en particulier les enfants, l’accession soudaine à la liberté après les années d’esclavage. (…) » Voir Wikipédia « Seder de Pessah ») Comment se passait le séder du temps de Jésus ? « Au temps de Jésus, le repas pascal se célèbre, dans chaque famille, sous la présidence du père. Une première coupe de vin était d’abord présentée. Le père bénit cette coupe en disant : « Ce jour nous rappelle notre délivrance. Il est le souvenir de notre sortie d’Égypte. Béni soit le Seigneur, l’Éternel qui a créé le fruit de a vigne ». Et chacun y boit. S’ensuivent les ablutions de mains.

« On sert ensuite les herbes amères, destinées à rappeler la nourriture en Égypte, puis le pain azyme, c’est-à-dire non fermenté, de forme ronde et plate. Ce pain rappelle le pain de l’affliction, mangé en Égypte, au moment de la fuite précipitée. Le père bénit le pain ainsi : « Béni soit celui qui fait produire le pain à la terre ». Les juifs ne coupaient pas le pain, mais le rompaient. Chacun en mange. Enfin, l’agneau pascal est apporté et déposé, au milieu de la table, devant le père de famille. Il a été immolé, au temple, vers la fin du jour de la préparation de la Pâque, vers 15h00, puis rôti dans l’après-midi.

« On verse, pour la seconde fois, du vin dans la coupe, et selon le précepte de Moïse, le fils demande au père d’expliquer le sens de cette fête. Le chef de famille raconte la vie des juifs en Égypte, puis entonne le Hallel, que tous chantent depuis le Psaumes 113 jusqu’au Psaumes 114. L’agneau est mangé, le vin est à nouveau servi, on chante des cantiques et la fête se termine par deux cantiques, ceux-là même qui semblent avoir constitué le grand Hallel (Psaumes 135-136). » (d’après Theopedia.com)

 

Dans tous les cas, ce repas permet de revivre un événement fondateur. C’est ainsi que Jésus va célébrer son propre seder qui va devenir l’eucharistie. Il me semble qu’au-delà du don (où est le contre-don ?) il s’agit d’une libération, libération de la mort. C’est encore plus vrai avec ce poème de Francis Jammes dont je donne un bref commentaire

 

 

(3) 22 POE Jammes – La salle à manger – 1898

 

 

Francis Jammes (1868 – 1938) La salle à manger (1898)

Recueil : « De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir » (1898)

 

 

Il y a une armoire à peine luisante

qui a entendu les voix de mes grand-tantes

qui a entendu la voix de mon grand-père,

qui a entendu la voix de mon père.

À ces souvenirs l’armoire est fidèle. (39 mots)

On a tort de croire qu’elle ne sait que se taire,

car je cause avec elle.

 

Il y a aussi un coucou en bois.

Je ne sais pourquoi il n’a plus de voix.

Je ne peux pas le lui demander.

Peut-être bien qu’elle est cassée,

la voix qui était dans son ressort,

tout bonnement comme celle des morts.

 

 

Il y a aussi un vieux buffet

qui sent la cire, la confiture,

la viande, le pain et les poires mûres.

C’est un serviteur fidèle qui sait

qu’il ne doit rien nous voler.

 

 

Il est venu chez moi bien des hommes et des femmes

qui n’ont pas cru à ces petites âmes.

Et je souris que l’on me pense seul vivant

quand un visiteur me dit en entrant :

– Comment allez-vous, monsieur Jammes ? (42 mots)

 

 

(4) Francis Jammes « La salle à manger » étude 40 mots > 200 mots

Dans l’hypothèse d’un commentaire 40 mots > 200 mots on peut choisir soit le début du poème (39 mots), soit sa fin (42 mots). La fin me paraît plus intéressante. Je la retiens donc pour mon propre commentaire. Roger

 

Cette dernière strophe clôt la série des trois meubles (armoire, coucou, buffet) vivants, muets, fidèles. Les nombreux visiteurs de Jammes sont, pour lui, des incrédules, en conflit muet avec ces « petites âmes ». Mais ils ne le savent pas.

Le narrateur ne se bat même pas avec eux. Simplement « je souris » dit-il avec indulgence. Il y a un autre monde, de nature mystique, qui émerge dans la simplicité apparente des mots employés.

On le « pense seul vivant » mais il fréquente dans sa solitude une multitude de fantômes familiaux et familiers qu’il sent exister à travers les meubles. Ces derniers sont les témoins et les abris des générations disparues. Jammes rejoint ainsi spontanément la « communion des saints » propre au christianisme.

Le monologue intérieur s’interrompt. La vision se resserre sur « un visiteur ». Le propos et le ton sont simples et familiers, la politesse à la fois banale et chaleureuse. Loin de rompre la méditation, la question la rejoint par son style direct. Elle évoque la santé et la vie : « Comment allez-vous ? ». Elle fait écho à « on me pense seul vivant ». La vie est une, elle ne se partage pas. Un peu d’attention mène à l’invisible.

Roger, 211 mots, deux heures, 2017-07-17

 

Roger et Alii – Retorica – 1 130 mots – 6 200 caractères – 2017-07-18

 

 

 

 

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